Henri Hude

Revue de presse - Sur l'état du pays

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Mise à jour le Lundi, 01 Février 2010 22:56 Écrit par Administrator

Il ne faut pas perdre une occasion de dire du bien de la presse. Elles ne sont pas si fréquentes. J’ai apprécié de lire Ouest-France, la semaine dernière. C’est un journal que, par principe, les Parisiens regardent en ricanant, comme tout ce qui n’est pas parisien, mais qui dit souvent plus en moins de mots que tel autre, intrapériphérique, et dont la devise pourrait être la pensée de Pascal : « Il serait un signe infaillible du faux, si seulement il se trompait toujours ». Bref, il m’a semblé trouver, vendredi dernier, un portrait moral intéressant de la France et un reportage captivant sur sa jeunesse. Je ne sais pas dans quelle mesure c’était voulu. Un bon journal, comme un bon roman : « Un miroir promené le long de notre vie », ainsi que disait Stendhal. Source de réflexion, d’affliction, d’espoir. Vous allez en juger.    

« Marion joue sa carte parmi les as du poker. » Soutenu par l’énorme photo en haut à droite, c’est le vrai gros titre d’Ouest-France, en première page de son édition du vendredi 22 janvier 2010. Et cela vaut la peine de lire le long portrait de Marion, si intéressant, en dernière page de ce numéro.  

Marion se passionne pour le poker, « comme des millions de Français ». Mais à la différence des autre, Marion « en vit. ». Avec Marion,   « mieux vaut parler cash, inutile de tourner autour du tripot. » 

Le journaliste commence très fort : « Bon, pour être franc, il y a un malaise avec tout ça. Un sentiment bizarre d’être ici, à l’European Poker Tour, avec ce qui se passe en ce moment à Haïti. Vous comprenez ? » Croit-il déstabiliser Marion ? Il en faudrait plus. Un instant, son sourire se fige, puis : « Le poker, c’est mon métier, juste mon métier. J’étais récemment à Lesneven (Finistère), pour une action du Téléthon, pour aider un enfant. C’était super. Je ne vis pas en dehors du monde, mais je fais mon travail. »   

« Marion se passionne pour cette besogne sur tapis vert ». « Recrutée à la team ‘Poker stars’, cette serial bluffeuse de 23 ans, étoile montant du circuit, va de cercles en tournois, en France et à l’étranger. Marion a cette passion depuis qu’elle est toute petite. Lycéenne, étudiante, « déjà très douée », on la voyait « travailler dix heures par jour sa technique, et un peu sa tactique fétiche : étonner, user, puis dépouiller les mecs qui ne prêtaient attention qu’à son minois de top model. » « Je faisais, dit Marion, celle que personne n’attendait. Eux se dévoilaient facile, et je les dévorais. Ca marchait à tous les coups. »   

Elle a crevé l’écran à l’émission de téléréalité NRJ 12, Las Vegas. » La voilà « coqueluche des médias ». En effet, « l’ouverture des paris en ligne en France rend le milieu friand de ‘belles gueules’ et de ‘stars’ ». Par exemple, « Isabelle Mercier, joueuse pro, ‘surnommée ‘No mercy’, sans pitié ». Mais il faut avoir une « belle gueule » pour être pris, autrement, on ne va « pas permettre de vendre de la pub aux annonceurs ». 

« Marion Nedellec est consciente de vivre un rêve qui, du jour au lendemain, peut s’écrouler. En avançant ses pions sans esclandre, au gré des tournois, elle espère, après la folie médiatique qu’elle suscite, continuer à exercer dans ce ‘business’. »   Le tournoi de Deauville « serait un rêve ». L’an dernier, « un Allemand de 28 ans y a raflé 851400 € ». 

En première page, non plus à droite, mais à gauche, nous avons la photo de Maxime, au dessous d’un autre gros titre : « Comment sciences-Po intègre des boursiers ». En page 4, on nous en dit plus. Maxime Delattre, boursier méritant, étudiant à l’IEP de Rennes, « paye son studio du CROUS 300 €. Il a 435 € de bourses et reçoit 100 à 200 € de ses parents. Le reste, il le gagne comme facteur pendant l’été et les vacances d’hiver. ‘Je préfère travailler une semaine de plus pour moins demander à mes parents.’ » 

En page 9 du même Ouest-France, nous apprenons que Damien Le Crom, à Bac + 3 est vacher dans trois fermes. Il a un beau projet professionnel. Il est le seul des trois dont on soit sûr qu’il ne vendra pas du vent. Marion, Maxime et Damien. Les libéraux diraient que c’est la concurrence. D’ailleurs, Yann-Olivier Bricombert, qui a interviewé Marion laisse glisser : « C’est terrible, mais c’est comme ça. » C’est la rude loi du sport.  

Toujours en première page : « 7 minutes pour vendre un spectacle ». « C’est la première expérience de speed dating appliquée au monde du spectacle.  

Marion mise à part, qui en est le morceau de bravoure, on apprend aussi beaucoup de choses, précises, sur « Desjoyaux, navigateur comblé ». Comme « le Père Noël a été généreux pour lui », « son programme jusqu’en 2014 se définit avec deux bateaux neufs. Un monocoque de 60 pieds, un multicoque MOD 70. » Celui-ci « s’appuie sur toute la connaissance accumulée avec le 60 pieds open. » C’est tout dire.   

Au centre, mais discret : « Copenhage, leçons d’un échec ». Il faut les tirer. Un jour ou l’autre. Le plus tard possible.   

Encore plus discret, en gros titre pourtant, mais qu’on ne voit pas, sous les deux photos de Marion et de Maxime : « Haïti : reportage dans la ville oubliée », et pas un mot, sauf : Page 3.   

Il y a aussi, page 1, moitié inférieure gauche, un ‘Point de Vue’ intéressant de Jean-Luc Domenach, directeur de recherches à Sciences-Po. Ce dernier plaide pour qu’on cesse de survaloriser la formation initiale, pour donner plus de chances à ceux qui se révèlent après des études médiocres, au cours de la carrière – Jean Sarkozy, par exemple ? L’article est très intéressant. Il pourrait juste parler de la famille. J’ai bien lu : le mot ne figure pas dans l’article. Pourtant, la famille, ça aide à entrer à sciences-po. Et le titre est bon : « Comment mieux recruter nos élites ».    

Nous apprenons enfin, toujours page 1, que « Sous la pression, le patron d’EDF renonce à son double salaire ». La morale paraît donc sauve.  

Bref, tout ce numéro est intéressant. Ouest-France est un des très rares journaux indépendants de ce pays (il ne perd pas d’argent, on peut même dire qu’il en gagne), son patron, qui est en même temps, son propriétaire, croit à quelque chose, et ses rédacteurs, qui ne sont pas prétentieux, sont assez souvent intéressants. Et puis, ils sont sans complexes. Par exemple, quand Maxime le boursier dit que peu de lycéens, faute de milieu familial porteur, pourraient « au moins situer qui est Michel Foucault », Gilles Kerdreux ajoute « philosophe décédé en 1984 ».  

 

 

Notes de lecture: Pie XII et la Seconde Guerre mondiale (1)

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Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 13:12 Écrit par Henri Hude

Je propose dans ce qui suit des notes de lecture sur le livre de Pierre BLET, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 1997, 2005. Je me contente de citer, sans faire de commentaire. L'ouvrage paru chez Perrin n'est qu'un concentré des travaux monumentaux de Piere Blet, avec qui j'ai eu l'honneur de m'entretenir à Rome il y a une douzaine d'années, et qui m'avait fait une forte impression. 
 

Page 279 : A la fin du mois [de juin 1944, trois semaines après le débarquement de Normandie], le Général de Gaulle était à Rome et le 30 juin 1944, il se rendit au Vatican. Lui-même fournit dans ses Mémoires le récit de cette rencontre (…) : Le Saint-Père me reçoit. Sous la bienveillance de l’accueil et la simplicité du propos, je suis saisi par ce que sa pensée a de sensible et de puissant. Pie XII juge chaque chose d’un point de vue qui dépasse les hommes, leurs entreprises et leurs querelles. Mais il sait ce que celles-ci leur coûtent et souffre avec tous à la fois. La charge surnaturelle, dont seul il est investi, on sent qu’elle est lourde à son âme, mais qu’il la porte sans que rien ne le lasse, certain du but, assuré du chemin. Du drame qui bouleverse l’univers, ses réflexions et son information ne lui laissent rien ignorer. Sa lucide pensée est fixée sur les conséquences : déchaînement des idéologies confondues du communisme et du nationalisme sur une grande partie de la terre. Son inspiration lui révèle que seules pourront les surmonter la foi, l’espérance et la charité chrétiennes, lors même que celles-ci seraient partout et longtemps submergées. Pour lui, tout dépend donc de la politique de l’Eglise, de son action, de son langage, de la manière dont elle est conduite. C’est pourquoi le Pasteur en fait un domaine qu’il se réserve personnellement et où il déploie les dons d’autorité, de rayonnement, d’éloquence, que Dieu lui a impartis. Pieux, pitoyable [=compatissant], politique, au sens le plus élevé que puissent revêtir ces termes [c'est nous qui soulignons], tel m’apparaît, à travers le respect qu’il m’inspire, ce pontife et ce souverain. »  

Page 183 : « La fin de l’année 1942 vit plusieurs déclarations publiques sur la déportation. Le 17 décembre, les Alliés publièrent une déclaration sur les droits de l’homme, dans laquelle on dénonçait, en termes forts mais généraux, le traitement infligé aux Juifs. Le ministre britannique Osborne avait porté à Pie XII la déclaration des Alliés du 17 décembre, en lui demandant de la confirmer par un discours public. Pie XII termina son message de Noël [1942] en énonçant le vœu de la fin des combats en faveur de toutes les victimes de la guerre, combattants, veuves et orphelins, exilés. ‘Ce vœu, disait-il encore, l’humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive.’ Analysant le discours du pape, le service de sécurité du Reich ne s’y trompa pas. Il [le pape] accuse virtuellement le peuple allemand d’injustice envers les Juifs et il se fait le porte-parole des Juifs, criminels de guerre. » 

Page 188 : [Dans le discours aux cardinaux du 2 juin 1943] « ‘Ne vous étonnez pas, [déclarait Pie XII], Vénérables frères et chers Fils, si Nous répondons avec une sollicitude particulièrement empressée aux prières de ceux qui se tournent vers Nous, les yeux pleins d’une imploration angoissée, en butte comme ils le sont, à cause de leur nationalité ou de leur race, à des catastrophes encore plus grandes et à des douleurs plus vives, et sont parfois destinées, même sans faute de leur part, à des contraintes exterminatrices.’ (…) Le pape s’en tenait à ces phrases mesurées, et il s’en expliquait dans le même discours : ‘Toute parole de Notre part, adressée à ce propos aux autorités compétentes, toute allusion publique, doivent être considérées et pesées avec un sérieux profond, dans l’intérêt même de ceux qui souffrent, de façon à ne pas rendre leur position encore plus difficile et plus intolérable qu’auparavant, même par inadvertance et sans le vouloir.’ »   

Pages 80-81 : « Le pape se sentait contraint à la plus grande réserve. Il en avait donné la preuve en 1940 dans la condamnation de l’euthanasie, pratiquée dans le Reich sur les malades mentaux : un bref décret du Saint-Office avait rappelé l’immoralité foncière de la méthode : ‘Nous avons, disait le pape, fait parler la plus haute instance de la curie aussi brièvement et aussi sobrement qu’il était possible. (…) Lorsqu’en juillet 1941, la Gestapo expulsa de Münster les jésuites et les religieuses de l’Immaculata, que huit cents débiles mentaux furent transportés hors des hôpitaux de la ville pour être rendus à leur famille dans une urne funéraire, [Mgr.] Von Galen [évêque de Münster] monta en chaire et appela les choses par leur nom. (…) Lorsque Pie XII connut ces sermons, il écrivit, le 30 septembre 1941, à l’évêque de Berlin, qui en avait exprimé sa joie : ‘Ils nous ont causé, à Nous aussi, une consolation et une satisfaction que Nous n’avions plus éprouvées depuis longtemps sur le chemin douloureux que nous parcourons avec les catholiques d’Allemagne.’ » 

Pages 81-82 : « [Dans une lettre du 30 avril 1943 au Cardinal Preysing, archevêque de Berlin, Pie XII écrit :] ‘Nous laissons aux pasteurs qui travaillent sur place et sur les lieux le soin de peser si et dans quelle mesure le danger de représailles et les moyens de pression possibles en cas de déclaration épiscopales, et aussi peut-être d’autres circonstances causées par la durée et la mentalité de la guerre, semblent conseiller d’user de réserves, pour éviter de plus grands maux, en dépit des motifs allégués.’ [Ces plus grands maux auxquels le pape fait allusionne sont pas seulement] les représailles possibles, mais plus encore les malentendus capables d’ébranler les fidélités [des croyants]. ‘[Il y avait des choses que] le pape ne pouvait pas dire, sans risquer de passer pour un ennemi de l’Allemagne et de pousser hors de l’Eglise les chrétiens [allemands] hésitants dans leur foi et enthousiasmés par les victoires allemandes. (…) Au début de 1942, c’est par l’intermédiaire du Cardinal Faulhaber [archevêque de Münich], que Pie XII s’adresse aux prêtres et aux étudiants en théologie [allemands] appelés sous les drapeaux et les exhorte ‘à se garder de toutes les conceptions qui sont en contradiction avec la justice et la charité chrétienne (…). [Ceci afin de pouvoir un jour] ‘se féliciter que le monde sache que les prêtres catholiques allemands, les aumôniers militaires ou les soldats se sont montrés, envers et contre tout, les représentants de la bonté et de l’humanité du Rédempteur’. »   

 

   

Note de lecture: Pie XII et la Seconde Guerre mondiale (2)

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Mise à jour le Jeudi, 14 Janvier 2010 13:16 Écrit par Henri Hude

Je propose dans ce qui suit d'autres notes de lecture sur le livre de Pierre BLET, s.j., Pie XII et la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 1997, 2005. Je me contente de citer, sans faire de commentaire. L'ouvrage paru chez Perrin n'est qu'un concentré des travaux monumentaux de Pierre Blet, avec qui j'ai eu l'honneur de m'entretenir à Rome il y a une douzaine d'années, et qui m'avait fait une forte impression. Il a publié en collaboration, de 1965 à 1982, 12 volumes d'Actes et documents du Saint-Siège, relatifs à la Seconde Guerre mondiale.

Page 95 : « Dans une lettre du 2 août 1941, le Cardinal Hlond [primat de Pologne] transmettait un rapport décrivant le mécontentement croissant dans certains cercles de Pologne : On entend les Polonais se plaindre que le pape ne proteste pas contre les crimes, quand les Allemands font mourir trois mille prêtres polonais en camps de concentration, que le pape n’élève pas la voix pour la condamnation, quand on fusille des centaines de prêtres et de membres de l’action catholique (…). »

Pages 99-100 : « Le Cardinal Secrétaire d’Etat se mit en devoir de répondre à Radonski [évêque polonais de Wrostalek, alors un des trois prélats polonais en exil], en date du 9 janvier 1943 (…) : Si tu demandes pourquoi les documents envoyés par l’auguste pontife [Pie XII] aux évêques de Pologne ne sont pas publiés, sache que c’est parce qu’on a jugé bon d’adopter ici les mêmes normes qu’ils observent eux-mêmes. Eux-mêmes, en effet, ne les publient pas, de crainte que les brebis qui leur sont confiées ne soient victimes de nouvelles persécutions encore plus dures. N’est-ce pas ainsi qu’il faut faire ? Le Père de la chrétienté peut-il rendre plus rudes des malheurs que les Polonais souffrent dans leur patrie ? »

Page 101 et 102 : « Le 2 juin 1943, jour de sa fête, Saint Eugène, il [Pie XII] parla lui-même, directement, de la situation polonaise (…). [Le pape disait qu’il voulait attirer spécialement l’attention] sur le sort tragique du peuple polonais qui, entouré de nations puissantes, est ballotté par les vicissitudes et le va et vient d’un dramatique cyclone de guerre. Nos enseignements et nos déclarations tant de fois répétées ne laissent aucune espèce de doute sur les principes avec lesquels la conscience chrétienne doit juger des actes semblables, quels qu’en soient les responsables. Le gouvernement allemand ne pouvait se méprendre sur la portée de ces paroles. Il avait reçu plus tôt une note diplomatique, qui marque le point culminant dans la série des protestations que lui avait adressées le Saint-Siège.  »

Page 185 : « Le 17 février (1943), Mgr Bernardini (nonce à Berne) informait la Secrétairerie d’Etat de la conférence réunie à Genève le 12 février 1943 par le comité de la Croix Rouge pour examiner le problème de l’aide aux Juifs tombés sous la domination nazie. (…) Du comité internationale de la Croix rouge étaient présents le Prince de Schwarzenberg et Melle Ferrière, qui expliqua l’attitude de ce comité au regard de la question juive. (…) ‘On s’étonne (disait-elle) que le comité international ne proteste pas auprès des gouvernements. Tout d’abord le protestations ne servent de rien ; en outre, elles peuvent rendre un très mauvais service à ceux à qui l’on voudrait venir en aide (…).’ »

Page 180 : « Le 24 août [1943], (le Cardinal Secrétaire d’Etat) Maglione télégraphiait au délégué apostolique à Londres, Godfrey, pour informer le gouvernement yougoslave de Londres que les Italiens étaient en train de faire évacuer les camps d’internés croates et slovènes, à la suite de l’intervention du Saint-Siège [on est après la chute du régime fasciste]. Parmi eux se trouvaient 4000 Juifs, qui furent envoyés dans l’île d’Arbe. Le 24 septembre une personnalité du World Jewish congress écrivait à godfrey pour lui annoncer que ces derniers étaient hors de danger, vu que l’île avait été prise par les partisans. ‘Je suis sûr que les efforts de Votre Grâce et du Saint-Siège ont conduit à cet heureux résultat et je voudrais exprimer au saint-Siège et à vous-même les remerciements les plus chaleureux du World Jewish Congress’ »

Page 226 : Le grand rabbin de Jérusalem, Herzog, exprimait dans une lettre du 19 juillet (1943) au Secrétaire d’Etat (Cardinal Maglione) sa reconnaissance envers le pape dont les efforts en faveur des réfugiés « ont éveillé un sentiment de gratitude dans le cœur de millions d’hommes ». Assez significatif encore, l’article paru le 27 septembre 1944 dans le journal Mantuirea, sous la signature du rabbin Safran. Le titre à lui seul disait tout : Le nonce apostolique a obtenu que l’on renonçât à la déportation des Juifs en Transnistrie. Dieu le récompense de ce qu’il a fait. »

Page 322 : « Robert M.W. Kempner, ancien délégué des Etats-Unis au Conseil du tribunal des crimes de guerre de Nuremberg, écrit : ‘Tout essai de propagande de l’Eglise catholique contre le Reich de Hitler n’aurait pas été seulement un suicide provoqué, comme l’a déclaré actuellement Rosenberg, mais aurait hâté l’exécution d’encore plus de Juifs et de prêtres.’ »

Page 322 : Dans ses mémoires, publiés par son fils en 2004, Harold Titmann, qui fut pendant la guerre l’agent de Roosevelt auprès de Pie XII, (écrit qu’il) avait plusieurs fois avec les diplomates alliés demandé au pape une condamnation très explicite des nazis, y voyant un avantage pour la cause des Alliés. Finalement il conclut : ‘Je ne peux m’empêcher de penser qu’en évitant de parler, le Saint Père a fait le bon choix ; il a ainsi sauvé bien des vies.’ »

Page 323 : « Cette retenue était tout le contraire d’une indifférence à l’égard des victimes. Tandis que le pape donnait en public l’apparence du silence, sa Secrétairerie d’Etat harcelait nonces et délégués apostoliques en Slovaquie, en Croatie, en Roumanie, en Hongrie, leur prescrivant d’intervenir auprès des gouvernants et des épiscopats, afin de susciter une action de secours dont l’efficacité fut reconnue à l’époque par les remerciements réitérés des organisations juives et dont un historien israélien, Pinchas Lapide, n’a pas craint d’évaluer le nombre à 850.000 personnes sauvées. »  

   

Sur l'identité nationale. Réflexions sur l'identité

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Mise à jour le Lundi, 04 Janvier 2010 12:36 Écrit par Henri Hude

 

Quand la politique est au bon niveau

Le Président Sarkozy a décidé voici un mois, d’inviter le pays à une discussion approfondie sur l’identité nationale. Interrompu par les fêtes de Noël et de nouvel an, le débat va reprendre en janvier.

Le chef de notre communauté politique, le chef de notre Etat, et de notre nation, vient devant nous, les Français, et nous lance : « Qui êtes-vous ? »

Cette question est profonde, ce sujet essentiel. Ils méritent mieux que du soupçon. Conjonctures et arrière-pensées, demain, auront changé, mais la question demeurera. « Qui êtes-vous ? » et « Que sommes-nous ? » ou « Que voulons-nous être ? »

Un peuple ne peut exister, ni progresser dans l’Histoire, sans se les poser, sans y répondre. Elles s’imposent aux moments de crise et de réorientation. Ce sont des questions vraies, donc honnêtes en elles-mêmes. Les hommes d’Etat ont le droit et le devoir de les poser à leurs peuples, en temps opportun. Si, tout en posant ces questions honnêtes, l’homme au pouvoir choisit aussi son moment et veille à ses intérêts, rien n’empêche l’opposition de veiller aux siens, tout en précisant la question et en apportant des réponses honnêtes.

Quant au philosophe, il doit toujours proposer le détour par l'essentiel. Or, l'idée d'imitation me semble si essentielle ici, que sans elle sur ce sujet nous avancerons dans un cul de sac.

 

Identité et identification 

 

L’homme est un animal porté à l’imitation. Même quand il invente, il commence par imiter. Ou alors, il prend le contre-pied de ce qu’il refuse d’imiter, ce qui est encore une autre façon d’imiter. Qui donc imitons-nous ? Quels sont nos modèles ? A qui voulons-nous ressembler ? A qui ne voulons-nous surtout pas ressembler ? Qui est notre rival ? Qui voulons-nous dépasser, c'est-à-dire imiter en mieux ? – C’est là qu’est souvent notre identité. Ceci est vrai pour l’individu, c’est vrai pour les peuples.

 

Avoir une identité, c’est s’identifier à quelqu’un. Avoir ensemble une identité collective, c’est se rassembler autour de quelqu’un à qui on s’identifie. Notre identité nationale, c’est notre identification en commun à des modèles communs, à des personnalités-phares, à des événements fondateurs. S’il existe de tels modèles, communément acceptés comme modèles et comme communs, alors nous avons une identité commune, autrement non. En avons-nous ? Lesquels ? Telle est la question. - Voyons autre chose

 

L’imitation et le génie

 

Que se passerait-il, si nous étions tous soumis à une idéologie qui imposerait à chacun d’entre nous de se dire : « Je ne veux pas imiter qui que ce soit. Je veux être moi-même » ? Quand on veut n’imiter personne, ce qu’on imite, c’est tout le monde, négativement ? Si je ne veux être comme aucun de ceux que je pourrais choisir d’imiter, je choisis de chercher à être ce qu’aucun d'eux n’est. Je veux être inouï, inédit en tout, cela s’appelle, au sens fort génial. Pourquoi pas ? Un peuple de génies, c’est un beau projet. Réaliste ?

 

Sait-on comment on devient un génie ? Un grand peintre, par exemple, ce n’est pas un peinturlureur du dimanche, ni un enfant gentil barbouilleur ; c’est quelqu’un qui des années durant s’exerce, cherche sa voie, imite les maîtres. Un jour, à force de les étudier et de les copier, il trouve qu’il leur manque réellement quelque chose. Et ce qui leur manquait réellement, c’était lui.

 

Sans eux, il n’aurait pas été. Il est ce creux insoupçonné révélé par l’humilité de l’imitation, au cœur d’une tradition qui semblait compacte. Et une fois qu’il existe enfin, il est à leur suite, dans la série. S’il s’était contenté de les rejeter sans les imiter, il ne se serait jamais trouvé, et il n’aurait jamais pu aider personne d’autre à se trouver, après lui, grâce à lui. Et si nous n'avons que du talent, et pas de génie, ou bien nous sommes de bons disciples à l’école d’un beau génie, ou bien nous ne sommes que des prétentieux, et ne faisons rien qui vaille.

 

Imitation ou nullité

 

Quand donc on ne veut pas de modèle, on se modèle encore sur d’autres, mais sur des prétentieux, qui n’ont guère que le vide pour contenu. Au lieu d’imiter quelqu’un de bien, nous imitons tous le n’importe quoi de n’importe qui, et si tout le monde fait la même chose, parce que c’est là l’idéologie, à la fin, nous risquons de converger tous dans l’identité parfaite de la nullité : 0 = 0.

 

Si notre identité se trouve dans ceux à qui nous nous identifions, une question de bon sens surgit : « Ces modèles, eux, quelle est donc leur identité ? » La vie tout simplement nous aide à répondre.

 

Une petite fille passe dans la rue, à la main de sa mère. Sa mère la tient, elle tient sa mère, la mère va, la fille regarde sa mère et va. La mère sait où elle va, elle est fière de mener sa fille, elle est heureuse d’exister pour la conduire, et la fille se sent en sécurité. Où va la petite fille ? Vers le temps où elle sera mère et conduira à son tour sa propre fille en la tenant par la main. L’imitation est dans la vie. L’identité, ce n’est pas seulement d’avoir des modèles auxquels on s’identifie, mais c’est aussi d’être et de devenir soi-même modèle. Ainsi permettons-nous à d’autres de s’identifier à nous, qui sommes devenus modèles, parce que nous avons eu la sagesse et l’humilité de nous identifier à d’autres, qui en valaient la peine, parce qu’ils n’étaient pas des prétentieux, mais savaient s’inscrire dans la générosité de la vie.

 

Il faudrait maintenant revenir à l’identité nationale, mais je vous en laisse le soin. Bonne année 2010 !

 

   

Une démocratie durable est une démocratie qui raisonne (2)

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Mise à jour le Samedi, 25 Juin 2016 14:13 Écrit par Henri Hude

La tolérance ne doit pas être un prétexte pour arrêter de raisonner

On parle toujours de la tolérance en faisant abstraction du besoin de pensée adéquate pour une action adaptée. C’est une autre exagération. Le vrai limite le domaine de la tolérance, c’est certain, mais que peut-on y faire ? Supprimer le vrai ? Il faudrait supprimer le réel. On peut y arriver dans une dissertation, pas dans une action. 

Qu’on veuille bien y réfléchir. La tolérance, si elle supprimait la réalité, deviendrait la seule réalité, et il y aurait donc encore une réalité et encore une vérité. Laquelle ? Celle-ci : chacun de nous serait un dieu, créerait son monde, où il ne dépendrait de personne d’autre, et ces mondes ne se heurteraient jamais, car ils seraient des Absolus parallèles.

Mais ça, ce n’est pas la tolérance de toutes les opinions, c’est une opinion très particulière, qui (notez-le) prétend souvent être la seule absolument vraie. Et cette opinion très particulière (mais assez répandue), c’est une métaphysique, une morale et une religion – techniquement, ça s’appelle un néo-polythéisme.

Être tolérant, est-ce donc accepter le néo-polythéisme comme religion d’Etat. Bizarre laïcité... J’ai expliqué ça dans Prolégomènes. Les choix humains (pages 29-36).

Le polythéisme empêche de réfléchir et de raisonner, au moins autant que les médias. C’est pour cela que nous n’osons plus contredire. Le plus « fade bavard » devient un dieu infaillible.

Dans une démocratie durable, le peuple a de l’humilité. Et les élites en ont davantage.

Être tolérant, c’est accepter de discuter. S’il n’y a pas de vérité, il n’y a plus de discussion. La raison est un mot qui ne signifie rien. La liberté raisonnable non plus. La liberté n’est plus qu’arbitraire. L’arbitraire, c’est la force, et si ce n’est pas elle, c’est la ruse. Pour que la démocratie soit durable, il faut sortir de l’arbitraire subjectif. 

Logique de salon contre logique de raison

Nous ne sommes pas dans un salon, mais dans un monde dangereux. Si le commandant d’un navire qui prend eau demande à deux des ses officiers quelle est la taille de la voie d’eau dans la coque, et que les deux ne soient pas d’accord, le problème n’est pas de les mettre d’accord pacifiquement, ou d’éviter que l’un des deux ne se sente humilié, ou discriminé. Le problème, c’est juste de ne pas couler. Et pour ne pas couler, il faut savoir la vérité. Et que le Lieutenant X soit vexé de s’être trompé, tout le monde s’en moque. Et le Lieutenant X devrait s’en moquer également, s’il était au niveau de sa responsabilité. – Mais quand on ne raisonne plus, on a l’impression que la vérité n’existe pas. 

Une société libre est celle qui sait définir une tolérance sensée, qui ne la voue pas à l’échec

L’exemple du réchauffement climatique

Quelle est la mesure exacte de ce fait qu’on appelle réchauffement climatique ? Quelle en est la cause ? La cause en est-elle dans nos pots d’échappement, dans le soleil, dans les deux à la fois, dans quelque troisième encor, et dans quelle proportion tout cela ? Où est la vérité ?

Je voudrais la savoir – car je ne m’intéresse pas au consensus des vanités ou au mythe qui peut servir telle autorité.

Sur ces graves sujets, comme sur bien d’autres, les plaisantins médiatiques, ou les agités politiques, monopolisent la parole. On voudrait entendre les savants. Je voudrais que celui qu’on va entendre n’ait pas été choisi parce qu’il « passe bien ». Les meilleurs esprits sont honnêtes, ils savent, mais ils savent les limites de leur savoir. Ils tuent l’audimat. Les farceurs, eux, ne savent rien et ils ne doutent de rien. Ils le font monter.

Qu’est-ce qu’un savant ? Peut-être quelqu’un qui dit : je ne veux pas avoir une opinion sur le sujet. D’ailleurs, je ne veux pas avoir d’opinion, je veux acquérir des connaissances. Je ne veux pas non plus imposer une opinion arbitraire. Je veux même avoir le courage de piétiner mes préférences subjectives. Je ne veux pas empoisonner les autres avec mes crédulités, ou avec mes crédules incrédulités. Je ne veux pas non plus qu’on me manipule en me faisant croire des sornettes, au bénéfice d’intérêts ou de projets qui me dépassent, et qui peut-être (il faudrait voir) ne sont pas justes. Je veux penser vrai. Je veux savoir ce qu’il en est du réel.  
    

   

Une démocratie durable est une société qui raisonne (1)

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Mise à jour le Samedi, 25 Juin 2016 14:13 Écrit par Henri Hude

La semaine dernière, j’ai participé à une très belle conférence, de bonne tenue, en Grande-Bretagne, à l’UK Defence Academy. A cette occasion, une conviction s’est renforcée dans mon esprit : une société durablement libre, une démocratie durable, est une société qui raisonne.

Raisonner, c’est important

La plupart des vérités sont utiles : elles permettent seules à notre action d’être adaptée au réel, au lieu de se briser sur lui. La pensée vraie, pour un être d’action, c’est une pensée adéquate, adéquate au réel. Le réel ne pardonne pas. L’échec sanctionne l’erreur.       

On nous répète que la vérité est toute subjective. C’est tout à fait exagéré. Nul d’entre nous ne pense ainsi, quand il conduit ses affaires.       

Choisirez-vous un médecin si, à votre question sur votre maladie, il répond qu’il n’y a pas de vérité, qu’il a son opinion, mais qu’elle est toute subjective ? Avec ça vous voilà bien avancé. Ce dont vous avez besoin, c’est d’un médecin qui s’y connaisse. Connaître, c’est la responsabilité de l’esprit. Et vous demandez le même sérieux de votre assureur, de votre plombier, de votre architecte, et de tous vos professionnels. Les choisissons-nous en fonction de leur physique ou de leur bagout, ou de leur côté « sympa » ?          

Être responsable, c’est dépasser le subjectif

Je sais bien que les questions éthiques, politiques, métaphysiques, esthétiques, anthropologiques paraissent plus subjectives. Mais le sont-elles réellement ? C’est une question importante, qu'il faudrait examiner objectivement, comme toutes les autres.      

Et si, à l’idée qu’il y ait du vrai là dedans, nous sommes saisis de peur, c’est une raison de plus pour y regarder de près, sans peur de savoir, ou pour écouter ceux qui s’y connaissent, et méritent confiance, sans honte de recevoir et de dépendre, plutôt que de vivre dans l’illusion.        Mais à qui se fier ? Voilà une bonne question. Si nous répondons « à n’importe qui », alors, faisons n’importe quoi. A qui donc est-il raisonnable de se fier ? Il faut aussi le savoir.     

Un conducteur en montagne, qui aimerait penser que la force centrifuge n’existe pas finira au fond du ravin. Où finirons-nous, nous, en suivant le caprice de l’arbitraire subjectif ? Ce peut être agréable de penser que X n’est pas vrai, mais est-ce utile, si X est vrai, et est-il juste, digne et responsable, de penser des choses fausses uniquement parce qu’elles nous font plaisir ?           

Et on nous dit que tout le monde ne veut penser que ce qui lui fait plaisir. C’est encore une grosse exagération. Votre plaisir, c’est de penser que vous n’avez pas le cancer. Votre volonté, c’est de savoir si vous l’avez, afin de vous soigner, si c’est oui.   

Une démocratie durable est une société qui sait raisonner

La plupart des vérités utiles ne sont pas immédiatement connues. Elles ne tombent pas sous le sens. Et souvent ce qui semble vrai à première vue ne l’est pas.     Il y a rarement convergence entre notre intérêt solide à long terme, et ce qui nous procure une impression de satisfaction passagère, ou une conscience de réalisation subjective dans le présent. Si nous allons par cette voie, dans quelques mois, quelques années, où en serons-nous ? A ce moment-là, n’allons-nous pas regretter ? Alors pourquoi ne pas réfléchir aujourd’hui ? Pour savoir, il faut raisonner.  

Les médias sont de redoutables machines à tuer le raisonnement. Raisonner prend du temps, demande de l'effort, contrarie le caprice et remonte la pente de la facilité - en un mot, raisonner tue l'audimat.

La démocratie médiatique, asservie au business model des boites de pubs, qu’on appelle entreprises d’information, risque toujours d’être dominée par des ignorants forts en gueule, qui sont plus en phase avec le modèle. Les gens sérieux, calmes et prudents deviennent inéligibles. Les Etats semblent réduits à faire usage de vérités immédiates, ou d’apparences factices. Comment leur action alors pourrait-elle être adaptée à un réel qui se moque de nos susceptibilités de salon ?        

   

Reportage de Serbie (1)

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Mise à jour le Dimanche, 06 Décembre 2009 18:46 Écrit par Henri Hude

Je voudrais, ce dimanche, vous livrer quelques impressions, au retour d’une courte semaine passée à Belgrade. L’Académie militaire de Serbie avait réuni là une conférence, pour redéfinir la formation des officiers serbes. Mais ce n’est pas de cela dont je voudrais vous parler, du moins pas aujourd’hui (car j'aimerais revenir plusieurs fois sur cette expérience).   

 

 

 

 

 

 

La joie de vivre

 

 

Pour rencontrer un peuple, il faut aller droit à son âme, à sa vie et à sa culture. Il faudrait aussi en parler la langue. Il y avait, bien sûr, la télévision, soixante chaînes en accès libre, en quasi totalité étrangères et sous-titrées en serbo-croate, en caractères non cyrilliques. Il s’en écoulait la même joie factice et la même médiocrité que partout ailleurs dans le monde. Mais ce peuple ne m’a pas paru attristé.

 

 

Une joie de vivre, un élan vital, une santé, et pourtant pas l'excitation de la bamboche, ni celle d'années folles: telle fut mon impression dominante.     

 

Je me rappellerai toute ma vie une soirée au restaurant, réunissant les participants de la conférence, et là, jusqu’à minuit, la compagnie chantait presque sans arrêt des chants populaires serbes, d’une touchante beauté, en mangeant une nourriture rustique et abondante. On prend là bas en apéritif des petits verres d’eau de vie de prune ou de poire. Après, du vin et de la bière, à volonté assurément, mais sans abus visible. Certains convives se levaient pour danser avec élégance des danses folkloriques ou faisaient la farandole, tout autour de la grande table. Tous les participants, hommes et femmes, sans morgue, sans vulgarité, depuis le secrétaire d’Etat à la défense jusqu'au jeune lieutenant, communiaient dans la joie simple d’être un peuple. Joie trop oubliée (mais jusqu'à quand?) dans les pays où l'on dirait parfois que chaque individu est à lui tout seul son peuple.     

 

Il n'y avait pas là seulement des Serbes, mais aussi plusieurs Croates et d'autres nationalités. Cela faisait plaisir de voir des militaires serbes et des militaires croates chanter ensemble à pleine voix les mêmes chants.     

 

Les jeunes que j'ai croisés ne portaient pas de piercings. Les amoureux, dans les jardins publics, avaient l’air d’amoureux. Pour tout dire, ils faisaient plaisir à voir.

 

 

Le travail et les bâtiments

 

J'ai vu, entre l’aéroport et le centre, beaucoup de longues barres d’habitation, grises, plus grandes en général que celles de nos banlieues. Autour d’elles, toutefois, des arbres et même parfois des pelouses, le tout disposé assez souvent dans un certain ordre et non sans composition. Les moyens de transport sont plutôt vétustes dans l'ensemble, mais beaucoup de véhicules sont flambant neufs. Dans le centre même, la grande majorité des immeubles sont décrépits, et nombre de trottoirs ou de cours laisent fort à désirer. Et pourtant, l'attaché de défense français m’a assuré que les intérieurs des maisons étaient le plus souvent restaurés et quelquefois somptueux. Les copropriétés, paraît-il, ont du mal à fonctionner.

 

 

Ici et là, le long de grands boulevards, un immeuble fracassé, dont les décombres ont été laissés sur place, témoin des bombardements de l'OTAN, entre mars et mai 1999. Les visas viennent d'être supprimés, nécessaires jusqu'alors pour sortir de Serbie pour aller dans l'UE.

 

Les salaires sont bas, trois cents euros en moyenne, mais les prix le sont aussi. Sur le marché de Zémoun, j'ai par exemple noté 50 dinars (c'est à dire 48 centimes d'Euros) le kilo de poires et 25 dinars le kilo de pommes). Le troc est très important. La ponctualité, paraît-il, est très défaillante, mais c'est autre chose que de la paresse. En effet, une fois le travail salarié fini, beaucoup de Serbes travaillent à leur compte, par échange gratuit de services. Un officier me disait qu'il ne vivait  pas beaucoup plus mal que son beau-frère, installé en France, et qui gagnait nominalement beaucoup plus que lui. Il ne m'a pas dit si lui travaillait ainsi après son travail.  

 

 

La religion orthodoxe

 

Les églises que j’ai eu le temps de visiter, à Belgrade ou au faubourg de Zémoun, étaient pour les deux tiers d’entre elles en cours de restauration.  Les offices du petit matin ou du soir en étaient suivis par des publics abondants, où l’on notait la présence de nombreux jeunes, garçons et filles. Comme c’est l’usage, chacun embrasse les icônes, après s’être signé et incliné trois fois – voire plus. C’est sentimental, m’a-t-on dit, et superficiel. Allez donc savoir. En tout cas, c’était physique et tactile. On augure mal d’une religion désincarnée.  

Cet art des icones, étendu en fresques aux riches couleurs sur les murs et sur les plafonds, donne au visiteur l’impression de ne plus être sur la terre, mais au ciel, et d’y faire les yeux ouverts une expérience d’illumination spirituelle, que les saints seuls font les yeux clos. Le peuple se tient debout dans la nef, sans chaises, femmes à gauche, hommes à droite, et les prêtres célèbrent les mystères derrière l’iconostase, comme des anges de Dieu dans le sanctuaire céleste, d’où ils sortent de temps en temps pour encenser les icones et pour bénir les croyants. Le texte de la liturgie est entièrement chanté, par des voix de basse. Et cette pénétrante mélopée s'élève comme la fumée de l'encens.

 

 Le patriarche de Serbie était décédé il y avait une quinzaine. Un officier racontait que sa femme était allée, avec son fils, saluer sa dépouille mortelle, dans ce patriarcat situé juste à côté de l’ambassade de France. Ils partirent à huit heures du soir, ils ne revinrent qu’à cinq heures du matin, tant la foule se pressait en files immenses.

 

 

La France et la Serbie

 

La ville de Belgrade est construite de part et d’autre d’un axe, qui va de l’immense cathédrale Saint Sava, commencée en 1935, de nouveau en travaux depuis l'an 2000, financée par la diaspora, et presque aussi grande que Saint-Pierre de Rome, - jusqu’à l’énorme forteresse médiévale, rebâtie par les Turcs, et refaite encore par les Autrichiens en style Vauban. Elle se dresse au sommet d’un promontoire dominant le confluent de la Save et du Danube.

Le monument à la résistance de la Serbie y rappelle le caractère indomptable de ce peuple fier et combatif, qui a voulu exister libre entre deux grands empires et qui jamais, en cinq cents ans d'occupation turque, n'a été réellement pacifié. L'irréalime de la politique de Milosevic ne doit pas faire oublier l'essentiel.

Les Français sont venus, eux aussi, mais combattre aux côtés des Serbes. Durant la Première guerre mondiale, sur les six cent mille hommes de l’armée d’Orient, quatre-vingt mille sont morts. Deux fois plus ont été blessés.   

Le grand parc autour de la forteresse est le Panthéon des Serbes. Chaque grand homme y a sa statue. Tous les enfants des écoles y viennent, un jour où l’autre.  

Ils passent tous, en particulier, devant un monument surprenant, dont je ne connais pas au monde l'équivalent. Le puissant socle de pierre porte l’envol d’une statue stylisée, comme une pensée de bronze. Du côté sud, écrits en français, les trois simples mots : « A la France ». Du côté nord, en serbe et en cyrillique, est inscrite la phrase suivante : « Aimons la France, comme la France nous a aimés ».

   

Que savent-ils sur la mort ?

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Mise à jour le Vendredi, 24 Juin 2016 12:40 Écrit par Henri Hude

Ceux qui ne doutent de rien 

J’avais entendu s’exprimer à la radio l’un des promoteurs d’une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie. Ce qui m’avait frappé, c’était son assurance.

Cet homme-là ne doutait de rien. Il était sûr d’être dans le juste. Il était sûr d’être dans le vrai. Peut-être avait-il raison ? Si c’était le cas, cet homme-là était un grand sage. Je m’explique.  

Euthanasie signifie « bonne mort ». Comment savait-il en quoi consiste la bonne mort ? Parce qu’il savait, je suppose, ce que signifie « bon » et ce que c’est que « la mort ». Cet homme-là savait donc, apparemment, ce qu’étaient le bien et la mort. Quelle chance pour lui ! Et quelle chance pour nous.   

Il savait que la mort était la fin totale de l’être humain, la chute dans le néant. Il savait que la bonne mort était celle qui n’était pas douloureuse, pas longue (assurément, c’est cela que nous préférerions tous, instinctivement). Quant à la dignité, qui faisait partie du bien, elle consistait positivement à agir, à rester le maître des événements, et négativement à ne pas dépendre, à ne pas subir. Le « bien » consistait donc dans le plaisir et dans l’absence de douleur, dans la préférence instinctive, ainsi que dans la puissance active, qui est dignité.  

Mon législateur savait-il que tout cela était vrai ? Ou voulait-il le croire ? En fait, je pense qu’il n’en savait rien, mais qu’il voulait le croire. Je ne lui reproche pas de vouloir le croire, après tout, c’est son affaire.    

 

Le pessimisme n’a rien de certain 

La mort totale, la chute dans le néant, ce serait la fin de tout espoir. En ce sens la mort serait toujours absolument triste et sa simple anticipation projetterait une ombre en arrière, sur toute la vie. La mort totale rend la vie mauvaise.  

Si la mort est totale, la mort est toujours bonne, par définition, puisqu’elle met fin au désespoir rationnel d’une vie qui ne mène à rien, une grande passion inutile. La mort serait peut-être même la seule bonne chose, pourvu qu’on ne la sente pas passer. L’euthanasie serait la seule bonne chose de la vie. Tellement bonne, qu’on ne voit pas pourquoi on attendrait la fin.  

Bref, si la mort est totale, la mort est bonne par définition, et la vie mauvaise par définition. Est-ce là une bonne base pour légiférer pour un peuple aspirant au bonheur ?  

Si c’était la vérité rationnelle, il faudrait bien la reconnaître. Mais est-ce la vérité certaine ? Et si ce n’est pas la vérité certaine, pourquoi légiférer sur ces sujets comme si pesait l’évidence de plomb d’une chape de désespoir ?    

 

Euthanasie et manque d’esprit critique 

Mon sentiment sur une telle proposition de loi, c’est qu’elle se fonde sur un manque d’esprit critique. On avance comme si le pire était sûr, mais cela n’est pas sûr du tout. Il faut envisager toutes les hypothèses. Soulager la douleur, sans doute, et on y arrive assez bien. Mais donner la mort à l’être humain, c’est quand même tout autre chose.  

Pour croire faire du bien à quelqu’un, en lui donnant la mort, il faut vraiment penser qu’on lui fait du bien en lui infligeant, ou en lui permettant de s’infliger, une mort violente, et en lui interdisant de subir une mort naturelle. Le naturel vaut-il mieux que l’artificiel, en matière de vie et de mort ? Tout le monde parle d’écologie, et on voudrait industrialiser tout, mécaniser tout, y compris la mort ?    

En réalité, mon grave législateur n’est pas sûr. Vous direz que je n’en sais peut-être pas plus que lui. C’est bien possible. Admettons même que cela soit vrai. Sur la base d’un tel doute général, nous gardons donc un espoir que la vérité, après tout, puisse ne pas être triste et que le pire ne soit pas vrai. Donc, si nous doutons vraiment, nous espérons. Allons-nous donc agir comme par certitude de désespoir, alors que le désespoir est peut-être une sottise, un coup de cafard, et que les nuages vont s’entrouvrir – et qu’en tout cas, ce désespoir est un manque d’esprit critique ?      

Admettons que nous soyons tous dans le doute, que ferions-nous ? Voilà la bonne question.

Dans le doute, nous nous dirions que la vie a peut-être un sens. Et il nous suffirait d’un léger doute pour nous y accrocher et nous réjouir de la possibilité du sens. Dans la joie du sens, allons-nous tuer par désespoir ? Pourquoi imposer une telle ambiance à ce peuple de bons vivants ?  Pourquoi le doute profiterait-il toujours à la négation ? Cela, ce n’est pas le doute critique, mais c’est le préjugé du négatif que refuse l’esprit critique. 

Il me semble que, dans le doute, dans l’espérance du sens, l’homme critique ne tue pas l’homme. Il le soigne, il lui tient la main, il soulage à la fois sa douleur, son angoisse et son chagrin, il l’aide à trouver le sens et la dignité que peut revêtir tout instant de l’existence, y compris les derniers.    

   

Vivre la dignité de la mort

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Mise à jour le Dimanche, 29 Novembre 2009 22:51 Écrit par Henri Hude

C’est le seul moyen de mourir dans la dignité 

Comment pourrait-on mourir dans la dignité, s’il n’y avait pas une dignité dans la vie même ? Mais la mort, n’étant que l’extrémité de la vie ici-bas, doit avoir au moins la même dignité que la vie en elle-même.  Pour mourir dans la dignité, il suffit donc de vivre jusqu’au bout.  

Quelle dignité peut avoir un simple tas de matière, issu du hasard et voué à la décomposition ? Or si nous ne sommes que cela, si nous mourons tout entiers, ne parlons plus de vivre dans la dignité, ni donc d’y mourir. Mais en fait, nous croyons à notre dignité, cela montre que nous ne tenons pas le désespoir pour si raisonnable et que, dans le fond, nous croyons qu’il y a peut-être bien autre chose.  

Quelle dignité y a-t-il à prendre une attitude artificielle ? La dignité est d’abord morale. Respecter la vérité, c’est bien plus que se tenir droit. Tout mépris de la mort suscite une certaine admiration, mais le courage ne suffit pas à faire une bonne action. Certains criminels de guerre étaient aussi des héros. Quand on ne ment pas, quand on ne se paye pas de mots, la personne vaut toujours mieux dans sa vérité que le personnage qu’elle préférerait jouer dans l’imaginaire.

Le témoignage du sens dans la fragilité est un cadeau sans prix fait à ceux qui restent ici-bas pour affronter à leur tour la vie.   

 

Pourquoi souffrir deux fois au lieu d’une ?  

La souffrance est douloureuse : c’est une évidence et une tautologie. Elle n’a pas de sens : ce n’est qu’une hypothèse.  

Si on croit cette hypothèse vraie, la souffrance est deux fois douloureuse. Une fois parce qu’elle est douloureuse, une seconde parce qu’elle est absurde.

De quoi veut-on se libérer par la « bonne mort » ? De la simple douleur ? Mais pour cela, il n’est pas besoin de mourir. De l’absurde ? Mais ce n’est peut-être qu’une impression. Il vaut mieux guérir de cette impression.  

C’est par l’amour qu’on en guérit. Peut-être aussi par la sagesse.  

L’euthanasie devenue fait sociologique, ce serait en fait une psychothérapie collective contre la présence de l’absurde. Mais pourquoi ne pas guérir de l’absurde simplement par le petit acte de douter de l’absurde, qui suffit à libérer la joie de vivre et la puissance du sens.   

 

Pourquoi se priver de sa mort naturelle ?  

Celui qui appelle la mort du geste et de la voix se prive de tant de joies ultimes et si rares, d’échanges si vrais, de rapports si inoubliables, d’instants où, presque sans parler, par la simple pression d’une main, on se dit tout et où enfin on se comprend, alors qu’on avait perdu des années à ne plus se comprendre et à ne plus rien se dire… Pourquoi ne pas redécouvrir ces moments, plutôt que de fuir par le non sens du meurtre et du suicide finaux, une sinistre chute dans un non sens, peut-être imaginaire ? Transfert imaginaire d’une tristesse et d’un manque d’amitié, dans la structure et l’orientation de la vie ?     

 

Contre le dogmatisme du désespoir 

Bref, ne pas agir comme si le douteux était certain. Ne pas agir comme si l’espoir était vain. Ne pas imposer aux autres cette croyance arbitraire. Ne pas leur donner le témoignage du non sens. Accepter le questionnement.

Faire jouer l’esprit critique, c’est toujours une victoire contre la négation et le néant, à condition que nous sachions tenir la main de la personne qui souffre, et mettre en doute le doute unilatéral qui ne sait douter que de ce qui ferait sens.  

En fait, nous aimons la vie, nous croyons qu’elle est bonne, et pas seulement parce qu’elle nous procure du plaisir, car nous pouvons nous sacrifier de bon cœur pour la vie qui monte et pour ce que nous aimons.  

La mort peut être une naissance à une vie supérieure, à une existence céleste. Il faut en être resté à une phsique de Meccano, datant du 19ème siècle, ou même de l'Antiquité, pour se croire sûr que la décomposition laisse tout tomber au néant.

Mesdames et Messieurs les députés, à supposer que vous ne sachiez pas davantage que votre triste collègue ce qu’il en est de la mort, mais que vous soyez plus critique que lui, donc à supposer que seulement vous doutiez, que choisiriez-vous ?  

On dit que la mort est pour chacun ce que chacun pense. Voire. La mort est ce qu’elle est, même si nous ne le savons pas. La question serait alors : « Dans le doute, que fait-on ? » Ou s’il faut parier, sur quoi parie-t-on ?   

Le doute unilatéral, ce n’est pas un doute, c’est un préjugé de désespoir. Si ce préjugé était si vrai que cela, nous serions tous morts depuis longtemps.     

 

Fraternité ou absurdité ?   

Je vois bien qu’ils tiennent à ce que le suicide soit la façon commune de sortir de la vie. Mais je me pose alors cette question : pourquoi ces gens ont-ils à ce point besoin de croire au non-sens ?  La France est-elle la République du non sens ? Liberté, égalité, solidarité dans l’absurdité ?  

   

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