Où en sont les Valeurs ? Post n°9. Le libéralisme soixante-huitard et le malaise dans la civilisation

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Comment les idéologies peuvent-elles se distinguer par leurs divers domaines d’application ?

 

L’idéologie libérale a été appliquée très tôt, dans une mesure variable, au politique, à l’économique et au culturel. Mais nous ignorions, jusqu’en 1968, qu’il était possible de l’appliquer au domaine de la famille.

1968 est une date importante, non par ses conséquences politiques et économiques directes, très limitées, mais à deux titres :

1° comme inflexion culturelle majeure – le pouvoir culturel « moderne » passe des partisans de la grande modernité à ceux de la modernité tardive ;

2° comme application de cette idéologie libérale de modernité tardive au domaine de la famille (féminisme PC, malthusianisme PC, hédonisme PC, etc.).

 

Comprendre 1968 est encore essentiel pour bien saisir la situation présente des valeurs. Notre époque est en effet celle qui voit en même temps s’accomplir et se terminer l’hégémonie soixante-huitarde.

 

 

Un malaise dans la civilisation

 

 

Le caractère positif de 68 consiste dans l’attention publique portée au problème de la culpabilité liée au sexe et au malaise civilisationnel qui en dérive. Le caractère toujours passionnel des problèmes liés, de près ou de loin, à la liberté sexuelle, leur présence dans le non dit de tant de discussions, notamment démographiques, sont l’indice que le problème est loin d’avoir été résolu par l’instauration de la permissivité.

 

Mon hypothèse de travail sur ce sujet, est que les progrès décisifs de la technique ont pour conséquence anthropologique une façon nouvelle de regarder le corps, avec une coupure d’avec la nature, et, liée à cela, une dévaluation du corps tout à fait spécifique dans l’histoire humaine. D’où le malaise dans la civilisation. Le seul moyen de revoir ce jugement sur le corps semble alors être d’en faire l’incarnation de la subjectivité. Mais celle-ci, en régime PC, se définit par la liberté indéfinie d’un subjectivisme arbitraire. De là l’extrême permissivité sexuelle, qui fait exploser la famille, l’éducation et la reproduction, et qui implante dans l’existence humaine la domination de principes libertaires voués à se diffuser peu à peu, très logiquement, dans le domaine économique et politique. De là le capitalisme permissif (individualiste libertaire) et la démocratie permissive (elle aussi directe libertaire, mais qui, sauf révolution violente anarchiste, ne peut guère promettre autre chose à ses acteurs qu’une participation active à l’impuissance du politique dans ce système. De là enfin, demain, surtout en Asie, mais peut-être en Europe, des autoritarismes libertaires, complètement décomplexés par rapport à des traditions culturelles valorisant la liberté.

 

Le malaise dans la civilisation technicienne fournit sans doute le sens humaniste profond, où trouveraient quelque justification les excès de la révolution sexuelle postmoderne. Ce malaise lié au sexe et à la culpabilité, ainsi que le réflexe antitotalitaire, sont les deux points sérieux à partir desquels beaucoup d’autres affirmations PC s’expliquent, comme des projections d’émotions tenant à l’un ou l’autre de ces points.

Le remplacement durable du PC se trouve ainsi conditionné, par la prise en compte de ces deux points et par l’apport éventuel de solutions supérieures à la permissivité PC, analgésique passager du malaise dans la civilisation. 

 

Pourquoi la gauche ne s'intéresse plus aux intérêts des classes populaires

 

 

68 explique en partie pourquoi l’idéologie libérale PC reste aujourd’hui (2011) la seule qui puisse survivre encore assez longtemps en Occident, à condition qu’y subsiste un minimum de prospérité. En acceptant la logique soixante-huitarde, les gauches européennes ont subordonné leur corpus jacobin et socialiste à un principe de libéralisme libertarien, qui leur a fait perdre tout pouvoir de critique cohérente, face au libéralisme économique mondialisé.

 

C’est pourquoi, aussi longtemps que ce qu’on appelle encore la gauche ne revisitera pas la révolution sexuelle, ne redécouvrira pas dans le soutien à la famille le potentiel permettant de recréer la solidarité sociale, elle sera la mouche du coche de l’oligarchie capitaliste mondialisée. Elle se donnera bonne conscience en multipliant des petites libertés transgressives, dont le seul effet réel sera de démolir un peu plus les fondements culturels conservateurs de la démocratie, et sans doute aussi d’accroître le malaise de la culpabilité dans la civilisation.

 

 

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