Le Figaro n'aime pas François. Pourquoi et comment.

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Second anniversaire de l'élection de François

 

A l’occasion du deuxième anniversaire de l’élection de François, Le Figaro continue à distiller ses thèses favorites au sujet du pape. Ivre de sa popularité, celui-ci voudrait révolutionner la doctrine morale catholique et dissoudre l’organisation unitaire de l’Eglise. Mais avec cela, il est très autoritaire. Enfin, il se heurte à une forte opposition, notamment en Afrique, dans la Curie et jusqu’au Sacré Collège.

On cherche en vain dans Le Figaro la moindre preuve substantielle à l’appui de cette histoire. La seule chose clairement certaine, c’est que Le Figaro n’aime pas ce pape. Il ne cadre pas avec l’idée que le magistère figarien se fait d’un Souverain-Pontife.

Quatre points semblent échapper à la sagacité de cette institution intellectuelle, que le monde nous envie.

 

 

 

Un pape proche des peuples

 

Premièrement, le pape est populaire non parce qu’il serait moins catholique, mais d’abord parce qu’il n'est pas libéral, et parce qu’il rayonne de l'amour de l'Eglise pour les pauvres et les petits, loin des préoccupations des oligarques. En un mot, on aime le pape parce qu’il est juste et populaire, à une époque de grande injustice économique et de domination des oligarchies financières et politiques. On comprend, bien sûr, qu’il ne soit pas populaire au Figaro. 

 

 

 

Un pape qui fait ce qu'il faut

 

Deuxièmement, le pape est populaire, parce qu'il fait ce qu’il faut. Il a mis fin à une certaine opacité des finances du Vatican. Il a mis fin aux solidarités inadmissibles de certains membres du clergé avec la maffia. Il a compris qu’un monde opprimé par les ploutocrates ne peut respirer que si les hommes d’Église donnent au sommet l’exemple du désintéressement des biens matériels. Il a compris qu’un monde cadenassé par les technocrates et leurs bureaucraties a besoin d’une Église qui soit une famille et non pas une bureaucratie de plus. Cela requiert une réforme morale exigeante. Le gouvernement central de l’Eglise ne doit rien avoir de commun avec le château de Kafka, ou la Comédie humaine de Balzac. Pie V avait forcé ses cardinaux à remiser leurs carrosses et conduisait lui-même pieds nus les processions dans Rome. François ne veut plus de monsignori mondains, arrivistes et gonflés de leur importance : l'Eglise n'est pas l'administration française, ni la technocratie européenne ! Enfin, conformément à la doctrine sociale de l’Eglise, il souhaite que le maximum d’affaires se traitent le plus près possible du terrain, sans venir engorger le sommet. Comme tous les patrons qui nettoient sans craindre les vagues, il est peu aimé des routiniers, des paresseux et des profiteurs. Comme tous les dirigeants très énergiques, il lui arrive de froisser de bons et fidèles serviteurs qui savaient tirer le meilleur d’un ancien ordre de choses, lequel d’ailleurs en son temps était fonctionnel et adapté.  Tous ceux qui ont quelque expérience de ce genre de situations, y compris dans l’Eglise, ne sauraient s’étonner. Ceux qui ont l’expérience des décisions se disent que cette vieille grande Église catholique a trouvé un exceptionnel patron et qu’en quelques années elle peut rétablir sa position tout en prenant un exceptionnel coup de jeune.

 

 

 

Un pape pour tout le monde et pour les blessés de la vie

 

Troisièmement, le pape est populaire parce qu’il représente le Christ qui vient pour tous les hommes, et non pas pour les riches et les bien-pensants libéraux. Il parle un langage que tout le monde comprend et, comme un curé de paroisse, il parle pour tout le monde. Ce n’est pas une critique de ses prédécesseurs. Il continue leur œuvre en jouant son rôle propre, comme ils ont tenu le leur.

Le Figaro fait affront au peuple et à une énorme de majorité des gens qui aiment François, en leur supposant une mentalité soixante-huitarde. Comme si les gens aimaient le pape parce qu’ils le sentiraient prêt à abandonner les exigences morales de l'Eglise, et à rabaisser la doctrine catholique au niveau des pauvres instincts de notre époque, effaçant le sens du péché et niant la dégradation qu'il provoque. C'est faux. Les gens aiment François, parce qu’ils sentent au contraire qu’il va sans rien brader les aider à avancer, sans les enfermer dans un moralisme, tout en tenant compte avec charité des situations invraisemblables dans lesquelles ils se trouvent, en grande partie à cause des illusions de la culture libertaire désormais dépassée. 

Tous ceux qui ont tant soit peu suivi les propos et les écrits du Pape, savent combien il est absurde de lui imputer de vouloir changer la doctrine morale, ou, pire, de ne vouloir la conserver en théorie que pour l’annuler dans la pratique. Loin que le libre débat sur tous ces sujets prélude à une liquidation de la substance chrétienne, aborder à fond et ouvertement ces questions est tout au contraire l'occasion de les régler de façon positive et pour longtemps, tout en faisant clairement passer le message : les paumés aussi doivent être évangélisés ; le Christ est venu non pour les biens portants, mais pour les malades.

 

 

 

Le pape d'après la chute du rideau d'argent

 

Le quatrième et dernier point relève de la philosophie, ou théologie, de l’Histoire. Il permet de comprendre à fond le précédent. Le pape (à mon humble avis) voit approcher la chute du libéralisme, qui sera sans doute aussi subite et complète que celle du communisme. Il prépare donc l’Eglise pour que, le jour où le libéralisme tombera, elle ne soit pas surprise en train de somnoler dans les fourgons du libéralisme, comme le sera sans doute un certain catholicisme figarien. Il faut qu’elle ait déjà rompu toute solidarité avec ce monde libéral, oligarchique et profondément anti-évangélique.

Le pape voit venir le temps, car il vient, où nombre de nations d’Amérique et d’Europe, ayant rejeté le libéralisme, retrouveront leur identité chrétienne, et où même les incroyants reconnaîtront tout ce que l’humanisme doit au Christ. De nombreux musulmans, écœurés  par la violence djihadiste, découvriront le « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour ». L’Asie modernisée, le monde jadis colonisé au temps des Lumières, s’interrogeront sur le centre divin jusqu’alors méconnu de la modernité occidentale en ce qu’elle a de meilleur. L’Église devra alors, à ce moment, être à même de gérer un immense afflux de pratiquants nouveaux, beaucoup traînant avec eux les séquelles compliquées de leur vie passée, mais désirant sincèrement trouver l’union au Christ. Se poseront alors des questions pastorales immenses, qui devront avoir été résolues par avance. Ce sont celles que fait étudier François. Faire de l’Eglise la structure d’accueil et de réconfort spirituel d’après la chute du libéralisme, voilà ce qui donne sens à son action. Et dans ce grand hôpital du Bon Dieu, il y aura même de la place pour Le Figaro.  


Commentaires 

 
0 # pierre Morati 2015-03-15 20:43 merci beaucoup pour cette analyse, toujours aussi juste et documentée. Vous me redonnez du courage, me rendez la confiance parfois ébranlée envers le Saint Père. Il n\'y a que l\'espérance pour animer notre coeur ! Merci encore de la nourrir. Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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