"Violence musulmane". Un contresens dans la presse et beaucoup de bruit pour rien

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

 

   

La presse française a publié le 1er août 2016 un article titré : ‘Pape François: « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique»’.  Cet article et d'autres de même farine ont déclenché une tempête.

Ce titre est la traduction mot à mot d’une phrase du pape prononcée dans l’avion du retour en italien familier. Le titre est accrocheur. Malheureusement, cette traduction comporte ce que j'appellerais un contresens et que des esprits très bienveillants appelleraient une traduction fautive.

Voici les documents.

D’abord, le texte intégral officiel[1] en italien de la conférence de presse[2]. La salle de presse a remis en italien châtié, sans en changer le sens, la phrase du pape François, énoncée en style familier devant les journalistes. Voici ensuite la vidéo de cette conférence de presse[3].  


 

Je laisse maintenant la parole à mon vieil ami Jean-Marie Salamito, Professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne, par ailleurs marié à une Italienne fort remarquable. Jean-Marie m’a envoyé le texte suivant, qu’il m’a aussi autorisé à reproduire. Je cite :

 

« Avant de traduire en français des propos tenus par le pape François en italien, il faudrait s’assurer que l’on connaît les différences, souvent subtiles, entre ces deux langues !

« Quand le pape François dit : « Se parlo di violenza islamica... », la presse française s’imagine pouvoir traduire aussitôt : « Si je parle de violence islamique... » Cela fait penser inévitablement à « violence islamiste », et cela produit un effet désastreux. D’où les polémiques qui, en ce moment même, vont bon train.

« Or, pour être tout simplement rigoureux, il faut absolument traduire de cette façon, la seule correcte : « Si je parle de violence musulmane... » En effet, les Italiens, pour désigner les musulmans, disent spontanément « gli islamici » et non « i musulmani ». Et les francophones, à condition qu’ils sachent un peu d'italien, ne traduiront évidemment pas « gli islamici » par « les islamiques », encore moins par « les islamistes ».

« Bien plus, le contexte montre que, dans les propos de François, « violenza islamica » signifie « violence commise par des musulmans ». Le pape ne compare pas deux religions considérées dans leurs idées respectives, mais des faits concrets du quotidien, des actes individuels. Il invite les catholiques, non à une réflexion sur une « essence » de l'islam et sur une « essence » du catholicisme, mais tout simplement à un examen de conscience personnel, à une réflexion sur la tentation de violence qui guette chaque être humain, quelles que soient ses convictions religieuses. Il ne fait pas de l’histoire des religions, ni de l’anthropologie des religions, ni de la théologie des religions. Enfin, il ne renvoie absolument pas « dos à dos » la religion musulmane et la religion catholique ! Il invite à réfléchir sur des actes concrets, sur des enjeux éthiques et spirituels, non sur des généralités de sciences des religions. Le pape est un berger, pas un théoricien. Un guide spirituel, pas un professeur. »

 

Tout est dit.

La tempête médiatique qui a suivi l’article défectueux n’est pas même une tempête dans un verre d’eau, mais much ado about nothing, comme disait Shakespeare.

 

On peut juste ajouter un renvoi à l’interview de Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, qui comprend très bien les propos du pape, et avec une bonne traduction.

 

Finissons par un dernier point. La même presse juge opportun de republier à cette occasion une interview de Rémi Brague, datant de mai 2016, « Ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme ». Je me garderai bien de répondre à la place de Rémi Brague, mais je crois le connaître un peu. Ce grand universitaire est rompu aux finesses d’une bonne dizaine de langues, tant mortes que vivantes, dont l’italien. Je doute fort qu’il puisse goûter des propos dont l’origine est une erreur de traduction.

 

 



[2] Pour y trouver la phrase du pape, faire  Ctrl F parlassi: “Se io parlassi di violenza islamica, dovrei parlare anche di violenza cattolica.”

[3] Voici le lien de cette vidéo de la conférence de presse au retour des JMJ de Cracovie. La réponse commence à la 17ème minute, 33ème seconde. La phrase incriminée (18’ 11’’) : “Se parlo di violenza islamica devo parlare anche di violenza cattolica.”

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière