Lettre d'Amérique n° 10 (a). Pourquoi j'écris ces lettres

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Court examen de conscience  

 

Avant de continuer ces Lettres, je voudrais expliquer pourquoi je les écris. Est-ce un caprice ? Est-ce un devoir ? Ou encore autre chose ? Cela me force à parler un instant de moi – juste un instant.

 

1° Je suis un philosophe ;

 

2° je suis chargé de travailler à la formation morale de futurs officiers – Platon aurait dit : des futurs « gardiens » de la cité.

 

C’est un métier que Platon avait placé au cœur de sa démarche philosophique, dans son chef d’œuvre La République. Il se trouve que le cours de ce métier me conduit à passer quelques mois à l’US Naval Academy ; mes activités y ont pour centre un séminaire sur « Les nouveaux développements dans la théorie de la guerre juste ».

 

Quel rapport y a-t-il donc entre ces Lettres d’Amérique et ce qui fait mon devoir ? 

 

Quel rapport à la philosophie ? Et qu’est-ce que la philosophie ?

 

Il y a plusieurs façons de faire de la philosophie. Pour moi, elle est d’abord pratique. Elle doit nous aider à vivre, à assumer nos responsabilités, à prendre nos décisions. C’est pourquoi elle est une éthique, une économique et une politique. De ce point de vue pratique, le reste se rattache à ces éléments centraux.

 

Cette philosophie doit être réaliste, parce qu’elle est pratique, politique, et que la pratique comme la politique sont dans le réel.

 

La philosophie ne commencera donc ni par le « doute », ni par le « soupçon », ni par la « mise entre parenthèses ». Ou, si l’on préfère, elle commencera par la mise en doute de ce « doute », par le soupçon sur ce « soupçon » et par la mise entre parenthèses de toute « mise entre parenthèses ».

 

Mais comment rester réaliste ? Comment ne pas se dessécher dans la théorie, se complaire dans la technique, se noyer dans l’érudition ? En s’intéressant intensément aux sociétés réelles, à leur vie politique et à leurs histoires, aux individus, aux faits particuliers. Pour philosopher de façon pratique et réaliste, il faut donc parler de politique, et de deux façons à la fois : très concrètement et de très haut, sans séparation.

 

Entre les vérités éternelles et l’actualité  

 

Il faut que la pensée pratique et réaliste parcoure sans arrêt un circuit entre deux pôles : celui de l’histoire universelle des civilisations et des vérités éternelles, et celui des faits quotidiens qui nous environnent : ou si l’on préfère, il faut savoir faire l’aller et retour entre la République de Platon et le New York Times.

 

Voilà pourquoi, pour être un vrai philosophe pratique et politique, je dois m’intéresser intensément au lieu où je me trouve – et donc, ces temps-ci, aux Etats-Unis, et à leur vie politique, économique et culturelle. – Mais vous me demanderez peut-être : « Quel rapport avec la formation morale des officiers ? »

 

 
  

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