Carnet de notes. Pensées sur la volonté de puissance

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En ce début d’année 2014, voici avec mes meilleurs vœux quelques pensées, autour de la « volonté de puissance ». Elles sont tirées d’un cahier de notes préparatoires à diverses conférences futures. De là leur aspect encore décousu. Pourquoi les publier en cet état ? Pour deux raisons.

 

 

Pourquoi parler de la « volonté de puissance » ?

 

1° J’ai l’intuition que ce thème de la « volonté de puissance » sera le thème philosophique majeur au fond des débats publics de cette année. C’est donc elle, cette « volonté de puissance », qu’il faut éclairer, pour ne pas s’égarer au cours des débats. Je voulais donc, sans plus attendre, attirer l’attention sur ce point.

2° Sur ce thème, et sur les pensées qui suivent à son sujet, il serait utile de connaître le jugement d’un panel de citoyens réfléchis, tel que celui des lecteurs qui fréquentent ce site de temps en temps. Je les remercie par avance pour leurs réflexions.

 

 

 

Ecartons tout d’abord les contresens possibles 

 

1) « Volonté de puissance » signifie, nous le verrons, quelque chose de plus profond que « volonté d’acquérir de la puissance », ou que « soif de pouvoir ».  

2) Une analyse critique de la « volonté de puissance » n’a pas non plus pour objet de culpabiliser les nobles ambitions.

3) Cette réflexion ne débouche pas davantage sur un éloge de l’impuissance. Qui veut bien faire, veut faire et, donc, pouvoir faire. Ainsi « pouvoir » est quelque chose de bon. Et la conscience exacte de nos faiblesses est un des indispensables moyens permettant d’y remédier.  

 

 

 

Un mot sur Nietzsche

 

C’est avec les œuvres de Nietzsche (1844-1900) que l’expression « volonté de puissance » a fait fortune et s’est imposée dans le langage (philosophique, politique et de tous les jours). Elle est le concept qui permet à Nietzsche de systématiser sa pensée. Les autres concepts (tragédie, surhomme, éternel retour, etc.) s’y rattachent.

La philosophie de Nietzsche fut d’abord la référence principale, en tous cas la plus prestigieuse, de l’extrême-droite politique européenne, notamment germanique, avant 1914 et dans l’entre-deux guerres. Elle devint ensuite, peu à peu, après 1945, plus durablement que Marx ou que Freud, la référence principale d’une ultragauche sociétale mondiale.

Les aléas de la destinée de l’œuvre de Nietzche ne relèvent pas du hasard. C’est un fait que l’extrême droite politique et l’extrême gauche sociétale partagent une même philosophie de fond, nihiliste active, et transgressive, aussi éloignée du judéo-christianisme que de la culture classique gréco-romaine et de la grande philosophie des Lumières.  

Quand Christiane Taubira cite Nietzsche à la fin d’un grand discours parlementaire sur le mariage, elle le fait avec pertinence. Cette loi est parfaitement nietzschéenne. Mais la finance de Wall-Street est aussi nietzschéenne. Et l’oligarchie impériale est devenue nietzschéenne. Qui a gagné la Seconde Guerre Mondiale ? Nietzsche.

Pour que tout soit permis, il faut renverser à la fois Dieu, la Nature et la Raison. C’est ce que fait Nietzsche. Ceci fait, restent la « volonté de puissance » et le néant. Jusqu’à quand ?

 

 

 

Pensées sur la volonté de puissance

 

Pour s’orienter dans le monde, il faut comprendre l’homme.   

La volonté de puissance. Voilà un facteur stable. Il durera jusqu’à la fin du monde. Peut-être en causera-t-il la fin.

Comprendre la volonté de puissance.

 

Elle n’est pas seulement une volonté d’avoir de la puissance, une volonté qui veut du pouvoir. Elle est aussi cela, mais elle est d’abord quelque chose de beaucoup plus profond.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté possédée par la puissance – par une puissance qui est en elle.

 

Cette puissance se déploie sans règle réfléchie. Elle se déploie comme les plantes poussent, ou comme on se gratte la tête : parce que c’est comme ça. Et que veut-elle, cette puissance ? Rien d’autre qu’elle-même et son déploiement. Se conserver, s’étendre, jouir de son déploiement, tuer, manger, mourir.

 

La puissance veut la puissance, toujours plus de puissance, mais comme une vie sans raison, comme un arbre qui croît toujours, jusqu’à ce que la vieillesse l’accable, ou que les capricornes le vident, ou que la foudre l’abatte.

 

La volonté de puissance aime la vie d’une façon qui inclut l’amour de la mort. Elle aime bâtir, puis détruire ce qu’elle a bâti, pour le plaisir de le détruire.

Autrement, elle aurait bâti pour l’éternité. Et l’éternité, elle n’en veut pas. Juste le retour éternel de la vie et de la mort.

Autrement, il y aurait une règle au-delà d’elle, et cette règle, elle n’en veut pas, juste une puissance qui s’affirme et se pose comme sa propre règle –  ou alors, elle se sentirait impuissante.

Autrement il y aurait une vérité pour la raison au-delà des projections, des mythes et des illusions, et cette vérité, elle n’en veut pas. Car alors il y aurait quelque chose qui jugerait la vie et elle ne peut jouir de la vie que si rien ne la juge. « Qui osera me juger dans ce monde sans juge ? », demandait Caligula.

 

C’est la puissance qui possède la volonté, pas la volonté qui maîtrise la puissance. Tel est le rapport des deux dans la « volonté de puissance ». La barbarie, ce n’est que cela. 

 

La barbarie aime la barbarie.

Autrement il y aurait un devoir pour la conscience au-delà de ce vouloir-être. Et ce devoir on n’en veut pas.

Autrement il y aurait un Dieu au-delà de sa nature, et cette puissance veut être seule à créer sans être créée, seule à modeler sa nature et à la nier, à tout transgresser y compris ce qu’elle a elle-même créé, et à la fin détruire, pour confirmer son refus de toute autre puissance. 

 

C'est ce qui permet toujours de croire en la victoire sur le Mal, car le Mal est animé d'un syndrome d'autodestruction.

 

Pour la volonté de puissance, la jouissance de la vie requiert la fermeture de tout autre horizon que celui de la volupté et de la mort.

 

Il faut la cruauté, si la bonté suggère une idée de morale.

 

Il faut surtout à la fin la noyade de l’individu dans la grande vague du tout. La mort d’Yseult. La mort venue du fond sans fond de la puissance aveugle. La mort, héroïque, pathétique et grotesque, à la clarté d’une lumière noire émanée d’un feu de puissance dont le vouloir ne s’éteint pas.

 

La volonté de puissance, c’est une volonté dont le fond est un élan obscur, qui n’est ni la vie, ni l’animalité, ni la nature, ni la raison, mais quelque chose d’inhumain, spécifiquement humain, absolument inhumain.

 

La volonté de puissance :

c’est la nature sans loi naturelle ;

c’est la vie sans fécondité ;

c’est l’animal sans instinct et donc sans mesure ;

c’est la raison sans réflexion et sans vérité.

 

Dans la volonté de puissance, la raison comme pouvoir de connaître se trouve réduite à n’être que la tête chercheuse de cette volonté soumise elle-même à cette puissance obscure.

 

Cette « puissance », c’est la nature humaine, son élan spontané, puissant et orienté, comme toute nature – mais c’est cet élan aveuglé et décapitée, tronqué, sans loi naturelle et sans raison, et qui s’égare, et qui possède la personne et elle va au diable en riant.

 

La raison à la remorque de la puissance maximise l’utilité avec exactitude, sans rien savoir avec certitude au sujet de ce qui lui est utile. Car au fond rien ne sert à rien. L’homme ? « Une grande passion inutile ».

 

La raison c’est aussi la grande fabricatrice de mythes au service de la volonté de puissance. Celle-ci a besoin de projeter des illusions, inspirées par la puissance, flattant la puissance, accroissant le sentiment de la puissance – non parce que c’est vrai, mais parce que c’est comme ça. Et l’illusion est la seule vérité.  

 

Je vois ce que c’est que la volonté de puissance. Comment imaginer qu’elle n’infecte que les autres, les méchants ? Suivant Pascal, nous dirons : "Ce n’est pas en Nietzsche, c’est en moi que je trouve tout ce que j’y vois."

 

La civilisation, ce n’est ni la volonté de puissance, ni la culture d’impuissance. C’est la maîtrise de la puissance par la volonté, la conduite de la volonté par la raison, et la définition de la raison par la recherche de la vérité. 

 

 

 

Pensées sur le monde actuel

 

Un monde se comprend par sa culture dominante.

La culture mondiale dominante, c’était ce qu’on appelle les Lumières. Elles comportaient Raison et Loi morale. Ce n’est plus le cas.

Les Grandes Lumières ont fait place aux Petites et les Petites ont cédé la place aux Dernières.

Celles-ci sont en train de sombrer dans la volonté de puissance.

Nouvelle civilisation ? Soulevez le voile des mots et nommez la réalité par des expressions propres : volonté de puissance, barbarie.

 

L’humanisme postmoderne, de plus en plus, devient logiquement équivalent à un antihumanisme radical. La vérité sur le sujet se fait jour peu à peu, par étapes.

Cet antihumanisme ne pourrait se maintenir que sous forme de dictature, d’alliance mondiale d’oligarchies arc-boutées contre leurs peuples, divisant pour régner, et d’Etat mondial cyber-policier. Le pourra-t-il ? Peut-être. Mais pas sûr. Je pense que le Mal va perdre.

 

L’essence du racisme, c’est l’antihumanisme radical. On y tombe facilement. Il suffit de rejeter l’idée de la vérité. Le racisme est alors au bout du chemin. Car alors les idées, qui ne sont plus vraies, sont comme des sécrétions du cerveau ; le cerveau n'est lui-même qu'un fragment d'un rêve éveillé, d'une illusion qui flirte avec le néant, et la diversité des opinions, sans rapport critique au vrai ou au faux, n’exprime plus que les diversités génétiques. Chacun vit dans son mythe et son mythe exprime sa chair. Chacun défend son mythe et lutte pour sa chair. Un moment vient où l’individu s’ennuie tout seul, avec quelques autres individus. Il se sentira plus chair en faisant corps avec de nombreuses autres chairs qui lui ressemblent, qu’en se tenant tout seul indépendant dans son coin. Ces amas de chairs ont en commun des mythes et des usages. Ainsi l’individu postmoderne se met-il à faire tribu, il se sent race à nouveau et il jouit d’une régression merveilleuse : car il n’est pas tribu avec innocence comme au bon vieux temps dans la forêt vierge ; il l’est dans la grande ville, par vice et par transgression.

 

Et il édifie des théories, pour prouver qu’il a raison de dire que la raison ne prouve jamais rien. Et comme ça lui fait plaisir d'imposer ces inepties à tous les esprits en se servant de son pouvoir, il entend faire croire aux gens que la vérité n'est jamais qu'une ruse du pouvoir - alors que cette croyance est précisément la ruse de son propre pouvoir, et que la vérité est objectivement le seul contre-pouvoir sérieux à tous les pouvoirs, et la seule garantie d'une justice équitable.

 

Le postmoderne libertaire (surtout à l'ancienne mode) se dit qu’il y a des races d’hommes comme il y a des races de chiens, et que sans doute chacune chez les hommes a son identité, sa religion, son irréligion, ses mœurs, les vices et le régime de sa race, de sa terre et de son climat. Chacun jouit de la vie, profite du pouvoir, se plaît à la violence, incline à la cruauté. Tel est le vieux racisme. Telle est la vieille barbarie. Mais elle date. La postmoderne va plus loin. 

 

 

 

Visions du monde futur ?

 

Dans un racisme tribal, ou dans un nationalisme raciste, on s’attaque à une ou plusieurs autres « races ». Dans le racisme postmoderne (il faut le dire : dans les Dernières Lumières), on s’attaque à toutes les races, qui sont toutes hors la loi, et surtout à toute la race humaine.

 

L’Homme : une seule race nuisible, un problème auquel il faut inventer une solution une bonne fois.

En réduire le nombre à quelques centaines de millions – dont nous ferons partie, bien sûr.

Les remplacer en grande partie par les robots, et vive les animaux, les plantes et les machines.

Cet animal dénaturé, le retransformer en animal, ou le transformer en robot, et ne laisser en son cerveau que ce qu’il faut de raison pour se procurer l’illusion de ne plus être Homme et de rendre un culte à la Terre, au Grand Fétiche, au Grand Milieu ; et pour lui inculquer d'obéir au pouvoir de la volonté de puissance des transgressifs nihilistes.

Vivre mille ans, volant le corps de clones décérébrés, vivre riche sans travailler, les robots faisant tout, mais sans se faire voir, et nous, vivre à poil, mais super-connectés, sur une terre à nouveau sauvage, mais sans épines, climatisée, avec des fauves reprogrammés. Himmler en a rêvé, nous l’avons fait.

 

Ecologie ou racisme mondial antihumain ? Humanisme antihumaniste, humanisme tombé sous la coupe de la volonté de puissance.

 

Les Lumières en sont à l’extrême-fin de leur crépuscule.

 

L’inflation dans l’emploi du terme « racisme » est justifiée, mais pas comme le disent les propagandes, qui visent à diviser le peuple pauvre, pour mieux le dominer.

La vérité, c’est que le racisme fait corps avec la volonté de puissance et cette volonté de puissance est bien là. Toute volonté de puissance (au sens précis) est raciste en sa profondeur, mais il y a plusieurs racismes, rivaux. On peut donc toujours dire que c’est l’autre qui est raciste. Jusqu’au moment où l’on réalise que, décidément, la question politique est insoluble quand on ne va pas jusqu’à poser le problème du salut.

 

Mènerons-nous la politique antihumaniste à l’échelle du monde impérial ? Ou dans chaque nation ? L’organisation politique est secondaire, si l’unité culturelle existe et si elle est partout ennemie de l’Homme.

 

Ceci est-il un roman ? Oui, un roman où tout est vrai, comme dans les bonnes fictions, que la réalité finit par dépasser.

Mais un roman tout de même, car (à mon avis) cela n’arrivera pas. Car un tel monde n’aurait pas en lui de quoi se soutenir.

Il faudra dire en détail pourquoi. Plus tard.

Et puis nous nous battrons.

 

Il y a un magnifique avenir pour l’humanisme, justement à cause de ce cauchemar. Décidément le Mal en fait trop. Veillons.

 

Le point culminant de son offensive est atteint. A condition pour nous de retrouver le vrai sens de l’Homme-Dieu, et même le nom propre de l’Homme-Dieu.  

 

Où va la politique, laissée à elle-même, abandonnée à des partis rivaux, si tous ces partis, craignant de retrouver le sens de l’Homme-Dieu, copinent en profondeur avec la volonté de puissance  nihiliste ? Et si ceux qui devraient être le ressort pour nous tirer de là se dessèchent dans un moralisme liberticide ?

Sous le signe de la volonté de puissance, l'avenir est comme écrit dans les astres :

l’unité impériale universaliste du monde structuré par les Dernières Lumières, est en train de craquer.

Tout ce monde va disparaître. Mais, après lui ?

Après l’empire, chaque nation va jouer le chacun pour soi. La volonté de puissance restant dominante (par hypothèse), la nation ne sera pas une entité civilisée, une formule humaniste appelée à remplacer l’empire antihumaniste des Dernières Lumières, mais une autre façon de trahir l’Homme.

La nation postmoderne, comme volonté de puissance, présentera l’autre face, ou une autre face, de l’antihumanisme.

Entre les deux faces, il y aura la guerre.

Le vieux système sera probablement vaincu, comme le vieux succombe presque toujours.

Puis, les nations postmodernes se battront pour l’hégémonie. Ce sera le chaos et une autre barbarie, un autre empire, peut-être, et encore plus régressif… A moins que…

 

 

 

Quelle est notre mission ?

 

Notre rôle n’est pas de choisir le moindre mal entre deux ou trois abîmes (ou quatre, ou cinq...). Notre rôle est de tenir le chemin de crête.

Rejeter tout humanisme antihumaniste.

Lier un universalisme rénové à des nations civilisées, et ces nations civilisées à cet universalisme, le tout en retrouvant la continuité de la grande tradition humaniste.

Organiser le concert des nations civilisées.

Comme le Congrès de Vienne, après le stress de la Terreur et les guerres de l’Empire.

Mais pour cela, rendre un avenir à l’humanisme. Comment ?  

 

 

 

La culture est plus fondamentale que la politique

 

Si nous caractérisons la « volonté de puissance » avec précision, nous découvrons, au-delà de tout doute raisonnable, qu’aucun problème politique ne peut jamais recevoir de solution purement politique.

Si une politique est vraiment catastrophique, c’est qu’elle s’inspire d’une culture profondément dévoyée.

Si donc l’opposition modérée à ladite politique se sent, au fond, solidaire de la même culture en ce même état, elle ne fera jamais que continuer avec des bémols la même politique catastrophique.

Et si l’opposition radicale à cette politique catastrophique vient au pouvoir, tout en ayant au fond elle aussi la même culture, le pays ne fera que changer de politique catastrophique.

Un nationalisme libéral-libertaire ne vaudrait pas plus cher qu’un mondialisme libéral-libertaire, ou qu’un alter-mondialisme libéral-libertaire. A un certain moment, il faut dire à un pays libre démoli par la corruption de la liberté, que s’il veut changer de politique, il faut d’abord sortir de la corruption et renaître en profondeur à la liberté.

 

Cela veut dire revenir en-deçà, ou aller au-delà, du libertarisme, et même au-delà du libéralisme.

Cela veut dire aller au-delà du moralisme stérile, qui ne fait que renforcer le libertarisme.

Cela veut dire rentrer en soi-même, par une vraie conversion de l’âme, et retrouver dans la raison et/ou dans la foi, les fondements métaphysiques et religieux. Car la morale n’est jamais qu’une retombée de la vie de l’esprit ou de la vie de la raison.

 

L’homme libre est comme un dieu. Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Il faut accepter de poser à fond la question de l’homme-Dieu. Il faut écouter les questions de l’homme-Dieu. Depuis la profondeur et la hauteur des fondements métaphysiques et religieux d’une civilisation de liberté, grâce à l’extraordinaire présence de la figure du Christ, Dieu-Homme, se forment et s’affirment les concepts de personne humaine, et de liberté, les valeurs de respect et de fraternité.

Ces "valeurs" sont du blablabla, en contexte nihiliste. Nietzsche s’en moquait ouvertement. Certains disciples au petit pied font semblant d’y croire. Et ils clignent de l’œil en faisant un sourire.

 

La culture libertaire n’est pas chez les autres, chez les méchants, elle est dans l’air que nous respirons, elle est en nous, elle surgit en réalité du fond du cœur de chacun de nous. Elle s’impose en notre société à chaque instant où nous lui offrons le concours de notre complicité. Sans conversion personnelle, sans réappropriation profonde de notre culture humaniste, nous ne produirons aucun changement politique décent. Nous pourrons au mieux espérer prendre part à un tourniquet d’ambitieux sur les strapontins du pouvoir, au pire nous compromettre dans d'autres aberrations.

 

L’action sincère en vue d’un vrai changement politique ne commence pas par l’agitation d’une lutte extérieure contre un adversaire diabolisé. Elle commence par une étude sérieuse, une préparation, une lutte intime de chaque individu, surtout pour ceux qui ambitionnent les responsabilités, en vue de d’opérer chacun sa révolution culturelle intérieure, sa metanoia, sa conversio. 

Commentaires 

 
0 # de saint chamas 2014-01-06 03:34 A suivre Répondre | Répondre en citant | Citer
 
 
0 # Alain 2014-01-07 14:53 Bonjour Henri,
Avant tout merci pour tes vœux. A mon tour et de ma Bretagne je te présente mes meilleurs vœux pour cette année 2014. Merci pour ces analyses pertinentes. Elles me suggèrent ces quelques réflexions : la volonté de puissance nietzschéenne est à mon sens de nature tout autant dialectique que théocratique. Dialectique, parce que tout en s’y opposant, la volonté de puissance se nourrit de la culture d’impuissance (qui relèverait de ce que Nietzsche désigne par « ressentiment », propice selon lui à l’émergence en Europe d’une « pépinière de tyrans »). Théocratique, parce que le surhomme nietzschéen est un homme qui se prend pour Dieu détenant un pouvoir spirituel absorbant le pouvoir politique. On y perd le sens analogique que Saint Augustin avait conservait lorsqu’ il opposait dialectiquement la cité terrestre et la cité céleste : sans qu’elles puissent s’accorder, les hommes des deux cités doivent pouvoir toutefois raisonnablement s’accorder selon Saint Augustin, puisqu’ils font usage des mêmes biens au cours de leur existence mortelle (tout en en faisant un usage différent, ce qui justement les distingue entre eux). Ainsi le pouvoir spirituel est au pouvoir temporel ce que l’amour-agapè de Saint Augustin est à l’amour-philia d’Aristote (en son sens politique de concorde et de paix). N’est-ce pas cela la civilisation qui comme tu l’écris n’est « ni la volonté de puissance ni la culture d’impuissance » ? Comment le retrouver sinon en Christ Notre Dieu qui est le Roi des Nations (Ap 2, 27), Lui qui nous invite à ne pas craindre ceux qui peuvent faire périr le corps, mais celui-là qui avec le corps peut faire périr l’âme (Mt 10, 28) ?
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0 # L Oeil de Brutus 2014-01-07 22:39 Cher Henri,

Merci pour cet article lumineux (comme toujours.
Sur le sujet de l\'antihumanisme postmoderne, j\'ai découvert il y a peu les élucubrations proprement hallucinantes de Peter Singer (pourtant titulaire de la chaire d\'éthique de l\'université de Princeton …) et de l\'anti-spécisme. C\'est d\'ailleurs, je crois, la première fois que je découvre un \"isme\" qui se définit contre un autre \"isme\" qui n\'existe pas car je ne connais pas de théoricien du spécisme.

Les anti-spécistes dénient, le plus sérieusement du monde, toute spécificité à l\'être humain et considère donc que les animaux doivent en conséquence jouir de droits similaires à l\'être humain.
L\'idée est que tous les êtres capables de souffrir ou d\'éprouver du plaisir (êtres sensibles) doivent être considérés comme moralement égaux, en ce sens que leurs intérêts doivent être pris en compte de manière égale.
Mais Singer ne borne pas ce qu’est le règne animal. Pourquoi alors son raisonnement ne pourrait-il pas s’étendre aux végétaux, et, in fine par l’absurde, aux minéraux ?
En outre, les anti-spécistes n’hésitent pas à mettre en parallèle leur combat avec toutes autres formes de luttes contre les discriminations et pour l’émancipation (esclavage, droit des femmes, etc.). Par voie de conséquence, leurs détracteurs ne seraient donc que les dignes héritiers des esclavagistes, machistes et autres fascistes …

Amitiés.
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