Où en sont les valeurs. Post n° 2. Le sens mystique des valeurs

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Le point de vue mystique et la compréhension du monde de valeurs

 

 

Un monde des valeurs ne révèle vraiment son organisation et son sens, que s’il est observé au point de vue de sa suprême valeur. C’est LA Valeur qui est la clé DES valeurs. Et la suprême valeur, la Valeur avec majuscule, c’est toujours Dieu, c’est à dire l’Absolu au sens large.

 

Evitons tout malentendu. Chacun sait qu’il y a beaucoup de gens qui ne croient pas en Dieu. Pour ces gens, évidemment, Dieu n’est pas la Valeur. Ce que je dis, c’est bien entendu autre chose.

 

Je dis que « la suprême valeur, la Valeur avec majuscule, c’est toujours Dieu, c’est à dire l’Absolu au sens large. » Ce n’est pas vrai seulement pour un monde chrétien, ou musulman. C’est vrai aussi pour le monde des valeurs dites modernes, ou postmodernes, et c’est même vrai pour le monde politiquement correct ! Mais il faut, pour bien saisir cela, faire un effort d’assouplissement de l’esprit. Mais une fois qu’on l’a compris, tout s’éclaire.

 

 

Dieu ou l’Absolu ?

 

 

Le malentendu viendrait de parler de Dieu en un sens trop étroit, c'est-à-dire sans en parler d’abord comme de l’Absolu. Tout le monde croit en l’Absolu, peu ou prou, y compris les postmodernes (comme nous verrons), mais tout le monde ne croit pas en Dieu (en « l’Absolu qui est Dieu »).

 

Quand on croit en Dieu, ou quand on n’y croit pas, on le sait. Mais quand on croit en l’Absolu, c’est tout naturel, et on n’y pense même pas. Ainsi les « athées » occidentaux ne croient-ils pas en Dieu (en l’Absolu personnel, créateur, transcendant de la Bible, ou des monothéismes), et ils ont conscience de cette incroyance-là ; mais, concentrés sur cette croyance qu’ils n’ont pas, ils ne se rendent pas compte de la croyance qu’ils ont : leur croyance en un Absolu conçu comme « autre chose que Dieu » (= autre chose qu’un Être personnel, créateur, transcendant, etc.).

 

Les athées occidentaux sont comme des Chrétiens qui ne seraient pas capables (il y en a) de se rendre compte qu’ils sont athées des dieux du polythéisme, et qu'ils sont athées du Grand Pan. Tertullien en était conscient et il écrivait froidement, dans son Apologeticum : « Elle n’existe pas, cette Divinité en laquelle vous croyez. » (Nulla est, divinitas ista quem tenetis).

 

 

En quel sens tout le monde est mystique et en quel sens tout le monde est athée

 

 

En un mot, on appelle athée, dans toute civilisation, les gens qui ont une autre idée de l’Absolu que celle de la culture de référence. L’Absolu peut être conçu comme Dieu, ou comme l’Être, ou comme la Nature, ou la Terre, ou la Vie universelle, ou comme la Raison universelle, l’Homme, la Liberté, le Social, l’Histoire, etc. Il peut aussi être considéré comme le Néant et le Vide. Mais dans tous ces cas, il y a encore et toujours un Absolu.

 

Le plus surprenant, c’est que même quand on dit que « tout est relatif », l’Absolu est encore là - et c'est le relatif, qui est devenu le seul absolu. 

 

Par exemple, ce qu’on appelle « esthétisme » (du mot grec aisthesis, sensation), ce n’est ni d'abord le culte du Beau, ou de l’Art pour l’Art, ni d'abord une morale du plaisir (hédonisme), mais c’est la mystique et le culte du sensible comme Pure Surface, et c'est la jouissance intime d'une sorte de vie éternelle dans l'apparence qui semble être devenue l'Absolu.

 

On est alors conscient d’être « incroyant », au sens de « ne pas croire en une profondeur cachée, mystérieuse, une transcendance au-delà du visible, etc. » Mais on est en général moins conscient d’avoir absolutisé l’Apparence, et d’en avoir fait la seule vraie Réalité, et de lui vouer un culte et de se baigner dans cet Absolu-là (largement imaginaire), comme les élus dans la lumière éternelle du paradis.

 

Autre exemple. La plupart du temps, une personne qui se dit sceptique, et qui s’est effectivement stabilisée dans le mouvement perpétuel du scepticisme, est une personne qui vit un mysticisme de la Vie dans le Pur Flux de la Pure Apparence, et qui se sent flotter comme avec béatitude à la frontière d’un Vide.

 

Parfois, les esprits oscillent entre plusieurs conceptions, ou passent de l'une à l'autre. Et de plus, beaucoup réfléchissent peu, et s'ils ont une religion, ne la pratiquent guère, ou n'approfondissent pas trop la mystique qui en est l'âme. Et pourtant, elle est là. Et rares sont ceux qui peuvent affirmer, sincèrement et sans illusion, que leur âme ne s’arrête pas à l’une ou l’autre de ces visions, même si leur esprit hésite, à la réflexion. Bref, sur l’échiquier d’une pensée et d’une vie humaine, la case de l’Absolu n’est jamais vide. Tout le monde a son dieu, ou ses dieux.

 

 

La fin de la métaphysique : une farce

 

 

C’est pour cela que la « fin de la métaphysique » est une farce, qu’on rejoue inlassablement à chaque génération. « Sortir de la métaphysique », c’est sortir d’UNE métaphysique et entrer dans UNE AUTRE. Mais souvent, on n’a conscience que de sortir, pas d’entrer. De là la fausse conscience. Déconstruire, c’est le verso de construire.

 

L’athéisme sans plus est donc une sorte d’illusion, un néant relatif pris pour un néant absolu[1]. Tout le monde a un Dieu, et tout le monde est athée. Chacun est athée d’un dieu ou d’un autre. Quoi qu’on fasse, on est toujours l’athée de quelqu’un[2].

 

En un mot, l’homme est un animal mystique. Et son Absolu, c’est sa Valeur. Sa relation à cet Absolu, c’est sa vraie Vie. Méconnaître ces définitions fondatrices, c’est limiter sévèrement la capacité d’éclairage des sciences humaines et l’efficience de l’analyse politique.

 

Qu’est-ce qu’une religion, demandera-t-on ? C’est une organisation sociale de cette mysticité, ou d’un de ces mysticismes.

 

 

La mystique et l’éthique 

 

 

Si Dieu est la Valeur, ou si la Valeur est Dieu, les valeurs sont profondément tous les éléments et toutes formes de l’existence en cohérence avec la vraie Vie, la vie dans la Valeur. Tel étant le rapport entre la Valeur et les valeurs, les différences d’opinion sur la Valeur expliquent en partie les désaccords sur les valeurs, notamment morales, entre les divers groupes culturels.

 



[1] Henri BERGSON, L’évolution créatrice (1907), Edition du Centenaire, PUF, Paris, 1954, pp.728-746.

[2] Pour un développement détaillé de ces éléments, voir Prolégomènes. Les choix humains, Parole et Silence, 2009, notamment le chapitre premier.

Commentaires 

 
0 # Forces Patriotiques 2011-06-19 17:29 Bonjour,
Je vous renverrai sur un superbe article de Lucien Scubla intitulé : « Les Hommes peuvent-ils se passer de toutes religions ? »
Il y démontre que les idéologies modernes ne sont que de nouvelles « Religions archaïques dégradées et persécutrices » et que toute personne prétendant se passer de religieux, comme les athées, ne font que reproduire ou reconstruire sans le savoir une « autre forme de religieux et de mystique ».

Lucien Scubla :
http://menestreletgladiateur.blogspot.com/search/label/Lucien%20Scubla
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