Où en sont les Valeurs ? Post n°10. Sur l'impuissance des pouvoirs en démocratie postmoderne

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Comment expliquer la relative impuissance du pouvoir politique en démocratie postmoderne ?


 

L’impuissance relative du vieux Léviathan (l’Etat) n’a rien à voir avec la modicité de son volume. Son obésité est en général inversement proportionnelle à sa puissance effective. Faute de pouvoir diriger l’essentiel, il se complaît dans le secondaire. 

 

Le logiciel PC postmoderne incorporant comme on l’a vu la contradiction (il est vrai que [A et non A]), il devient possible de décider n’importe quoi, ou rien du tout, voire tout et le contraire de tout. L’important est que les décisions absurdes puissent être présentées sous couvert du politiquement correct. La décision politique (au moins dans la sphère du débat public) perd évidemment tout repère rationnel.

 

La rationalité peut subsister hors espace public. Mais à l'intérieur, l'argumentation ne sert plus à rien, la persuasion devient manipulation. Dans ce vide de culture politique, la démocratie « relativiste-absolutiste » hésite entre l’impuissance et le retour de l’arbitraire. Elle cesse d’être un régime durable et sérieux. Car comment gouverner, réformer et défendre, sans faire appel à la raison ? Il importe peu ici qu’un débat soit ouvert et transparent, puisque les interlocuteurs n’ont en réalité rien à prouver et que leurs arguments ne font rien de plus qu’envelopper clairement dans des prétextes PC l’arbitraire de leurs prétentions.

 

La décision impossible et le retour de la violence

 

 

Quand les choses en sont là, la société hésite entre un difficile compromis entre les arbitraires, et un effrayant retour de la violence. Comment en arrive-t-on à un tel dilemme ? Parce que la règle d’autonomie est entendue hors raison et que la contrainte est mise hors la loi. Dès lors tout tricheur et tout abusif ont la liberté de bloquer indéfiniment le système entier. Et la force sans raison (la violence) semble la seule autre option, quand a échoué la discussion sans raison (le débat PC).

 

En Raison, une loi universelle de liberté requiert une force légitime, capable d’imposer l’exécution de la loi à ceux qui voudraient y contrevenir. L’idée de droit n’est aucunement alors en contradiction avec celle de force publique et de contrainte légale, mais seulement avec celle de violence. Ainsi, comme disait Georges Pompidou, « gouverner, c’est contraindre », y compris et d’abord, en démocratie.

 

Par contre, entendu hors Raison, le respect de l’autonomie n’est plus qu’un respect de l’indépendance arbitraire, précepte d’impuissance, criminalisant a priori tout recours à la force, imposant la négociation à l’infini, remplaçant  le gouvernement des lois par l’affirmation des privilèges, et instituant de fait le liberum veto individuel ou collectif. Le Léviathan civil, même constitutionnel, est du coup presque aboli. L’état de nature est virtuellement rétabli, et le serait effectivement, s’il n’y avait le Léviathan médiatique et son pouvoir d’imposer des valeurs absolues en même temps que le relativisme dogmatique.

 

Arbitraire ou impuissance

 

 

Arbitraire ou impuissance. Tel étant le dilemme, la société va hésiter. La compatibilité des libertés arbitraires se réalise forcément dans un premier temps au profit d’un statu quo indéfini, devenu irréformable. L’endettement est en général la solution et la conséquence du statu quo.

Mais l’absence de réforme aboutit à des situations intolérables, que seule fait alors bouger une soudaine poussée de violence, tout aussi arbitraire et irrationnelle, appuyée sur l’affirmation symétrique de la légitimité de la force pure. La violence sociale s’exerce ainsi, alternativement, aléatoire et arbitraire, de haut en bas, ou de bas en haut, toujours sous couvert de démocratie et de tolérance, ou de loi et d’autorité républicaines, et d’autres grands mots qui ne recouvrent jamais que la violence en l’absence de la Raison. Cette violence le plus souvent n’est pas physique, mais elle demande des mises à mort symboliques, des excuses publiques, des démissions immédiates de responsables – le tout au gré de la météo capricieuse des émotions. 

 

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