La fin de la prétendue "fin de la métaphysique".

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Je termine ici la publication d'un article paru voici trois ans dans la RTB = Revue Théologique des Bernardins

L’article se trouve en pages 117-141 du n°5, Juin 2012, Lethielleux Editeurs. Si vous reproduisez cet article, merci d’en citer les références précises.

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Les phénoménologies intégrées dans la métaphysique

 

Le monde est une "université d’êtres", un ordre, un corps, une cité, un « arbre de vie ». Par la sagesse, l’homme a cet arbre dans son cœur et s’unit à tout et à l’Un, et il existe ainsi, dans l’être. Il n’y a rien de plus existentiel et vivant que la métaphysique. Ces êtres, qu’on dit des objets (et qui, de fait, viennent à notre rencontre : ob-jets) sont vrais, autrement dit, ils se révèlent à nous, tiennent leur discours, un discours vrai, et, de plus, un discours qui dit qu’il est. Et si notre éthique est largement ouverte au bien, toutes nos constructions scientifiques sont des phantasmes précis servant à nous ajuster à la vérité des êtres. 

 

Connaître est intuition (grâce à ces constructions) des étants qui sont les êtres (car il n’y a pas d’être en dehors des étants). De même que la réflexion permet à celui qui voit de voir qu’il voit, de même elle permet à celui qui voit un être, de voir que cet être se fait voir, aussi en tant qu’être ; et, aussi, que ce « se-faire-voir » n’est pas un simple accident fortuit, mais fait plutôt partie de l’essence de ce qui se montre, comme le langage fait partie de la nature humaine. Cette essence auto-révélatrice de l’étant ou être, dévoile aussi en partie la bonté de cet étant, le sens de sa destinée qui est en son essence et en son histoire (quod quid erat esse, mot à mot : « ce que ceci était à être[1] »).

 

Voilà pourquoi intuitionner et interpréter ne sont pas aussi opposés qu’il peut sembler. L’étant qui donne la vérité de son être est forcément bon, parce qu’il est et qu’il est vrai. Et tout ce corps des étants, qui fait de même, est rempli de la gloire de l’Être, la Vérité. « Pour ceux qui l’aiment et se tournent vers elle dans le monde entier, pour tous elle est présente, pour tous elle est éternelle ; elle n’est en aucun lieu et ne fait défaut nulle part ; elle avertit au dehors et enseigne au-dedans : elle rend meilleurs tous ceux qui la voient, et personne ne peut la rendre moins bonne ; personne ne juge d’elle, et personne, sans elle, ne juge comme il faut[2]. »

 

La logique est non contradiction, et, au-delà des formalismes, l’esprit fait par elle adhésion à la cohésion des êtres, à leur accord, qui est aussi manifestation du Bien dans la pluralité des êtres seconds. Le principe de non contradiction formalise, dans l’ordre de la logique, la monarchie du Bien et son régime sur tout l’être et tout le connaître. Le réalisme de sens commun n’est en tort que s’il oublie de définir en partie les êtres par leur cognoscibilité, ou, pour ainsi dire, par leur langage réel, leur autorévélation, leur relativité réelle, sans relativisme. (Le principal défaut du relativisme étant la méconnaissance de la relativité réelle). Il me semble qu’en tout cela se laissent apercevoir des linéaments d’une autre conception de la phénoménologie, intérieure à une métaphysique capable de comprendre que l’objectivation peut être une révélation vraie.

 

 

 

 

La fin de la « fin de la métaphysique »

 

Dans la discussion des thèmes qui nous occupent, on entend fréquemment parler de la métaphysique, au singulier, et comme un tout. L’âge présent, appelé postmoderne, est alors défini comme amétaphysique, postmétaphysique, etc. Un prétendu « retrait » hors de la métaphysique définirait notre temps et constituerait son originalité. Cette pensée résoudrait, en outre, et définitivement, au-delà de la prémodernité dogmatique et de la modernité idéologique, les problèmes séculaires de la liberté politique et de la tolérance. Cette « fin de la métaphysique », ou cette « mort de Dieu », avant d’être des doctrines ou des vérités, seraient des événements, dont nous aurions à prendre acte, avant de recommencer à penser à nouveaux frais pour notamment, à partir d’eux, inventer un « christianisme non religieux »[3]. Ce récit appelle de brèves observations.

 

 

 

L’école d’Athènes fait sans conteste partie de la métaphysique. Incontesté aussi le fait que nous ayons chez Platon et Aristote les deux premières œuvres monumentales, et les deux les plus fondatrices, de l’histoire de la métaphysique. Or il se trouve que ce qui caractérise cette école, au témoignage de l’histoire, c’est la sortie hors de la sophistique. La fin de la sophistique, Socrate faisant pivot, fut ainsi un événement, qui marqua le début de la métaphysique développée. Mais si l’on demande quelles étaient les opinions de la sophistique, force est de noter qu’elles ressemblaient fort à celles de la postmodernité[4] : le même relativisme, souvent né d’un excès de scientisme – la séquence des deux Wittgenstein rappelant étonnamment la séquence Démocrite/Protagoras. Une distance décidée par rapport à toute pensée qui voudrait dire quelque chose sur Dieu (les dieux) et sur l’être. Une même tendance au nihilisme. Et aussi, le même phénoménisme, insistant sur la place du langage comme rhétorique, remplaçant la certitude par la persuasion et le consensus, étudiant la constitution sociale des apparences, le tout avec une tendance au cynisme, mais un cynisme mou et bienveillant, usant plutôt de manipulation que de violence. Un même humanisme individualiste et libéral, accordant à l’argent une place très importante. Enfin, au bilan une même crise de la démocratie, minée par l’excès de jeu dans les images et la « communication », le manque d’éthique et de rationalité (voir Thucydide, Guerre du Péloponnèse, II, 65). En somme, la métaphysique (de Platon), ce fut la fin de la sophistique, qui était elle-même une première « fin de la métaphysique » (présocratique). Par conséquent, ce que nous appelons la métaphysique, c’est toujours déjà la fin de la « fin de la métaphysique ».

 

La métaphysique est immortelle. Elle renaîtra, et l'Homme avec elle.

 

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