Henri Hude

Les problèmes de l'éducation

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Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:44 Écrit par Henri Hude

A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, voici une section (n°9, pages 193-196) de mon Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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Je crois que les problèmes de l’éducation sont avant tout les problèmes de la culture. Si l’éducation est un champ de ruines, c’est que la nation est déculturée par le pseudo-progressisme. Mais, le simple rejet de ce dernier ne serait qu’une négation. Ce qu’il nous faut, c’est renouer avec les valeurs de la vie, de conservation, de progrès, redécouvrir notre culture, sa profondeur : la métaphysique, la religion, la morale, l’histoire, l’anthropologie philosophique.

La culture porte en elle-même l’idée de sa transmission. Il n’y a pas vraiment de science de l’éducation, parce que la personne humaine n’est pas un objet mesurable, schématisable, quantifiable. L’homme n’est pas constructible et reconstructible. Quand on pense ainsi, on n’est bon qu’à le détruire et à l’opprimer. La culture vivante engendre d’elle-même, en toute époque, les modes les plus appropriés de sa transmission.

Je ne voudrais pas désespérer ceux qui voudraient faire quelque chose de bien et n’y arrivent pas. Je  veux dire que la solution passe par l’approfondissement personnel et non par des stratégies de communication. Et puis, il faut n’être pas seul à rebâtir. C’est peine perdu de monter le mur que d’autres démolissent à mesure.

Ce dont ont besoin les enseignants, ce n’est pas de la recette pédagogique miracle, c’est de vraie culture et de vraie liberté. Le pseudo-progressisme est une étouffante oppression. Quelle nullité dogmatique ! Quel égalitarisme envieux ! Quel sectarisme fielleux ! Vraiment, c’est dans le domaine de l’éducation que le progressisme est de très loin le plus insupportable et le plus nocif. Il n’est pas une vraie culture, parce qu’il n’a ni le sens de l’être, ni le sens de l’esprit, ni le sens du temps.

Les enseignants se plaignent que leur enseignement ne passe pas la rampe. Mais c’est le progressisme qui ne passe pas. A moins qu’il ne faille dire, tout au contraire, qu’il est ce qui passe le plus aisément, voire la seule chose qui passe. Il passe tout seul et, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, ainsi en va-t-il de la pseudo-culture. Au reste, ne nous faisons pas d’illusion. Ce n’est pas à l’école, au collège, au lycée, que passe le progressisme. Il flotte dans l’air comme une vapeur méphitique, et tout le monde en est imprégné. Quand le progressisme est passé, il n’y a plus rien à dire, et même les progressistes ne se font plus écouter. On écoute au début, distraitement, les quelques profs les plus démagogues. Ils déclarent qu’ils n’ont rien de plus à dire que les élèves, qu’ils ont tout à apprendre et les élèves tout à inventer. Mais les élèves sont plus progressistes que ça. Ils n’ont pas à inventer, puisqu’ils savent. Ils savent qu’ils ne savent rien, mais quand il n’y a rien de vrai, c’est tout ce qu’il faut savoir.

Si le passé est une oppression, à quoi bon l’étudier pour nous en convaincre, quand on le sait a priori ? Exit l’histoire.

La philosophie se réduit à nous exposer les motifs de "douter" de tout, donc, inutile de l’étudier, puisque nous doutons déjà. Si nous la prenions trop au sérieux, cela ne pourrait que nous faire douter du doute. D’ailleurs, on n’y comprend rien. Exit la philosophie.

L’égalitarisme proclame l’égalité de tous les discours. Alors à quoi bon se pencher sur les chefs d’œuvre de notre littérature, ou de celle des autres pays ! A quoi bon même étudier la langue ? Exeunt les Lettres.

Et les langues vivantes ? Comme de toute façon, il n’y a rien à dire, une langue y suffit largement. Apprenons à la rigueur quatre mots d’anglais. Cela peut toujours servir à demander son chemin.

Restent les sciences, mais que peuvent-elles être, là où la langue est effondrée, là où le moral est à plat, faute de sens du vrai, là où la rigueur et l’effort ont perdu tout sens ?

Et ce ne sont là que les problèmes proprement pédagogiques. S’y ajoutent les problèmes de discipline et de motivation au travail. Je suis toujours surpris quand j’entends des discours moralisateurs sur les enfants et les adolescents. On leur reproche d’être indisciplinés. Mais il faudrait au contraire leur reprocher de l’être trop peu ! Car qui ne le voit ? Ils sont en réalité strictement assujettis à la logique et à la pratique du (pseudo-)progressisme. Leur conduite est strictement conforme à la norme (pseudo-)progressiste. Ils sont curieusement passifs et indociles, mais cette désobéissance molle et apparente est le corrélat d’une obéissance intérieure à un système philosophique définissant la liberté d’une manière qui dévalorise aussi bien l’obéissance responsable que l’autorité légitime. C’est ainsi que les lycées, où le discours officiel célèbre des lieux de liberté, deviennent des pétaudières et des fumeries de haschich.

Dans cette ambiance, quel travail sérieux peut-on accomplir ? De quelle autorité peuvent jouir des maîtres qui, quel que soit leur talent, se discréditent à seulement supporter de mettre les pieds dans de pareils cloaques ? Comment les élèves ne se diraient-ils pas que leurs professeurs feraient n’importe quoi plutôt que ce métier-là, s’ils étaient capables d’en faire un autre ?

Quand on parle à des jeunes sauvagement déculturés par le (pseudo-)progressisme, il n’y a pas à se poser des questions saugrenues, ni à chercher comment faire. Même déculturé, l’homme n’est pas dénaturé. La seule chose importante est d’être soi-même homme, afin que tout ce qu’on dit coule de la source profonde. Alors, miraculeusement, tout le monde comprend. La seule chose vraiment incompréhensible, c’est la superficialité savante.

Les enseignants désirent comprendre leurs élèves. Ils ne le peuvent qu’en saisissant dans toute son articulation systématique la logique déculturante du pseudo-progressisme. Qu’ils regardent alors les jeunes qui sont là, qui n’ont plus de passé, ni d’avenir, et dont le présent même est réduit à un point sur l’axe du temps physique. Leur lieu est un repère de coordonnées ; leur habitation n’est qu’un habitacle ; leur liberté, un conformisme ; leur esprit critique, un préjugé ; leurs espoirs possibles ne sont plus que désillusion ; il n’y a plus de ciel ouvert au-dessus d’eux, et la terre a cessé de leur promettre l’Eden ; on leur parle de s’enrichir et ils seront heureux s’ils ne sont pas au chômage ; on leur dit que l’histoire est finie et ils n’ont pas commencé de vivre ; leurs père ont gagné la liberté, les enfants ont hérité du néant.

Au lieu de les craindre ou de les mépriser, au lieu de les regarder avec hostilité ou désintérêt, il y a d’abord à les comprendre, ensuite à les aimer, enfin à les servir.

Les jeunes sont ceux qui ont le plus urgent besoin qu’on leur ouvre un horizon, une perspective.

Non pas le grand marché sans justice d’une Europe sans patries, sur lequel trop d’entre eux savent bien qu’ils ne seront jamais plus que du travail invendu, mais la grande Europe avec un E majuscule composée de vraies nations profondément cultivées et où règne la liberté ordonnée du marché démocratique. Non pas le progressisme hédoniste et désespérant, matrice de fascisation et de guerre, mais toutes les valeurs de conservation et de progrès, ensemble, conditions de liberté et de paix.

Non pas la divinisation dérisoire d’un individu désintégré et clochardisé, pauvre petit dieu que la rhétorique encense, et qui doit marcher au sifflet en attendant le knout, mais la vraie et profonde recherche du sens de la vie, cette recherche qui est déjà découverte.

Enfin, pour remplacer un rationalisme pseudo-laïque et décidément démonétisé, non pas cette spiritualité du n’importe quoi, où le panthéisme anthropologique dégradé en individualisme arbitraire s’accouple aux vulgarisations les plus épaisses des panthéismes orientaux, non pas la religiosité vague qui mélange tout dans son pot-pourri, mais une recherche sérieuse et raisonnée de la vérité religieuse.

En une génération, le peuple aura repris vie et les jeunes auront repris goût à la vie.

 

                                 

                                  Éthique et politique (Éditions universitaires, 1992), pp.193-196. 

 

Sur la guerre avec l'islamisme

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Mise à jour le Samedi, 03 Septembre 2016 16:35 Écrit par Henri Hude

Voici sur ce sujet grave une réflexion sous forme d'interview ou de conversation.  Ce texte a été écrit en collaboration avec Thomas Hude.

 

 

1ère Question. « Nous sommes en guerre. » Cette phrase est dans tous les esprits et tous les discours relatifs aux attentats qui ont frappé la France et même l’Europe. Quelles sont les caractéristiques de cette guerre ?

 

Ces propos peuvent paraître exagérés. Il y a une guerre en Syrie, en Irak, et dans une moindre mesure en Libye. En France, il n’y a pas de guerre. Il y a des attentats. De plus, leur nombre n’est pas suffisant pour qu’on puisse parler de guérilla.

A ma connaissance, les islamistes radicalisés en France sont aujourd’hui très loin de posséder le niveau d’organisation politico-militaire qu’avaient à leur époque le Viet-Minh, ou bien le F.L.N. De plus, ils ne bénéficient pas du même soutien de puissances étrangères que par exemple les rebelles syriens. Ceux-ci reçoivent de la part de certains États argent, armes, soins médicaux, mercenaires et couverture médiatique favorable. Enfin, et c’est une question clé, leur cause ne semble pas trouver d’écho favorable auprès d’aucune partie significative de la population française. Organisation politico-militaire, soutien de l’étranger et faveur d’une partie de la population, voici les conditions nécessaires pour qu’un mouvement terroriste devienne une insurrection menaçant la sureté de l’État et s’emparant de portions du territoire.

Bien heureusement, nous sommes aujourd’hui loin de cet état insurrectionnel. Et malgré la polémique politicienne, nous devons mettre au crédit de l’État et des services de sécurité qu’aucune organisation ne soit aujourd’hui en mesure de mener une guérilla dans notre pays.

Cela dit, cette menace doit être prise avec sérieux car, conjuguée à une crise économique et politique, elle pourrait bien s’aggraver. De plus, elle évolue sans cesse, et il semble que nos forces de sécurité doivent s’adapter pour prévenir l’action des loups solitaires.

Néanmoins, aujourd’hui tout se mondialise et la guerre comme le reste. Et l’on peut donc admettre que ces attentats font partie, médiatiquement, d’une guerre mondiale entreprise par le soi-disant nouveau Califat incarné par l’État islamique. La structure de cette guerre serait la suivante: un noyau de guerre au sens plein en Syrie, des guérillas visant d’abord et avant tout les États musulmans du Moyen Orient, enfin des actions terroristes ponctuelles en nombre de lieux, dont la France. 

 

 

2ème Question : Peut-on dire que c’est une guerre contre les valeurs occidentales ? Contre notre mode de vie ?

 

Il faut distinguer deux points de vue.

Du point de vue du djihadiste moyen, il y a une guerre contre l’Occident. Et plus précisément contre un processus d’occidentalisation qui semble condamner à mort sa croyance et qui, par ailleurs, lui semble inhumain et immoral.

Mais, d’un point de vue plus objectif, et sans remonter à l’époque où l’empire ottoman voulait conquérir l’Europe, nous devons savoir que le fondamentalisme islamique, plus large que Daech, est avant tout une arme. Cette arme a souvent été contrôlée par les Occidentaux, et plus précisément par certaines factions de l’Empire américain, afin de faire avancer leurs intérêts stratégiques. Certains États du Golfe la contrôlent et la financent aussi.

Cette arme a été expérimentée pour la première fois dans les années 1980 en Afghanistan contre l’Union soviétique. Ayant démontré son efficacité, elle a ensuite été réutilisée pour détruire la Yougoslavie, processus qui a culminé dans l’indépendance du Kosovo qu’ont reconnue les gouvernements occidentaux. Également, dans le Caucase, lors des guerres de Tchétchénie. Dernièrement, cette arme a probablement aussi été utilisée lors du printemps arabe, où il semble qu’elle ait connu un succès mitigé. Elle est toujours utilisée en Syrie pour faire tomber le régime actuel.

Bien entendu, la manipulation d’une telle forme d’extrémisme relève plus du judo que du jeu d’échec, et en l’absence d’informations complètes, il faut se garder de systématiser. Cela dit, il faut reconnaître que pour les factions que nous avons dites, l’islamisme est plutôt une alliance de revers qu’un adversaire combattu avec résolution. C’est aussi une alliance inavouable et non maitrisée, dont les premières victimes sont les populations des pays à majorité musulmanes, à commencer par les minorités chrétiennes.

Certes, sur ce point, nos dirigeants politiques portent une responsabilité, mais étant donnés le faible poids de la France dans la diplomatie occidentale ainsi que l’affaiblissement de notre pays, auraient-ils les moyens de mener une autre diplomatie ? De plus, dans une logique cynique de pouvoir, en temps de crise, rien n’est plus utile pour rallier l’opinion que le fait que les gens se sentent menacés.

 

 

 

3ème Question. Comment mener cette guerre pour qu’elle soit juste ?

 

La première justice est de dire la vérité. Ce qui n’est pas une guerre ne peut pas être une guerre juste, tout simplement parce que ce n’est pas une guerre. Il s’agit chez nous de mener des opérations de police efficaces et des actions de renseignement visant à prévenir toute évolution possible de la situation vers un état de guérilla. La question est donc plutôt celle de la politique de sécurité juste.

Parlant ainsi, je n’esquive pas le sujet précis de la guerre juste, dont j'ai parlé par ailleurs. Le cœur de la question éthique posée par notre situation présente se situe plutôt dans l’éthique du renseignement militaire et policier, l’éthique politique et l’éthique médiatique. Transformer les faits graves en facteurs d'audimat ou s'en servir sans probité dans des jeux politiciens est immoral.

De plus, en amont de la guerre juste, il y a la diplomatie juste, et il n’y a pas de justice là où règne l’hypocrisie.  

Si nous avons pu par le passé, participer à l’utilisation de l’islamisme à des fins stratégiques, nous devons complètement cesser. Nous devons le combattre avec résolution et d’abord dans son noyau central, en Syrie. C’est ce que nos forces ont commencé à faire dans le ciel de Syrie, elles doivent continuer.

Il s’agit aussi de cesser notre complaisance pour les États qui financent l’islamisme. C’est un sujet complexe étant donné les liens financiers et économiques, voire les accords militaires que nous pouvons avoir avec ces États. Quelle que soit leur volonté, nos dirigeants auront du mal à faire évoluer la situation aussi vite que le réclament l’opinion et surtout la situation générale.  

Le devoir de nos politiques est aussi de redresser la prospérité et le rayonnement de notre pays afin de le mettre en position de mener une diplomatie juste. Car notre économie est dans l’impasse, notre pays endetté cherche tous les jours des investisseurs pour sa dette, sans regarder à qui paye, et le prestige de nos armées est atteint par le sous-investissement et la réduction des dépenses. Nous constatons à quel point la souveraineté d’un pays compte, à quel point les marges de manœuvre de notre pays sont faibles face aux injustices du monde. Car un pouvoir impuissant n’a pas le loisir de faire une politique juste, de s’opposer aux injustices ni de protéger ses citoyens : il ne fait que subir.

 

 

 

4ème Question. Les États et leurs pouvoirs publics semblent dépassés par cette guerre et on l’a vu ne parviennent plus à assurer la sécurité des Français. Le principe de légitime défense pourrait-il être invoqué ?

 

Il faut garder le sens de la mesure et du bien commun ; ne pas demander l’impossible, et tout immédiatement, aux pouvoirs publics, dont les moyens militaires, policiers et carcéraux ont été réduits au-delà de toute raison.

Sans tomber dans une éthique circonstancielle, qui justifierait n'importe quoi, il faut comprendre que le jugement éthique et juridique en ces matières doit se déterminer en partie en fonction des circonstances. La rigueur des lois, les peines imposées par la justice ainsi que la possibilité de l’autodéfense sont relatives à la situation de l'ordre public et à l'autorité effective de l’État. Ainsi, dans les périodes heureuses, l’on vit dans la sécurité et l’État garantit seul l’ordre public.

Si la situation de sécurité venait à se dégrader substantiellement, il faudrait nécessairement adapter les lois, la justice, ainsi que les pratiques des forces de l’ordre. De même pour nos armées en opération extérieures, dont les conditions d’engagement vont varier en fonction de l’adversaire et du niveau des enjeux, des objectifs de notre politique. Le jugement moral est quelque chose de sérieux. La politique et les médias sont particulièrement tenus au sérieux de leur responsabilité, dont la considération doit anéantir business et arrivisme, sous peine de faute grave.

Enfin, et c’est un point qu’il faut bien considérer avant toute décision, les lois répressives peuvent être utilisées par un gouvernement juste pour lutter contre des terroristes, mais il peut y avoir un risque de les voir un jour utilisées contre les citoyens. Il convient donc de les rédiger en conséquence et de ne pas permettre la moindre définition élastique et subjective du "terroriste".

 

 

5ème Question. Voudriez-vous ajouter quelque chose ?

 

Oui, je voudrais aborder une question qui est à mon avis fondamentale et qui n’est pas assez posée. La question de l’Islam est d’abord une question religieuse et spirituelle. Horrifiés par les crimes des islamistes, une portion significative des musulmans français est en plein questionnement sur sa religion. Ceux qui souhaitent vivre un islam spirituel se rendent compte qu’ils doivent rompre avec la pratique fondamentaliste de l’Islam, qui lie la religion à une guerre de conquête, débouchant sur l'imposition d'un régime confessionnel autoritaire. Comme ce fondamentalisme fait partie de l’Islam tel qu’il a été et est encore pratiqué aujourd’hui, c’est un exercice difficile, qui demande un engagement historique des musulmans français, afin de rouvrir des questions religieuses qui n’ont pas été posées depuis des siècles par les institutions religieuses. Il s’agirait ainsi, pour les musulmans de théoriser, institutionnaliser et rationaliser des pratiques qui sont en réalité celles de la plupart des musulmans français : un islam fait de vie spirituelle et morale, séparé de tout esprit de conquête politique, où la guerre sainte est une démarche intérieure de lutte contre ses propres péchés, en obéissance à la loi divine.

Pour les deux plus grandes forces spirituelles de notre pays, l’Église catholique et la laïcité républicaine, il y a là un enjeu de dialogue fondamental, afin de répondre aux potentielles demandes des musulmans. C’est à leur capacité à mener ce chantier que l’on verra si l’Église de France est toujours évangélique et si la République laïque est toujours vivante. Peut-être la France est-elle le seul pays au monde où un tel dialogue pourrait aboutir.

C’est sur ce front que se gagnera la lutte contre l’islamisme. Car, selon l’expression de Mao, le révolutionnaire est parmi les populations qui lui sont favorables comme un poisson dans l’eau. Et ce dialogue religieux vise aussi à s’assurer qu’en France, les djihadistes resteront indéfiniment des poissons hors de l’eau.

 

Précision : cette réflexion n'engage que moi en tant que personne s'exprimant en vertu de sa liberté civique et académique, sans aucunement représenter une institution. 

   

Le respect du passé

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Mise à jour le Lundi, 05 Septembre 2016 15:42 Écrit par Henri Hude

 

Toujours sur la question de l'identité, et aussi avant la rentrée scolaire et académique, voici une autre section (n°8, pages 191-193) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation, que je suis en train de publier ici. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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Parmi les valeurs humaines dont le pseudo-progressisme pratique l’ablation, il y a le temps, ou plutôt la durée.

La destinée de l’homme est d’atteindre le but de son existence. La fin de la vie humaine, c’est l’union à son Principe. Pourquoi ? Il suffit de penser au Premier Principe de toutes choses, et de désirer savoir, pour désirer connaître le Principe de toutes choses. Vouloir le connaître, c’est aussi vouloir lui être uni autant qu’il se peut : c’est en quelque sorte vouloir l’aimer. Il s’agit là d’une vérité universelle, très formelle. Le matérialiste, à mes yeux, est un métaphysicien comme les autres. Lui aussi aspire à s’unir au Premier Principe, qui est, selon lui, la matière inanimée, inconsciente.

C’est pourquoi le matérialisme mis en pratique dans une société y établit un régime de mort. Le retour à l’inconscience et à la poussière y est tenu obscurément pour l’idéal véritable. Le désir de mort est encore un mysticisme.

Comme nos actions et nos vouloirs ont pour loi de se coordonner entre eux, il est difficile à l’homme, animal raisonnable, de désirer ou de faire quoi que ce soit sans désirer, au moins implicitement et subconsciemment, que ses autres désirs et intentions puissent se coordonner à son intention métaphysique fondamentale.

C’est ainsi que la véritable forme de notre conduite est fournie, non par le système de nos besoins, qui n’en est que le matériau général, mais par nos idées métaphysiques et religieuses. Et je comprends déjà que nous qualifierons de bonne une intention dont le contenu matériel et la signification peuvent s’accorder au cadre métaphysique que nous tenons pour vrai. Cela est vrai pour un métaphysicien matérialiste comme pour tout autre. Le bon est ce qui peut s’intégrer dans la démarche d’accomplissement de notre destinée.

Or notre passé figure évidemment au nombre des médiations concrètes qui nous reconduisent à notre Principe, puisque le mot passé désigne l’avènement successif des causes dont nous sommes les effets. Et la morale est la connaissance de tout ce qui nous permet de rejoindre notre première Cause et d’accomplir ainsi notre destinée. C’est pourquoi il y a évidemment quelque chose d’immoral dans la haine du passé.

En parlant de haine du passé, je ne contredis pas ce que j’ai affirmé plus haut, concernant l’unanimité autour du respect du passé. Pas plus que la tradition n’est norme par elle-même, mais tout au plus par une vérité qui dit que la tradition est norme, pas davantage le respect du passé ne peut-il être inconditionnel.

Mais il faut préciser en quel sens le respect du passé est une valeur. Il y a un respect du passé qui est fonction de sa conformité à certains principes que nous tenons pour vrai. Il y a un autre respect du passé qui est fonction de sa causalité ou de sa paternité à notre égard.

On n’est pas d’abord attaché à son père parce qu’il aurait telle ou telle qualité. On lui est attaché parce qu’il est notre père, et qu’à ce titre, quels que puissent être ses défauts, il est et il reste, avec notre mère, la plus vivante médiation par laquelle passe la réflexion de la personne à la recherche de son Principe. Il en va de même pour la patrie et pour l’histoire de la patrie.

Un certain sens du grand et de l’héroïsme peut vibrer en nous au récit des guerres de Napoléon, cependant que nous pouvons, sans contradiction, juger désastreux l’impérialisme de Bonaparte.

Il convient donc de juger. De même que la simple tradition n’est pas par elle-même un critère de vérité, la seule histoire n’est pas davantage une garantie de justice. Et pourtant, être critique à l’égard du passé de la patrie ne nous désolidarise pas d’elle. Une distance critique à l’égard de nos parents ne nous ôte pas l’amour fondamental que nous leur portons. Il en va de même pour l’amour de notre propre passé national. Sans cet intérêt et cet amour pour le passé, il ne peut pas y avoir de patriotisme, ni de sens de ce que c’est que la vie.

C’est pour cela que le pseudo-progressisme est ruineux pour la culture. La culture vient du passé, et ne pousse de nouveaux rameaux qu’en puisant dans les sucs de la tradition. Rien de durable et de vivant ne se fait par une rupture absolue. Et même quand il faut tailler, après il faut recoudre. Mais si un homme estime qu’il est lui-même son propre Principe, comme c’est le cas dans les formes du panthéisme anthropologique moderne [et du polythéisme postmoderne où Mr X et Mme Y se prennent pour des dieux], alors il éprouvera la plus instinctive animosité à l’égard de toute étude qui le conduirait à se voir d’abord comme un descendant, un hériter, un effet – à comprendre qu’il n’est évidemment pas son propre Principe. Or tel est évidemment le premier résultat de l’étude sincère de l’histoire. [Certains grands esprits progressistes, il est vrai, essayent de totaliser l’histoire dans une philosophie de l’histoire, où l’Absolu se révèle à lui-même dans les œuvres de l’Homme. Mais, il y a longtemps que les pseudo-progressistes postmodernes ont abandonné ce genre d’enseignement.] C’est pourquoi un homme qui ne rend de culte qu’à lui-même [en tant qu’individu] aspire toujours à oublier la vérité de son passé, ou à le salir. Et la conduite opposée des traditionalismes chauvins fournit un semblant de respectabilité à son imposture.

Aussi, même si le pseudo-progressiste célèbre divers événements passés qu’il juge politiquement corrects, il ne laisse pas de se méfier du passé qui est toujours, à ses yeux, métaphysiquement incorrect, comme si le rappel de la causalité de nos pères à notre égard devait nous reconduire à une idée de Dieu dont il ne veut pas.

C’est alors que la tentation lui est forte de travestir le passé de la Nation en mythologie partisane [et en légende sinistre]. C’est ainsi que l’ensemble des hauts faits d’un grand peuple ne parvient plus aux oreilles de ceux qui sont actuellement ce peuple, et qui ne peuvent plus comprendre ce qu’ils sont, faute de savoir ce que furent leurs aïeux, devenus méconnaissables sous la bave et l’oubli.

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Tradition, vérité, transmission

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Mise à jour le Vendredi, 26 Août 2016 09:20 Écrit par Henri Hude

Parce qu’on parle beaucoup d'identité en ce moment, et dans la perspective de la rentrée des élèves et des étudiants, voici une section (n°7, pages 190-191) d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX consacré à la culture et à l’éducation, que je suis en train de publier. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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La culture pourra l’emporter sur l’anti-culture du n’importe quoi, si nous savons nous débarrasser de nos préjugés pseudoprogressistes.

Parmi les marottes du pseudoprogressisme dominant, figure le mépris des coutumes et des traditions, [surtout quand ce sont celles du crû]. Encore une fois, je n’ai pas ici à plaider pour le respect des coutumes et des traditions. Il me suffit de montrer que le progressiste est le tout premier à les défendre bec et ongles – ou plutôt, je vois bien qu’il y est contre, mais seulement en apparence et non sans contradiction. Voici pourquoi.

Je suppose une société dans laquelle on a le mépris des coutumes et des traditions, comme c’est, dit-on, le cas des Français [de Progrès], qui en cela diffèreraient fort de leurs voisins les Anglais. Eh bien ! Tout voyageur venant en France notera sans difficulté que la méfiance pour la coutume est une coutume très particulière aux Français [de Progrès], et que le mépris des traditions est [chez eux] absolument traditionnel. Le rite y est de célébrer ponctuellement l’abolition des anciens [rites]. Et ce peuple [de Progrès] qui passe son temps à se plaindre et à protester a du moins la consolation de commémorer chaque 14 Juillet la fin de tous ses malheurs.

Dans ce pays à l’admirable et inflexible logique, on voit l’enseignement officiel inculquer dogmatiquement l’esprit (pseudo)-critique. La liberté de penser laïque y est aussi obligatoire que gratuite. Et un strict traditionalisme [de Progrès] impose la transmission d’un contenu traditionnel de pensée anti-traditionnelle [et l’interruption de toute transmission autre que la transmission de cette interruption].  

Je ne sais s’il y a là une invincible contradiction, car il est clair qu’aux yeux des meilleurs esprits [de Progrès, cela va sans dire], la tradition de la raison ne saurait être confondue avec celle des préjugés. Je crois que, sur ce point, tout le monde est d’accord [y compris la saine raison, qui rigole, et la Réaction, qui ricane]…

Cela montre bien [qu’il est aisé de se dire anti-traditionnel et tout aussi malaisé de l’être. Il n’y a aucune pensée, y compris de Progrès, qui vive hors tradition, et toute culture, y compris de Progrès, doit procéder à tel ou tel moment à] un rappel de la nécessité de la discipline et de la tradition [en général] – tel ou tel contenu de tradition étant préalablement admis (au moins le dit-on) en raison de sa valeur de vérité, et non en raison de son caractère simplement traditionnel (sauf dans le cas, bien sûr, où ce dernier caractère se trouverait avoir été rationnellement admis, dans certains domaines, comme un critère de discernement du vrai).

Cela montre bien que les valeurs de conservation, comme le respect de la tradition, sont essentiellement soumises à d’autres valeurs supérieures, dont la première est le respect de la vérité.

Quant à soutenir que le principe de tradition serait suffisant, cela pourrait signifier une conception selon laquelle la vérité serait (au moins dans certains domaines) donnée une fois pour toutes à l’origine, et connue seulement par transmission de ce donné primitif. Une telle théorie pourrait être vraie ou fausse, mais il n’y aurait pas là de traditionalisme intégral. Le respect de la tradition y resterait subordonné au respect de la vérité. Il serait le respect de la vérité dans et par la tradition.

Le principe de tradition, séparé de toute référence au vrai, est donc le propre du seul scepticisme, et encore de celui qui se voudrait modéré, qui par là est incohérent [(il est vrai qu’il n’y a pas de vrai…)], et qui ne peut survivre que par une répression du désir de toute réflexion approfondie.

Une telle répression peut être l’œuvre de l’opinion publique et des mœurs. Elle est facilitée par une disposition de la personnalité à [rester toujours à la surface des choses et à] se réaliser surtout dans les choses matérielles. Les règles de politesse peuvent prescrire de ne jamais parler de l’essentiel. La sagesse politique peut prescrire de sacrifier le principe de contradiction sur l’autel des compromis nécessaires.

Mais même dans ce dernier cas, le scepticisme fonctionne comme n’importe quel dogmatisme. S’il n’y a pas de vrai, il est vrai qu’il n’y a pas de vrai, et il est absolument faux de dire qu’il y a du vrai et du faux. Le vrai et le faux ne sont [donc] aucunement supprimés, il y a seulement une modification des valeurs de vérité de certaines propositions ; et l’acceptation de ces modifications par l’opinion publique est rendue plus facile, parce qu’elle ne voit pas le contenu qui entre dans son esprit en contrebande sous l’apparence du vide. [C’est évidemment là la règle fondamentale du lavage de cerveau médiatique et scolaire, au moyen duquel sont formatés les Individus de Progrès.]

Il y a donc bien deux formes de traditionalisme déraisonnable, et non pas une seule : ou accepter une coutume seulement parce que c’est une coutume, ou la rejeter seulement pour la même raison. Et ce qui est dit là de la coutume pourrait se dire des diverses traditions.

Il est naïf et barbare de tout rejeter. L’esprit est une puissance de discernement. Au reste, le traditionalisme pur n’existe peut-être jamais. Il n’y a pas de culture sans tradition, mais la tradition ne vaut que dans et par le respect de la vérité.

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"Violence musulmane". Un contresens dans la presse et beaucoup de bruit pour rien

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Mise à jour le Jeudi, 25 Août 2016 17:07 Écrit par Henri Hude

 

   

La presse française a publié le 1er août 2016 un article titré : ‘Pape François: « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique»’.  Cet article et d'autres de même farine ont déclenché une tempête.

Ce titre est la traduction mot à mot d’une phrase du pape prononcée dans l’avion du retour en italien familier. Le titre est accrocheur. Malheureusement, cette traduction comporte ce que j'appellerais un contresens et que des esprits très bienveillants appelleraient une traduction fautive.

Voici les documents.

D’abord, le texte intégral officiel[1] en italien de la conférence de presse[2]. La salle de presse a remis en italien châtié, sans en changer le sens, la phrase du pape François, énoncée en style familier devant les journalistes. Voici ensuite la vidéo de cette conférence de presse[3].  


 

Je laisse maintenant la parole à mon vieil ami Jean-Marie Salamito, Professeur d’histoire du christianisme à la Sorbonne, par ailleurs marié à une Italienne fort remarquable. Jean-Marie m’a envoyé le texte suivant, qu’il m’a aussi autorisé à reproduire. Je cite :

 

« Avant de traduire en français des propos tenus par le pape François en italien, il faudrait s’assurer que l’on connaît les différences, souvent subtiles, entre ces deux langues !

« Quand le pape François dit : « Se parlo di violenza islamica... », la presse française s’imagine pouvoir traduire aussitôt : « Si je parle de violence islamique... » Cela fait penser inévitablement à « violence islamiste », et cela produit un effet désastreux. D’où les polémiques qui, en ce moment même, vont bon train.

« Or, pour être tout simplement rigoureux, il faut absolument traduire de cette façon, la seule correcte : « Si je parle de violence musulmane... » En effet, les Italiens, pour désigner les musulmans, disent spontanément « gli islamici » et non « i musulmani ». Et les francophones, à condition qu’ils sachent un peu d'italien, ne traduiront évidemment pas « gli islamici » par « les islamiques », encore moins par « les islamistes ».

« Bien plus, le contexte montre que, dans les propos de François, « violenza islamica » signifie « violence commise par des musulmans ». Le pape ne compare pas deux religions considérées dans leurs idées respectives, mais des faits concrets du quotidien, des actes individuels. Il invite les catholiques, non à une réflexion sur une « essence » de l'islam et sur une « essence » du catholicisme, mais tout simplement à un examen de conscience personnel, à une réflexion sur la tentation de violence qui guette chaque être humain, quelles que soient ses convictions religieuses. Il ne fait pas de l’histoire des religions, ni de l’anthropologie des religions, ni de la théologie des religions. Enfin, il ne renvoie absolument pas « dos à dos » la religion musulmane et la religion catholique ! Il invite à réfléchir sur des actes concrets, sur des enjeux éthiques et spirituels, non sur des généralités de sciences des religions. Le pape est un berger, pas un théoricien. Un guide spirituel, pas un professeur. »

 

Tout est dit.

La tempête médiatique qui a suivi l’article défectueux n’est pas même une tempête dans un verre d’eau, mais much ado about nothing, comme disait Shakespeare.

 

On peut juste ajouter un renvoi à l’interview de Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, qui comprend très bien les propos du pape, et avec une bonne traduction.

 

Finissons par un dernier point. La même presse juge opportun de republier à cette occasion une interview de Rémi Brague, datant de mai 2016, « Ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme ». Je me garderai bien de répondre à la place de Rémi Brague, mais je crois le connaître un peu. Ce grand universitaire est rompu aux finesses d’une bonne dizaine de langues, tant mortes que vivantes, dont l’italien. Je doute fort qu’il puisse goûter des propos dont l’origine est une erreur de traduction.

 

 



[2] Pour y trouver la phrase du pape, faire  Ctrl F parlassi: “Se io parlassi di violenza islamica, dovrei parlare anche di violenza cattolica.”

[3] Voici le lien de cette vidéo de la conférence de presse au retour des JMJ de Cracovie. La réponse commence à la 17ème minute, 33ème seconde. La phrase incriminée (18’ 11’’) : “Se parlo di violenza islamica devo parlare anche di violenza cattolica.”

   

Du rationalisme au néo-tribalisme

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Mise à jour le Mardi, 23 Août 2016 14:33 Écrit par Henri Hude

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici une section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre IX (§6, pages 188-189) consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

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Le rationalisme[1] s’efforce de promouvoir une unité artificielle et totalitaire du genre humain[2]. C’est qu’il imagine ce dernier sans vraie et substantielle pluralité, fondu dans l’Un. Mais, dans le même temps, ce rationalisme, parce qu’il institue les traditionalismes[3], prépare son propre échec.

Il enferme chaque peuple (c’est ce qu’on appelle parfois ‘préserver son identité’) dans ses traditions vécues de manière traditionaliste et sans référence à une vérité universelle commune à tous les hommes en tant qu’hommes et même en tant qu’esprits.

Alors ces peuples, tenant même à leurs vérités par des raisons qui ne sont pas vraies, attachés même à leurs valeurs bonnes pour des motifs qui ne sont pas justes, [ces peuples] que le rationalisme rend fanatiquement traditionalistes, se révèlent incapables de remonter au rationalisme comme à la source commune de leurs divers traditionalismes. [Et pourtant,] quand le rationalisme pensait jouer les traditionalismes les uns contre les autres et tirer toutes les ficelles, voici qu’il les rassemble contre lui.

Toutes les différences de la chair et du sang sont érigées alors en absolus qui se choquent et qui sanctifient les antagonismes les plus matériels. Les peuples, tous possédés d’une passion traditionaliste, qu’ils théorisent tous sous le nom d’identité culturelle, revendiquent frénétiquement la conservation de leurs opinions collectives comme opinions et comme collectives, sans plus jamais les juger selon le vrai et le bien [et leur authentique contenu de valeur universelle].

Mais alors, par un juste retour des choses, le rationalisme lui-même ne sera plus considéré [même au fond par ses propres adeptes] que comme la particularité d’une ethnie, et qui a eu le tort de trop dominer les autres. La vengeance des peuples est sur lui.

Tel fut le destin de la France après l’Empire [de Napoléon]. Et tel sera le destin des peuples occidentaux, tous ensemble, s’ils ne se réforment pas.

On ne regretterait pas le rationalisme, si nombre de traditionalismes ne poursuivaient pas même la droite raison avec une haine inexpiable, depuis que le rationalisme a prétendu représenter toute raison possible.

Ainsi donc, sous prétexte de compréhension universelle, on ruine l’universalité du vrai qui est la condition de tout dialogue, et on annule avec la raison la différence de l’Homme et de l’animal. On fonde ainsi le règne d’une violence bestiale et de l’incompréhension universelle.

Sous prétexte de relativisme culturel s’instaure un racisme généralisé, de même que sous prétexte d’antiracisme, on promeut un racisme intégral [Ethique et politique, ch.VIII, pp.154-157]. Et au lieu d’unir les nations pacifiquement autour de leurs intérêts communs, on en fait un chaos de tribus vouées à se déchirer avec fureur.

On justifie d’avance les impérialismes les plus forts. Car dans un système de traditions toutes divines, portées par des peuples tous divins, dont les langues sont toutes des manifestations de l’Esprit, comment ce que pense le peuple le plus divin, ne serait-il pas aussi ce qu’il y a de plus noble et de plus divin, à défaut d’être le plus vrai ? Et qui dira qui est le plus divin, sinon le tribunal de la guerre ?

Ainsi l’‘œcuménisme’ rationaliste travaille-t-il concrètement à faire de tout conflit international une guerre de religions. Le rêve de république rationaliste universelle où les plusieurs se fondent dans l’Un sombre en réalité dans le chaos des luttes tribales.

 

 

 

Editions universitaires, 1992, ‘Du rationalisme au tribalisme’, §6 du ch.IX, pp.188-189.

 

 

 

 

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[1] Par ce terme « rationalisme », j’entends (comme expliqué à fond dans Prolégomènes. Les choix humains, Parole et silence, 2009), une structure de pensée dominante en Occident, qui commence par un « doute » vague, un « pseudo-scepticisme », et qui se termine par ce à quoi ce pseudo-scepticisme équivaut logiquement (en réalité, mais occultement) – c’est à dire par un enfermement de l’esprit humain en lui-même et par son autodivinisation. On comprend bien que si tout est divin, toutes les traditions humaines le sont aussi. De là l’équivalence et la solidarité entre les traditionalismes et le rationalisme, en même temps que leur opposition. De là aussi le caractère assez contradictoire de la laïcité rationaliste [2016].

[2] Cette critique du rapport entre l’Un pur et simple de la Raison en laquelle tout devient le Même, et le totalitarisme du 20ème siècle, est aussi une autocratique courante dans le rationalisme postmoderne qui essaye de se réformer (Ecole de Francfort, Emmanuel Lévinas, parmi bien d’autres). Mais il n’y parvient pas, car il continue à commencer par le « doute » et à définir la liberté par une raison à base de « doute ». [2016]  

[3] Voir note n°1.

   

Entre traditionalisme et rationalisme

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Mise à jour le Vendredi, 29 Juillet 2016 11:27 Écrit par Henri Hude

 

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici la cinquième section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

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Remarque introductive rajoutée en 2016.  Dans une célèbre conférence[1], Edmund Husserl a écrit que « la crise européenne prend ses racines dans un rationalisme qui s’égare. Mais cela ne permet pas de soutenir l’idée que la rationalité comme telle serait en soi mauvaise[2]. » Le même Husserl préconise « une attitude critique universelle adoptée contre tout élément traditionnel donné préalablement[3] ». L’intérêt de la section qui suit est de faire réfléchir sur la cohérence ou l’incohérence de ces deux énoncés

 

 

LE VÉRITABLE CHOIX 

 

Résumons [la section précédente]. Le refus de recevoir le principe de la tradition rationaliste, en refusant de mimer un meurtre du père ou du maître – ce refus du principe rationaliste et de sa tradition – est identiquement le refus du traditionalisme, puisqu’il va de pair avec le refus de l’idée que toute tradition serait divine et vraie dès lors que l’esprit serait un et tout. [traditionalisme et rationalisme sont le recto et le verso d’une même figure spirituelle]

Ainsi donc, il n’y a pas d’un côté les tenants de la tradition, de l’autre ceux de la raison, mais il y a :

d’un côté, les tenants d’une position traditionaliste-rationaliste ;

de l’autre, les tenants d’une position rationnelle et modérément traditionnelle.

Dans le cadre de l’option qu’on pourrait appeler rationnelle-traditionnelle (celle qui rejette le doute universel et a priori, et qui par là dispose des moyens d’exercer un tri critique des opinions), les traditions humaines n’ont à être reçues qu’en tant que traditions humaines, donc faillibles, même si un homme se trompe rarement en tout. Il est d’ailleurs instructif de découvrir les erreurs possibles, afin de n’y pas tomber.

Il faut ajouter, pour concrétiser davantage, qu’en Occident, ce qu’on appelle commencer par rejeter la tradition se ramène pour l’essentiel à dire non au christianisme, et [pratiquement] à lui seul, ainsi qu’à la rationalité réaliste et théiste, qui est à la fois celle qu’il reconnaît, celle qui le reconnaît, et celle qui s’instaure à partir de lui. Un pareil rejet a priori équivaut à une adhésion sans examen à l’autre position, celle du traditionalisme-rationalisme.   

L’option qu’on peut appeler traditionaliste-rationaliste prétend bien rejeter au départ toute tradition. Mais, outre que c’est probablement là une chose impraticable, ce prétendu vide du « doute » universel est plein à ras-bord d’illuminisme panthéistique. [Voir Prolégomènes] On acceptera ce dernier de manière d’autant plus irréfléchie et traditionaliste, qu’on aura prétendu davantage identifier toute réflexion en général à celle qui s’inaugure par le « doute » universel.

Ce « doute » est bien sûr une attitude intéressante comme geste théâtral, mais c’est une pratique ineffective. On poignarde un fantôme en effigie, mais dans le moment même, on accepte sans s’en rendre compte un système tout fait. On mime un « doute » impossible et extravagant, mais par là-même on renonce à pratiquer à l’avenir un doute vraiment raisonnable. Et quand on présente une telle crédulité comme le triomphe de l’esprit critique, ou la révolution libératrice de l’esprit, on est bien près de tomber dans le ridicule. Ainsi donc, je ne puis me situer que de deux manières par rapport à la tradition, et ce choix premier décide de tout.

Quant à moi, je n’adhère ni au rationalisme, ni au traditionalisme, qui en découle et en dépend plus qu’il ne s’y oppose.

Je n’y adhère pas, d’abord, parce que je le tiens pour fondamentalement erroné. Je veux dire que c’est l’erreur la plus fondamentale. Ce n’est pas une simple erreur sur un point – tout homme en commet, hélas, et en grand nombre –. Le rationalisme est la transformation de la raison en machine à se tromper.

Je n’y adhère pas non plus parce que je le tiens pour totalitaire, et que je tiens le rationalisme pour une philosophie politique fausse et, par suite, pour une politique détestable.

 

A SUIVRE 

 

Ceux qui voudraient aller plus loin pourraient se reporter à Prolégomènes. Les choix humains.

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 Il est possible de recevoir les liens des articles publiés sur ce blog en suivant les envois de ce compte Twitter : @HenriHude  On n’y trouve pratiquement rien d’autre que ces liens à de tels articles.

 



[1] ‘La crise de l’humanité européenne et la philosophie’, conférence prononcée le 7 mai 1935 au Kulturbund de Vienne. Traduite en français par Nathalie Depraz, dans La crise de l’humanité européenne et la philosophie. Husserl, Hatier, 1992, pp.50-78.

[2] Op.cit ., p.66.

[3] Ibidem, p.64.

   

La alegria del amor nos interpela

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Mise à jour le Mercredi, 06 Juillet 2016 18:20 Écrit par Henri Hude

Voici la traduction espagnole d'un autre texte que j'ai écrit sur Amoris Laetitia, publié dans Humanitas, qui compte une édition anglaise et une édition espagnole, basée à Santiago de Chile. Encore une fois, je recommande chaleureusement cette excellente revue, dont j'ai l'honneur d'être membre. Vous pouvez la recommander à vos amis anglophones et hispanophones. 

 

Reflexiones sobre la Exhortación Apostólica del Papa Francisco

 

“La alegría del amor” nos interpela

 

 

         Hace casi cuarenta años, la elección de Karol Wojtyla fue, para los así llamados “católicos de izquierda”, un impacto desestabilizador. Siendo polaco, Juan Pablo II tenía la experiencia del “socialismo real”. No se dejaba impresionar por el prestigio de las corrientes ideológicas de inclinación marxista, tendencia en aquel entonces hiperdominante en Occidente. Y el comunismo desapareció. Aquello fue ocasión para una gran clarificación: ciertos católicos marxistas dejaron de decirse católicos, pero los católicos sinceros de cultura marxista siguieron siendo católicos, y ese Papa los llevó a profundizar en su fe y en su pensamiento político.

 

Hoy, con posterioridad a la elección de Jorge Mario Bergoglio, ocurre un fenómeno análogo. Siendo argentino, Francisco tiene la experiencia del “liberalismo real”. No se deja impresionar por lo políticamente correcto ni por la ideología hoy de moda (individualista, relativista, libertaria, etc.); al contrario, pues visualiza todas sus aplicaciones, incluso en los ámbitos del dinero y el poder, y no sólo de la destrucción de la familia.

 

Ante este Papa popular, son ahora muchos “católicos conservadores” quienes se desestabilizan. Y como antes con los católicos de izquierda, se requiere de una clarificación. Se vive un combate espiritual en el alma de cada uno. Todavía no conocemos su desenlace. Hay quienes tal vez perderán la fe en Roma; pero muchos –esperemos- se plantearán de mejor manera las interrogantes sobre justicia económica y política. Profundizarán y purificarán su amor al orden y su respeto por la verdad, que constituyen valores fundamentales. 

 

Así como Juan Pablo II lanzó su evangelización sin sumisión alguna a la ideología marxista, cuyo fin presentía, del mismo modo Francisco concibe su evangelización en un mundo en el cual la ideología liberal probablemente va a desaparecer; no la libertad de emprender ni la propiedad privada ni la libertad de reflexionar, ciertamente, […] sino esa ideología que aparta al individuo del bien común y a la libertad del bien que debe ser su norma, y que por consiguiente subordina al Hombre al dinero, sometiendo el trabajo y la economía a los fondos acumulados. Precisamente en eso es profético el Papa. Profecía, como veremos, muy razonable.

 

Francisco se horroriza ante la subordinación inicua del Hombre al dinero, y del trabajo y la economía a los fondos centralizados por una aristocracia del dinero.  Ahí también van a producirse una selección y una profundización, porque muchos católicos conservadores, que luchan contra el liberalismo ideológico, tomando posición, por ejemplo, contra el matrimonio homosexual, no se dan cuenta de que toda una parte de ellos mismos es solidaria con esta misma ideología. Precisamente esta incoherencia debilita su credibilidad y condena al fracaso la evangelización. Así, aquellos conservadores sinceramente católicos que logren escuchar al Papa profundizarán en su pensamiento y se darán cuenta de que sólo veían una parte (de dos o tres) del problema libertario [[1]] y si logran tomarlas todas en cuenta, su testimonio ganará mucho en credibilidad.

 

  

La evangelización de los pueblos por Francisco

 

Francisco ha logrado conquistar en poco tiempo el corazón de la inmensa mayoría del pueblo en todas las naciones. Es un hecho. ¿Por qué motivo? Porque los pueblos, por instinto, aman a Cristo; también porque Francisco ha analizado perfectamente aquello que separaba a todo ese pueblo de la Iglesia, y por último porque las circunstancias han vuelto a ser muy favorables: 1°, la desaparición del comunismo; 2°, el descrédito del liberalismo; y 3° la deriva fanática en el Islam, crean las condiciones para una reevangelización masiva de los pueblos descristianizados, pero también para una expansión sin precedentes del cristianismo en los espacios musulmanes.

 

Pero es preciso, además, que a Francisco lo comprenda y lo siga lo que puede llamarse la élite católica [[2]], especialmente en los países occidentales. Por este motivo, llama la atención el esfuerzo de los grandes medios de comunicación masiva que apunta a crear en esta élite católica desconfianza en relación al Papa. Se trata, por una parte, de obstaculizar el camino para que esta élite se ponga al servicio de los pueblos, mientras, en otro plano, esos mismos medios realizan un permanente acoso, procurando desacreditar a la Iglesia entre las masas. Tengamos claro que el hecho de que las élites católicas se pongan al servicio de los pueblos en las democracias y en las economías, es la primera condición para la credibilidad moral de la evangelización y, también, para la reforma indispensable en dichos países occidentales, europeos y americanos.

 

¡Eso no significa resucitar el comunismo! Eso significa que es preciso poder ganarse la vida antes de poder formar una familia. El himno a la familia, en el Salmo 128, 1-6, comentado por Francisco, habla de trabajo antes de hablar de cónyuge e hijos. “Del trabajo de tus manos comerás” (Amoris laetitia, n. 8). Aplicación práctica: “(…) la desocupación y la precariedad laboral se transforman en sufrimiento (…). Es lo que la sociedad está viviendo trágicamente en muchos países”. El desempleo afecta de diferentes maneras a la ”serenidad de las familias” (A.L., n. 25).

 

“Trágicamente”. Es verdad. Es preciso abrirse a reconocerlo, dejarse conmover y proceder en consecuencia. La presentación del mensaje de Cristo sobre el matrimonio adquiere su credibilidad cuando va acompañada de una acción generosa y convincente en favor de esa “existencia serena” de la pareja y de la familia desde el punto de vista de la economía. Además, esta presentación debe hacerse en un ambiente de misericordia, fraternidad y alegre humildad, con comprensión de las dificultades de vidas aplastadas por esos condicionamientos, con una mirada positiva y de admiración por aquello que, a pesar de todo, sigue siendo bello en tantas existencias mutiladas por la barbarie libertaria. Ciertamente hay pecado y responsabilidad personal, pero ante los ojos de Cristo, todos somos “mujeres adúlteras” (Jn 8, 1-11) y no nos salvamos por nuestros méritos.

 

Por estos motivos, ¿cuál sería hoy el mayor obstáculo para la evangelización? Élites católicas cegadas por prejuicios de clase, que desprecian la enseñanza de Francisco y cuyo compromiso político se reduciría a “arrojar piedras” moralizadoras a los pueblos sobre aquello que constituye su sufrimiento y su esclavitud [[3]].

 

 

La élite católica está para servir

 

En línea con la opción preferencial por los pobres, la élite católica debe ponerse, en consecuencia, en defensa de los intereses democráticos y económicos de las clases populares, rompiendo con los viejos reflejos de la época del comunismo, provenientes de la guerra fría. Eso se inscribe por lo demás en un esfuerzo de renovación cultural y democrática sin precedentes, que compete a todos los ciudadanos, independientemente de cuál sea su religión. Y eso requiere además un trabajo económico, legislativo y fiscal inmenso, que únicamente una élite es capaz de emprender. Semejante compromiso y semejante trabajo deben necesariamente acompañar a la evangelización.

 

En esta situación, decepciona ver a tantos jóvenes católicos, justamente preocupados por el compromiso político, militando por la familia y la vida de manera demasiado abstracta, sin preocupación suficiente por las condiciones de vida cada vez más precarias de un pueblo que ya no tiene porvenir económico.

 

La defensa de la vida (A.L., n. 83) es probablemente, de todos los temas de gran interés (y con razón) para los católicos, aquel en el cual peor se las arreglan.  Hay que entender esto bien. Muchos esfuerzos individuales son admirables. Desgraciadamente, nunca podrán llegar a un cambio estructural mientras no se sitúen en una acción política interpartidista más audaz y más amplia. Sin este apoyo, el enfoque resulta ser demasiado parcial, demasiado estrecho.

 

Entre las preguntas que se olvida hacer cuando se habla de ética familiar, no temamos repetir éstas: ¿cómo se puede formar una familia cuando no es posible pagar un arriendo y el joven está obligado a permanecer con sus padres (“La falta de una vivienda digna o adecuada” (A.L., n. 44)? ¿Cómo se puede alimentar hijos cuando no se tiene trabajo [[4]]? ¿Cómo estar ampliamente abierto a la vida cuando se sabe que nunca uno podrá comprar más de 50 metros cuadrados? Y tal vez ni siquiera eso.

 

Un sistema económico en que el trabajo no permite educar a una familia es profundamente inmoral. Y predicar sobre la familia a los pobres en esas condiciones, sin hacer al mismo tiempo algo para remediar injusticias que claman al Cielo, es una hipocresía. Quienes instalan ese sistema de injusticia económica cargan con gran parte del pecado de aborto. No se trata de buscar la utopía ni de pedir a la gente lo imposible, ni de culpabilizar a los jefes de empresa, ni de impulsar a cada uno a mezclarse en todo, sino de que cada uno haga algo, por poco que sea, y una oración para sostener un verdadero cambio.

 

El día en que el liberalismo se hunda como el comunismo, ¿volverá entonces la humanidad herida a la Iglesia? Sí, sin duda, pero únicamente si la Iglesia sabe acoger con misericordia, ya que esos futuros neófitos, ellos y ellas, se habrán divorciado varias veces, serán homosexuales, habrán sido criados por padres solos o parejas reconstituidas, habrán sido heridos por todo tipo de vicios. Pero la Iglesia está para acoger, integrar y sanar a los hijos de Dios, por muy en mal estado que se encuentren. ¿Cómo prepararse para este gran retorno que ya se vive? ¿Cómo manejar en toda su duración esta situación inédita? ¿Cómo hacer que este retorno a la vida no sea una nueva puesta en orden autoritaria? Éstas son las preguntas que parecen encontrarse en el horizonte de la exhortación del Papa.

 

¿Cómo no comprender, en esas condiciones, el efecto principal buscado por el Santo Padre mediante la inflexión de la pastoral de la Iglesia? Él no nos dice: vamos a cambiar la doctrina, ni nada semejante. Nos dice: no sigan ustedes en absoluto comportándose como fariseos. No se trata de un asunto vinculado con la opinión política contingente. Rebasa incluso, infinitamente, una serie de interrogantes de teología moral (que ciertamente merecen ser abordadas). Por todo lo cual resulta ser una cuestión de vida o muerte.

 

                                                           HENRI HUDE    

 

                                               Miembro del Consejo de Humanitas

 

 

 

 



[1]El libertarismo del dinero es la enloquecida economía financiera que tenemos a la vista, la cual desprecia el valor del trabajo humano. El libertarismo del poder es la manipulación, la propaganda y la violencia.

[2] BREVE NOTA SOBRE LA ÉLITE. En toda sociedad humana hay siempre una élite, es decir, grupos dirigentes o influyentes, que orientan la política, la economía o la cultura. También hay, en estos grupos o fuera de ellos, individuos dotados de una excelencia o poder especial, de orden espiritual o de otro carácter. Incluso en una sociedad con un ideal igualitario hay una élite igualitaria. El igualitarismo hace bajar el nivel general y favorece la desigualdad. La igualdad real consiste en esto: que la elite sea al mismo tiempo abierta y esté en actitud de servicio. Por lo tanto, los discursos antielitistas son al mismo tiempo justificados (si la élite es una casta cerrada en sí misma y en primer lugar al servicio de sí misma) e improcedentes (si se culpabiliza el hecho mismo de que haya una o varias élites). Lo anterior sigue siendo verdad si se logra elevar en gran medida, el nivel general de un pueblo, lo cual es deseable. Por ser la humildad una virtud, la élite debe estar dotada de la misma. Ser parte de la élite no justifica entonces mirar al prójimo con aire de superioridad. Si la élite carece de humildad, no es justa y se hace detestar. La humildad no consiste en no ver las propias cualidades ni en sentirse culpable de poseerlas, es decir, de haberlas recibido. Todo esto es válido a fortiori para la sociedad que es la Iglesia. La verdadera élite es la de la santidad y ella relativiza las jerarquías institucionales legítimas sin destruirlas, lo que también puede tener lugar sobre la base de valores simplemente humanos.

 

[3] “Esta misma raíz del amor, en todo caso, es lo que me lleva a rechazar la injusticia de que algunos tengan demasiado y otros no tengan nada; o lo que me mueve a buscar que también los descartables de la sociedad puedan vivir un poco de alegría. Pero eso no es envidia, sino deseos de equidad” (A.L., n. 96).

 

[4] “Es lo que la sociedad está viviendo trágicamente en muchos países, y esta ausencia de fuentes de trabajo afecta de diferentes maneras a la serenidad de las familias (A.L., n. 25)”. Se trata de “crear las condiciones legislativas y laborales para garantizar el futuro de los jóvenes y ayudarlos a realizar su proyecto de formar una familia (A.L., n. 43)”.

 

   

On Love and Joy: a Reflection

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Mise à jour le Mercredi, 06 Juillet 2016 18:01 Écrit par Henri Hude

Voici la traduction anglaise d'un texte que j'ai écrit sur Amoris Laetitia, publié dans Humanitas, qui compte une version anglaise et une version hispanique, celle-ci publiée à Santiago de Chile. Je recommande chaudement cette revue, dont j'ai l'honneur d'être membre. Vous pouvez la recommander à vos amis anglophones et hispanophones. 

 

 

ON LOVE AND JOY: A REFLECTION

 

Taking a distance without rushing into its application to particular cases

 

Starting by chapter 8, the most controversial one of the apostolic exhortation, dealing with the situations of the crisis in couples, is not the best way to approach it. This would be as if looking at a landscape by the wrong end of the binoculars.

 

The Pope is realistically aware -once again- of the likely narrow interpretations the text may be given and foresees the difficult reception it may have. However, he is not prejudiced against those who might not welcome his views in the matter. Probably some will fail to grasp his insights or appreciate the direction this new impulse he is giving to the Church. Thus he remarks, “I understand those who prefer a more rigorous pastoral care which leaves no room for confusion” (n. 308). Yet, he requests Catholics to trust him follow him in his views.

 

Being a Catholic is somehow like flying on a plane

 

You have to trust the pilot, in this case the Pope. We are not bound to believe him infallible at all times, in fact most of the time we must believe otherwise. However, if you believe that Christ does not cease to lead His Church, never stops pouring forth His Holy Spirit and that He will never leave Her to its own fate, then you must trust, respect and thank Her for her teachings and guidance, even when you may find them difficult to take in. We should rejoice in such difficulties, which are but signals of a favorable personal crisis which will serve for our own growth.

 

Unless we do so, we run the risk of getting tangled in the controversy. We need to take a step back so as to look at this remarkable text with some perspective, which deserves a heartfelt attention and a sincere high-mindedness.

 

 

A Thomistic text

 

From the point of view of the practical philosophy (where my training, competence and perspective lie), I clearly note an Aristotelian or Thomistic orientation in this text, as in the overall thought of the Holy Father. The name of Thomas Aquinas is repeated five times throughout the document and no less than 10 texts by him are referred to, along with a book about love by Father Sertillanges, O.P., a Thomist theologian, which is also quoted (note 139).

 

In times when Thomism (what the mass media would call ‘conservative’) is making a significant return, Francisco’s magisterium has been denounced -by some more papist than the Pope himself- and equated to the progressives’ attainments after Vatican II. Undoubtedly the situation is complex and paradoxical since the preconceived notions are not enough to understand what Francis wants to say. We just need to follow a concrete intuition which does not stick to the current categories.

 

The concept of happiness (e.g. n. 149), focused on joy, and the virtue of prudence (especially in ch.8) pervade his moral thought. These two virtues stand along with the notion of friendship that underlies the definition of love (n. 120) and of conjugal love (n. 123). These fundamental notions of practical wisdom are reexamined here with a renewed perspective of the faith.

 

The reference to St. Thomas then, is neither casual nor tactical, but genuine and substantial since his definition of happiness ‘the enlargement of the heart’ (n. 126) is adopted in the exhortation. Naturally, the notion of law is also present -though subordinated. The conscience is not regarded here in its relationship with the law as a universal principle, but in connection with prudence (or lack of it) in one’s actions. The natural law, as referred to here (n. 305), hinges on the “heart” as conveyed in the Epistle to the Romans, 2, 15 (n. 222). This law is not a purely rational legislation which sets obligations a priori (as opposed to the rationalistic and Kantian or Jansenist conception of the law), but “a source of objective inspiration” for Man as a decision maker.

 

 

A moral of joy and a spirituality of cheerfulness - Both natural and supernatural

 

Francisco’s thought on matters of moral theology pertain to what I would call a very natural supernatural eudaemonism (from Greek eudaimonia = happiness). Joy is viewed as happiness. The term “joy” is repeated over 55 times along the text, so a good way to understand this exhortation would be by identifying the diverse senses and coherence in the use of this word. Basically, it refers to the joy of loving, which for the largest majority of humans is first experienced in the family. Disgrace, conversely, results from emotional disappointments and difficulties within the family, either in the couple or between parents and children.

 

This eudaemonism is supernatural as we all know from our personal experience how difficult it is to love, especially in the family, and therefore to be happy. Such difficulty has got deep roots and entails a sort of illness, worse than physical or mental ailment; this disease is called original sin (cf. The name of God is mercy). The path to happiness is not an easy one; it often gets mixed up with the therapeutic (salvation) or liberation  (redemption) ones in search for the cure of this disease. Christ is the doctor. The Church is the field hospital (n. 291). The remedy is called cross. The cure is called resurrection.

 

This eudemonism is also quite natural, it is about bringing joy to everyday life and to those around us. Evangelization is nothing but this effort to make joy alive so as to live accordingly in this time and later on in eternity. Christ’s religion brings joy, even in the midst of sorrow and hardships, what makes it a religion authentic and alive, hence we call it the good news; “evangelium” in Greek.  

 

The joy of loving within the family is the prolongation of the joy of the Gospel. The essence of Christian life and its goal are identical: the joy of loving. This is the sign of the life in the Spirit hence the evangelization is nothing but to make others aspiring to the fullness of Christ’s joy.

 

The Pope's insistence on mercy is then easily understood: without mercy, we turn dry, hard and sad. It is only by his mercy that we may take up the cross fully -without which Christianity is not such- without traumatizing or making us flee from pain.

 

 

All this exemplified in a especially enlightening quote

 

Number 317 may be seen as the culmination of the text: “If a family is centred on Christ, he will unify and illumine its entire life. Moments of pain and difficulty will be experienced in union with the Lord’s cross, and his closeness will make it possible to surmount them. In the darkest hours of a family’s life, union with Jesus in his abandonment can help avoid a breakup. Gradually, «with the grace of the Holy Spirit, [the spouses] grow in holiness through married life, also by sharing in the mystery of Christ’s cross, which transforms difficulties and sufferings into an offering of love”. Moreover, moments of joy, relaxation, celebration, and even sexuality can be experienced as a sharing in the full life of the resurrection. Married couples shape with different daily gestures a “God-enlightened space in which to experience the hidden presence of the risen Lord.”

 

 

     HENRI HUDE 

                                                                 Member of the HUMANITAS Board

 


DESTAQUES.

 

1.      If you believe that Christ does not cease to lead His Church, never stops pouring forth His Holy Spirit and that He will never leave Her to its own fate.

 

2.      I clearly note an Aristotelian or Thomistic orientation in this text… The name of Thomas Aquinas is repeated five times throughout the document and no less than 10 texts by him are referred to.

 

3.      The Pope's insistence on mercy is easily understood: without mercy, we turn dry, hard and sad. It is only by his mercy that we may take up the cross fully without traumatizing or making us flee from pain.

   

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