Notes de lecture: Pie XII et la Seconde Guerre mondiale (1)

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Je propose dans ce qui suit des notes de lecture sur le livre de Pierre BLET, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 1997, 2005. Je me contente de citer, sans faire de commentaire. L'ouvrage paru chez Perrin n'est qu'un concentré des travaux monumentaux de Piere Blet, avec qui j'ai eu l'honneur de m'entretenir à Rome il y a une douzaine d'années, et qui m'avait fait une forte impression. 
 

Page 279 : A la fin du mois [de juin 1944, trois semaines après le débarquement de Normandie], le Général de Gaulle était à Rome et le 30 juin 1944, il se rendit au Vatican. Lui-même fournit dans ses Mémoires le récit de cette rencontre (…) : Le Saint-Père me reçoit. Sous la bienveillance de l’accueil et la simplicité du propos, je suis saisi par ce que sa pensée a de sensible et de puissant. Pie XII juge chaque chose d’un point de vue qui dépasse les hommes, leurs entreprises et leurs querelles. Mais il sait ce que celles-ci leur coûtent et souffre avec tous à la fois. La charge surnaturelle, dont seul il est investi, on sent qu’elle est lourde à son âme, mais qu’il la porte sans que rien ne le lasse, certain du but, assuré du chemin. Du drame qui bouleverse l’univers, ses réflexions et son information ne lui laissent rien ignorer. Sa lucide pensée est fixée sur les conséquences : déchaînement des idéologies confondues du communisme et du nationalisme sur une grande partie de la terre. Son inspiration lui révèle que seules pourront les surmonter la foi, l’espérance et la charité chrétiennes, lors même que celles-ci seraient partout et longtemps submergées. Pour lui, tout dépend donc de la politique de l’Eglise, de son action, de son langage, de la manière dont elle est conduite. C’est pourquoi le Pasteur en fait un domaine qu’il se réserve personnellement et où il déploie les dons d’autorité, de rayonnement, d’éloquence, que Dieu lui a impartis. Pieux, pitoyable [=compatissant], politique, au sens le plus élevé que puissent revêtir ces termes [c'est nous qui soulignons], tel m’apparaît, à travers le respect qu’il m’inspire, ce pontife et ce souverain. »  

Page 183 : « La fin de l’année 1942 vit plusieurs déclarations publiques sur la déportation. Le 17 décembre, les Alliés publièrent une déclaration sur les droits de l’homme, dans laquelle on dénonçait, en termes forts mais généraux, le traitement infligé aux Juifs. Le ministre britannique Osborne avait porté à Pie XII la déclaration des Alliés du 17 décembre, en lui demandant de la confirmer par un discours public. Pie XII termina son message de Noël [1942] en énonçant le vœu de la fin des combats en faveur de toutes les victimes de la guerre, combattants, veuves et orphelins, exilés. ‘Ce vœu, disait-il encore, l’humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive.’ Analysant le discours du pape, le service de sécurité du Reich ne s’y trompa pas. Il [le pape] accuse virtuellement le peuple allemand d’injustice envers les Juifs et il se fait le porte-parole des Juifs, criminels de guerre. » 

Page 188 : [Dans le discours aux cardinaux du 2 juin 1943] « ‘Ne vous étonnez pas, [déclarait Pie XII], Vénérables frères et chers Fils, si Nous répondons avec une sollicitude particulièrement empressée aux prières de ceux qui se tournent vers Nous, les yeux pleins d’une imploration angoissée, en butte comme ils le sont, à cause de leur nationalité ou de leur race, à des catastrophes encore plus grandes et à des douleurs plus vives, et sont parfois destinées, même sans faute de leur part, à des contraintes exterminatrices.’ (…) Le pape s’en tenait à ces phrases mesurées, et il s’en expliquait dans le même discours : ‘Toute parole de Notre part, adressée à ce propos aux autorités compétentes, toute allusion publique, doivent être considérées et pesées avec un sérieux profond, dans l’intérêt même de ceux qui souffrent, de façon à ne pas rendre leur position encore plus difficile et plus intolérable qu’auparavant, même par inadvertance et sans le vouloir.’ »   

Pages 80-81 : « Le pape se sentait contraint à la plus grande réserve. Il en avait donné la preuve en 1940 dans la condamnation de l’euthanasie, pratiquée dans le Reich sur les malades mentaux : un bref décret du Saint-Office avait rappelé l’immoralité foncière de la méthode : ‘Nous avons, disait le pape, fait parler la plus haute instance de la curie aussi brièvement et aussi sobrement qu’il était possible. (…) Lorsqu’en juillet 1941, la Gestapo expulsa de Münster les jésuites et les religieuses de l’Immaculata, que huit cents débiles mentaux furent transportés hors des hôpitaux de la ville pour être rendus à leur famille dans une urne funéraire, [Mgr.] Von Galen [évêque de Münster] monta en chaire et appela les choses par leur nom. (…) Lorsque Pie XII connut ces sermons, il écrivit, le 30 septembre 1941, à l’évêque de Berlin, qui en avait exprimé sa joie : ‘Ils nous ont causé, à Nous aussi, une consolation et une satisfaction que Nous n’avions plus éprouvées depuis longtemps sur le chemin douloureux que nous parcourons avec les catholiques d’Allemagne.’ » 

Pages 81-82 : « [Dans une lettre du 30 avril 1943 au Cardinal Preysing, archevêque de Berlin, Pie XII écrit :] ‘Nous laissons aux pasteurs qui travaillent sur place et sur les lieux le soin de peser si et dans quelle mesure le danger de représailles et les moyens de pression possibles en cas de déclaration épiscopales, et aussi peut-être d’autres circonstances causées par la durée et la mentalité de la guerre, semblent conseiller d’user de réserves, pour éviter de plus grands maux, en dépit des motifs allégués.’ [Ces plus grands maux auxquels le pape fait allusionne sont pas seulement] les représailles possibles, mais plus encore les malentendus capables d’ébranler les fidélités [des croyants]. ‘[Il y avait des choses que] le pape ne pouvait pas dire, sans risquer de passer pour un ennemi de l’Allemagne et de pousser hors de l’Eglise les chrétiens [allemands] hésitants dans leur foi et enthousiasmés par les victoires allemandes. (…) Au début de 1942, c’est par l’intermédiaire du Cardinal Faulhaber [archevêque de Münich], que Pie XII s’adresse aux prêtres et aux étudiants en théologie [allemands] appelés sous les drapeaux et les exhorte ‘à se garder de toutes les conceptions qui sont en contradiction avec la justice et la charité chrétienne (…). [Ceci afin de pouvoir un jour] ‘se féliciter que le monde sache que les prêtres catholiques allemands, les aumôniers militaires ou les soldats se sont montrés, envers et contre tout, les représentants de la bonté et de l’humanité du Rédempteur’. »   

 

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