Henri Hude

Sur les traces de Tocqueville, 2 - Questions sur la liberté religieuse

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:49 Écrit par Henri Hude

 Dans cette seconde lettre d’Amérique, à la veille du 11 Septembre 2010, plutôt que de vous exposer des idées, je voudrais proposer une sorte de revue de presse, et partager ce qui m’a forcé à la réflexion.  

 

Polarisation sur les questions religieuses et tensions autour de l’islam 

 

La polarisation sur les questions religieuses a marqué ici les jours qui viennent de s’écouler. Mais cette fois, c’est de l’islam qu’il a été question.

 

Je ne rappellerai pas ce que tout le monde sait: sur fond d’une controverse au sujet de la construction d’une mosquée près du site du WTC, voici qu’a surgi l’étonnante affaire du Pasteur Jones, qui voulait brûler des Corans pour l’anniversaire du 11 Septembre 2001.  

 

Ces deux éléments très médiatisés font partie d’un plus vaste  ensemble. Comme le rappelle USA Today, 9 Septembre 2010, il y a « à travers les USA, une tension croissante autour de l’islam » .

 

Il y eut ainsi, déjà, en 2009, l’affaire d’une "jeune fille, Rifqa Bary, agée de 16 ans, convertie au christianisme, et qui avait fui en Floride, abandonnant le domicile familial de sa banlieue de Colombus, Ohio, parce que, argumentait-elle, elle croyait que ses parents en voulaient à sa vie à cause de sa conversion. Quand le juge ordonna son retour en Ohio, la cour était entourée des douzaines de sympathisants de la jeune fille."  

 

Plus récemment, le 24 août 2010, à New York, un jeune homme de 21 ans, Michael Enright, a agressé un chauffeur de taxi. Ce dernier soutient que l’agresseur lui aurait demandé s’il était musulman et l’aurait frappé pour ce motif. Le FBI enquête aussi sur un incendie criminel sur le site d’une mosquée en construction à Murfreesboro, Tennessee.  

 

Ma première lettre d’Annapolis était déjà consacrée aux questions morales et religieuses, parce que je les crois cruciales aujourd’hui, dans toutes les démocraties, et, plus encore qu’ailleurs, aux Etats-Unis. Il y a dix ou quinze ans, à propos du néo-conservatisme américain, on a parlé d’une révolution morale. Je me demande s’il ne faudrait pas aujourd’hui parler d’une révolution religieuse.  

 

De cette révolution, je ne suis pas sûr que les médias français prennent la mesure. Récemment, Glenn Beck, une célébrité télévisuelle très engagée, a parlé dans un immense meeting de « rappeler la nation à Dieu » (« to call nation back to God »). Et il n'a fait rire personne. Les courriers de lecteurs se contentent de rapporter les commentaires pour et contre.   

 

Le curé de Saint Frederick (Maryland) et la construction des mosquées 

 

On trouve en Amérique des idées et des sentiments qu’on ne trouverait pas en France, parce que les expériences historiques sont si différentes. L’histoire du catholicisme français est celle d’une religion d’Etat qui a été désétablie. L’histoire du catholicisme américain est celle d’une minorité humiliée qui a fini par gagner sa place et sa respectabilité, mais sans oublier les avanies qu’elle a dû subir. De là des différences de réactions face à l’islam – encore qu’il n’y ait pas, sur ce point, unanimité chez les catholiques américains non plus.  

 

Qu’on lise, par exemple, un article paru dans le numéro du Catholic Standard du 2 Septembre 2010 (pp.2 & 12). Mis en page sous la photo de l’archevêque Donald Wuert, il est écrit par l’abbé Peter Daly, curé de la paroisse Saint John Vianney, à Prince Frederick, à mi-chemin entre Washington et Annapolis.                                             

 

« Les catholiques opposés à la construction de mosquées à New York devraient se rappeler notre propre arrivée troublée sur les rives des Etats-Unis. 

 

« Au long du 19ème siècle, des foules en colère brûlèrent des églises catholiques dans les principales villes à travers tout le Nord-Est, y compris à New York. (…)  

 

« Dans les années 1830 et 1840, le Know Nothing Party répandit de viles rumeurs à l’encontre des Catholiques, incitant des populaces à brûler des églises catholiques et des couvents.  

 

« En 1834, une foule menée par les Know Nothing brûlèrent le couvent des Ursulines à Charlestown, Massachusetts. La police locale et les pompiers se contentèrent de regarder, donnant leur tacite approbation. Les sœurs et leurs élèves furent obligées de sauver leurs vies en fuyant dans les bois.  

 

« Après l’incendie, l’évêque du lieu, considérant que l’inaction de la police devant les incendiaires équivalait à une approbation par l’Administration, demanda à l’Etat de Massachusetts le remboursement des dommages. Une commission de la législature de l’Etat répondit  que « Les catholiques, reconnaissant comme ils le font, la suprématie d’un pouvoir étranger (= le pape !) ne peuvent pas réclamer de protection en tant que citoyens de la communauté. » (sic) 

 

« Dans les années 1850, les journaux newyorkais multiplièrent les éditoriaux contre la construction de la cathédrale saint Patrick, sur la 5ème Avenue. Elle blessait leur sensibilité. (…) Nous avons été ce qu’ils sont aujourd’hui. (…) La sensibilité n’est pas mentionnée dans la Constitution U.S.. La liberté religieuse l’est. (…) Au vu de notre passé, nous devrions être les plus forts défenseurs de la liberté religieuse. »  

 

Ce texte, à coup sûr, ne manque pas de vigueur.  Il appellerait de nombreux commentaires. Peut-être viendront-ils de vous.

 

Sur les traces de Tocqueville. Lettre d'Amérique, n° 1

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:53 Écrit par Henri Hude

Me voici pour quelques mois aux Etats-Unis, sur la côte Est, dans la capitale de l'Etat du Maryland, Annapolis. C'est là que se trouve, depuis 1845, l'US Naval Academy.

 

C’est une part de mon travail ici que de mieux comprendre ce pays. C’est pourquoi je veux mettre par écrit chaque jour mes observations et peut-être quelques réflexions. Je suis sûr que beaucoup pourront être intéressés par cette sorte de reportage informel au jour le jour.    

 

Quand la feuille de choux force le respect 

 

Avant d’aller dîner vendredi dernier chez des amis à Washington, qui n'est qu'à trente kilomètres environ d’Annapolis, je suis entré quelques instants dans la cathédrale de la capitale, Saint Matthieu. J’y ai pris un exemplaire du Catholic Standard, hebdomadaire de l’archidiocèse de Washington (numéro 35 de la 60ème année, en date du 2 septembre 2010, 28 pages).  

 

J’avoue que que j’ai commencé à feuilleter ce périodique avec la bienveillante condescendance due à la littérature pieusarde, mais j’ai été forcé de reconnaître que tout était intéressant, informatif et articulé, calme, ferme et argumenté. Bien plus solide que n’importe quel magazine – je veux dire, même du point de vue journalistique.  

 

Je suis forcé de choisir, mais au moins les deux tiers des 24 pages méritent d’être lues. On aimerait pouvoir dire la même chose de tous les grands quotidiens nationaux français.  

 

« Learn, pray, vote » 

 

Nous sommes ici en période électorale. Sur quatre pages au milieu du journal, je trouve un examen précis, par la Conférence catholique du Maryland, des candidats pour les postes exécutifs et législatifs locaux, ainsi que pour les postes en jeu au Congrès des Etats-Unis.  Trois conseils sont donnés (p.13) : « Learn, pray, vote. » Instruisons-nous donc, avant de prier et de voter.  Pour cela, 13 questions sont posées à chacun des candidats, sous forme de 13 thèses formulée avec précision. Une grille donne les réponses de chaque candidat : A (agree), ou D (disagree). Quand l’espace correspondant à la réponse est laissé en blanc, cela veut dire : « pas de réponse ou réponse équivoque ».  

 

13 questions aux candidats 

 

Les 13 thèses sont les suivantes :  

 

1° Prohibition du financement public de l’avortement ;  

 

2° Les cliniques pratiquant l’avortement ne doivent pas pouvoir déroger aux règles générales régissant les hôpitaux ou cliniques et doivent se soumettre aux mêmes règles relatives à la santé et à la sécurité (« the same health and secutiry regulations ») ;  

 

3° Protection de la liberté d’objection de conscience pour tous les agents publics appelés à participer à des programmes publics contraires à leurs principes les plus fondamentaux ;  

 

4° Abolition de la peine de mort « étant donné que la législation de l’Etat de Maryland permet la réclusion effective à perpétuité » ;  

 

5° Non-financement de la recherche sur des embryons humains ;  

 

6° Maintien de la législation prohibant l’euthanasie ; 

 

7° Maintien de la définition traditionnelle du mariage ;  

 

8° Crédits d’impôts pour les entreprises finançant dans les écoles privées des bourses pour les enfants de familles modestes (« need based scolarships ») ;  

 

9° Fin du financement par l’Etat de Maryland (4,4 M$) des manuels scolaires d’esprit rationaliste et irreligieux à l’intention des écoles privées ;  

 

10° Meilleure éducation des enfants en vue de prévenir les faits de pédophilie ;  

 

11° Les fonctionnaires du Maryland ne se feront pas les exécutants dociles des politiques anti-immigration de l’Etat fédéral ;  

 

12° Maintien ou rétablissement d’un niveau suffisant d’assistance aux nécessiteux ;  

 

13° Interdiction des discriminations à la location dont sont victimes les familles dont une partie des revenus provient de subsides publics.  

 

Les réponses des candidats 

 

Les réponses des candidats ne sont pas moins intéressantes.  

 

Parmi les deux Démocrates, le premier (J.P. CUSICK) répond clairement à 5 questions sur 13 et fait 8 réponses incompréhensibles. Celui-là pourrait faire carrière en France.

 

L’autre est en dans l’ensemble d’accord avec toutes les thèses de la Conférence catholique, sauf sur les cellules souches et le mariage gay ; sur l’avortement et la régulation des cliniques, il ne donne pas de réponse précise.  

 

Les deux Républicains répondent globalement oui aux diverses questions, sauf sur l'abolition de  la peine de mort et sur l'attitude compréhensive envers l’immigration. L’un d’eux est plus évasif que l’autre sur un certain nombre de sujets.  

 

Le soir, au dîner, j’ai posé à mes amis une question sur la situation du catholicisme aux Etats-Unis.

 

Melanie m’a répondu : ici les catholiques sont divisés théologiquement entre conservateurs et libéraux ; politiquement, ils le sont aussi, les uns étant sensibles aux questions de la défense de la vie, du mariage et de l’éducation, mais peu sensibles aux questions de justice sociale ; et les autres, en sens inverse, sont sensibles aux questions environnementales, aux pauvres, aux libertés publiques et aux droits humains, mais peu sensibles à la défense de la vie et du mariage. Les deux divisions sont parallèles l'une à l'autre. Ils seraient sans doute moins divisés s'ils étaient plutôt d'abord catholiques et seulement ensuite politiques. 

 

« Elections focus on jobs » 

 

Est-ce à dire que ce soient là les sujets dont se soucient le plus les Américains ? USA Today du 7 septembre répond que le débat se concentre sur la peur de l’Américain moyen de perdre son emploi, même dans les Etats relativement épargnés par le chômage : « Elections focus on jobs ».  C’est pourquoi, commentant le sondage fait pour lui par l’Institut Gallup, USA Today annonce dans son édition du 3/6 septembre une débâcle du parti au pouvoir. C'est dans deux mois. Nous verrons bien.

 

   

Trois piliers pour l'éducation

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Mise à jour le Mercredi, 22 Septembre 2010 20:56 Écrit par Henri Hude

Comme je me prépare à partir pour quelques mois aux Etats-Unis, il me monte en mémoire un intéressant souvenir datant d’un voyage précédent. Je voudrais vous le partager. Il s’agit de santé et d’éducation.   

 

Un spécialiste de la dépression

 

Lors d’un voyage en Virginie, il y a deux ou trois ans, j’ai fait la connaissance d’un médecin américain, Philip Gold, neurologue et psychiatre, spécialiste de la dépression nerveuse, et de son épouse Carol, formatrice au Federal Administration Institute – une sorte d’ENA d’outre-Atlantique.

 

Philip insistait d’abord sur l’ampleur du phénomène de la dépression. Cet effondrement psychophysique de la personne est aujourd’hui une maladie énormément répandue, dans les sociétés les plus développées. Si c’était une maladie infectieuse, on pourrait parler d’une des plus grandes épidémies de notre monde de modernité tardive.  Comme je l’interrogeais sur la prévention de la dépression, la question se posa tout naturellement de savoir comment il convenait d’éduquer les enfants, et plus largement les jeunes, si l’on souhaitait les protéger de ce fléau.  Philip mit en avant trois idées très importantes, qui me parurent résumer sa pensée sur cette question.  

 

Trois idées fondamentales pour l'éducation

 

La 1ère idée, c’est qu’un jeune a besoin de savoir qu’il est inconditionnellement aimé. Il a besoin de le savoir, d’une connaissance intuitivement certaine, vérifiée dans une certaine mesure par l’expérience. Un jeune a conscience d'être l'objet d’un amour inconditionnel, disait Philip, quand il croit sincèrement que quelqu’un pourrait le préférer à sa propre vie. Un jeune a conscience d'être aimé d’un amour inconditionnel, quand il sait qu’il y a toujours pour lui une voie de retour, même après les pires sottises, et qu’on se souciera toujours plus de le tirer d’affaire que de le juger. Il a conscience d’un amour inconditionnel, quand il sent que ses parents sont à l’affût de tout ce qui pourrait l’aider à trouver sa voie, et quand il comprend qu’il n’est pas l’esclave d’une de leurs passions égoïstes – par exemple, que sa vie n’a pas pour sens de perpétuer un patrimoine, ou de tourner le film qu’a imaginé leur ambition ; ou qu’il n’a pas à prendre à leur place une revanche sur la vie.  

 

La 2ème idée de Philip allait encore plus loin. Cet enracinement dans un amour humain puissant et généreux, si possible celui des parents, il fallait le prolonger par enracinement encore plus radical. Il nous disait que, si c’était à refaire, il donnerait une éducation religieuse à ses filles. Comme je lui demandais s’il avait évolué lui-même sur la question religieuse, il répondit qu’il était resté agnostique. Mais, en tant qu’esprit scientifique, il estimait devoir reconnaître que, s’il se sentait incapable de prouver la vérité d’une croyance, il se sentait au moins aussi incapable d’en démontrer la fausseté. Dans ces conditions, son expérience de la dépression l’inclinait à penser que l’homme était comme un bateau qui manquait d’une quille, et sujet à chavirer par gros temps, quand il ne pouvait pas se sentir rattaché par la racine de son être à une présence d’Absolu attestée dans sa jeunesse par la tradition de ses pères et mères.  

 

La 3ème idée  de Philip était l’importance pour un être humain d’avoir appris à manquer durant son enfance. Nos jeunes ont tout, parce que nous leur donnons tout, tout de suite. Ils disposent d’une puissance technique banalisée, qui leur donne le sentiment de tout pouvoir. Le réel se présente à eux comme un matériau qui prendra toujours la forme de leurs rêves. C’est une erreur et nous en sommes responsables.

 

Quand l’expérience leur prouve sans équivoque possible que c’était une erreur, ils ne comprennent plus ce qui se passe et perdent pied. Toute privation risque alors de devenir une frustration, et toute frustration risque de devenir une occasion de fureur ou de désespoir.  En français, ou en allemand, dans le mot de bonheur, il y a « heur », „Glück“, c'est-à-dire chance. Quand tout est assuré et sécurisé par la puissance dont on dispose, il n’y a plus de chance, ni de risque, mais tout est sous contrôle, tout est nécessité. On n’attend plus, on n’espère plus (en espagnol, c’est le même mot qui dit ces deux idées d’attendre et d’espérer).  

 

Se libérer de la tyrannie de l'avoir

 

L’habitude de la possession ôte la capacité de vivre sans avoir. Et l’habitude de pouvoir et d'être puissant (techniquement) ôte même la capacité d’imaginer qu’on pourrait ne plus posséder. Or on ne peut jouir vraiment que de ce qu’on a désiré, et de ce dont on pourrait se passer. La jouissance qui ne connaît pas le manque est un plaisir englué, auquel manquent trois choses :

 

1° la conscience du prix du plaisir goûté sans désir, comme d’un repas pris sans faim, ou d’une boisson bue sans soif ;

 

2° celle du prix de la liberté – la liberté par rapport à ce qu’on désire ;

 

3° la conscience de l’ensemble des expériences morales profondes, notamment l’amitié, le désintéressement et notamment cet indispensable amour inconditionnel – car sans l’expérience et la conscience de cette liberté, l’expérience de l’amitié n’est qu’une modalité de l’expérience de l’égoïsme. La vie se réduit à l’utile, à l’agréable et au désagréable.

 

Ne pas apprendre aux jeunes à manquer, c’est les condamner à manquer des seuls biens dont le manque est réellement intolérable.   Paul Valéry a écrit quelques vers qui disent fort bien cet incalculable prix du manque :

 

« Ne hâte pas cet acte tendre, / Douceur d’être et de n’être pas, / Car j’ai vécu de vous attendre / Et mon cœur n’était que vos pas. » 

 

   

Le bonheur et le progrès

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Mise à jour le Mercredi, 11 Août 2010 19:42 Écrit par Henri Hude

Le livre de Julian Marias sur le bonheur, dont j’ai commencé à parler dans le précédent article, regorge d'idées, d’intuitions, de récits d’expériences, de raisonnements convaincants et même de questions sans réponses. Je voudrais vous en offrir une.

                                                     

Plus on progresse, plus on se plaint

 

C’est ce qu’observe Marias (à la page 155 de mon édition espagnole). Il explique ainsi sa pensée : à l’époque de l’utilitarisme naissant triomphait l’idée de Progrès – dans l’Angleterre victorienne du 19ème siècle. Et pourtant, dans les faits, la vie restait difficile pour beaucoup de gens, notamment pour les ouvriers d’industrie. Néanmoins, tout était censé aller bien, en tout cas aller vers le mieux et vers le meilleur, nécessairement.

 

C’est un peu l’inverse, aujourd’hui. La vie, surtout dans les pays riches, est beaucoup plus longue, beaucoup plus commode, beaucoup plus facile, et pour la plupart des gens. Les pauvres des pays riches, qui se plaignent de toucher de trop faibles allocations, sont souvent dix fois plus riches que beaucoup de petits riches de jadis. Et cependant l’idée de progrès ne fait plus du tout la même recette. Il s’agit plutôt, pour beaucoup, de sauver l’homme des dangers que comporte le progrès - surtout le progrès technique. Pour d'autres, il s’agit presque de sauver la planète d’un danger qui s’appelle l’homme.

 

Si l’on écoute ce qu’on appelle « les nouvelles », on a l’impression que les consciences en charge de présenter à leurs concitoyens chaque jour un tableau raisonné du monde, ne savent que sélectionner des successions de calamiteux faits divers:chaleur caniculaire, ou pluie qui n’en finit pas, incendies de forêts ou glissement de terrain, tous rapportés à un dérèglement climatique issu du progrès... Une usine qui ferme, à cause de la mondialisation, issue du progrès... Un attentat au Pakistan, un pédophile arrêté, un otage égorgé, une famille endeuillée, des politiciens médiocres ou corrompus, illustrant les limites ou les illusions du progrès...

 

Il semblerait donc que Marias dit vrai. Plus l'humanité progresse, plus elle a tendance à se plaindre. Marias se demande pourquoi. Il ne donne pas de réponse.

 

Peut-on expliquer pourquoi ?

 

Tout se passe comme si René Girard avait raison, dans son beau livre sur Mensonge romantique et vérité romanesque : nous ne désirons pas tant les objets qu’un certain regard des autres sur nous, au moyen de ces objets. Par exemple, nous voulons une voiture, bien sûr, mais surtout une plus belle voiture que le voisin, ou au moins une aussi belle. Par conséquent, richesse et pauvreté ne sont jamais des grandeurs absolues, mais toujours des grandeurs relatives. Dès lors, à moins d’établir un parfait communisme égalitaire, aussi riches puissions-nous tous devenir, la masse des gens se sentira toujours pauvre, relativement à de plus riches. 

 

La quantité globale de douleur physique diminue sans aucun doute dans le monde riche et développé. Mais tout se passe comme si, en même temps, la tolérance au mal diminuait plus vite que la masse objective des maux. De sorte que le résidu, aussi petit soit-il, nous paraît subjectivement plus intolérable. Par exemple, nous pourrions souffrir de moins en moins chez le dentiste, mais avoir de plus en plus peur de souffrir. On se fait anesthésier pour un détartrage, etc.

 

Ou encore, pour prendre les choses dans l’autre sens, tout se passe comme si la sensibilité au mal croissait plus vite que le bien-être.

 

Tout se passe comme si la souffrance effective (tout comme le plaisir, ou la joie, effectifs) était le produit d’un facteur objectif et d’un coefficient de sensibilité. Par suite, il n’y aurait pas de contradiction à ce qu’il puisse y avoir à la fois progrès objectif continuel et accroissement continuel d’un sentiment subjectif de détresse. On pourrait même imaginer que le mal objectif tendant vers epsilon, l’insatisfaction subjective tende vers l’infini.  

 

Ce sont moins là des explications que des descriptions du phénomène, plus précises et plus analytiques.

 

Quelle explication fournir? Marias ne donne pas de réponse, comme fait souvent Platon dans ses dialogues. Mais c’est peut-être un procédé ironique : il suffit de chercher la réponse dans la question, ou dans l’évidente insuffisance de certaines réponses.

 

Le bonheur, la foi et l’espérance

 

La réponse est simple, en effet. Ce qui rendait heureux les hommes de Progrès, ce n’était pas d’abord le progrès objectif, c’était l’idée de Progrès, c’était la foi dans cette Idée. C’était l’espérance née de la foi dans l’Idée du Progrès. C’était peut-être aussi l’Amour dont on pouvait espérer, grâce au Progrès, le futur triomphe sur la haine. C’était enfin, pour ces raisons, une sérénité, une confiance face au Mal, une sorte de salut.

 

Voilà ce qui donnait aux hommes de Progrès une grande force morale pour supporter les maux, autant que pour les combattre. Voilà ce qui leur donnait peut-être, avec moins de bien-être, plus de bonheur.

 

Veut-on un exemple de cette force morale ? Lisons le fondateur de l’utilitarisme, John Stuart-Mill. Dans un texte peu connu « The Contest in America », cité dans un de ses articles par James Turner Johnson (pp.7-8), Stuart-Mill écrit ce qui suit, au sujet de la guerre : « La guerre est une chose laide, mais elle n’est pas la plus laide de toutes les choses. Ce qui est encore pire, c’est l’état décadent et dégradé du sentiment moral, et patriotique, qui conduit à penser que rien ne vaudrait jamais la peine d’une guerre. (…) Une personne qui place sa sécurité personnelle au dessus de toute autre chose est une créature bien misérable, qui n’a aucune chance de vivre libre, à moins que d’autres personnes, meilleures qu’elle, ne lui assurent par leur action énergique, le bienfait de la liberté, et le lui conservent. » 

 

Le Progrès était la grande loi de l’Histoire

 

La loi du Progrès était presque aussi sûre, aussi fatale, que la loi de la pesanteur.

 

On a tellement oublié cela, qu’il vaut la peine de rappeler l’enchaînement des idées. Le progrès scientifique était censé entraîner à la fois le progrès technique et le progrès moral. Pour le progrès technique, c’est évident. Pour le progrès moral, ne pouvait-on l’espérer ? Une théorie était que nul ne faisait le mal volontairement ; que le méchant n’était qu’un ignorant, un superstitieux, un malheureux que son malheur seul, dû à sa seule ignorance, rendait méchant. La diffusion du savoir allait libérer son esprit et, automatiquement, élargir ses vues, dilater sa sympathie, par suite remplacer l’égoïsme par l’altruisme. Ainsi seraient vaincues les maladies, la bêtise et la méchanceté. Ainsi disparaîtraient les guerres, les injustices et les tyrannies, publiques ou privées.

 

Il resterait bien (mais qui sait pour combien de temps ?) la mort. Toutefois, celle-ci viendrait de plus en plus tard, après une vie qui nous aurait rassasié de satisfactions, et de toute façon l’altruisme serait si fort, que chacun ne se soucierait plus de soi et serait ravi de s’en aller, pour faire de la place aux jeunes générations.

 

Victor Hugo pouvait écrire : « Le 20ème siècle sera heureux. Il n’y aura plus de guerre. » « L’Europe sera unie, Paris sera sa capitale. » Ou encore : « Ouvrez une école, vous fermerez une prison. » Etc.

 

Certains aujourd’hui ont du mal à comprendre comment ces rêves innocents ont pu passer pour des vérités évidentes à des esprits éclairés, qui pensaient en avoir fini avec la superstition.

 

Le bonheur est un composé

 

Bref, le bonheur est le composé d’une matière et d’une forme. La matière, c’est un certain degré de bien-être ; la forme, c’est une Idée (vraie ou fausse, d’ailleurs) en laquelle on a foi et qui nourrit une espérance donnant un sens à la vie. Et l’amour ou l’amitié rendent heureux, dans la mesure où l’agréable matière de la sympathie se trouve éclairée par la clarté de l’Idée, d’où procède une bienveillance.  

 

 

   

Le bien-être et après ?

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Mise à jour le Vendredi, 30 Juillet 2010 09:33 Écrit par Henri Hude

A ceux qui lisent l’espagnol, je voudrais signaler en ce temps de vacances le beau livre d’un philosophe, que je ne lis jamais sans fruit. L’auteur s’appelle Julian Marias. Le livre s’intitule La felicidad humana, mot à mot Le bonheur humain. Pour tous ceux qui ne lisent pas l’espagnol, comme pour ceux qui le lisent, mais n’ont pas lu Marias, je me propose de parler de lui et de son livre, dans les deux ou trois prochains articles de ce blog. Il nous aide à voir clair dans notre monde, en précisant les grands principes d’actions qui y sont en usage – par exemple, l’utilitarisme. 

 

Qu’est-ce que l’utilitarisme ? 

 

On dit que nous vivons dans un monde utilitariste. On parle de l’utilitarisme anglo-saxon. On se reproche à certains de n’avoir que des rapports utilitaires avec les autres. Mais que faut-il entendre par ce terme d’utilitarisme ?

 

Le mot date de l’ouvrage du même nom, publié par John Stuart-Mill en 1865. Mais l’idée date de beaucoup plus longtemps. Julian Marias rassemble et cite les thèses fondamentales de l’utilitarisme. Elles se trouvent déjà dans Locke, Essai sur l’entendement humain. Les voici :

 

« Qu’est-ce qui meut le désir ? Le bonheur et rien d’autre. » Et que signifie ce terme de ‘bonheur’ ? – « Bonheur et malheur sont les noms donnés à deux extrêmes (…). Le bonheur, dans son sens plénier, c’est le suprême plaisir dont nous soyons capables, et le malheur, c’est la suprême douleur. » Mais que sont alors le bien et le mal ? – « Ce qui a l’aptitude de produire en nous du plaisir, c’est ce que nous appelons ‘bien’ et ce qui a l’aptitude de produire de la souffrance, c’est ce que nous appelons ‘mal’. »

 

La doctrine utilitariste se laisse résumer sans caricature en ces quelques phrases précises d’un auteur classique et fondateur. A défaut de pouvoir prétendre à la sublimité, elle a au moins le mérite de la clarté. 

 

A ne pas confondre avec l’hédonisme banal

 

Mill n’entend pas par bonheur le fantasme d’un obsédé du plaisir aspirant à vivre dans une surexcitation continuelle. Stuart-Mill entend au contraire une vie sereine et dynamique, comportant un plaisir de fond avec un mélange de tranquillité et d’excitation. En fait, il faut selon lui éviter à la fois la démesure qui pourrait nuire à la santé, la passion qui pourrait ouvrir sur l’infini et les grandes douleurs de cœur, qui pourraient réveiller l’angoisse métaphysique. Il faut aussi une dose suffisante de moralisme raisonnable, pour éviter à notre égoïsme de possibles crises de culpabilité. On a un peu de mal à distinguer sa morale d’une hygiène. En tout cas, il donne la méthode pour jouir de la tranquillité d’esprit d’un grand bourgeois empiriste et positiviste. 

 

Dans un style que notre traduction allège sans trahir le texte, Stuart-Mill résume ainsi sa principale pensée :

 

« Conformément au principe (de la recherche) du plus grand bonheur, voici en quoi consiste la fin ultime (de la vie) : une existence exempte, autant que possible, de douleur, et aussi riche que possible de jouissances, aussi bien quant à leur quantité que quant à leur qualité.

 

« C’est en référence à cette fin ultime que nous déclarons désirable telle ou telle chose, quelle qu’elle soit (que nous considérions notre bien propre ou celui des autres).

 

« Mais quelle est la preuve de la qualité du plaisir ? Et quelle est la règle pour mesurer cette qualité, aussi en relation à la quantité ? C’est la préférence éprouvée par certains. Lesquels ? Ceux qui sont mieux pourvus que les autres de moyens de comparaison. Et pourquoi le sont-ils ? Parce qu’ils ont eu plus d’occasions de faire des expériences (variées) et parce qu’ils sont habitués à se connaître et à s’observer eux-mêmes. » Un John Stuart Mill, par exemple.  

 

Le bonheur confondu avec le bien-être

 

Comment ces auteurs peuvent-ils affirmer avec autorité ce qu’ils écrivent ? C’est qu’ils se fondent sur le premier critère de leur logique : la vérité se reconnaît à l’évidence et l’évidence n’appartient qu’à ce qui apparaît aux sens. Si leur critère est le bon, le seul sens vrai car évident du mot ‘bien’, sera ‘ce qui peut apparaître comme bon à nos sens’. Mais alors le plaisir et la douleur seront évidemment le seul vrai contenu des idées de bien et de mal. 

 

Si Julian Marias critique cette doctrine utilitariste, ce n’est pas par moralisme, c’est par fidélité à la vie et par désir d’être heureux.

 

Il voit très bien que l’utilitarisme, tout en se voulant expérimental, empirique, commence par une logique a priori. Ces gens-là veulent ne croire qu’à l’expérience, mais ils se font une idée a priori et non expérimentale de l’expérience. Ils construisent un moule, ils y font entrer de force tout ce qu’ils peuvent, et ils coupent tout ce qui dépasse. Cette morale utilitaire est à l’éthique ce que l’idéologie est à la politique.  

 

Ce qui entre dans le moule utilitaire, ce n’est pas le bonheur, c’est quelque chose qu’on peut appeler ‘bien-être’. On ne reprochera pas à une société utilitaire de nous apporter du bien-être, on lui reprochera de nous inciter à le confondre avec le bonheur. Car alors, quand nous aurons le bien-être sans être dans le bonheur, nous ne comprendrons plus rien à la vie et nous tomberons dans le désespoir ou la dépression.

 

Julian Marias observe (page 157), qu’on peut jouir du bien-être (santé, situation professionnelle, niveau de vie, reconnaissance sociale, bon ordre de la société), mais, en même temps, et pour des raisons clairement différentes, se sentir « profondément heureux », ou alors se sentir « radicalement malheureux ». Jusqu’à un certain point, l’inverse est vrai aussi. Le bien être est tout au plus une précondition non nécessaire du bonheur. 

 

Dans mes années de proviseur, j’avais reçu une mère d’élève. Son fils faisait toutes les bêtises et ne travaillait pas : « Je ne le comprends pas, me dit-elle. Il ne lui manque rien et il n’est pas heureux. » Je lui ai répondu : « Madame, s’il n’est pas heureux, c’est qu’il lui manque quelque chose. » « Mais quoi donc », demande-t-elle ? Et moi de lui répondre : « Je ne sais pas. Peut-être qu’il lui manque de manquer. »

 

On peut ne manquer de rien et aller se pendre. Julian Marias note que notre temps est celui d’une étrange "volatilisation du bonheur dans le bien-être, accompagnée de frustration profonde". Et beaucoup de gens vont se faire soigner par les médecins, alors qu’ils devraient aller voir des prêtres ou des moralistes. Mais ça les rassure. La religion est "politiquement incorrecte", et la morale aussi, sauf s’il s’agit d’une éthique relativiste et utilitaire. Chercher à être vraiment heureux, serait-ce un commencement de dissidence ?   


   

Nouvelle publication : Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 09 Juillet 2010 08:19 Écrit par Henri Hude

Les Éditions Monceau vous présentent : 
Couverture Démocratie durable

De quoi s'agit-il?

 

Trois extraits du livre à paraître ont été publiés dans ce blog au cours des deux dernières semaines. Voici maintenant un lien vers la Table des matières de Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l'Europe.

Ce livre sera publié aux Editions Monceau et vendu exclusivement sur ce site. Je dirai pourquoi. J'ai d'ailleurs commencé à le dire, en faisant il y a quelque temps "l'Eloge de Wellington".

« Penser la guerre », voilà qui peut donner des frissons.

Pour éviter quelques malentendus, je publie aujourd'hui dans ce blog un article paru dans Le Figaro, le 27 janvier 2005, sous le titre : « Le principe amitié ».

Ma pensée sur le sujet n'a pas changé. C'est en raison du « principe amitié » qu'il faut « penser la guerre », et la « démocratie durable », et « faire l'Europe » (j'entends : l'Europe de démocratie durable, l'Europe réaliste qui sait penser la guerre et le pouvoir, celle qui reconnaît le « principe amitié »). Et si vous vous demandez si et comment tout cela peut s'organiser de façon cohérente, eh bien! lisez donc le livre, et nous en parlerons, ici ou ailleurs.

 

En attendant, voilà ce que disait l'article du Figaro:

 

Le principe amitié : l'éthique s'organise autour de la notion d'amitié (philia)

 

« Depuis Max Weber, nous répétons que les jugements de valeur ne sont pas des jugements de fait et qu’ils sont toujours subjectifs. En même temps beaucoup reconnaissent que nous souffrons d’un manque de repères, de références, de critères et de principes. En réalité, nous disposons bien de certains principes, mais il nous en manque au moins un : le principe amitié.

 

Supposons que l’éthique s’organise autour de la notion d’amitié. Entendons par là ce que les Anciens appelaient philia : toute espèce de force ayant pour effet de rapprocher positivement entre eux les humains – instinct semi grégaire ou sympathie, attrait des sexes pour la vie commune, intérêt matériel et calcul d’utilité, plaisir de converser, besoin de communication profonde. Ainsi comprise, la philia pourrait être imaginée dans le monde humain et social comme l’analogue de l’attraction universelle dans le monde purement matériel. Que pourrait changer l’introduction de cette hypothèse ?

 

Pourquoi pas mal de gens sont fâchés avec la morale

Beaucoup sont fâchés avec la morale à cause du devoir, qui semble en contradiction avec le bonheur. Mais l’amitié ne permet-elle pas la synthèse du devoir et du bonheur ? Pour son fils Nicomaque, Aristote écrivait que « sans amitié, nul ne choisirait de vivre. » Il comptait au nombre des amitiés les amitiés familiales et l’amitié conjugale. On oppose parfois le bien au lien, mais le lien n’est-il pas le bien même ? Il n’y a pas d’amitié durable sans une dynamique de générosité, de désintéressement, voire d’oubli de soi et de sacrifice. L’amitié est ainsi la matrice et la synthèse des vertus : courage, justice, modération. Aristote disait  aussi qu’« il n’y a pas de différence entre un homme excellent et un véritable ami ». On parle avec raison de « devoirs d’amitié », quand les devoirs entrent dans la sphère de la philia. Une fois devenus devoirs d’amitié, les devoirs perdent leur caractère dur, inhumain ou desséché. L’amitié réconcilie le bonheur avec le devoir.

 

Cette amitié est, à la fois, un fait indiscutable et une valeur dont personne ne doute sérieusement. Elle est un fait, car elle est le lien social même, sans lequel toute société tomberait en poussière ; et elle est un fait universellement vécu comme une valeur. Impossible de séparer ici le fait et la valeur. Pourquoi dès lors continuer à douter des jugements de valeur, s’ils sont enracinés dans l’expérience de la philia ? La morale est un ensemble de règles, mais l’éthique est un ensemble de vertus dont l’amitié est à la fois la matrice et la synthèse. On peut douter de la règle, mais on ne peut douter pareillement du fait de l’amitié, ni de sa valeur, ni de celles des vertus qui entrent dans sa logique. Les bonnes règles sont des formulations d’une vie bonne en amitié.

 

La Philia et la République conservatrice

 

Le principe amitié se développe en valeurs sociales et républicaines. L’amitié unit entre eux des individus et enchevêtre ces liaisons, nous faisant faire à tous corps en société. Ainsi ne peut-on séparer l’amitié et la cité, l’éthique et la politique. Mais l’idéal d’amitié ne va pas sans confiance et la confiance confie des responsabilités à des libertés. Par ailleurs, l’amitié comble les distances et tend à faire pour autrui ce qu’elle fait pour elle-même.  L’amitié aime donc l’égalité, pourvu que celle-ci soit sans envie et n’éteigne pas la faculté d’admirer.

 

Le respect et la justice semblent tout naturels dès qu’il y a un peu de véritable amitié. Au contraire, quand il n’y en a pas, la justice et le droit ne sont qu’une guerre froide. La confiance ne va pas sans désarmement et le moindre désarmement est déjà un abandon partiel de sa liberté, un passage au-delà du droit et de la justice froide. L’amitié parle au cœur, mais en écoutant la raison. Ouverte au désintéressement, elle marche vers l’horizon d’une amitié sans exclusive et se plie au respect de lois morales universelles. Le principe amitié renouvelle le rationnel en le rendant humain, cordial et raisonnable.

 

Le principe amitié permet aussi de mieux poser le problème du rapport entre la politique et la métaphysique, la religion et la foi. L’éthique d’amitié ne postule pas simplement la métaphysique, mais elle y entre presque, dès lors que l’éthique, dont nous pouvons être sûrs, ne signifierait rien sans la liberté, laquelle nous ouvre la porte du mystère de l’esprit, supérieur aux déterminismes. Dès lors que l’amitié admet le désintéressement, elle est prête à des sacrifices, voire à l’engagement total. La dignité humaine consiste à avoir le droit de se voir traité ainsi par les autres, et à devoir traiter les autres ainsi. Cela se conçoit bien si la personne humaine possède une valeur absolue, laquelle prend un sens en référence à un Absolu ayant lui-même rapport à l’ordre éthique et personnel.

 

Eros, Philia, Agapè

Si la cité est liée par une philia, et si la religion est amour divin, en grec agapè, où est le principal problème entre politique et religion ? non pas dans une rivalité entre des pouvoirs, mais dans la suture, au cœur de l’homme, entre la philia et l’agapè, entre l’éros et l’agapè. L’éros est en tension avec l’agapè, mais la philia leur fournit une médiation, si l’éros accepte d’entrer dans la logique de la philia.

 

Le principe amitié reconnaît aisément la place du Christ dans une cité libre. « Aime ton prochain comme toi-même », c’est peut-être le fondement radical d’une égalité sans violence et sans utopie. Le Christ est aussi, à tout le moins, un incomparable professeur d’amitié.

 

Le principe amitié, enfin, a le sens des réalités. Car un ami est bien réel dans le monde, il est, dit la chanson, « ce qu’il y a de meilleur au monde ». Chacun fait aussi dans la vie l’expérience de l’inimitié. L’éthique d’amitié aide à gérer sans amertume le mélange de paix et de guerre, qui est si souvent la vie même.

 

 

   

Table des matières de mon dernier livre

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Mise à jour le Mercredi, 07 Juillet 2010 22:22 Écrit par Henri Hude

INTRODUCTION

 

PREMIERE PARTIE – LA DEMOCRATIE EN DEFENSE

 

I – ANALYSE DU « POLITIQUEMENT CORRECT »

1. Le PC comme cas particulier du fait universel de la pression sociale

Le fait de la pression sociale

Comment la pression sociale impose aussi bien l’autonomie que le reste
La vie en société comme éducation continue
La loi morale et l’autonomie de la volonté
Un bizarre épicurisme kantien
La recherche du plaisir et la fuite de la douleur deviennent des impératifs catégoriques
L’autonomie se forme en communauté éthique
Vie intérieure partagée dans la vie sociale : la culture
Culture substantielle et démocratie dans un monde globalisé
La loi d’évolution croissante de la pression sociale en régime PC
Mensonge et langue de bois

2. Le mécanisme de cette pression sociale et la matrice des opinions libérales

Le PC comme libéralisme hobbésien

3. Le PC comme résultat de l’évolution du libéralisme hobbésien

Reductio ad Hitlerum
Définition du PC

 

II – PENSER LA GUERRE POUR FAIRE L’EUROPE

La question de l’Europe
Forces et faiblesses du pacifisme
L’Europe réaliste
Eviter une nouvelle bipolarisation stratégique
La paix par l’équilibre. L’équilibre par l’Europe
La guerre toujours probable
La guerre probable
Une nouvelle politique des blocs
La paix, au-delà des guerres idéologiques
L’idéologie du nihilisme actif
L’Europe entre les blocs
L’Europe impuissante, alliée inutile des Etats-Unis ?
L’Europe désarmée
Les Etats-Unis auraient besoin d’une Europe libre et non PC
Un choix historique pour les USA

 

III – QU’EST-CE QUE LA GUERRE ? – LA DEMOCRATIE DURABLE ET LA GUERRE LIMITEE

1° Pensées sur l’essentiel de la guerre

Les démocraties ne sont pas à l’aise face à la guerre
La définition de la guerre
Arriver à la décision
La loi de la montée aux extrêmes
Quelles sont les causes de la montée aux extrêmes et de la guerre totale ?

2° Pensées sur la culture de guerre limitée en démocratie durable

Modernité, progrès et démocratie
Modernité classique et guerre totale. Du besoin d’une autre modernité
Quel est le sens exact d’une guerre non totale ?
En conclusion sur ce point
Objections finales

 

IV – QU’EST-CE QUE LE POUVOIR ?

Problématique
Quelques mots sur Thomas Hobbes

1° Redécouvrir le Pouvoir

Le « droit naturel » et la guerre de tous contre tous
La loi naturelle et la paix civile
Le Pouvoir et la Volonté générale
Le Pouvoir et la Démocratie. Les leaders
Les élites et la République
Les leaders en démocratie

2° Interprétation du Pouvoir dans le monde présent. La paix américaine, sa valeur, ses insuffisances, et le devoir de l’Europe

Le Pouvoir et l’Empire
L’Amérique et l’Empire
L’Europe et l’apprivoisement de la fonction d’Empire
De l’absolutisme au libéralisme à l’intérieur d’un seul Etat
De l’absolutisme au libéralisme dans le monde entier
L’Europe et la constitutionnalisation réaliste de la fonction d’empire

3° La culture d’impuissance

Du régime mixte à la démocratie absolue
Le PC entre pacifisme et bellicisme

 

V - LA PAIX VAUT-ELLE MIEUX QUE LA GUERRE ?

Point de situation
Utilité de la paix. Beauté de la paix : justice et amitié
La paix va dans le sens de la vie humaine
« Salut à la guerre ! »
La culture et différence entre la concurrence et la guerre
Est-il bon ? Est-il méchant ?
Raison politique, démocratie durable et péché d’origine

 

VI – POURQUOI LA GUERRE ? – RÉFLEXIONS À PARTIR DE LA PENSÉE DE RENÉ GIRARD

1° Qu’est-ce que l’homme ?

L’homme imitateur et violent
La société humaine, le Pouvoir et la Culture
La culture et la survie par l’inhibition de la violence
L’insociable sociabilité

2° Sur l’art de connaître l’homme. Sur l’idée d’une anthropologie scientifique

Les deux obstacles épistémologiques à la constitution des sciences de l’homme
Définition du matérialisme
Définition du subjectivisme
La réforme conceptuelle requise à la constitution de l’anthropologie scientifique
Subjectivisme arbitraire et politiquement correct
Les conditions d’une science anthropologique

3° Quelques idées sur la culture et la religion

La religion archaïque
Hobbes et Girard
La religion chrétienne. Discussions sur le sacrifice
L’homme et la guerre. De nouveau Clausewitz
L’évidente objection des guerres de religions
Le Pouvoir la loi et le sacrifice
Religion archaïque et religion chrétienne

 

SECONDE PARTIE : LA DÉMOCRATIE À LA RECONQUÊTE

 

VII - LE PC COMME CULTURE D’IMPUISSANCE – QUELLE CULTURE DE PAIX EN DÉMOCRATIE DURABLE ?

Point de situation
Culture de paix

1° La culture PC ne garantit pas la paix

L’individualisme libertaire mondialisé, ou l’espoir d’une paix universelle par l’impuissance
De la culture d’impuissance à la renaissance de la guerre
Liberté de transgression et violence universelle
La culture d’impuissance comme matrice d’un nouveau nihilisme actif
La recherche de la paix par la culture de sécularisation en régime de grande modernité
La recherche de la paix par la culture de sécularisation en régime de modernité tardive
La remise en cause de la sécularisation

2° Le PC contre la Démocratie

Le politiquement correct comme orthodoxie sacrale
Le Léviathan spirituel et sa stratégie indirecte
Déconstitutionnalisation du Pouvoir et néo-absolutisme brutal en démocratie tardive
La loi antinaturelle d’impuissance
La loi du subjectivisme arbitraire et la culture de l’impuissance
La démocratie d’impuissance
L’homme de verre
Le système religieux néo-archaïque. Lynchage et victimisation

 

VIII – LE PROBLÈME DU MORALISME ET LA DÉMOCRATIE DURABLE – LIBERTÉ, LOI MORALE, ÉTHIQUE ET CULTURE EUROPÉNNE

Problématique. Le complexe moraliste
Le problème du moralisme

1° La liberté sans loi morale

2° La liberté par la loi morale

3° La loi morale comme principe de non-liberté

Le pharisien
La liberté de transgression
Au-delà de la transgression

4° La liberté d’obéissance éthique

Éthique et religion
La loi et la foi
L’apport de Jésus-Christ au débat moral européen. Le moralisme pulvérisé
Concluons

 

IX – LA RESPONSABILITÉ MORALE DES DIRIGEANTS

Problématique
Ethique économique
Ethique politique
Ethique générale et éthique militaire
L’éthique et les juristes
Conscience et responsabilité morale
La responsabilité et la loi morale
Première voie vers la loi morale universelle
Deuxième voie vers la loi morale universelle
Le droit et la morale
Le Législateur et la liberté de chaque personne
La question de l’homicide concerne tous les responsables
La question morale de l’homicide
Le problème de la contrainte
La responsabilité morale du militaire
Le pacifisme radical et l’objection de conscience
Universalité de la loi et particularité de la décision
L’inconditionnellement illégitime
La dignité de la personne
Le respect de la vie
La mort donnée à l’adversaire et le respect de la vie
L’idéologie rend ces problèmes insolubles
 

 

X - CONSTITUTIONNALISER LE LÉVIATHAN MÉDIATIQUE – LA RÉFORME ÉTHIQUE DES MÉDIAS

1ère Question : Qu’y a-t-il de réellement nouveau en éthique militaire ? – Le problème éthique complexe militaro-politico-médiatiqueRien de nouveau

et pourtant tout est nouveau
1er exemple : la communication militaire
2ème exemple : la tactique de victimisation sanglante
Ethique, médias et hypocrisie

2ème Question : En quels termes nouveaux se pose le problème classique de l’obéissance et de la désobéissance du militaire et, plus largement, du dirigeant ?

La fin du cantonnement institutionnel du militaire
Idéologie du privé et privatisation de la guerre
Les problèmes éthiques du militaire, avec leurs dimensions médiatique et politique
Obéissance et désobéissance
Le talon d’Achille de la démocratie : le manque d’éthique médiatique
Raison et démocratie
La reconquête nécessaire de la sensibilité par la raison
La nécessaire constitutionnalisation du Léviathan médiatique

 

 

   

Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe – Un troisième extrait

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Mise à jour le Mercredi, 07 Juillet 2010 22:28 Écrit par Henri Hude

Un livre sur le Pouvoir en démocratie

 

« Même si la guerre est souvent ici la porte d’entrée de la réflexion, son thème central est le Pouvoir en Démocratie. Sans Loi, il n’y a qu’un pouvoir-Léviathan, ou l’anarchie, ou l’impuissance. Il n’y a pas de vrai Pouvoir sans Loi, ni de vrai Pouvoir sans Force, et la dynamique d’un Pouvoir uni à la Loi aboutit à la Démocratie durable. Une Démocratie durable est une Démocratie dans laquelle il existe un tel Pouvoir. 

 

« Les thèmes de la réflexion touchent donc tous au Pouvoir : il s’agit en effet, une fois admise la responsabilité universelle de l’Europe, de la doter d’un Pouvoir. Pour cela, il faut 1° libérer le Pouvoir ; 2° rétablir le Pouvoir ; et 3° maîtriser le Pouvoir. Le libérer du « politiquement correct »  (Essais I et VII) et des médias exubérants qui l’incarnent (Essai X). Le rétablir en laissant resurgir et en redécouvrant une culture de Pouvoir (Essais III, IV et IX). Le maîtriser en libérant une culture de Loi et de Paix (Essais V, VI, VIII). » (p.28)

 

Pourquoi « penser la guerre » ?

 

« Pour faire l’Europe, il faut penser la guerre et la paix. Mais la guerre, c’est ce qu’on ne veut pas penser ; c’est ce à quoi on ne veut pas penser – en Europe. Et c’est pour cela que l’Europe n’existe pas, en tout cas pas comme la puissance politique de premier ordre qu’elle doit être. Et c’est aussi pourquoi, si cette impuissance perdure, la paix existera (probablement) de moins en moins dans le monde, au cours de ce siècle – car l’existence de l’Europe comme puissance est nécessaire à l’équilibre du monde. La raison pour laquelle il faut faire l’Europe, c’est la paix globale. Mais le chemin pour la faire, c’est une pensée de la guerre, car l’Europe utile, c’est une Europe réaliste. Et une Europe réaliste pense la guerre et la puissance.

 

« Une communauté politique, c’est un ensemble humain à l’intérieur duquel on accepte de payer beaucoup d’impôts les uns pour les autres, de confier sans peur les armes de tous à certains, sans se préoccuper de leur origine, de s’organiser sans méfiance ni jalousie les uns avec les autres, et, enfin, celle où chacun admet l’éventualité de devoir risquer beaucoup pour la défense de la communauté.

 

« Par conséquent, ou bien l’Union européenne est aussi une Communauté Européenne de Défense, une alliance militaire (distincte de l’Alliance atlantique), ou bien elle n’existe tout simplement pas, en tant que communauté politique authentique – c'est-à-dire en tant que réalité politique unie, puissante et libre.

 

Ne plus parler la langue de bois

 

« Pour cacher cette inexistence, on étalera souvent en surface des doctrines idéalistes, ultra-pacifistes, et des fictions « politiquement correctes » (PC), permettant de prétendre que la guerre aurait cessé d’exister, et que, par conséquent, on pourrait désormais être concitoyens, ou citoyens du monde, sans avoir jamais à en payer le prix.

 

« Mais personne ne croit vraiment au PC, bien que presque tout le monde brûle de temps en temps un bâtonnet d’encens devant l’idole de la tribu. Le fait est que cette Europe qui ne peut pas être une Alliance militaire, personne n’y croit vraiment comme communauté politique, même si tout le monde fait semblant d’y croire. Je me demande si l’on n’a jamais vu, depuis les derniers temps du communisme, un aussi gros mensonge collectif.

 

« Pour faire l’Europe, il faut sortir de ce mensonge.

   

Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe - Un deuxième extrait

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Mise à jour le Dimanche, 27 Juin 2010 22:09 Écrit par Henri Hude

Depuis la semaine dernière, ce blog propose des textes tirés du livre sur lequel je travaille et qui va paraître sous peu : Démocratie durable. Penser la guerre pour faire l’Europe.

 

L’extrait qui suit est tiré de l’Introduction.

 

Placer la politique à son juste niveau

 

« Placer la politique à son juste niveau, c’est être capable de dire à un peuple : voici quelle est notre place dans le monde, voici quels sont nos intérêts et notre mission, et voilà ce que nous allons faire.

 

« Placer la politique à son juste niveau, c’est donc, par exemple, dire aux Français : la France est l’une des grandes Nations de l’Europe, qui est virtuellement l’une des trois plus grandes puissances mondiales, avec les Etats-Unis et la Chine.

 

« Le genre humain a besoin de l’Europe. La mission de l’Europe, c’est de contribuer à faire dans le monde cette paix plus juste qui ne peut exister sans l’Europe. La responsabilité de la France, c’est de contribuer à faire de l’Europe une puissance politique effective de premier plan, au service de la paix.

 

« Comment le dire, comment le faire, et le faire, c’est ça la politique, en France et en Europe.

 

« La paix est une affaire d’économie, de culture et de pouvoir. L’économie est très importante, mais la politique passe d’abord. C’est elle qui fait la loi, qui pose les cadres. Elle est le régulateur des autres activités. » (pp.9-10)

 

La responsabilité mondiale de l’Europe

 

« La justice dans le monde requiert d’abord qu’y soient établies les conditions d’une paix globale durable. Une telle paix, excluant la guerre, ne peut être assurée que par un système satisfaisant de pouvoirs.

 

« Or la situation du monde au 21ème siècle se caractérise par deux faits majeurs.

 

« 1° Le système de pouvoir où dominaient les Etats-Unis est en train de céder la place à un duopole américano-chinois, en lui-même instable et à terme conflictuel.

 

« 2° La volonté impériale des Etats-Unis n’est plus aussi claire. Délaissant les équilibres traditionnels qui ont fait leur force (voir Essai II), ils sont confrontés à l’irrationalité du système médiatique et de la pensée politiquement correcte ; l’alliance entre la religion et la philosophie qui était au cœur de l’esprit public américain semble se briser, et la création continue de libertés républicaines n’arrive pas à compenser une poussée démocratique parfois légitime, souvent passionnelle. Leur consensus interne paraît moins solide, moins sûre aussi leur aptitude à maintenir la grande politique de leur Etat à travers les fluctuations imprévisibles de l’électorat et de l’opinion.

 

« Il est permis de se demander si, indépendamment de la tentation de la démesure, les Etats-Unis ne sont pas saisis, au sommet de leur puissance, par une ivresse utopique et par des divisions idéologiques, alors que leur succès est d’avoir été, grâce à un consensus interne fort, le pays qui a géré ses intérêts avec le plus de réalisme, quand les pays d’Europe étaient divisés et se déchiraient entre eux.

 

« Or la rationalité stable, le pouvoir déterminé et invariant, sont nécessaires à l’exercice du leadership à ce niveau.

 

« Dans la situation instable résultant de ces deux facteurs, le bien commun du genre humain a pour première condition politique l’existence d’une Europe constituant l’un des trois principaux pôles de puissance dans le monde, avec les Etats-Unis et la Chine (sur cette dernière, L. FRANCART, Livre gris sur la défense, Economica, 2006, notamment pp.14-18.). Ce troisième pôle est indispensable à la paix du genre humain par l’équilibre des forces, et à son harmonie par le mouvement vers une liberté nouvelle et plus juste. Le monde unipolaire est déjà fini. Si l’Europe n’émerge pas, ce sera la confrontation de deux pôles.

 

« C’est la mission de l’Europe, que de reprendre un rôle de premier plan. Remplir ce rôle est sa mission très claire, et plus encore que son intérêt, son devoir. Cette mission d’équilibre est conforme à l’intérêt bien compris des Etats-Unis et de la Chine, aussi bien qu’à celui de toutes les autres puissances, nations, ou groupes de nations.

 

« Préserver la paix du monde par l’équilibre des forces, sauvegarder les libertés (notamment économiques) en les rendant plus justes, inventer une modernité non idéologique et qui ne conduise plus simplement au choc avec les civilisations prémodernes : ces trois choses sont à faire, et aucune ne peut être faite sans l’Europe unie, libre et puissante.

 

« Mais pour se situer à la hauteur d’une telle responsabilité, les Nations d’Europe doivent se constituer, chacune et ensemble, en démocratie durable. » (DD, pp.11-13).

 

L’homme, animal politique

 

« Les politiques se trompent quand ils pensent que les citoyens ne se soucient que de leur bien-être à court terme et n’ont pas besoin d’inscrire leur biographie personnelle dans une histoire commune.

 

« C’est l’un des plus beaux attributs du pouvoir politique, que de créer un élan pour un projet commun à la fois grand, juste et raisonnable. C’est cette dynamique qui ouvre le crédit politique permettant de gouverner et de réformer.

 

« Ceci est particulièrement vrai des Européens, à qui l’histoire a tout donné, qui ont tant inventé, exploré, créé, qui ont satisfait tant de désirs de richesse et de pouvoir, désirs démesurés souvent et destructeurs jusqu’au chaos. Hésitant aujourd’hui entre le doute et la sagesse, la vieillesse et le renouveau, en réserve du genre humain, ils ne peuvent plus rien désirer avec force, sauf le repos et la mort, ou bien le service et la mission.

 

« En conséquence, l’Europe ne peut être fondée comme puissance politique que si les Européens redécouvrent ensemble cette responsabilité morale et politique de niveau universel. » (DD, p.10)

 

Ce projet européen doit être transporté à un niveau supérieur. Trop d’économie tue l’économie. La démocratie européenne, ce n’est pas l’Euro, c’est un Démos, c’est un Peuple. L’économie ne saurait aller sans la politique et la culture.  Le projet européen doit être pensé en termes de puissance, de participation au leadership mondial, de guerre et de paix, de rayonnement d’une culture plus que bimillénaire. L’Europe ne peut exister que comme projet suprapartisan, débarrassé de ses unilatéralités, capable d’enthousiasmer, de rallier et de la pluralité de ses nations dans une unité plus haute.

 

   

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