Henri Hude

Lettre d'Amerique n 33. Evangile et capitalisme aux Etats-Unis et ailleurs (3)

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Mise à jour le Mercredi, 08 Décembre 2010 10:23 Écrit par Henri Hude

L’importance de la question de la richesse dans l'Evangile

 

Ceci n'est pas une dissertation en exégèse biblique. Limitons-nous à l'essentiel de l'essentiel : le rapport du riche au pauvre est au centre même de ce qui détermine l’éternelle destinée.

 

Les paroles du Juge (Mt, 25) sont les suivantes et elles sont très claires : « Allez-vous-en, maudits, au feu éternel (…) car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger, (…) j’étais nu et vous ne m’avez pas vêtu, j’étais malade et vous ne m’avez pas visité, etc. »    

 

« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. »   

 

Les Américains (et les gens riches en général) peuvent avoir un peu de mal, me semble-t-il, avec ce passage.

 

Par contre, ils raffolent de Saint Paul écrivant aux Thessaloniciens : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » (Th., 3) Newt Gingrich le cite dès les premières pages de son livre To Save America.

 

Sur un vrai chrétien, et en tout cas un chrétien américain, le chantage affectif des fainéants ne marchera pas. S’il a la responsabilité de la sécurité sociale, il mettra fin aux abus des sangsues et des parasites. Les tricheurs remboursent ou vont en prison.

 

Il est très clair que l’amour chrétien des pauvres n’est pas pour eux un sentiment de culpabilité produisant une exploitation à rebours. Ce dernier sentiment est pour eux un affect morbide faisant partie de la névrose de l'intellectuel de gauche.

 

Donner du pain et donner du travail   

 

Ailleurs, avant de multiplier les pains pour une foule affamée, Jésus commande à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Je me souviens avoir appris, en lisant l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, il y a fort longtemps, que la première façon de donner à manger, c’est de donner du travail.  

 

Jésus, dans la parabole dite « des ouvriers de la vigne » (Mt 20, 1-15), compare Dieu lui-même à un propriétaire viticulteur qui donne du travail à des chômeurs. Ce même propriétaire a dans un autre passage un visage d’entrepreneur : Un homme planta une vigne, creusa un puits, l’entoura d’une clôture, etc.   

 

La parabole des ouvriers de la vigne, appelée aussi celle de « l’ouvrier de la onzième heure », nous avertit que la tentation de la classe laborieuse se trouve dans la jalousie et l’envie égalitaire. En même temps, cette parabole proposerait une politique salariale bien déconcertante, si c’était là son objet. Au moins signale-t-elle que les employeurs ne doivent pas laisser déterminer leur conception de la justice par l’envie égalitaire de leurs employés. C’est là un des défauts majeurs de l’Etat quand il est employeur. Bref, il ne faut pas confondre l'Evangile et le socialisme.  

 

Si le pauvre a droit au pain, c’est qu’il a droit au travail ; s’il a droit au travail, c’est qu’il a droit à l’investissement qui créera l’emploi ; et s’il a droit à l’investissement créateur d’emploi, c’est que l’investisseur, celui qui a des talents à investir ( en compétence, créativité ou épargne), a aussi les devoirs correspondants, ainsi que les droits lui permettant de remplir ce devoir.

 

En particulier, il a le droit de ne pas être empêché de remplir sa fonction par l’intervention intempestive d’agents publics trop suspicieux.    

 

Faire valoir les talents   

 

D’où l’importance de la « parabole des talents » (Mt, 25, 14-30). La parabole vient juste avant le texte du jugement dernier (Mt, 25, 31-46), qui lui donne toute sa portée. Celui qui ne développe pas ses talents ne donne pas à manger à celui qui a faim. Et il mérite donc de se voir rejeté « dans les ténèbres extérieures ». C’est une parabole à méditer par les étudiants paresseux. 

 

L'argent n'est pas une chose sale, c'est une chose importante. Et c'est parce que la richesse et la propriété sont des importantes fonctions sociales qu'il n'est pas permis d'en abuser par égoïsme.

 

Le riche n’a pas plus droit au repos que les étudiants. « Il y avait un homme dont les terres avaient beaucoup rapporté », et qui se dit que maintenant il va faire marcher son entreprise au ralenti et profiter de la vie. Ce projet très humain, mais égoïste et stérile, n’est pas béni par Dieu : « Cette nuit-même, on te redemande ta vie. » A quoi sert le figuier stérile ? On le coupe. A quoi sert le bois sec ? On le brûle.

 

Dans l’Evangile, décidément, on ne plaisante pas avec l’économie.    

 

Investissement fructueux et gratuité   

 

Ce devoir d’investissement n’est pas un devoir de faire le plus d’argent possible avec de l’argent, mais un devoir de soutenir les vrais entrepreneurs et de voir où se situent les plus urgents besoins de services à rendre, et d’emploi à procurer pour rendre ces services, et d'organisation du crédit pour que cela soit possible. « Prête à qui te demande et ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. »  

 

Cela ne veut surement pas dire : prête sans discernement, puisqu’il faut que le placement, dit Dieu, rapporte 100% (« dix pièces d’argent pour dix pièces d’argent », « cinq pièces d’argent pour cinq pièces d’argent », et pour les quasi nuls, un taux d’intérêt). On le voit, tout se tient.  

 

Quand le Christ dit : « La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux », il pense clairement au Royaume de Dieu et à la moisson des âmes. Mais un des sens moraux en cohérence avec tout ce qui précède, c’est qu’il y a trop peu d’investisseurs éclairés et généreux, trop peu d’entrepreneurs responsables, alors que monte sans fin la croissante marée des personnes qui ont besoin de gens qui leur offrent de travailler. « Personne ne vous a donc embauchés ? Personne, Maître. (…) Allez donc à ma vigne. »     

 

Peut-on éradiquer la pauvreté ?    

 

La plainte du Christ devant le petit nombre des moissonneurs explique sans doute une autre de ses paroles : « Des pauvres, vous en aurez toujours. » Cela ne signifie sans doute pas une indifférence aux misères et une invitation au fatalisme, mais une lucidité.  

 

Le fonctionnement du marché doit normalement donner du travail à tous, mais à condition que le marché ait toute son efficience possible, ce qui ne se peut que si les entrepreneurs et les investisseurs agissent de façon vraiment responsable, tenant compte du long terme, du capital humain, etc. Or il est trop évident que nous en sommes loin.

 

Dire qu’il y aura toujours des pauvres, c’est dire qu’il y aura toujours des investisseurs peu responsables. A chacun de prendre ses responsabilités   

 

Redistribution et compensation   

  

Et c’est compte tenu de cette situation prévisible qu’il est aussi requis de donner, pour la compenser.

 

La mesure souhaitable de ce don est donnés dans le récit de « la rencontre avec Zachée » (Lc, 19, 1-10), qui n’est pas la même que celle du jeune homme riche. Ce dernier est appelé à ce que nous appellerions aujourd’hui la « vie religieuse ». Zachée, c’est le laïc fortuné, le chrétien qui a réussi et qui doit continuer à mener dans le monde une vie ordinaire.  

 

Que donne Zachée ? « La moitié de mes biens. » Donner la moitié de ses biens, ce n’est pas supplier l’Etat d’augmenter indéfiniment les taxes et de paralyser l’économie par des interventions intempestives. C’est plutôt disposer de la moitié (par exemple) de la fortune qu’on a eu la liberté d’amasser pour fonder une œuvre utile au bien commun.

 

Outre cela, il faut « payer l’impôt à César », mais sans oublier 1° que César n’est pas Dieu (il n'est pas non plus la Raison Pure), et 2° que Ponce-Pilate a dessiné à jamais le type-idéal du politicien sans courage (le type-idéal au sens wébérien).   

 

Les riches doivent aussi avoir le sens du mal qu’ils ont pu faire, comme investisseurs irresponsables, comme oisifs, ou comme gaspilleurs, en ne faisant pas tout le bien qu’ils auraient dû faire. Aussi le don spontané de Zachée ne se réduit-il pas aux 50% dont on a parlé (affectés à des fondations solides, ou du moins à l’investissement de long terme et sérieux). Il s’y joint une réparation : « Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre au quadruple. »

 

Ce niveau de réparation de 4 contre 1 n’est pas déraisonnable, compte tenu des désordres ruineux que cause l’avarice. Celle-ci sacrifie tout à un profit financier superficiel. Or la société ne peut jamais être stablement prospère en se réglant sur une règle aussi défaillante.  

 

Pour finir, que penser de la parabole dite de l’« intendant malhonnête » (Lc, 16, 1-8) ? Je suis enclin à croire que cet intendant n’est autre que le mauvais riche, défini avec précision par tout ce qui vient d’être dit. Or que fait l’intendant malhonnête ? Il réduit les dettes entre 20% et 50%, recréant l’amitié entre créanciers et débiteurs. Pourtant, le Maître (qui est ici Dieu) fait son éloge.

 

Il serait intéressant de savoir si ce montant de réduction des dettes ne correspondrait pas à la fois aux réparations que Zachée se dit disposé à pratiquer, et à l’impôt que César serait en droit d’exiger, si Zachée et ses pareils ne faisaient pas leur devoir.   

 

En conclusion, dans la parabole du fils prodigue (Luc, 15, 11-32), j’observe quel grand changement produisent les difficultés économiques dans l’esprit de ce jeune homme. Ce riche héritier, ayant par ses folies dilapidé son patrimoine, se retrouve ouvrier agricole. C’est alors qu’il pense à revenir vers son Père.  C’est le début de sa conversion. Ce qui vaut pour les individus peut-il valoir pour les peuples ? Cette parabole ne pourrait-elle pas valoir, un jour prochain, pour notre monde occidental ? 

 

 

Lettre d'Amérique n 24. House divided (3). Hoover et Roosevelt ? Obama et le Tea Party

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Mise à jour le Vendredi, 26 Novembre 2010 19:10 Écrit par Henri Hude

Annapolis, 25 Novembre 2010, Thanksgiving Thursday. Dans les deux lettres précédentes, j’ai commencé à parler du Président américain Herbert Hoover (1929-1933), que Franklin Roosevelt (1933-1945) a battu à plates coutures, empêchant sa réélection. La situation présente me paraît être une reprise imprévue du débat entre ces deux hommes.  

 

Que disait et faisait le Président Herbert Hoover (1929-1933) ?   

 

Hoover dramatisait, sans doute exagérait, le sens des actes de Roosevelt, comme font assez souvent aujourd’hui avec Obama les militants du Tea Party. Ainsi, l’intervention de l’Etat dans la crise économique apparue en 1929 incarnait, disait Hoover, « la même philosophie politique qui a empoisonné toute l’Europe… les fumées du chaudron de sorcières qui bouillait en Russie. » (Leuchtenburg, Herbert Hoover, p.139) Dans un style moins dramatique : « La prospérité ne peut pas être restaurée au moyen de raids sur le Trésor public. » (décembre 1930, L., p.112) « Le chemin des budgets en déséquilibre ne peut mener qu’à la ruine. »  

 

Hoover mit en 1931 son veto à la loi Wagner, bipartisane et votée par le Congrès, qui voulait simplement redonner vie à l’United States Employment Service (sorte d’ANPE). Il commenta : « Penser qu’une législation puisse hâter la reprise, c’est comme croire que nous pouvons exorciser un cyclone en rédigeant des lois à son sujet. » (L., p.115)  

 

Il refusa en 1931 de convoquer une session spéciale du Congrès, arguant qu’« il ne voyait rien qui puisse autant perturber le processus de reprise qui est indubitablement en cours. »   

  

Hoover et Roosevelt  

  

Herbert Hoover a pour lui le fait que la politique de Roosevelt n’a rien résolu. En 1940, après huit années de politique que nous dirions « keynésienne », la situation restait toujours aussi médiocre. Mais que faire face à la pauvreté massive ?  

 

Hoover a toujours soutenu que c’était à cause des New Dealers que la crise avait duré jusqu’à la guerre. Peut-être y avait-elle conduit dans une certaine mesure.   

 

La grande différence entre les deux hommes fut dans la politique suivie face à la misère. Hoover s’obstina à la nier, puis continua à la minimiser. Il laissa toute la responsabilité de l’assistance aux autorités locales ou à la bienfaisance privée, au moment même où l’ampleur catastrophique du phénomène appelait une action publique.

 

On eut le sentiment, sans doute justifié, que l’équilibre budgétaire était plus sacré pour lui que le droit des affamés à la vie. Car il y eut un nombre non insignifiant de gens qui moururent littéralement de faim, à New York et ailleurs. Mais Hoover refusa même un travail statistique sérieux. Enfin, il sembla manifester du début à la fin une indifférence inhumaine au malheur des gens. Lui qu’on appelait « le grand ingénieur » reçut le nouveau surnom de « the great Scrooge ».  

 

Roosevelt, de son côté, par sens politique, mais aussi par pragmatisme, choisit une autre voie. S’il y avait eu un tremblement de terre et que dix millions de personnes fussent sans abri, l’Etat interviendrait sans se demander s’il mettrait par là le capitalisme en question. L'intervention de l'Etat était d'abord pour lui une question de sens commun et d'équité.  

 

Le sens commun et l’idéologie   

 

Pourtant, malgré sa réserve, due à une sévère éducation dans une famille de quakers et à la tristesse d’être devenu orphelin très jeune, Herbert Hoover n’était pas du tout un homme indifférent. Il s’était fait au contraire une réputation mondiale de bienfaiteur et d’homme de cœur, en étant le responsable américain des approvisionnements alimentaires durant la Première Guerre Mondiale. Et il fut aussi dans sa vieillesse à l’origine de la fondation de l’UNICEF. A sa mort, il fut célébré comme « l’homme qui avait nourri plus de monde et sauvé plus de vies qu’aucun autre homme dans l’histoire (L., p.161).   

 

Comment expliquer dans ces conditions l’exceptionnelle insensibilité d’un tel philanthrope ? Peut-être est-ce face à un tel paradoxe qu’on peut mesurer le désarroi d’une conviction fondamentale confrontée à une apparente réfutation expérimentale. Ou alors peut-être faut-il parler ici de la force de l’idéologie.  

 

Le capitalisme démocratique étant la formule qui marche, il doit marcher. Et si l’expérience montre le contraire, elle a tort. Il ne doit pas y avoir de pauvres, donc il n’y en a pas, ou très peu (« minimal actual suffering », L., p.112). Ou alors cette pauvreté, phénomène exceptionnel, a peut-être même une fonction positive.

 

   

Lettre d'Amérique n25. House Divided (4). Le capitalisme démocratique et la pauvreté

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Mise à jour le Vendredi, 26 Novembre 2010 19:11 Écrit par Henri Hude

Les causes profondes de la crise de 1929   

 

Hoover a toujours soutenu que la crise était le résultat du dérèglement massif des monnaies et du crédit par la Première Guerre Mondiale. « Sans la guerre, nous n’aurions pas eu la crise. »  

 

Hoover n’a pas consacré moins de 24 volumes en trente ans à la justification de son action et à la critique de la politique social-démocrate – sans parler d’une biographie inédite de Roosevelt, que ses proches l’ont dissuadé de publier. Il n’a jamais digéré son renvoi en 1932. « Democracy is a harsh employer », disait-il. (L., p.147) 

 

La cause profonde de la crise de 1929, disait Hoover, ne se trouvait donc pas dans une fièvre de spéculation passagère, contre laquelle il avait multiplié les avertissements (L., p.148). Une crise normale aurait suffi à guérir cette fièvre, en crevant les bulles spéculatives.  

 

Indépendamment des effets durables de la Grande Guerre, la cause de l’exceptionnelle durée de la dépression se trouvait en Europe : dans ses divisions, ses guerres, ses armements, ses mercantilismes, ses protectionnismes nationaux et coloniaux, et dans la contagion de tous ces vices aux Etats-Unis, à la suite de la catastrophique élection de Roosevelt.     

  

Récrire l’histoire économique ?   

  

Comme il ne mourut qu’en 1964, il aurait pu soutenir aussi, dans sa logique, que le monde n’était sorti de la crise, après 1945, que grâce à la restauration du libéralisme.

 

Le compromis social-démocrate, en Europe, après la seconde guerre mondiale, était peut-être utile, puisque politiquement inévitable, compte tenu des préjugés indéracinables à l’époque. Mais les vraies causes des Trente Glorieuses étaient la paix dans l’ordre libéral américain (et le dynamisme démographique). La social-démocratie n’avait pu que freiner la croissance et préparer une dépression future.  

 

De même, dans la logique de Hoover, le monde entier n’aura commencé à sortir de la misère, après la chute du communisme, qu’à partir du moment où le leadership américain aura progressivement fait adopter partout une politique économique libérale.  

 

Mais Hoover n’a pas raisonné ainsi. Au lieu de tirer avantage de la situation, il s’est surtout montré critique d’une politique américaine encore trop peu libérale à ses yeux.   

 

Le bouc-émissaire de l’Amérique et l’aubaine des Démocrates   

 

L’historien William Leuchtenburg, auteur d’une œuvre considérable sur la période allant de 1914 à 1940, cite dans sa récente biographie de Hoover les souvenirs de l’essayiste Russel Baker. La tante de ce dernier, écrit Lichtenburg, l’avait clairement informé : « Les gens mouraient de faim à cause de Herbert Hoover. Ta mère est au chômage à cause de Herbert Hoover. Les hommes s’entretuaient à cause de Herbert Hoover et leurs enfants orphelins étaient envoyés en masse à l’orphelinat … à cause de Herbert Hoover. » (L., p.149) Et il faut se rappeler que l’extraordinaire succès de la chanson « Who’s Afraid at the Great, Bad Wolf » reflétait, en 1933, la satisfaction que Hoover ne fut plus à la Maison Blanche. 

 

Quand on est parvenu à diaboliser ainsi un adversaire, ou quand il a réussi lui-même à se diaboliser ainsi, et quand en plus le malheureux se défend avec une maladresse obstinée, et un complet manque d’humour, il devient pour ses rivaux une véritable aubaine.  

 

Roosevelt n’a affronté électoralement Hoover qu’une seule fois dans sa vie, mais le pauvre homme avait laissé un souvenir tellement ineffaçable, que l’astucieux FDR a toujours délibérément ignoré ses autres compétiteurs. Dans toutes les élections suivantes, il n’a jamais fait campagne que contre le seul Herbert Hoover. Et ça a toujours marché.

 

Avec bonne humeur, un partisan de Roosevelt a noté : « Nous devrions être éternellement reconnaissants à Herbert Hoover, qui nous a fourni pendant douze ans notre ticket de cantine. » (L., p.149) 

  

Conclusion ? 

 

Si :

1° la social-démocratie n’est qu’une fausse bonne solution, puisqu’elle finit par détruire le capitalisme démocratique, et si

 

2° le capitalisme actuel fabrique à la fois de la richesse et de la pauvreté, de l’ordre et du désordre,

 

alors,

le capitalisme démocratique peut-il ou non prendre en charge le problème de la pauvreté, sans le nier, et sans recourir à la social-démocratie, mais en améliorant l’efficience du marché ?

 

   

Lettre d'Amérique n° 23. "House Divided" (2). Les conservateurs

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Mise à jour le Samedi, 25 Juin 2016 14:14 Écrit par Henri Hude

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 Le capitalisme démocratique et le conservatisme de rupture  

 

La politique de rupture avec la social-démocratie est appelée « conservatrice », aux Etats-Unis, non parce qu’elle voudrait conserver le compromis existant, mais parce qu’elle se réclame de la tradition de capitalisme démocratique à culture morale et/ou religieuse – c’est là ce que la plupart des Américains ont dans l’esprit quand ils parlent de Démocratie. 

 

Le compromis social-démocrate a été accepté en 1933, puis après, mais seulement à doses réduites, à cause d’une situation d’extrême urgence (« supreme emergency ») et dans la mesure où son ampleur n’allait pas au-delà d’un correctif laissant subsister pour l’essentiel la structure du capitalisme démocratique.   

 

Il est donc admis et convenu qu'il n'est pas permis d'en faire l'élément central et structurant de la vie sociale.

 

La loi sur le « healthcare » : un pont trop loin ? 

 

L’Obamacare est donc une décision qui sort de l’épure et qui change la structure. Elle est vue comme une création idéologique sans racines dans la mentalité américaine, contraire au sens commun du capitalisme démocratique. C’est pourquoi elle a fait déborder le vase.

 

L’opposition est très vive sur le sujet, car des deux côtés on invoque la morale. Un ami qui a voté Obama me disait avec colère : "Dans ce pays, quand on a un cancer, le premier souci qu'on a est de savoir où trouver l'argent pour se faire soigner." Un collègue démocrate, pourtant beaucoup plus progressiste que lui, tenait le propos pour exagéré.  

 

La social-démocratie, même usée, aurait pu se maintenir longtemps, si elle n’avait pas voulu s’étendre. Ayant fait un pas de trop, elle est engagée dans un mouvement de recul, qui n’est pas près de s’arrêter, si du moins les conservateurs suivent l’avis de Newt Gingrich, c'est-à-dire savent remplacer ce qu’ils détruisent, au lieu de s’y opposer stérilement : « Il faut passer d’un conservatisme d’opposition à un conservatisme de remplacement. » 

 

Le consensus traditionnel devient-il un sujet de division ?    

 

Cette tradition de démocratie capitaliste n’est « normalement » ni démocrate, ni républicaine, au sens partisan du mot. Les deux partis adhèrent « normalement » à la « formule qui marche » et ne se distinguent « normalement » que par une sensibilité plus forte à telle ou telle des dimensions essentielles de cette tradition. Ils peuvent d’ailleurs, selon les moments, échanger leurs fonctions et changer les valeurs qu’ils prennent en charge.  

 

C’est cette tradition, « normalement » partagée, qui permet une culture politique de régime mixte. Et le capitalisme chavirerait sous la force des vents de l’avarice (greed), sans l’énorme quille de traditions familiales, morales et évangéliques, qui font « normalement » partie de la vie.    

 

Mais jusqu’à quel point peut-on encore aujourd’hui employer ce mot de « normalement » aux Etats-Unis ? House divided.  

 

Ronald Reagan, George Bush II, Herbert Hoover  

 

La politique conservatrice (de rupture) se réclame le plus souvent de Ronald Reagan, et elle reproche à George Bush II sa timidité et son infidélité à la doctrine républicaine. Le « conservatisme compatissant » de ce dernier (« compassionate conservatism), était, disent-ils, un bon produit électoral « right in the middle », mais en voulant absurdement donner à tout le monde la pleine propriété d’une maison, y compris à ceux qui ne pouvaient pas se la payer une, Bush a préparé une énorme crise du crédit.

 

Ce n’était pas là, assurément, un conservatisme sérieux. Pour le Tea Party, Bush agissait en somme en homme du New Deal. Comme l’écrit le même Newt Gingrich dans Sauver l’Amérique, (To Save America), la thèse la plus révolutionnaire, aujourd’hui, c’est « 2 + 2 = 4 ».   

 

Jusqu’à une date récente, les critiques du New Deal étaient considérés comme des vieilles barbes. Chacun admettait qu’il fallait rechercher un bon compromis entre l’action du marché et celle de l’Etat. Les libertariens étaient considérés comme des excités dont la droite avait honte. Aujourd’hui, on se demande sérieusement si le compromis social-démocrate n’était pas un monstre incohérent, et surtout s’il était juste, et s’il était démocratique. On se dit que le statut de l’intervention étatique dans le domaine de l’économie ou de l’assurance (de la solidarité) était, peut-être, celui d’un parasite : sans force propre et ne vivant que de l’organisme qu’il débilite et, à la fin, tue.  

 

Ce n’est pas que les conservateurs prônent l’égoïsme. La "self-reliance" n'est pas le chacun pour soi, mais ils estiment que le marché peut faire mieux que l’Etat, y compris en matière de solidarité. La démocratie suppose un dynamisme des individus que détruit la logique d'assistanat. De toute façon, la première forme de solidarité, c’est la création de jobs, laquelle, à l’évidence, n’est pas le rôle de l’Etat. Or la création de jobs suppose que le capitalisme n’est pas étouffé par l’Etat, ni dénaturé par la corruption que permet l’étatisme.  

 

Au-delà des références à Ronald Reagan, il s’agit bel et bien (même si cela n’est pas dit) d’une rupture avec la politique inaugurée en 1932. En somme, les conservateurs pensent qu’Herbert Hoover avait raison. J'en dirai plus demain.

 

   

Lettre d'Amérique n° 22. "House divided"

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Mise à jour le Mardi, 23 Novembre 2010 09:52 Écrit par Henri Hude

Une Amérique polarisée  

 

Une situation claire a émergé des dernières élections américaines : celle d’une division politique radicale. Comprenez bien : ce n’est ni de la rhétorique, ni du sensationnel. C’est de la réalité vraie. C’est sérieux et c’est grave.  

 

Je ne parle pas de ces divisions vives, mais normales et tolérables, qui font la vie d’une communauté politique confrontée à des grands choix : isolationnisme ou participation au concert des nations, entrée en guerre ou neutralité, déségrégation et droits civils, détente ou affrontement, indépendance énergétique ou environnement, etc.  Le degré de division actuelle est probablement sans précédent, même si ce sera sans doute moins sanglant, depuis la guerre de sécession (1861-1865).

 

Un auteur bien informé avait déjà publié un livre lucide, il y a deux ans, intitulé The Second Civil War. How Extreme Partisanship Has Paralysed Washington and Polarized America.

 

C’est aussi l’opinion de Newt Gingrich, homme politique et historien, que j’ai écouté hier dimanche soir sur C-Span. Il écrit dans son livre To Save America, Pour sauver l’Amérique, que le compromis n’est plus possible, ni durable, et que ce pays ne fera pas l’économie d’une période de haute tension intérieure, s’il veut éviter la paralysie. L’année 2012 et la suivante seront très chaudes aux Etats-Unis.    

 

Un choix politique clair  

 

En quoi consiste cette division ? Deux propositions politiques sont en présence :  

 

1° continuer et intensifier une politique social-démocrate, Obama marquant une troisième étape de ce mouvement historique, après celles de Roosevelt (années 30) et de Kennedy-Johnson (années 60) ; 

 

2° mettre fin à cette politique et revenir à la philosophie américaine classique, à « la formule qui marche ». Reagan avait donné un premier coup d’arrêt en ce sens, et les efforts de Clinton avaient pu être bloqués, mais George Bush a laissé aller les choses par faiblesse, et cela ne peut plus durer.  Même si ce n’est pas dit nettement, il s’agit de savoir s’il faut, ou s’il ne faut pas, répudier la logique de compromis social-démocrate, et tolérer un glissement progressif vers le « socialisme ». Il s’agit de savoir s’il faut, ou s’il ne faut pas, revenir à la politique américaine classique en refermant la parenthèse du New Deal, ouverte par la victoire de Franklin Roosevelt sur le Président Herbert Hoover en 1932.  

 

Il est peut-être significatif que la collection « The Americain Presidents », chez Times Books, qui ne comportait pas de volume consacré à Hoover, jugé invendable, ait décidé en 2009 de consacrer un volume de la série, plutôt bienveillant, à la personnalité et à la carrière d’Herbert Hoover. Mes citations de Hoover dans ce qui suit sont tirées de ce livre (William Leuchtenburg, Herbert Hoover, 2009). 

 

Comme le système des contrepoids (checks and balances) caractérise les institutions américaines, la paralysie est probable, au mieux une collaboration bipartisane minimale, jusqu’aux prochaines élections. Si le choix des électeurs en 2012 n’est pas assez net, la paralysie peut s’éterniser. Et comme les patrons ont besoin, pour investir, de prévoir les conditions, notamment fiscales, de leur action, il est probable qu’il n’y aura pas de reprise américaine nette avant que le choix ait été fait.   

 

Obamacare  

 

Le débat se focalise sur la création de jobs, la réduction des dépenses publiques, les réductions d’impôts, et sur la loi d’assurance maladie.

 

La grande presse française a fait l’éloge du Président Obama pour sa grande loi, appelée ici Obamacare, qui était censée mettre enfin les iniques Etats-Unis au niveau de la très juste Europe. Si notre presse voulait être réellement informative, elle essaierait de faire comprendre la raison de l’extraordinaire impopularité de cette loi auprès des trois quarts de la population, autrement qu’en expliquant que les Américain sont un peuple de parfaits égoïstes et de demeurés incapables de reconnaître leur intérêt le plus évident.  

 

Quand on écoute ici les débats sérieux sur le sujet, on voit bien qu’il ne s’agit pas de priver les gens d’assurances sociales et de vouer les pauvres à la misère. Comment un candidat à des élections ouvertes dans une démocratie pourrait-il se présenter avec un produit aussi invendable ? Il s’agit de rendre autant que possible au marché les fonctions d’assurance, sociales ou autres, tout simplement parce que la démocratie américaine, c’est le capitalisme, et que le capitalisme, ici, c’est la démocratie.

 

Il ne s’agit pas non plus de dissimuler certaines difficultés spécifiques au marché d’assurance de la santé, comme celle des « conditions préexistantes », mais de trouver des solutions adaptées, en cohérence avec la logique générale du système.    

 

L’histoire se retourne    

 

La grande dépression de 1929 a été mise au compte de la politique trop traditionnellement capitaliste du Président Hoover ; les innovations de Roosevelt (intervention de l’Etat, augmentation des dépenses publiques, grands travaux, assurances sociales d’Etat, etc.) ont été accueillies avec enthousiasme, comme si elles avaient sauvé l’Amérique. Et même si les remèdes de Roosevelt n’ont pas eu d’effet, le peuple y a cru, a pris patience et a voté pour lui avec constance et fidélité. 

 

Au contraire, la dépression de 2008 est mise au compte de la social-démocratie usée, qui érode « la formule qui marche », et qu’il faut maintenant brider pour relancer la démocratie, c'est-à-dire le capitalisme. La dépression actuelle était déjà là, bien entendu, quand Barack Obama a succédé à George Bush. C’est pourquoi il serait absurde de l’imputer au Président actuel.  Mais ce n’est pas ce que fait le courant dominant de l’opinion (Tea Party et également, il faut bien le dire, le mainstream du peuple américain), qui se définit comme conservateur et met les deux partis dans le même panier.  

 

La mise en cause des deux partis  

 

Aux Démocrates, les conservateurs reprochent d’avoir eu l’initiative d’une politique au fond socialiste. Ils ne sont plus si éloignés de penser comme Herbert Hoover qui maintenait, dans sa vieillesse, que « les buts de Kennedy étaient mauvais » et que sa politique « promouvait un socialisme déguisé en Etat-Providence ». Il ne fallait pas mettre seulement le petit doigt dans l’engrenage de la logique socialiste. Et pour refuser le mélange « toxique » entre des logiques incompatibles, Hoover ajoutait qu’« il suffisait d’une goutte de typhoïde dans un tonneau d’eau pour rendre malade tout un village ». (Leuchtenburg, 156) Au lieu de se moquer des ces propos politiquement incorrects et de ce qu'ils ont de manifestement excessifs, il faut essayer de comprendre comment, rétrospectivement, ils semblent aujourd’hui prophétiques à un très grand nombre d’Américains. 

 

Aux Républicains, les conservateurs reprochent d’avoir validé ces politiques boiteuses et le glissement vers le socialisme, en acceptant des décennies de compromis. Ce mainstream conservateur n’est pas un groupuscule fascisant. La presse française est grotesque, quand elle s’installe sur cette ligne. Le courant dominant ne fait que relever la philosophie traditionnelle de l’Amérique et grouper derrière elle une grande partie du peuple : les Républicains, aiguillonnés par le Tea Party, unis aux Démocrates conservateurs, et ralliant la majorité des Indépendants.  

 

On le voit, il ne s’agit plus des oppositions habituelles entre modérés des deux bords, tous d’accord sur le principe du compromis social-démocrate introduit par Roosevelt, mais il s’agit de revenir à la philosophie économique traditionnelle de l’Amérique et à sa culture, qui ont fait sa grandeur, et qui seules peuvent conférer leur stabilité tant à son libéralisme politique qu’à son leadership dans le monde.  

 

Je ne dis pas que c’est là ce qu’il faudrait faire en France ou en Europe. Je dis que nous avons besoin d’une classe médiatique qui arrête de penser par clichés et de raconter n’importe quoi. Comment peut-on espérer changer le monde avec efficacité, si on est incapable de le connaître avec objectivité ?

 

   

Lettre d'Amérique n° 18. Les Etats-Unis et l'Europe (1)

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Mise à jour le Vendredi, 19 Novembre 2010 11:41 Écrit par Henri Hude

Stratégie impériale ?   

 

Un officier français, doté d’une belle intelligence, m’a récemment fait parvenir un essai sur le sujet de la politique étrangère des Etats-Unis et de leur stratégie mondiale. Il y développe l’idée, classique et gaulienne, que les Etats-Unis poursuivent avec cohérence et persévérance, avec les moyens les plus variés, une stratégie impériale.   

 

Il souligne dans son essai deux points principaux :  

 

1° l’avancement du projet de bouclier anti-missile ;  

 

2° l’ambiguïté de leur politique relativement au monde musulman : d’une part, ils combattent l’islamisme pour des raisons de sécurité nationale ; d’autre part, ils utilisent ce combat pour imposer plus aisément leur domination au monde, contrôler l’énergie, développer leur puissance militaire, se positionner aux portes de la Chine, fortifier l’OTAN et contrôler l’Europe, en la protégeant contre une menace qui pourrait devenir une alliance de revers, si l’Europe ne se laissait pas ainsi protéger.  

 

Il conclut par l’idée que, vue d'Europe, la politique européenne des USA consiste surtout à éviter l’émergence du rival européen.   

 

Je ne peux pas répondre ici en détail à ce brillant essai. Je me contenterai de trois observations sur cette politique, vue des Etats-Unis.     

 

Le jeu traditionnel de l’hégémonie     

 

Les USA sont le pays le plus puissant de la planète. Il est inévitable que leur politique puisse se lire comme une poursuite de la puissance, à conserver et à accroître.  

 

Le jeu d’un hégémon est toujours le même : il se place mentalement au centre, avec tous les autres en rond tout autour de lui. Et il divise pour régner. Son pouvoir se mesure ainsi à sa capacité à créer des oppositions et il justifie son pouvoir en se montrant capable de modérer les conflits qu'il entretient.   

 

C’est un jeu vieux comme le monde, il serait bien étonnant qu’il soit sans pertinence aujourd’hui. Et toutefois, je ne crois pas que ce soit la meilleure lecture possible de la situation.  

 

Ce ne sont pas les Etats-Unis qui ont provoqué les deux guerres mondiales dévastatrices, ces deux guerres civiles européennes, qui ont terriblement diminué la puissance mondiale de l'Europe et de ses nations. Sans l'intervention américaine, le nazisme ou le communisme auraient submergé l'Europe.  

 

C'est vrai que les USA ont imposé le démantèlement des empires coloniaux, français et anglais, mais en cela ils ont surtout accéléré un mouvement que les deux guerres civiles européennes avaient rendu probablement irrésistible à terme.

 

La création d'une Union européenne a fait partie de leur politique au moment de la Guerre froide. Bien sûr elle servait aussi à contrôler indirectement les nations d'Europe en affaiblissant leur pouvoir souverain, et à promouvoir les intérêts américains de nombreuses manières. La politique américaine dans les Balkans, ou relativement à la Turquie, peut se lire plausiblement comme très inamicale.  

 

Mais sur le long terme, il peut en aller de l'Europe comme de la création par Bonaparte de la Confédération du Rhin. Cette docile construction, politiquement insignifiante, et contrôlée par la France a fait le lit de l'unité allemande sous l'égide de la Prusse. A sa façon, l'UE pourrait comporter pour l'Amérique un risque d'évolution qu'une Amérique affaiblie ne pourrait plus maîtriser.  

 

Ce ne sont pas les Etats-Unis qui imposent à l'Europe le déclin démographique, l'irrationalité médiatique, la stupidité du "politiquement correct", le nihilisme philosophique et le moralisme à rebours. La faiblesse de nos nations tient surtout à des facteurs internes et si l'Amérique est prise comme bouc-émissaire, nous renforçons la probabilité de ne pas nous tirer de nos difficultés.  

 

Ces mêmes facteurs négatifs que j'évoque, et qui rendent nos démocraties non durables, affaiblissent aussi les Etats-Unis et les rendent de plus en plus ingouvernables. Dans les deux ensembles, des forces très positives luttent pour s'arracher à une logique de mort, à une culture de mort. Elles doivent collaborer pour le bien commun.  

 

Les Etats-Unis d'aujourd'hui sont un pays qui se cherche. Discerner dans la complexité   

 

Ma seconde observation, c’est qu'un grand pays est comme un feuilleté qui comprend de nombreuses couches et de nombreux éléments, qui ne sont pas forcement en cohérence les uns avec les autres. Il n'est pas du tout certain que les éléments les plus négatifs, même s'ils sont souvent très influents, soient ceux qui définissent le mieux l'identité profonde des nations. De là la difficulté du discernement et de l'action, de la décision, relativement a ces entités complexes à la signification équivoque.   

 

Si vous êtes à l’étranger et que quelqu’un vous dise que : « La France fait ceci, la France pense cela, la France c'est Untel. », vous restez songeur et faites la moue, parce que vous savez que « la France » n’est pas un bloc. Les Etats-Unis non plus. Et moins que jamais.  

 

Par exemple, l’Amérique n’est pas Wall Street. L'Amérique n'est pas Georges Soros. Tout le monde, aujourd’hui, aux Etats-Unis, critique aigrement Wall Street, y compris les Républicains et, parmi eux, le Tea Party qui représente le small business, critique Wall Street plus que tous les autres.  

 

L’observation de la politique intérieure américaine montre que les USA sont plus divisés aujourd’hui qu’ils ne l’ont été depuis 150 ans. Et il n’est pas du tout certain que l’idée impériale réunisse tous les partis, même si l’idée de leadership flatte tout le monde.  

 

Et en tout cas, il y a, pour le moins, du flottement dans leur façon d’exercer leur leadership et de le maintenir.  

 

Enfin, le nombre des intéractions imprévisibles et des contre-coups paradoxaux est si élevé dans un système complexe, que les politiques machiavéliens tombent à la fin dans les pièges qu'ils ont creusés pour les autres.  

 

Les Etats-Unis passent par un moment d’incertitude et de flottement    

 

Ma troisième observation, c’est que l’affirmation souveraine de la volonté de puissance n’est pas du tout ce qui me frappe, depuis deux mois et demi que je suis aux Etats-Unis – dans un milieu d’universitaires et de militaires (mais pas uniquement).   

 

Ce qui me frappe, c’est au contraire un évident souci face à l’avenir incertain, une conscience lancinante d’une limitation de leur puissance, le sentiment d’une érosion de leur leadership et l’angoisse pour leur pouvoir et leur prospérité, mais aussi pour la liberté en général dans le monde, face à la montée d'une Chine totalitaire. C'est encore lisible dans le dernier rapport du Sénat américain, dont je reparlerai (Washington Times, 18 novembre 2010, A9).  
 
 

 

 

   

Lettre d'Amérique n° 19. Les Etats-Unis et l'Europe (2)

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Mise à jour le Vendredi, 19 Novembre 2010 11:42 Écrit par Henri Hude

Je continue de répondre dans cette Lettre à l’essai du jeune officier, dont je parlais dans la précédente (cf. Lettre d’Amérique n° 18).  

 

La raison est dans la mesure    

 

Quelle que soit l’attraction, parfois presque irrésistible, du pouvoir sur la volonté, la raison peut toujours conserver quelques droits. Car « Orgueil, fils de Bonheur, dévore son Père », comme dit le Tragique grec.   

 

L’intérêt bien compris des Etats-Unis, c’est de se garder de la démesure fatale. Or les Etats-Unis, pour puissants qu’ils soient, ne le sont pas assez pour jouer, sans démesure et sans danger, le jeu de l’hégémon dans sa forme pure.    

 

Les dangers de la démesure   

 

Par exemple, après avoir gagné la guerre froide, ils ont voulu abaisser toujours plus bas la Russie, tout en gardant la Chine dans leur collimateur. Le résultat, fut, en particulier, que les Russes n’eurent pas d’autre solution que de vendre aux Chinois n’énormes quantités d’armements ultra modernes, faute d’ouverture des Américains.   

 

Les Chinois ont copié à l’identique tout ce qu’ils ont acheté. Leurs ingénieurs ont aussi tout perfectionné. Leur chasseur J-11B est ainsi la copie du Su-27SK, mais la durée de vie des moteurs de ces appareils est passée de 900 heures de vol à 1500, ce qui est une réalisation remarquable. Ils ont 450 appareils de première catégorie face aux vieux 350 appareils de Taïwan, et ils disposent de 1300 missiles à guidage de haute précision, qui visent toutes les installations de l’aviation de Taïwan.  (Washington Times, 22 Septembre 2010, A 7, « China builds its own high-tech military »)   

 

Ainsi, en cherchant à gagner trop, à satisfaire une vieille animosité, et en prétendant follement abaisser tous leurs adversaires à la fois, au lieu de se montrer mesurés et de faire des choix, les USA ont favorisé l’émergence de la puissance chinoise, face à laquelle ils ne savent plus que faire.     

 

Une question disputée. Décider dans l’incertitude   

 

C’est une question des plus débattues chez eux. Les armements chinois causent les plus grands soucis aux programmeurs du Pentagone. Comment continuer à sécuriser Taïwan ? Faudra-t-il choisir un jour entre tolérer la conquête de l’île ou tolérer qu’elle soit dotée du pouvoir de dissuasion nucléaire ?   

 

C’est un simplisme que de voir dans les officiers ou civils du Pentagone de simples courroies de transmission du lobby de l’armement. Ils luttent souvent contre les sénateurs des comités ad hoc. Et ces derniers peuvent se montrer plus soucieux de l’emploi dans leur circonscription ou de leur réélection, que des équilibres stratégiques mondiaux ou des performances financières de telle ou telle société.   

En sens inverse, un de mes interlocuteurs, se référant, disait-il, à des conversations avec certains membres de la CIA, affirmait que la science informatique était si avancée aux USA, qu’on pouvait se demander dans quelle mesure les systèmes d’armes chinois n’étaient pas déjà virussés à l’insu même de leurs propriétaires, et s’ils n’iraient pas à l’eau, si ces derniers voulaient s’en servir.   

Mais, encore en sens inverse, nous lisons aujourd’hui même dans le Washington Times (16 novembre 2010, A1 et A12), que 12% du trafic Internet mondial a été dérouté vers la Chine, le 8 Avril 2010, pendant 18 minutes – y compris les sites du gouvernement américain et les sites militaires. L’explication de ce phénomène, c’est qu’une petite société d’accès à Internet chinoise a trouvé moyen de donner des instructions à 37.000 réseaux à travers le Border Gateway Protocol, et que China Telecom, en republiant largement ces instructions, a réussi à provoquer le détournement d’une part significative du trafic global vers des serveurs chinois.  

 

Ceci a été possible parce que le système international a été construit sur la base d’une pensée universaliste « à la kant », présupposant la primauté du commerce sur la guerre et tenant pour acquise une certaine confiance mutuelle justifiée entre les acteurs du web. Mais l'article ne rappelle pas que le trafic est divisé selon les niveaux de confidentialité et il ne dit pas jusqu'à quel niveau le détournement a été effectif.  

 

Le détail de l’histoire se trouve dans un rapport au Congrès, dont la parution est imminente, et qui émane de la US-China Economic and Security Review Commission.        

 

L’Amérique a besoin de l’Europe     

 

Il reste que la Chine est maintenant autonome pour fabriquer des armements modernes et elle peut les vendre aux nations auxquelles l’Europe et les US ne les vendent pas. « L’Iran pourrait s’il le voulait se payer demain une aviation moderne, appuyée par des systèmes de défense aérienne, des missiles terre-mer et des réseaux de radars. » Dans cette situation, les USA ne réagissent pas en puissance sûre d’elle-même. L’administration Obama n’a pas autorisé la vente à Taïwan d’appareils modernes, pas même la modernisation des appareils existants.     

 

Ma conclusion, c’est que les Américains sont en position de bipolarisation sino-américaine croissante, avec une crainte que le temps ne travaille contre eux, avec une division politique intérieure qui les paralyse, et qu’ils ont impérativement besoin d’alliances.   

 

Donc, à supposer que leur politique européenne soit ou ait été celle dont fait état l’essai de notre brillant officier (paralyser les Nations, manipuler la bureaucratie, maintenir l'impuissance de l'ensemble et se servir de l'islamisme comme du chien de garde et du cheval de Troie), la raison devrait les pousser à la réviser d’urgence. Les USA ont besoin d’une Europe puissante, qui ne peut être qu’une Europe libre et puissante. Et s’ils pensaient que l’Inde pourrait remplacer l’Europe comme allié...  

 

Mais ce militaire français n’a pas tort de penser que l’inertie diplomatique est énorme : c’est ainsi que la France a continué à combattre l’Autriche-Hongrie sans raison stratégique décisive, mais surtout par habitude, entre 1713 à 1919, se retrouvant face une Allemagne prussienne autrement plus dure que l’empire débonnaire des Habsbourg.  

 

Dernière remarque : il ne faut pas sous-estimer l'intelligence des acteurs diplomatiques, non plus que la sur-estimer. Et l'intelligence n'est pas toute puissante. La part du chaos et du hasard est énorme, surtout dans les grands systèmes. Cela ne veut pas dire que les idées ne mènent pas le monde.

 

 

   

Lettre d'Amérique n° 20. Les Etats-Unis et l'Europe (3)

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Mise à jour le Vendredi, 19 Novembre 2010 11:47 Écrit par Henri Hude

Les élections sont passées. Les problèmes d’argent restent – « Faulte d’argent, c’est doleur nonpareille » (Rabelais)  

 

Une fois les élections passées (2 novembre 2010), les responsables américains se retrouvent en face des problèmes d’argent de leur pays.

 

Les données générales et les possibles options sont simples à comprendre. Tout le monde est d’accord ici pour dire que le déficit et la dette ont atteint des niveaux insupportables ; que cet état de choses menace désormais directement la prospérité des Etats-Unis, leur leadership mondial et leur sécurité nationale ; et qu’il est impératif de mener une action énergique, tant dans le monde hors des Etats-Unis, que sur le plan intérieur.  

 

La politique étrangère est souvent une fonction de la politique intérieure    

 

Quelle est donc, à l’extérieur, l’action des Etats-Unis, sous la conduite du Président Obama ? Ils cherchent à sauver la mondialisation économique et le libre échange, indispensables à leur type de leadership, tout en restaurant leurs grands équilibres, sans lesquels ils ne pourront pas non plus le maintenir.  

 

Il s’agit donc en grande partie de « faire payer les autres », mais ce n’est pas forcément (pensent-ils) aussi égoïste qu’il peut sembler. Car si ces « autres » sont prompts à se plaindre des USA, ils auraient autrement sujet de se plaindre de leur absence… Dans l’idée des Américains, leur leadership est pour le monde une sorte de service public, qui a un coût. Que font-ils donc ? En échange des efforts qu’ils sont résolus à faire, ils demandent un concours au monde extérieur. 

 

1° Ils cherchent à passer des accords bilatéraux avec plusieurs nations d’Asie, pour rééquilibrer leurs échanges commerciaux sans changer la règle du libre échange mondial ;  

 

2° ils voudraient modifier à leur avantage les termes des échanges en modifiant les parités monétaires ;  

 

3° ils voudraient que le monde entier adopte une politique en cohérence avec la leur, c'est-à-dire qu’il recherche prioritairement dans une nouvelle croissance mondiale mieux répartie la solution au problème des déficits. Car la politique opposée aggraverait sans doute leur dépression déjà sévère.  

 

Les revers de la diplomatie obamienne  

 

Sur ces trois terrains, le Président Obama vient d’enregistrer des revers sérieux :  

 

1° la Corée ne signe pas avec eux l’accord commercial qui devrait permettre la survie de l’industrie automobile américaine et de l’élevage bovin ;  

 

2° la Chine le laisse parler et n’en fait qu’à sa tête avec sa monnaie ;  

 

3° le G-20 ne les suit pas et les alliés européens se démarquent, même les Anglais...

 

L’Amérique est isolée.  

 

 

Un grave problème de leadership  

 

Barack Obama n’arrive plus ni à convaincre, ni à imposer.

 

Il parle en philosophe internationaliste qui croit à la force du consensus et de l’Opinion, à des rivaux nationalistes adeptes de la politique de puissance ; il parle d’économie en politicien à des milieux d’affaires qui voient que ce n’est là ni sa passion, ni son fort ; il voudrait parler en protecteur à des alliés asiatiques que la Chine inquiète, et qui voudraient à la Maison blanche quelqu’un de rassurant ; il continue à s’exprimer en leader charismatique devant des gens qui constatent que son charisme n’agit plus.

 

Le leadership américain est comme en suspens. Cela ne tient pas qu’à son Président, mais cela tient aussi à lui. L’Amérique a perdu l’initiative, pour le moment.   

 

« Tous unis et sauve qui peut »  

 

Faute de leadership fort et convaincant, on dirait que chacun dans le monde ne pense plus qu’à ses intérêts particuliers à court terme.

 

Le compte rendu du G-20 par le Washington Post était assez attristant (Washington Post, 13 novembre 2010, A 8 : « G-20 nations agree to agree »).  Ce journal voudrait reprendre la version de la Maison blanche. Mais on sent tellement que le cœur n’y est pas… Il cherche à sauver la face au Président et ne parvient qu’à l’enfoncer en essayant de l’aider.

 

Il commence par se féliciter comme lui d’un bon début, de bonnes résolutions, d’une bonne direction indiquée, mais il finit en disant que dans deux ans, peut-être, on verrait un début de concrétisation, peut-être.

 

La preuve du succès de la Maison blanche, c’est que chacun a accepté de signer un communiqué dans lequel il se déclare d’accord pour établir des règles communes, en évitant toute indication spécifique, faute qu’il y ait la moindre sur laquelle on ait en réalité pu s’accorder, mais on va établir ces règles dans un an ou deux, puisqu’on a pour cela nommé une commission : culture d'impuissance et démocratie non durable.  

 

   

Lettre d'Amérique n°21. Les Etats-Unis et l'Europe (4)

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Mise à jour le Vendredi, 19 Novembre 2010 11:52 Écrit par Henri Hude

 

Les Etats-Unis : un laboratoire pour les nations de l’Europe  

 

Rien n’est plus intéressant pour nous, Français (comme pour la plupart des autres nations d’Europe), que ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis. Nous y trouvons à peu près les mêmes problèmes que chez nous : dépenses publiques, impôts, dette, déficits, sécurité sociale, assurance maladie, immigration, compétitivité internationale, etc. (pour ne parler que des problèmes économiques).  

 

Mais comme nous ne sommes pas citoyens des Etats-Unis, nous sommes normalement capables de considérer ces sujets aux Etats-Unis avec plus d’objectivité et moins de passion que si nous les étudions chez nous. C’est du moins ce que nous aurions la faculté de faire, si la grande presse ne biaisait pas tous ses rapports sur ce pays en y projetant nos propres catégories et nos propres passions. C’est ce que, dans ces Lettres d’Amérique, j’essaye de ne pas faire. Un résumé plus serein de la situation aux Etats-Unis permet de mieux réfléchir à notre situation nationale. Et la réciproque est aussi vraie.  

 

Les USA et leurs partis face à la dette et aux déficits  

 

Face aux déficits et à la dette, trois options sont en présence : 

 

1° Les Démocrates libéraux (que nous appellerions progressistes ou socio-démocrates, voire socialistes) veulent accroître les impôts sans réduire les dépenses publiques, sauf peut-être les dépenses militaires.  

 

2° Les Républicains libertariens (en partie identiques aux élus Tea Party) veulent au contraire baisser les impôts et réduire les dépenses publiques, mais sans trop tailler dans les budgets militaires.  

 

3° Une commission bipartisane, qui se voudrait de juste milieu, et qui voudrait exprimer un point de vue raisonnable et « modéré » suggère de faire les deux à la fois : réduire les dépenses et augmenter les impôts.  

 

La première option, repoussée par les Républicains, risque de ruiner l’Amérique en la ligotant, disent-ils, dans un surcroît d’étatisme et de Welfare State, et elle n’a aucune chance de passer.  

 

La seconde option, repoussée par les Démocrates, risque de réduire les plus pauvres à la misère et à la révolte et d’aviver des dissensions ethniques. Elle passera sans doute, mais seulement en partie, sauf si le Président choisit ou l’affrontement ou la capitulation, deux cas improbables. 

 

La troisième option risque de n’avoir aucun effet significatif face à des déséquilibres massifs requérant une correction relativement rapide.   

  

Entre le spectre de la banqueroute et le retour de l’inflation    

  

Si les politiciens ne peuvent pas faire la politique, un organisme indépendant tentera de la faire à leur place. C’est sans doute parce qu’elle voit venir le blocage que la banque centrale américaine, organisme indépendant de l’Etat américain (mais non pas indépendant du système bancaire américain), a décidé d’acheter une grande quantité de bons du Trésor (600 Milliards de dollars).

 

La politique américaine est de relancer la croissance. Les taux courts sont déjà presque à zéro. En achetant des bons du Trésor américain, la banque centrale américaine espère faire monter leur valeur et donc faire baisser les taux d’intérêts à long terme (New York Times, 4 novembre 2010, A1 et A3).  

 

Quel qu’en soit l’habillage officiellement orthodoxe, ces achats de bons du Trésor passent pour une inflation déguisée. C’est ce que disent les Allemands, qui dénoncent la contradiction d’un pays qui fait, en somme, ce qu’il reproche à la Chine de faire. Mais les Etats-Unis le font parce que la Chine le fait.  

 

L’action de la FED est sans doute la seule façon pour les USA d’avoir une politique économique dans leur impasse politique. Mais que donneront ces mesures ? La prospérité dépend aussi beaucoup, précisément, de la confiance dans le Pouvoir. Sans confiance et sans Pouvoir, il n’est pas sûr du tout que ces apports de liquidités auront un effet sur l’investissement et l’emploi.  

 

Et même s’il y avait un Pouvoir dans nos démocraties, encore faudrait-il rétablir la confiance dans l’avenir de la compétitivité des démocraties, et tout d’abord de la compétitivité américaine. Or celle-ci devient de plus en plus douteuse, dans le cadre d’une mondialisation économique qui, de plus en plus (comme me le disait il y a trois jours à Baltimore un ami américain), apparaît comme la dernière en date des grandes utopies, et, peut-être bientôt, le grand échec de la postmodernité.  

 

Il faudra bien faire face un jour ou l’autre à la réalité. Nos enfants ne seront pas liés par nos décisions absurdes. La dette des Etats est probablement insolvable ; il n’y a plus que deux options à terme : la banqueroute ou l’inflation.   

 

Le chaos, des régressions inouïes, ou autre modernité   

 

Mais l’inflation signe la fin de la globalisation économique de type « postmoderne classique », et laisse présager la renaissance du concept d’économie nationale, donc la renaissance de la nation (ou des unions de nations) comme entités économiquement pertinentes, ainsi que la fin de l’internationalisme politique de type onusien et kantien classique.   

 

Ce qui est en train de se manifester, c’est la fin de l’âge des Lumières et des modèles économiques et politiques qui vont avec. Croyait-on que cette formule allait durer jusqu’à la fin des temps ? Qu’est-ce qui va lui succéder ? Le chaos, ou des régressions inouïes, ou une autre modernité.   

 

   

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