Henri Hude

Abraham Lincoln et l’avenir de l’Europe

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Mise à jour le Dimanche, 23 Mai 2010 11:35 Écrit par Henri Hude

Pourquoi parler d’Abraham Lincoln ?

 

Parce qu’il n’est rien de plus actuel, pour l’avenir de l’Europe.

 

Le Président Lincoln présida aux destinées des Etats-Unis, lors de la plus grave crise de leur histoire, la Guerre de Sécession (1861-1865). La question était 1° de savoir si les Etats-Unis, divisés sur la question de l’esclavage, et plusieurs autres, se dissoudraient ou resteraient une Union. Plus en profondeur, cette crise de décomposition posait 2° la question de savoir, si le régime démocratique était durable.

 

Les deux questions posées par la nouvelle Grande Crise

 

L’Europe est aujourd’hui placée, par la nouvelle Grande Crise, face à deux questions analogues. 1° L’Union européenne peut-elle demeurer une Union ? Et plus en profondeur, 2°, la Démocratie est-elle durable ? 

 

Ne peut sûrement pas durer la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui : avec son idéologie politiquement correcte, l’exubérance irrationnelle de ses médias, son pouvoir politique diminué dans sa crédibilité et dans son autorité morale. C’est une démocratie à moitié libre, mais aussi à moitié esclave.

 

Le mérite de Lincoln fut de dire et de décider que l’Union devait demeurer, mais qu’elle ne pouvait pas demeurer telle qu’elle était, « à moitié esclave et à moitié libre », et que de sa capacité à se réunir sur de nouvelles bases dépendrait l’avenir de la liberté dans le monde. C’est aujourd’hui la même chose pour l’Europe.

 

Elle arrive au bout de l’impasse dans laquelle l’ont depuis longtemps engagée des décideurs sans vision et sans courage, tant pour lui dire la vérité, que pour agir avec décision.

 

Des dirigeants économiques se retrouveraient en prison, s’ils mentaient à leurs actionnaires et créanciers autant qu’en Europe, les dirigeants politiques de premier rang mentent aux citoyens, aux contribuables, aux créanciers et à ceux à qui l’ont dit que les droits et les protections qu’ont leur a donné dureront toujours.

 

La politique, et sa communication, qui devraient être les plus sérieuses des activités, sont les plus dérégulées et les moins éthiques, celles où l’on tolère le plus l’amateurisme, le mensonge éhonté, l’irresponsabilité.

 

Désormais, la fuite en avant n’est plus possible, car la menace de la faillite est là, béante, à deux ans, à deux pas. C’est l’ignorance des ordres de grandeur financiers - ignorance massive chez les citoyens – qui donne aux dirigeants l’impression qu’il y a encore un sol sous leurs pieds.  

 

Tous les chiffres pourtant sont, en France, sur le site de l’INSEE, mais c’est au citoyen de s’y retrouver, comme il peut. Jamais aucun dirigeant de premier plan, depuis des décennies (en fait, depuis Giscard), ne vient expliquer au Peuple les comptes de la Nation, les comparer à ceux des autres, faisant concevoir les masses, les proportions, les ordres de grandeur, les équilibres, comme à n’importe quelle assemblée générale d’actionnaires.

 

Ce qu’on ose appeler le débat politique se focalise sur des enjeux soi-disant symboliques, en réalité insignifiants, et on laisse passer sans information ni débat des énormités monstrueuses, conduisant à des impossibilités manifestes, parfaitement prévisibles. 

 

L’Europe a donc le choix : éclater et voir chacune de ses nations stagner à part, dans l’impuissance, ou se renouveler, pour renaître dans une unité supérieure.

 

L’avenir de la liberté dans le monde

 

L’Europe arrive au bout de l’impasse à un moment où les USA ne sont plus en mesure de porter seuls le poids du leadership du monde et d’y assurer seuls la prédominance des principes de liberté. L’Europe doit donc s’unir d’une nouvelle manière (c'est-à-dire non plus d’abord à partir de l’économie, mais d’abord à partir de la culture, du politique et du militaire). Elle doit aussi porter sa part du fardeau de la liberté, ou renoncer bientôt à la voir régner dans le monde.

 

L’Europe ne peut plus rester désunie et sans Pouvoir. Sa Démocratie ne peut plus demeurer à moitié esclave. Ses principes, sa politique et son organisation étant absolument inadaptées aux nécessités de sa simple survie, l’Europe a besoin d’une nouvelle culture de Pouvoir, et d’« une nouvelle naissance dans la Liberté ».  

 

L’Europe a besoin de renouveler ses dirigeants politiques

 

L’Europe a besoin de nouveaux leaders, qui 1° rompent avec la servilité du « politiquement correct », 2° imposent une régulation rationnelle aux médias, et 3° replacent la politique à son juste niveau, lui rendant ainsi une autorité, sans laquelle le Pouvoir n’existe plus et la confiance pas davantage.

 

« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. » Les dirigeants en faillite doivent évidemment s’en aller. Il faut cesser de confondre les élections nationales avec le tiercé, la téléréalité ou le festival de Cannes. En Europe doit se lever, plus qu’un nouveau mouvement politique, une génération de décideurs d’une autre classe, de citoyens expérimentés, se sentant tous responsables de l’intérêt commun, rompant avec des jeux insignifiants, refusant le cinéma, le verbiage idéologique et la com, et investis pour cela de la confiance des peuples.

 

Que ce groupe de nouveaux dirigeants trouve ses leaders et l’Europe aura trouvé ses nouveaux Fondateurs. Elle dira à l’Amérique qu’elle a enfin un partenaire. Le monde saura qu’il faut de nouveau compter avec elle. Elle rentrera dans l’Histoire.

 

A l’Europe en crise, divisée, non durable, il faut des Lincoln. Il lui en faut dans plusieurs Nations. A-t-elle assez de substance pour cela ? Nous le saurons très vite.

 

Retour d'Amérique (1)

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Mise à jour le Dimanche, 16 Mai 2010 19:33 Écrit par Henri Hude

Ne pas oublier les questions politiques et culturelles

 

Je sais bien que ces jours-ci on ne parle que de dettes et de finances, mais c’est une raison suffisante pour prendre du recul et considérer les questions économiques sur le fond des questions culturelles et politiques (internationales). Prendre pied sur ce fond est le seul moyen de ne pas se noyer dans la pure technique ou, pire, dans le médiatique. Peut-être reviendrai-je un instant sur cette actualité financière à la fin de cet article. Pour l’heure, je voudrais vous faire part de nouvelles essentielles, puisées aux meilleures sources.  

 

Durant les dix derniers jours du mois d’avril, je me suis rendu aux Etats-Unis, notamment à l’US Naval Academy, à Annapolis, Maryland, où j’ai participé aux travaux de la Mac Cain Conference 2010.

 

La réunion de cette année portait sur les questions d’éthique liées au développement de la robotique militaire. Plus généralement, elle posa clairement les problèmes liés au progrès technique en matière d’armements. Il y avait là les meilleurs connaisseurs de ces questions, notamment le Pr. Ronald Arkin, du Georgia Institute of Technology. Je voudrais vous en faire rapport et réfléchir sur cette conférence.    

 

Elle regroupe des civils et militaires, principalement (mais pas uniquement) Américains, intéressés par les questions de philosophie morale et politique tournant autour des affaires militaires. (Pour la petite histoire, elle porte le nom de l’Amiral Mac Cain, père du Sénateur John Mac Cain, le compétiteur malheureux du Président Obama. En effet, l’Amiral fit don par le passé d’une somme d’argent, permettant de tenir chaque année une réunion consacrée aux questions d’éthique professionnelle.)

 

Ceux qui en France ou en Europe s’intéressent à ces questions auront plaisir à apprendre qu’il se tiendra le 18 Juin 2010 une réunion à Paris, à l’Ecole Militaire, sur le même thème, organisée à l’initiative du Pôle d’Ethique du Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

 

Quand la Chine s’est réveillée

 

Dans la bibliothèque du Centre Stockdale de l’USNA, j’ai lu avec le plus grand intérêt les plus récents numéros de plusieurs revues de la marine de guerre américaine. Ce qui me frappa, ce fut de constater qu’il n’y était guère mention de l’Irak, ou de l’Afghanistan, mais que l’intérêt se focalisait sur la Chine.

 

Je lis, par exemple, le revue Proceedings, April 2010. Tout en gardant bien entendu toute mesure et prudence, les auteurs s'expriment en fonction de la possibilité d’une guerre avec la Chine. Il s’agit de veiller pour éviter toute possible surprise stratégique. La Chine, nous dit-on, vise à obtenir la parité avec les USA. Surclassée dans le domaine conventionnel et nucléaire, elle développe toutefois des armements originaux. Par exemple, elle construit de tout petits bateaux ayant la forme de barges de quatre mètres sur six, téléguidés, bourrés de missiles mer-mer. On peut estimer que le choix de ce genre d’armes serait de nature à rassurer le plus fort, en constituant une reconnaissance de sa supériorité. Mais bien que ce soit là, en un sens, une arme de pauvre ou de faible, elle peut toutefois constituer un matériel redoutable, apte à saturer, si elle est utilisée en grand nombre, les défenses de flottes technologiquement supérieures.

 

Plus encore, la stratégie chinoise vise à rendre obsolète toute la machine de guerre américaine, en concentrant ses efforts sur la guerre spatiale et la guerre cybernétique (cyberwar). Il s’agit de promouvoir une nouvelle révolution des affaires militaires, et d’imposer un nouveau paradigme de la guerre, dans lequel il deviendrait possible de couper, de perturber, ou d’intercepter les télécommunications adverses, de troubler le fonctionnement des cerveaux électroniques de toute la machine de guerre américaine, voire de la retourner contre elle-même, en en prenant le contrôle, si cela était possible. L’énorme puissance américaine se découvrirait, tout à coup, suggère le Lt Com. Leah Amerling-Bray, réduite à l’état d’une Ligne Maginot, devenue obsolète, face à une tactique révolutionnaire: "Is China bypassing our Maginot Line ?"

 

Surprise stratégique et bipolarisation

 

La capacité de destruction et d’aveuglement des satellites, d’attaque des données informatiques, d’affolement des logiciels, et autres tactiques, est très préoccupante, car elle ne se laisse pas déceler par les moyens d’observation disponibles, et il est difficile de savoir où en est l’adversaire de ce genre d’armements. Il est bien sûr plus difficile d’espionner une dictature qu’une démocratie.

 

Ces tactiques sont tellement d’actualité qu’il importe, nous dit-on, de réapprendre à travailler en mode dégradé, c'est-à-dire en supposant que telles ou telles avaries affectent les systèmes d’armes sophistiquées. En un mot, la surprise stratégique ne peut plus désormais être tout à fait exclue.

 

C’est la première fois que j’entends des officiers américains exprimer des craintes sérieuses de voir Pékin en mesure d’annexer Taïwan dans les années qui viennent.

 

En un mot, si l’on s’élève au-dessus du bruit de fond de l’actualité médiatique, le premier fait essentiel qui se dégage est le suivant : même si les points de tension ne manquent pas dans le monde, et même si on peut toujours redouter ici ou là des événements catastrophiques ou des escalades irrationnelles, c’est pourtant dans la nouvelle bipolarisation politico-stratégique opposant la Chine et les USA que se trouve le seul véritable risque de guerre mondiale.  

   

Retour d'Amérique (2)

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Mise à jour le Dimanche, 16 Mai 2010 19:33 Écrit par Henri Hude

Une nouvelle course aux armements

 

C’est sur cet arrière-fond de rivalité mondiale, que doit être interprété le second fait essentiel, qui saute aux yeux de tout participant attentif à la conférence Mac Cain : une nouvelle course aux armements est lancée, dans une ère d’évolution technologique sans précédent. 

 

La capacité de téléguider des insectes et de les équiper de moyens d’observation miniaturisés à l’extrême peut et va pouvoir transformer virtuellement n’importe quelle mouche, ou cafard, voire moustique, ou moucheron, en espion redoutable des conciliabules d’Etat les plus secrets.

  

Selon le Général James POSS, directeur du développement et de la doctrine de l’US Air Force, les capacités d’observation de l’aviation US atteignent désormais des niveaux de précision ahurissants. Il suffirait ainsi de trois avions de nouvelle génération Gordon Stare tournant au dessus de Paris pour y détecter n’importe quelle cible visible, avec une résolution qui n’excède pas deux pouces.  

 

Le développement des drones et des appareils sans pilote laisse prévoir un temps où l’aviateur ne décollera plus si souvent, mais pourra frapper un adversaire à des dizaines de milliers de kilomètres sans prendre le moindre risque, en manœuvrant un joystick et sans sortir de son propre pays.

 

Même sur terre ou sur mer, on travaille à construire et à programmer des robots, par exemple, des véhicules armés, capables de combattre et de tuer des humains. On discute pour savoir si cela est immoral, ou si, au contraire, les robots programmés ne seraient pas les combattants les plus sûrs et les plus « éthiques »– tel est le fond du débat entre Noël Sharkey et Ronald Arkin, qui seront présents tous deux le 18 Juin à l’Ecole Militaire.

 

En même temps, on travaille à développer des armes non léthales, qui peuvent blesser, mais qui normalement ne tuent pas, afin de contourner les tactiques des guérillas urbaines, dont l’objectif réel est de pousser à la faute les armées occidentales et de fabriquer de la victime innocente, en vue d’une fructueuse exploitation médiatique.

 

Problèmes éthiques et juridiques

 

La guerre cybernétique pose des problèmes juridiques particulièrement épineux. Comment identifier l’adversaire avec certitude ? Où est l’auteur d’une attaque informatique de très grande ampleur ? Que devient le casus belli, quand l’ennemi, non identifiable, n’emploie plus aucune force mécanique ou chimique, ne tue personne, et ne détruit aucun immeuble ? Et peut cependant, par le seul emploi des forces électromagnétiques, désorganiser et désarmer l’adversaire, c'est-à-dire le vaincre ?

 

Le problème, éthique et juridique, est d’autant plus difficile, que dans tous les jeux de guerre menés jusqu’ici, l’agresseur cybernétique gagne à tous les coups. En d’autres termes, la seule défense efficace dans la cyberwar se trouve dans l’attaque. Et voici donc posée en termes tout nouveaux la si grave question de la guerre préventive.     

 

Les Etats-Unis se dotent d’institutions et d’organismes capables d’étudier toutes les implications de cette révolution technologique, par exemple, le CETMONS (Consortium for Emerging Technologies, Military Operations and National Security), basée à l’Arizona State University (ASU. Dans le comité exécutif du CETMONS se trouvent deux personnalités aussi estimables que remarquables, Mme Shannon French et le Pr. George Lucas(rien à voir avec le cinéaste de La guerre des étoiles).

 

Dans une présentation du CETMONS que j’ai en mains, je lis (c’est moi qui traduis) : « La technologie développée dans des buts militaires recèle un potentiel considérable de déstabilisation de tous les systèmes existants, économique, social, militaire, culturel et technologique. Les nouvelles armes et les nouvelles façons de conduire les guerres vont introduire des dilemmes éthiques et apporter de profonds changements à tous les aspects de la société. Nous devons comprendre de quoi il s’agit, non simplement dans une vue militaire opérationnelle, mais à cause des implications stratégiques et culturelles. »

 

Penser la guerre pour faire l’Europe

 

On entend en ce moment beaucoup de critiques relatives à l’impuissance de l’Europe face à la crise financière qu’elle traverse. Ce qui m’inquiète beaucoup plus, c’est de voir l’Europe raisonner comme si l’économique était le tout, comme s’il existait par lui-même, et demeurer dans l’indifférence au contexte politique et militaire international et mondial. Plus que jamais, pour situer la politique à son juste niveau, il faut penser la guerre. Autrement, il n’y a pas de Pouvoir.

 

C’est parce que nous ne pensons pas la guerre, et ne pensons pas à la guerre, que nous sommes incapables de dégager un leadership politique européen effectif et que même les questions financières nous semblent insolubles. On ne fait pas confiance à une communauté politique où n’existe pas un véritable Pouvoir légitime. Et si une communauté politique est paralysée par le politiquement correct, elle n’a pas de Pouvoir, elle est aussi impuissante et désarmée qu’ingouvernable. Sans Pouvoir, elle n’inspire pas confiance. Sans confiance, pas de crédit, et sans crédit, pas de monnaie. L’Europe se fera en commençant par repenser la guerre

 

Il est vrai que l'idée de guerre et l'idée de Pouvoir sont politiquement incorrects. Mais rien de ce qui vit n’est viable, s’il n’est pas en mesure de se défendre et de prendre en compte le tragique de l’existence, autour d’un Pouvoir et d’un Commandant en chef. Une démocratie soumise au politiquement correct n’est pas une démocratie durable. Il faut penser la guerre pour faire l’Europe. La monnaie n’est jamais qu’un sous-produit de la puissance. Et dans des esprits très développés, l’impuissance réside entièrement dans la tête. Pour sortir de la crise, il faut sortir du politiquement correct.

 

   

Réflexions sur l’information

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Mise à jour le Dimanche, 25 Avril 2010 17:28 Écrit par Henri Hude

Je n’aime pas commenter les sujets qu’on dit  d’actualité, sauf après coup, quand ils ne sont plus d’actualité. Je ne sais pas si c’est le meilleur moyen de plaire, mais je sais que c’est la meilleure façon d’être utile. Je voudrais dire pourquoi.

 

La vérité, qu’est-ce que la vérité ?

 

Supposons que les journaux, notamment les journaux télévisés, se mettent a parler beaucoup d’une institution financière, une banque B., par exemple. Supposons que ces journaux disent: « La banque B. a perdu 200 millions d’Euros sur le premier semestre ». Et supposons que cette banque ait effectivement enregistré des pertes au cours de l’exercice. Est-ce que les journaux auront donné, ce faisant, une information vraie ? La réponse, évidemment, est ‘oui’, pense-t-on spontanément. Et pourtant, la réponse est ‘non’, évidemment.

 

Un fait isolé n’a pas de sens. Un fait qui n’est pas mis en perspective non plus. Un fait isolé peut induire une interprétation fausse. Il peut être trompeur.

 

Supposons, par exemple, que durant ce même semestre, les cinq principales concurrentes de la banque B. aient eu des pertes très supérieures. Le fait brut qu’on appelle une information exacte, est non pas faux, mais induirait en erreur, puisqu’on pense que la banque B. est particulièrement en difficulté, alors qu’au contraire, elle s’en sort plutôt bien. Le renseignement vrai, utile et juste serait : « Dans une situation difficile pour les banques, la banque B. s’en tire moins mal que les autres. »

 

Une « divinité cruelle et capricieuse »

 

Maintenant, supposons qu’un journal ne donne sur la banque B. que des informations non mises en perspective, et s’attarde longuement à analyser les raisons de ces pertes. Supposons qu’un bulletin dit d’information, passant en boucle ou en bandeau défilant, alerte continuellement l’auditeur, ou le téléspectateur, sur ces pertes. S’agit-il d’information ? Non. Cela s’appelle une campagne de presse contre la banque visée. Le seul événement certain, c’est que des gens ont décidé de lui nuire. En termes précis, il s’agit de diffamation visant une institution, au moyen de la montée en épingle d’un agrégat de faits réels mais inutilisables, faute de quantification et de mise en perspective.

 

Dans une Démocratie durable, il y a des lois permettant de protéger la réputation d’une institution contre ce genre de diffamation. Dans une Démocratie non durable, la presse joue parfois le rôle de ce que l’Anglais Lloyd, dans son livre What the Media Do to Our Democracy appelle « a cruel and capricious deity ».

 

L’histoire et le roman

 

En général, l’information financière est faite sérieusement, parce que ceux qui la lisent ont envie de savoir la vérité, ce qui est la seule chose utile.

 

Il faut se résigner à une réalité : l’information sérieuse n’est pas spectaculaire. C’est comme un diner en ville où l`on ne dirait du mal de personne et où il faudrait en plus faire un effort de réflexion. Il est vrai que, si l’on pouvait survivre à ce genre de diners, on en sortirait avec l’impression de ne pas avoir perdu son temps.

 

L`information divertissante est comparable à un roman historique en temps réel. Le seul enseignement certain porte sur la subjectivité de ceux qui parlent ou écrivent. C’est un inextricable mélange de faits, de sensationnel, de conflictualité et de scandale. Se renseigner via ces médias, c’est comme vouloir savoir qui était Richelieu en lisant Les Trois Mousquetaires.

 

Trois résolutions

 

Je suggère en conclusion d’examiner trois résolutions :

 

1ère Résolution : pratiquer le doute cartésien, et le soupçon nietzschéen, par rapport à l’information, tant que l’information n’est pas strictement séparée du divertissement. C’est à dire pour un certain temps.

 

2ème résolution : éviter d’entamer trop vite des discussions et des polémiques, sur la base de ces inepties. Car c’est exactement ainsi que le manque de sérieux, de vérité et de justice érode le fonctionnement rationnel de notre démocratie.

 

3ème Résolution : faire peut-être l’application de ces principes à tel ou tel sujet de ce dernier mois d’actualité.

 

 

 

 

 

   

Enquête sur la "victime"

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Mise à jour le Samedi, 03 Avril 2010 13:26 Écrit par Henri Hude


La victime et l’hostie

 

Je me suis intéressé récemment au sujet de la victimisation, pour la revue Inflexions. Et puis nous sommes dans le temps de Pâques et j’ai eu la curiosité de rechercher l’étymologie du terme « victime ».  A peu près rien à voir entre le sens actuel et le sens originel.

 

Être « victime » nous situe étymologiquement dans le champ du Pouvoir, en tant que celui-ci se manifeste dans l’épreuve de force. « Victime » vient en effet du latin vincere, victum, vaincre. La victime, c’est le vaincu offert aux dieux en sacrifice.

 

L’autre terme synonyme, en français, lui aussi hérité du latin, c’est « hostie ». Hostie vient de hostis, l’ennemi. L’hostie, c’est encore l’ennemi (vaincu) offert aux dieux en sacrifice. La différence entre la victima et l’hostia, c’est que la victima est offerte en sacrifice d’action de grâces, alors que l’hostia l’est en sacrifice d’expiation. Nous trouvons ces indications dans ce trésor qu'est le Dictionnaire étymologique de la langue latine, d'Ernout et Meillet.

 

La Puissance et la religion

 

Dans l’un et l’autre cas, au-delà des détails du contexte polythéiste populaire, les sages romains se représentent le Numen, la Puissance première et divine, qui châtie la démesure et l’injustice, et autour de laquelle l’univers, les peuples et les nations font cohésion par l’obéissance à ce que le grand tragique grec Sophocle appelle les « lois éternelles, non faites de main d’homme » (dans son Antigone, vers 450-460). 

 

La « religio », c’est d’abord ce sentiment de respect du Numen. Comme l’analyse Hobbes dans son Léviathan, l’homme voit à tout instant le chaos virtuel qui résulterait de la liberté de son égoïsme, et il exprime une demande de Pouvoir, pour que soit  imposée à tous une Loi de paix. Il comprend que l’ordre consiste à faire Corps autour d'un juste Pouvoir  et sous lui, selon une Loi de paix. Mais l’homme situe la Cité dans l’Univers. Il va donc du Pouvoir au Numen, en se représentant le monde entier comme une Cité en bon ordre et il se représente alors le Numen à l’image du Pouvoir.

 

En sens inverse, il revient du Numen au Pouvoir, et se représente alors la Cité comme un petit Monde où le Pouvoir est une image du Numen. C’est pour cela qu’il est si superficiel de vouloir faire comme si le politique et le religieux n’avaient aucun rapport, au lieu de prendre en compte les problèmes réels que comporte inévitablement la connexion nécessaire entre leurs concepts. 

 

La victime et le héros

 

Sans doute a-t-on heureusement perdu depuis longtemps l’habitude d’immoler les vaincus au Numen, ou aux dieux de la cité, ou aux mânes des soldats morts (comme on le voit dans cette violente pièce du jeune Shakespeare, à mon avis non exempte de mauvais goût, Titus Andronicus). Ce qui fait la victime, au sens premier, ce n’est ni sa faiblesse, ni sa passivité, ni sa douleur, ni sa servilité, mais c’est le fait d’être la matière convenable du sacrifice.

 

Rien n’empêche, bien au contraire, que la victime, ou l’hostie, ne soit en outre un héros, puisqu’elle est passée par l’épreuve de force. Rien ne l’empêche, non plus, de faire elle-même de sa mort un sacrifice.

 

   

Réflexions sur les tremblements de terre

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Mise à jour le Lundi, 22 Mars 2010 19:22 Écrit par Henri Hude

Catastrophes naturelles 

Mon ami chilien, Jaime Antùnez Aldunate, dirige à Santiago la revue Humanitas. Je lui ai envoyé un message d’amitié, quand j’ai appris qu’un tremblement de terre avait secoué son pays. Il m’a parlé des ruines, des deuils. Il m’a rassuré sur son sort, celui de sa famille et de ses proches. Je me suis aussi rendu en Vendée, peu de temps après les inondations de ces dernières semaines. Un philosophe ne peut pas ne pas s’interroger sur ces faits, d’autant que les étudiants posent des questions que certains trouveront « bateau », mais que je trouve, moi, pertinentes.    

Dieu et la question du mal   

La principale de ces questions inévitables est : « Comment peut-on dire que Dieu est bon, quand on observe un tremblement de terre ? »  

J’ai bien senti que l’étudiant risquait de me juger insensible ou inhumain, si je lui répondais rationnellement. Mais notre avenir (notamment, le sien) dépend de notre capacité à soumettre de nouveau la sensibilité à la raison. Je voulais donc lui donner une réponse solide.   

Je me souviens d’un livre de Leibniz : Essais de théodicée, dont Voltaire, dans son Candide, s’est moqué très injustement. Voltaire est beaucoup plus drôle que Leibniz ; il écrit un meilleur français ; mais comme philosophe, il est superficiel.  

Supposons qu’un individu sensé déclare : « Dieu est bon ». Cette proposition ne peut pas équivaloir dans son esprit à cette autre : « Dieu ne permet pas les tremblements de terre. » En effet, cet individu sait comme tout le monde qu’il y a des tremblements de terre et si ce fait lui semblait vraiment contraire à la bonté de Dieu, il n’affirmerait jamais celle-ci.   

L’affirmation de la bonté de Dieu, pour un individu sensé, n’implique donc évidemment pas que Dieu nous épargnerait l’épreuve des tremblements de terre – ni d’ailleurs beaucoup d’autres – puisqu’il est évident qu’il ne nous les épargne pas (ou pas toutes). Ou alors, il faudrait penser que tous ceux qui parlent de bonté de Dieu seraient incapables d’un raisonnement aussi élémentaire. Mais le croire n’est pas raisonnable.  

Les limites de notre connaissance   

Il faut aller plus loin. Supposons que, par ce mot ‘bonté’, nous entendions ‘la qualité morale d’un être qui, ayant la puissance d’empêcher les tremblements de terre, les empêche toujours’ ; en ce cas, nous ne dirions jamais « Dieu est ‘bon’ », du moins si nous laissions ce même sens au terme ‘bonté’ (sauf si Dieu était impuissant devant les tremblements de terre, mais on admet en général qu’il n’est pas). 

Ne semble-t-il pas plus rationnel de penser que la bonté de Dieu serait quelque chose de mystérieux, comme Dieu même – quelque chose qui ne serait pas sans quelque ressemblance avec ce que nous appelons ‘bonté’, mais quelque chose aussi qui en diffèrerait profondément ? Ce que nous pourrions donc critiquer, dans la question de l’étudiant, ce n’est pas d’être sans pertinence, ni sans écho dans notre âme, mais de supposer que nos idées peuvent s’appliquer à Dieu sans devoir subir une profonde modification.  

Allons encore plus loin : si je m’en tiens sans en démordre à mon concept premier de ‘bon’ (ó « qui empêche les tremblements de terre ») et si je le considère comme absolument valable, alors je n’ai plus qu’à former l’énoncé opposé, qui devient aussitôt évident : « Dieu n’est pas ‘bon’ ». Et donc, ou bien je le déteste, parce qu’il est méchant, ou bien je ne m’occupe pas de lui, parce qu’il ne s’occupe pas de nous, ou bien je décide de ne pas croire en lui, parce que, s’il existait, il devrait être ‘bon’, or il ne l’est pas. - Ou alors j'approfondis mon concept de ‘bon’ et les conditions de son application à Dieu.  

La place du mal dans l’ordre du monde. Le choix entre les différents mondes possibles 

Pourquoi existe-t-il des tremblements de terre ? Si l’on en croit  les géologues, c’est un effet particulier de la tectonique des plaques. Sans ces mouvements de l'écorce terrestre, pas de montagnes. Sans les montagnes, le régime des précipitations serait très différent et il n'y aurait probablement pas le même système de cours d'eau, autour duquel s'organise si bien la vie développée.  

L’étudiant pourrait donc préciser sa question. Par exemple, il devrait demander si Dieu pouvait établir une tectonique des plaques sans tremblements de terre. Assurément, c’eût été un tout autre univers, peut-être inimaginable à l’homme, s’il voulait en rassembler dans son esprit toutes les implications.   

Quand donc je dis : « Dieu n’est pas ‘bon’ », j’affirme avec assurance que Dieu aurait mieux fait de « choisir » de créer un autre univers (que peut-être je ne peux pas même imaginer), plutôt que le nôtre. Mais affirmer de telles choses avec une telle assurance, est-ce bien raisonnable ? En outre, la question se poserait alors de savoir si eût été possible, dans cet autre univers, l’apparition de la vie et de l’homme, et des questions que nous agitons.   

Un certain nombre de 'catastrophes' particulières se trouvent, dans notre univers, nécessairement liées à des lois générales, dont l’application est le plus souvent pour nous positive. Si la ‘bonté de Dieu’ consistait dans la suppression de ces accidents fâcheux, elle abolirait aussi des lois auxquelles notre espèce doit de survivre. Ou alors, ce serait, encore une fois, un tout autre univers, presque inimaginable, et sommes-nous sûrs qu’il y a vraiment un sens à dire que cet autre (dans lequel peut-être nous ne pourrions pas exister) serait meilleur que celui-ci ?  

Le bien-être et la faculté de prévoir  

Il est vrai que Dieu, tout en nous laissant dans cet univers-ci, aurait (peut-être) pu nous octroyer un pouvoir de prévision supérieur, qui nous aurait permis de ne pas y être aussi exposés à ces accidents. La doctrine chrétienne concernant l’origine de l’homme, et l’état  dans lequel celui-ci se trouvait à l’origine, semble comporter quelque chose de ce genre (avec ce qu’elle appelle les « dons préternaturels »). Mais laissons ce point, tout comme celui de savoir si c’est toujours véritablement un malheur pour un individu que de quitter ce monde (dont il semble que nous disions si souvent tant de mal, sauf au moment où il nous faut en sortir). Il faudrait être sûr qu'une existence dans l’au-delà, ne peut-être meilleure.  

Pour que l’homme ait un pouvoir de prévision complet des événements catastrophiques, aussi au sens physique et mathématique du mot, il faudrait que le monde fût absolument prévisible. Or notre monde, bien que soumis à des lois générales, est un ensemble d’entités et de faits singuliers, dont chacun a quelque chose de particulier, d’inimitable, d’inanalysable à la perfection.

Sans doute les mathématiques tiennent-elles compte aussi du singulier, mais aussi novateurs que soient les travaux d'un René Thom, il reste qu'un monde où tout est si radicalement singulier échappe forcément en partie à la prévision, peut-être précisément parce qu’il est bâti pour être tel : imprévisible. Autrement, il serait intégralement réductible à la généralité des lois qui le régiraient.

Maintenant, un monde tout prévisible serait-il un monde meilleur pour nous ? C’est loin d’être sûr. Peut-être serait-il pire. Assurément, l’homme (s’il pouvait apparaître dans un tel monde) y serait plus en sécurité, puisqu’il pourrait tout y prévoir, et donc y pourvoir à tout pour tout maîtriser. Il ne serait donc jamais surpris par un tremblement de terre, par exemple. Mais on peut encore se demander, une nouvelle fois, si un tel univers pourrait être propre à permettre l’apparition de la vie et de l’homme, ou même si l’idée d’homme y aurait seulement un sens.  

Un tel monde physique ne serait-il pas simplement un fragment du système mathématique ? La seule part significative de notre esprit serait sans doute alors la pensée mathématique. Mais cette Pensée, qui ferait corps avec le Système intemporel des objets mathématiques et des théorèmes, serait-elle encore la pensée d’une personne humaine avec ses questionnements sur son existence temporelle ? En d’autres termes, le problème qui nous occupe n’y aurait peut-être pas le moindre sens, car le concept de bien n’a pas de place en mathématique, or la mathématique serait alors le tout de l’être.  

Le bien-être et le bonheur   

En outre, à supposer qu’une existence humaine puisse trouver place dans un tel monde, une vie dans une parfaite sécurité serait-elle pour l’homme une vie plus heureuse ? Dans un monde tout prévisible, il y a peut-être plus de bien-être. Mais y a-t-il plus de bonheur ?

C’est peut-être bien là que gît le nœud inaperçu de la question.  

 

 

   

Eloge de Wellington (1)

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Mise à jour le Mercredi, 12 Mai 2010 12:58 Écrit par Administrator

Paru dans le journal la Nef, mai 2010

Un homme modeste

 

J’admire Wellington. Le vainqueur de Napoléon était avant tout un homme modeste. Ne m’accusez pas d’ignorance. Chacun a entendu parler de sa vanité proverbiale. Ce n’est pas ici ce dont il s’agit. Wellington était professionnellement modeste.

Bonaparte a commandé en personne sur le champ de bataille une centaine de fois. Il n’a pas perdu plus d’une (ou deux) fois. Ce ne fut pas le fait du hasard. Ce diable d’homme était le dieu de la guerre. Wellington a eu l’intelligence de se poser la bonne question : comment puis-je vaincre un génie guerrier, moi qui ne suis rien de plus qu’un talentueux militaire ? Avouez qu’il fallait de l’humilité pour formuler une telle question. De là sont sorties les tactiques d’humilité : la défensive enterrée, l’esquive et l’usure, les tranchées de Torrès-Vedras, l’appui à la guérilla espagnole, la retraite quand Bonaparte commande en personne, la terre brûlée, l’attaque de tous les corps d’armée confiés à ses maréchaux, etc. Un jour enfin, ce fut Waterloo.  

Vous vous demandez sans doute : « Pourquoi donc nous parle-t-il de Wellington ? » Je vais vous le dire. Nous sommes engagés dans des discussions publiques sur les questions qu’on dit « de société », et qui sont, en fait, des questions d’éthique : bioéthique, mariage, adoption, place de l’homme et de son action dans la nature et le cosmos, justice sociale et moralité de l’argent. Il s’agit toujours de savoir si l’on va abandonner encore un peu plus la morale de l’humanisme européen, dite traditionnelle, pour ne pas dire chrétienne, et la remplacer encore un peu plus par l’ordre moral à rebours de l’idéologie privatiste (qui est l’inverse du communisme). Bien des combats de ce genre ont été livrés depuis trente-cinq ans. A ma connaissance, l’idéologie a toujours gagné. Quand donc ceux qui prétendent faire vivre l’humanisme européen se poseront-ils la question d’un changement de stratégie ? Quand donc apprendront-ils l’humilité de Wellington ?

 

Qui donc est le plus fort ?

 

Je vous l’avoue carrément : j’en ai assez de perdre. Alors je sais bien, j’en entends d’ici soupirer : « Nous ne sommes pas les plus forts. Le plus fort l’emporte… » Bien sûr – c’est une banalité. Le plus fort l’emporte toujours, par définition, c’est une loi physique. Mais c’est une vérité, dont on doit tirer une conséquence raisonnable : la manœuvre. La manœuvre, c’est l’art de se trouver le plus fort, sur chacun des points où l’on accepte l’affrontement, qu’on soit ou non globalement le plus fort. Grâce à ses manœuvres, Bonaparte, en Italie, est presque toujours le plus nombreux, quand il combat des corps d’armée ennemis, alors que ses adversaires sont deux à trois fois plus que lui. Le petit peuple espagnol, de 1808 à 1814, a saigné à blanc la Grande Armée, en se trouvant contre elle le plus fort, dans des milliers d’embuscades. Grâce à la manœuvre, le plus faible peut devenir le plus fort.  

Vous objectez : « Mais le débat public ce n’est pas la guerre ! » Bien entendu, c’est la politique ; mais entre la politique et la guerre, il existe quelques rapports, aussi pacifique qu’on soit. Quel est ici le rapport ? Wellington pourrait en indiquer quelques uns. Je pense surtout au terrain. 

 

Choisir son terrain : de la guerre des tranchées médiatiques à l’Internet

 

La grande presse (à quelques rares exceptions près), et la plupart des médias télévisuels, ainsi que la grande majorité des radios sont automatiquement déterminés sur la plupart des questions d’éthique.

Parler ainsi n’est pas juger les personnes. Ces organes sont structurés par leur business model : ils vivent en fournissant de l’espace-temps à des publicitaires, et pour cela, ils sont sous la loi de l’audience et de l’instantané. La relation humaine, le langage, le débat, la raison, le ton et le style, tout y prend, à partir de l’élimination de la durée (Bergson), une forme telle, que sur ce terrain, seule est à l’aise l’idéologie du politiquement correct superficiel. Raisonner dans ces espaces instantanés, c’est comme courir dans la boue. Le résultat du débat est prédéterminé par la forme de son organisation. Que ferait donc Wellington ?

Il manœuvrerait. Il changerait le business model de certains medias s’il le pouvait. Autrement, il romprait le contact sur le terrain de ces médias de l’instantané, se maintiendrait sur quelques autres et, pour le reste, il s’établirait sur un champ libre, immense, ouvert, appelé l’Internet. C’est là et là seulement que, dans des millions d’escarmouches sans éclat, l’humanisme européen, retrouvant la liberté de parole, peut miner l’idéologie et l’emporter à la fin sur le politiquement correct. C’est déjà ce qu’on entrevoit.

   

Eloge de Wellington (2)

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Mise à jour le Lundi, 10 Mai 2010 14:23 Écrit par Administrator

 Paru dans le journal la Nef, mai 2010

 Rompre le contact

Prenons un exemple. Supposez que le pape soit encore une fois cette année traîné dans la boue, au mépris de la plus élémentaire déontologie. Que dirait Wellington, selon vous, à tel cardinal, ou à tel porte-parole des évêques de France, ou à tel responsable d’association catholique, ou peut-être même au Vatican, à condition qu’ils aient la même humilité que Wellington ? Réponse à mon avis évidente : ne vous imaginez pas que vous êtes des surhommes. Il n’y a pas de miracle pour des hommes qui doivent se servir de leur raison ; refusez le contact sur des terrains où le combat est perdu d’avance. 

Que veut dire ici : rompre le contact ? Tout simplement, se taire. Ne pas répliquer, ne pas commenter, ne pas polémiquer, ne pas même nier. Se taire. Seul le silence est capable d’arrêter un moulin à paroles.   

Pourquoi Wellington conseille-t-il de rompre le contact? Parce que l’idéologie a besoin de donner à ses rituels de mise à mort, l’intérêt d’un match de boxe et la respectabilité d’un débat. Or le match n’a d’intérêt que si la victime se débat. Les cartes sont truquées, mais il faut que la dupe accepte de venir s’asseoir à la table de jeu. Ne pas s’y asseoir : tout est là. 

« Jésus, pendant ce temps, gardait le silence. » Et Ponce Pilate en est stupéfait. Il n’est sûrement pas le seul. Wellington conseillera ici de faire de même. Ceux qui opposeraient le mutisme à l’injure, le silence au tintamarre médiatique, la chaise vide à la manipulation des débats, n’imaginent pas quel vacarme étourdissant ils feraient.

Surtout, l’industrie des « informations » n’est qu’un sous ensemble de l’industrie du spectacle ou du divertissement. Sa rentabilité financière repose sur l’intérêt des fictions-informations. Et si un accusateur  s’agite seul sur scène et monologue, s’il ne peut pas montrer le méchant, l’intérêt du spectacle s’effondre, avec lui l’audimat, la publicité, et le résultat. Mais Wellington conseillerait aussi, à tous ceux qui suivraient son conseil, d’expliquer abondamment sur Internet le sens de leur silence.

On doit toujours discuter de tout, mais entre personnes objectives, avec raison. Et la raison a besoin de temps, de relations longues et approfondies. Et il n’y a rien de tel dans de nombreux canaux d’information. Conclusion ? Wellington. La où règne l’exubérance irrationnelle de l’actualité, il vaut mieux se taire. La seule stratégie de communication dans les médias creux ? pas de communication dans les médias creux.    

 

Vers le Waterloo du politiquement correct

 

Un responsable, aujourd’hui, n’a plus besoin des grands médias pour communiquer, du moins s’il a quelque chose à dire. Plus un pouvoir existe réellement, moins il a besoin de paraître, et inversement. Aujourd’hui, avec un simple site Internet et une caméra grand public, on peut en grande partie contourner les institutions médiatiques.

Comment promouvoir un discours de responsabilité à travers les médias de masse ? Est-il possible de formater médiatiquement un message de raison sans le dénaturer complètement ? Un problème éthique fondamental se pose aux acteurs médiatiques : restaurer la rationalité et l’équité du débat. Inenvisageable ?

Pourtant l’évolution de la technique et celle du marché de la presse permettent d’espérer. En effet, l’information libre, ne possède plus aujourd’hui de valeur marchande. Les journaux perdent de l’argent, leurs tirages baissent. Les grandes chaînes d’information gèrent leur déclin. Elles sont concurrencées par de multiples medias gratuits, depuis le journal du métro au partage de données sur les réseaux sociaux. Les gens sont prêts à payer pour une analyse ou un renseignement, pas pour des banalités ou des buzz.

 

Le pouvoir égalisateur de l’Internet

 

Quand un terrain n’est plus habitable pour la raison, celle-ci doit chercher un ailleurs où exister : un site internet avec des contenus de qualité, un système de blogs, etc. C’est sur Internet qu’il est possible de mettre à disposition documents, références, témoignages, images, commentaires sérieux, vidéos, interviews audio. Il y a là tout un travail de journalisme réel à inventer.

   

Du subjectivisme arbitraire à la démocratie non durable

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Mise à jour le Lundi, 08 Mars 2010 10:08 Écrit par Henri Hude

Au nom du respect mal compris de la liberté et d’une confusion entre égalité des personnes et égalité des opinions, la démocratie s’installe dans le subjectivisme et l’arbitraire. C'est alors qu'elle cesse d'être durable. On comprend aisément pourquoi :

L’arbitraire intellectuel dégrade le sérieux du système d’information. Il abaisse les hommes politique qui en dépendent. Les leaders de l’Etat perdent leur temps en « communication » et en débats non rationnels.

L’arbitraire dégrade l’Université et le système éducatif. Il nuit gravement à la formation de l’esprit critique, tout en accaparant absurdement cette dénomination. Au nom du respect de la liberté irrationnelle, on tue la rationalité du débat. On se condamne à l'impuissance.       

L'arbitraire détruit les continuités culturelles : la seule valeur à transmettre, c'est l’arbitraire. On ne fonde ni vertu civique (citoyenne ?) ni force morale sur l'arbitraire individuel. Celui-ci prive les valeurs les plus hautes et les plus utiles à la société de la puissance d’affirmation qui ne peut venir que de la conscience de leur supériorité. 

Sous couleur de combattre des discriminations, l'arbitraire discrimine en réalité tout ce qui n’est pas misérablement subjectiviste, toute forme de culture substantielle. De plus, il marginalise le vrai dialogue entre pensées riches et structurées, même si elles sont en partie antagonistes.         

Dans cette atmosphère d'exubérance irrationnelle, les meilleurs n'ont pas de légitimité. Les plus bêtes dominent le débat. N'a d’autorité que celui qui prétend détruire les résidus de l’autorité. Ne peut gouverner que celui qui prétend ne rien gouverner et ne rien changer. De là l'impossibilité durable de réformer.

La liberté irrationnelle détruit progressivement la culture et le gouvernement de nos pays. C'est la maladie de nos démocraties, qu'elle condamne à l'impuissance.

   

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