Où en sont les Valeurs ? Post n°8. Avons-nous vu la fin des idéologies ?

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Comment la politique devient-elle idéologique en régime de modernité ou de postmodernité ?

 

 

Toute grande politique moderne propose aux hommes une vie libre absolue, une Vie dans la Liberté. Et c’est cela qui s’appelle une idéologie. Une idéologie a forcément quelque chose d’absolu et d’utopique, puisqu’il n’y a pas pour elle d’au-delà relativisant la vie dans le monde. Tout est donc déjà divin ici-bas, objectivement, dans le processus historique, ou du moins tout demande à le devenir consciemment, à la fin, dans l’Etat de la Liberté, que l’idéologie schématise. Cette définition précise de l’idéologie a été oubliée, tant est oublié le sens mystique de la modernité et tant est occulté celui de la postmodernité.

 

Le libéralisme « relativiste-absolutiste » est rarement identifié comme ce qu’il est : l’inverse de l’idéologie communiste, c’est à dire l’idéologie privatiste.

 

 

L'idéologie privatiste, inverse du communisme

 

 

Pour le communisme, la Liberté est réalisée quand tout est commun. Pour le privatisme, elle est réalisée quand tout est privé. C’est pour cela que le politique, dont la fonction est de gérer un bien commun, se voit profondément délégitimé, cependant que le libéralisme économique, devenu idéologique (privatiste), s’inscrit de moins en moins sous des pouvoirs politiques communs et une morale commune. Ainsi s’estompe la différence entre la concurrence et la guerre, et la solidarité sociale obligatoire se voit remplacée par l’humanitarisme facultatif. 

 

Le « privatisme » ne passe pas pour une idéologie, parce qu’à la différence des autres idéologies, il prétend ne rien affirmer (de commun). Il serait aisé à ses adversaires de rétorquer qu’il n’en est rien. Car le privatisme interdit tellement de rien affirmer, sauf à titre « privé », que la seule chose commune devient, précisément, ce statut exorbitant et exclusif du « privé », qui résulte de l’exclusion du commun. Ainsi sont remplacés : la loi par le contrat, l’Etat par le marché, toute forme de justice distributive par une bonne volonté facultative, et même, s’il se pouvait, tout pouvoir politique par des institutions judiciaires, voire arbitrales.

 

Pourquoi donc entend-on si souvent se plaindre du règne absolu du marché, de l’effacement du politique, du déclassement des classes moyennes et de la destruction de la solidarité ? C'est que le sens commun et la morale résistent à l'idéologie privatiste, car cette situation de marché absolu et de démocratie antipopulaire et antisociale est politiquement correcte, par rapport à cette idéologie privatiste. Il faut que la société soit le marché, que le politique soit aboli, et que chacun vive pour soi, pour que règne l’idéologie. Bien sûr, tant que ces individus-dieux restent en pratique sous contrôle PC, une certaine paix règne, sous les puissances pacificatrices PC : le Léviathan médiatique, la culture d’impuissance et le dogme PC lui-même.

 

Privatisation générale et anarchie

 

 

Malgré l’état d’anarchie instauré par l’arbitraire des individus-dieux qu’aucune loi universelle ne contraint, la culture PC préserve malgré tout une certaine différence entre l’état de société en démocratie PC, et l’état de nature hobbésien. Mais cette différence tend chaque jour à se réduire. Faute de reconnaître quoi que ce soit de profondément commun (à commencer par le « sens commun »), une privatisation générale s’opère. Le marché devient à la fois la forme canonique et la substance de toute société. Et toute régulation morale devant être minimale, la concurrence y prend toujours plus la forme d’une guerre. Le PC prend donc bien, de fait et logiquement, la forme d’une idéologie privatiste, qui est l’inverse du communisme.

 

Cette idéologie, comme toute autre, est une façon d’imaginer un Etat, où se réalise la Vie dans la Raison, la Vie dans la Liberté, en somme la Vie absolue de tous dans un Nous libre et divin. 

 

La situation présente des valeurs politiques, se laisse donc analyser sans équivoque. Nous vivons dans une nouvelle ère idéologique. Le privatisme a remplacé le communisme, et la dictature molle des oligarques et des médias tend à remplacer la dictature dure du "parti du prolétariat". N’est-ce pas une énigme que tant de partis de gauche, en Europe, souvent de matrice marxiste, puissent adhérer de bon gré à une telle idéologie ? Sa solution se présente pourtant à l’esprit sans difficulté.

 

Ce sont les valeurs profondes des Lumières, même transformées sous la postmodernité, qui continuent à inspirer cette politique privatiste. Ainsi, sans paradoxe, les plus fervents défenseurs de ces valeurs des Lumières (tardives) sont aussi les supporters de cet universalisme nouveau, même s’il s’agit parfois, concrètement, d’un égoïsme ploutocratique. Cela montre que, pour l’idéologie PC, le plus important n’est pas la justice, mais l’orthodoxie.

 

Notre temps (2011) se caractérise ainsi par une forte emprise idéologique sur la vie. L’idéologie privatiste (libérale postmoderne) y jouit d’un quasi monopole planétaire. Elle tend à s’imposer politiquement et à se radicaliser dans l’intolérance, d’où vient son nom de « politiquement correct ». Mais comme l’irréflexion est devenue obligatoire et que la liberté va jusqu’à se passer du principe de cohérence, cette politique idéologique est vécue comme non-idéologie et sa profondeur est occultée - ce qui l'aide à se maintenir.

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