Le catholicisme minoritaire ? Un livre de Jean Duchesne

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 Compte-rendu du livre de Jean Duchesne, Le catholicisme minoritaire ? Un oxymore à la mode, Desclée de Brouwer, 2016, 130 pages, 12 €. Pour la revue sud-américaine Humanitas.

 

Le dernier livre de Jean Duchesne est court, mais riche et semé de notes d’humour. Dix-neuf brèves sections, entre réflexion et méditation. Son contenu : 1° une question : « Le catholicisme peut-il être conçu et se concevoir lui-même comme une ‘minorité’ ? » ; 2° une interrogation sur la situation et l’avenir de la culture mondiale et de l’occidentalisation ; 3° des réflexions sur le libertarisme sexuel et le mariage gay.

Qu’ont en commun ces trois points ? Sa thématique est-elle hétéroclite ? Non. Pas de système déductif, mais une logique rigoureuse. Cette conversation sur des sujets d’actualité va au fond des choses, éclairant la « morphologie de l’histoire universelle » et ce qu'on a pu appeler le couchant de l’Occident[1].

En plusieurs nations, la question du mariage homosexuel concentre une bonne part de la discussion. Elle focalise l’attention des catholiques. L’échec de leur opposition est néanmoins patent. Jean Duchesne réfléchit à ses causes et à un changement de stratégie, en ligne avec la pensée du pape François. 

Pour reprendre l’initiative. J.D. pose une question plus générale. Les catholiques ne se laissent-ils pas enfermer dans l’image d’une minorité – et d’une minorité qui ne respecterait pas la majorité ? Or, J.D. montre que les majorités sont artificielles et fragiles (pp.67-72). De plus, « ce qui empêche de rester dans sa niche (…) c’est d’abord ce que signifie catholique : ce n’est pas pour quelques-uns, c’est pour tout le monde. » (p.85) En outre, le concept de minorité est pour eux inadéquat (pp.77-84), parce qu’un catholique n’a (ou plutôt ne devrait avoir) mentalité ni de marginalisé, ni d’exilé intérieur, ni de particulariste ; pas de complexe d’infériorité, d’impression d’élitisme, de sentiment de culpabilité dans le témoignage, de répression dans sa parole, de double-vie, de dissimulation dans son action publique, etc. (p.85-90).

J.D. s’élève du niveau français ou européen au niveau planétaire, où la culture occidentale postmoderne (amnésique, nihiliste et libertaire) est minoritaire. « … contrairement à la prédiction du sécularisme, les religions n’ont pas du tout l’air de reculer et disparaître au XXIème siècle. » (p.47) L’islam a remplacé le communisme comme idéologie revendicative (pp.13-18). Changeant la problématique, J.D. contextualise une discussion abstraite sur le mariage, trop purement morale et anthropologique. Il en manifeste la fonction politique : impériale et colonialiste (p.50, note).

L’histoire continue (p.16). On observe une réaction mondiale anti-occidentale : traditionnelle, anticolonialiste – et (J.D. n’y insiste pas) anti-ploutocratique. La morale occidentale postmoderne est vue hors d’Occident [et de plus en plus aussi en Occident] non comme un ensemble de vertus, mais de vices (p.50).

J.D. note les nouvelles désillusions du progrès (p.77). Et aussi : « … la légitimation de toutes les pratiques sexuelles est désormais censée être le fer de lance du progrès » (p.74-75) Le prosélytisme colonialiste se concentre en effet sur la dérégulation du sexe. L’objet n’est sans doute pas de faire du bien à une catégorie de personnes ; plutôt d’assurer la domination culturelle des principes de l’Occident postmoderne (liberté arbitraire et volonté de puissance[2]), en excluant tout autre principe : Dieu ou l’Absolu, la « nature », la raison ouverte au « donné ». L’envie et la technocratie alors formatent la pensée[3]. Cela « dispense de penser » (pp.73-78).

Ajoutons que c’est habile d’orienter la passion d’égalité vers d’autres objets que la communauté ou le partage des biens matériels.

L’Eglise, rompant avec cet Occident-là, ne se rallie pas à une réaction antihumaniste. Les droits de l’homme, fragments devenus fous d’une totalité culturelle chrétienne, ont une fonction de médiation entre les blocs culturels (p.39, note). Mais, ils sont « fragilisés si on les isole de ce qui les a inspirés (…) les notions (…) d’un Père créateur, distinct de son œuvre, et du respect dû à tout être humain façonné à son image. » (p.39)

Le dernier quart de l’ouvrage esquisse une belle proposition de remplacement : redécouvrir le donné, donc la raison (p.99), avec la tradition, et le Donateur, enfin l’amour et la prière (pp.109-114). Le donné suscite une liberté concrète, la véritable liberté (p.65).

 




[1] Oswald Spengler, Der Untergang des Abendlandes. Umrisse einer Morphologie der Weltgeschichte (1917), Albatros Verlag, Berlin, 2014.  

[2] Nietzsche, L’Antéchrist, §2.

[3] Was ist gut? — Alles, was das Gefühl der Macht, den Willen zur Macht, die Macht selbst im Menschen erhöht. Was ist schlecht? Alles, was aus der Schwäche stammt. Was ist Glück? Das Gefühl davon, daß die Macht wächst – daß ein Widerstand überwunden wird. (…) Die Schwachen und Mißratenen sollen zugrunde gehen: erster Satz unserer Menschenliebe. Und man soll ihnen noch dazu helfen.“  Ibidem.

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