Note de lecture: Pie XII et la Seconde Guerre mondiale (2)

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Je propose dans ce qui suit d'autres notes de lecture sur le livre de Pierre BLET, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 1997, 2005. Je me contente de citer, sans faire de commentaire. L'ouvrage paru chez Perrin n'est qu'un concentré des travaux monumentaux de Pierre Blet, avec qui j'ai eu l'honneur de m'entretenir à Rome il y a une douzaine d'années, et qui m'avait fait une forte impression. Il a publié en collaboration, de 1965 à 1982, 12 volumes d'Actes et documents du Saint-Siège, relatifs à la Seconde Guerre mondiale.

Page 95 : « Dans une lettre du 2 août 1941, le Cardinal Hlond [primat de Pologne] transmettait un rapport décrivant le mécontentement croissant dans certains cercles de Pologne : On entend les Polonais se plaindre que le pape ne proteste pas contre les crimes, quand les Allemands font mourir trois mille prêtres polonais en camps de concentration, que le pape n’élève pas la voix pour la condamnation, quand on fusille des centaines de prêtres et de membres de l’action catholique (…). »

Pages 99-100 : « Le Cardinal Secrétaire d’Etat se mit en devoir de répondre à Radonski [évêque polonais de Wrostalek, alors un des trois prélats polonais en exil], en date du 9 janvier 1943 (…) : Si tu demandes pourquoi les documents envoyés par l’auguste pontife [Pie XII] aux évêques de Pologne ne sont pas publiés, sache que c’est parce qu’on a jugé bon d’adopter ici les mêmes normes qu’ils observent eux-mêmes. Eux-mêmes, en effet, ne les publient pas, de crainte que les brebis qui leur sont confiées ne soient victimes de nouvelles persécutions encore plus dures. N’est-ce pas ainsi qu’il faut faire ? Le Père de la chrétienté peut-il rendre plus rudes des malheurs que les Polonais souffrent dans leur patrie ? »

Page 101 et 102 : « Le 2 juin 1943, jour de sa fête, Saint Eugène, il [Pie XII] parla lui-même, directement, de la situation polonaise (…). [Le pape disait qu’il voulait attirer spécialement l’attention] sur le sort tragique du peuple polonais qui, entouré de nations puissantes, est ballotté par les vicissitudes et le va et vient d’un dramatique cyclone de guerre. Nos enseignements et nos déclarations tant de fois répétées ne laissent aucune espèce de doute sur les principes avec lesquels la conscience chrétienne doit juger des actes semblables, quels qu’en soient les responsables. Le gouvernement allemand ne pouvait se méprendre sur la portée de ces paroles. Il avait reçu plus tôt une note diplomatique, qui marque le point culminant dans la série des protestations que lui avait adressées le Saint-Siège.  »

Page 185 : « Le 17 février (1943), Mgr Bernardini (nonce à Berne) informait la Secrétairerie d’Etat de la conférence réunie à Genève le 12 février 1943 par le comité de la Croix Rouge pour examiner le problème de l’aide aux Juifs tombés sous la domination nazie. (…) Du comité internationale de la Croix rouge étaient présents le Prince de Schwarzenberg et Melle Ferrière, qui expliqua l’attitude de ce comité au regard de la question juive. (…) ‘On s’étonne (disait-elle) que le comité international ne proteste pas auprès des gouvernements. Tout d’abord le protestations ne servent de rien ; en outre, elles peuvent rendre un très mauvais service à ceux à qui l’on voudrait venir en aide (…).’ »

Page 180 : « Le 24 août [1943], (le Cardinal Secrétaire d’Etat) Maglione télégraphiait au délégué apostolique à Londres, Godfrey, pour informer le gouvernement yougoslave de Londres que les Italiens étaient en train de faire évacuer les camps d’internés croates et slovènes, à la suite de l’intervention du Saint-Siège [on est après la chute du régime fasciste]. Parmi eux se trouvaient 4000 Juifs, qui furent envoyés dans l’île d’Arbe. Le 24 septembre une personnalité du World Jewish congress écrivait à godfrey pour lui annoncer que ces derniers étaient hors de danger, vu que l’île avait été prise par les partisans. ‘Je suis sûr que les efforts de Votre Grâce et du Saint-Siège ont conduit à cet heureux résultat et je voudrais exprimer au saint-Siège et à vous-même les remerciements les plus chaleureux du World Jewish Congress’ »

Page 226 : Le grand rabbin de Jérusalem, Herzog, exprimait dans une lettre du 19 juillet (1943) au Secrétaire d’Etat (Cardinal Maglione) sa reconnaissance envers le pape dont les efforts en faveur des réfugiés « ont éveillé un sentiment de gratitude dans le cœur de millions d’hommes ». Assez significatif encore, l’article paru le 27 septembre 1944 dans le journal Mantuirea, sous la signature du rabbin Safran. Le titre à lui seul disait tout : Le nonce apostolique a obtenu que l’on renonçât à la déportation des Juifs en Transnistrie. Dieu le récompense de ce qu’il a fait. »

Page 322 : « Robert M.W. Kempner, ancien délégué des Etats-Unis au Conseil du tribunal des crimes de guerre de Nuremberg, écrit : ‘Tout essai de propagande de l’Eglise catholique contre le Reich de Hitler n’aurait pas été seulement un suicide provoqué, comme l’a déclaré actuellement Rosenberg, mais aurait hâté l’exécution d’encore plus de Juifs et de prêtres.’ »

Page 322 : Dans ses mémoires, publiés par son fils en 2004, Harold Titmann, qui fut pendant la guerre l’agent de Roosevelt auprès de Pie XII, (écrit qu’il) avait plusieurs fois avec les diplomates alliés demandé au pape une condamnation très explicite des nazis, y voyant un avantage pour la cause des Alliés. Finalement il conclut : ‘Je ne peux m’empêcher de penser qu’en évitant de parler, le Saint Père a fait le bon choix ; il a ainsi sauvé bien des vies.’ »

Page 323 : « Cette retenue était tout le contraire d’une indifférence à l’égard des victimes. Tandis que le pape donnait en public l’apparence du silence, sa Secrétairerie d’Etat harcelait nonces et délégués apostoliques en Slovaquie, en Croatie, en Roumanie, en Hongrie, leur prescrivant d’intervenir auprès des gouvernants et des épiscopats, afin de susciter une action de secours dont l’efficacité fut reconnue à l’époque par les remerciements réitérés des organisations juives et dont un historien israélien, Pinchas Lapide, n’a pas craint d’évaluer le nombre à 850.000 personnes sauvées. »  

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