Nullités de mariage. Le pape François réforme le Droit canon (2)

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Voici le second de deux posts sur le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus.  Pour retourner au premier, cliquer ici.

 

 

La réforme de François, à la lumière de la philosophie de la culture

 

Expliquons donc maintenant pourquoi, aux yeux de la philosophie, la réforme de François paraît très judicieuse.

Les esprits sont imprégnés de culture relativiste, libertaire et individualiste. C’est vrai surtout en Occident et le devient dans le monde entier. Or, le mariage chrétien est tout le contraire de cette culture : fondé dans l’Absolu, lien perpétuel où s’accomplit la liberté, fondateur d’une communauté où se dépasse l’individualisme.

Par conséquent, (c’est mon opinion, mais elle n’est pas dans le texte du pape) les personnes complètement imprégnées de cette culture sont suspectes d’incapacité à contracter un mariage chrétien réel et non nul (comme d’ailleurs de signer n’importe quel contrat avec l’intention de s’y tenir). A leur consentement risquera en effet de faire défaut la toute première des conditions de tout consentement : la connaissance, ici la simple compréhension de ce dont il s’agit, la culture permettant de comprendre la possibilité, la nature et la valeur de l’union matrimoniale et d’en accepter les obligations.   

Si donc de telles personnes pétries de relativisme ont apparemment contracté des mariages chrétiens, et même si elles viennent de familles chrétiennes et pratiquantes, il est possible que nombre de leurs mariages soient nuls. Même si l’autre conjoint avait l’intention sérieuse de se marier chrétiennement, l’union tout entière peut être frappée de nullité, parce qu’un seul vrai consentement ne suffit pas. Soumis à la logique relativiste, le mariage chrétien n’est en fait qu’un coup de goupillon donné sur une relation individualiste, libérale, hédoniste et malthusienne. Si donc un tel mariage fait faillite, comme c’est trop souvent le cas, sa nullité doit certainement être reconnue.

Dans un temps de société chrétienne et de culture réaliste, tous les mariages pouvaient être présumés valides, parce que les prérequis culturels étaient assez bien compris par tous. Dans un temps de culture et de société relativistes, la présomption est parfois presque inversée. Par suite, le souci de protéger la liberté (celle de se marier authentiquement) devient un moyen privilégié de la protection juridique du mariage, dans une situation où la culture en dilue l’authenticité. Telle est la situation.

 

 

 

La politique du pape et sa pastorale

 

Dans ces conditions, que demande de faire le pape ?

Trois choses.

Premièrement, rendre plus aisément leur liberté aux parties désireuses d’entrer au plus vite dans une relation non structurée par le relativisme, et donc non nulle de plein droit.

Deuxièmement, proposer à tous l’exemple de la sainteté la plus haute vécue dans le mariage, en dépit de toutes les difficultés inhérentes à la condition humaine (et aux imperfections de la culture). C’est ainsi que le pape se propose de canoniser bientôt les parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, doublement, c’est-à-dire chacun pris individuellement, et tous les deux pris ensemble dans leur unité conjugale. Troisièmement, renforcer la paroisse comme lieu de préparation au mariage, lieu de soutien mutuel et lieu d’accueil des souffrances humaines.

 

 

 

Le thème de la miséricorde

 

La culture relativiste aboutit à la solitude et la désespérance. Elle produit une effrayante misère affective et morale, sans parler d’un nouvel esclavage économique. Dans ces conditions, il faut moins montrer aux hommes un visage de juge sévère, qui accroîtrait leur désarroi, que le visage de Dieu sauveur, Jésus-Christ, icône de la miséricorde divine.

C’est l’évêque qui « est tenu[i] de suivre avec un esprit apostolique, les conjoints séparés ou divorcés [selon le droit civil], qui ont fini par abandonner la pratique religieuse à cause de leur condition de vie. Il partage avec les curés de paroisse[ii] la sollicitude pastorale envers ces fidèles en difficulté[iii]. »

La miséricorde consiste à juger le moins possible les personnes, car il n’y a pas de péché sans conscience de la loi. Or, le relativisme faisant du respect de la liberté arbitraire la seule loi, émousse tellement le sens du bien et du mal, qu’on peut assez souvent présumer l’absence de faute personnelle grave même chez ceux qui commettent manifestement des actes matériellement graves.

La miséricorde consiste alors à faire de l’Eglise l’hôpital des consciences, où elles retrouvent leur vigueur, leur lucidité, la conscience de la loi et où surtout elles puisent la grâce. C’est elle qui permet de vivre au-delà de la loi et dans la liberté, sans rien faire contre la loi : car telle est la vie dans l’Esprit[iv].    

En vérité, il s’agit moins aujourd’hui de « défendre le mariage », comme s’il existait encore évidemment, que de permettre à nouveau aux gens de se marier vraiment, et aux gens mariés de le redécouvrir et, pour ainsi dire, de se remarier pour de bon avec leurs conjoints. Mais il faut, pour cela, se libérer d’une culture malade :

-      incapable de voir la vérité du désir sexuel au-delà de la concupiscence, et celle de l’éros en dehors de la fornication ou de l’adultère,

-      incapable de saisir la beauté de la vie et de la fidélité,

-      incapable de comprendre la puissance symbolique et sacramentelle du mariage.  

Dans un monde de matérialisme technocratique et de liberté arbitraire, l’Eglise doit redevenir visiblement une famille, une maison familiale, et perdre toute apparence de bureaucratie impersonnelle. Cela passe par le retour en force de la figure paternelle de l’évêque sur le terrain.

L’introduction de la procédure simplifiée dans l’examen des cas de nullité est ici l’occasion d’obtenir l’implication personnelle de l’évêque dans un processus curatif et de faire de lui un responsable visible de la réaffirmation de l’indissolubilité.

« Il ne m’a pas échappé, écrit le pape[v], qu’une procédure de jugement courte puisse faire courir un risque au principe de l’indissolubilité du mariage. C’est précisément pour cela que j’ai voulu que l’évêque lui-même soit intégré dans une telle procédure, parce qu’il est avec Pierre, en vertu de son office le meilleur garant de l’unité catholique dans la foi et la discipline. »

 

Pour retourner au tout début de l'article, cliquer ici.

 



[i] En vertu du canon 383, §1 du Code de Droit Canonique.

[ii] Cfr. can. 529 § 1.

[iii] Normes pratiques d’application, Art. 1.

[iv] Rm.8.

[v] 1ère partie, IV.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière