Henri Hude

Macron aux Bernardins, 1

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

Discours du président Macron aux Bernardins. Commentaire (1ère partie)

 

Voici la première partie d’un commentaire philosophico-politique du discours du président Macron au Collège des Bernardins, lundi 9 avril 2018.

 

TEXTE  DU  PRESIDENT


« Je vous remercie vivement, Monseigneur, et je remercie la Conférence des évêques de France de cette invitation à m’exprimer ici ce soir, en ce lieu si particulier et si beau du Collège des Bernardins, dont je veux aussi remercier les responsables et les équipes.

Pour nous retrouver ici ce soir, Monseigneur, nous avons, sans doute, vous et moi bravé, les sceptiques de chaque bord. Et si nous l’avons fait, c’est sans doute que nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer.


Pour cela, il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité.

 

Ce dialogue est indispensable, et si je devais résumer mon point de vue, je dirais qu’une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. »

 

COMMENTAIRE

 

Le président se réfère d’emblée à une philosophie très différente de celle qui a présidé depuis ses débuts au développement de la « laïcité à la française ». Le comprendre avec précision requiert quelques explications philosophiques. La laïcité dite « à la française » fut en fait une absence de lien entre l’Eglise et l’Etat, absence théorisée à partir d’un mix de positivisme, de matérialisme et de moralisme kantien, lui-même privé de sa profondeur métaphysique par les professeurs de la IIIe République.

En quel sens parler d’une absence de lien ? Bien sûr, en France il y a l’Eglise, et il y a l’Etat républicain. Il y a donc une zone de contact entre eux et ce contact doit être géré, d’un côté comme de l’autre. Mais rien dans la nature de l’Etat ne dit qu’il y a, qu’il devrait, ou qu’il pourrait y avoir Eglise. C’est là un pur fait.

La République « laïque » pourrait en théorie se suffire à elle-même. Elle a besoin de morale, pas de religion, et pour avoir une morale, elle n’a besoin que de la Raison. Celle-ci se révèle à elle-même dans l’œuvre des sciences, de la politique républicaine et dans une critique de la métaphysique. La République n’est pas qu’une communauté politique, c’est d’abord une communauté spirituelle dans la Raison – une Raison qui se dit qu'elle s'est surtout constituée dans une histoire d’opposition aux religions.

Comment donc le président Macron peut-il dire que « le lien entre l’Eglise et l’Etat » existe et s’est « abîmé » ? Evidemment parce qu’il ne partage ni cette philosophie, ni cette vision de l’Histoire.

 

 

Quelle est donc la philosophie du président Macron ?

 

L’empreinte majeure, à mon avis, n’est pas celle de Paul Ricœur (sur laquelle nous reviendrons dans un prochain épisode). C’est celle de Hegel. La chose est claire, entre autres, dans l’article qu’Emmanuel Macron a publié dans le numéro d’Esprit de mars-avril 2011, intitulé « Les labyrinthes du politique. Que peut-on attendre pour 2012 et après ? » En particulier la note 6 se réfère au Hegel des Principes de la philosophie du droit, §§ 250-256. Ce penseur est alors parvenu à la pleine expression de son anti-individualisme (voir la fameuse Préface de cet ouvrage). L’article d’Emmanuel Macron se réfère à la doctrine de la corporation, qui doit faire le lien entre l’intérêt particulier et l’intérêt général. 

Peut-on dire que Macron modernise cette doctrine par une théorie de la négociation ? Une théorie du dialogue rationnel transparent entre intérêts multiples de la société civile, reconnus et considérés objectivement en fonction du système des besoins ? Peut-être. Mais c’était déjà là la base de la pratique législative prussienne, très rationnelle et extrêmement performante. C’est une des doctrines hégéliennes où apparaît le mieux la légitimité de la Raison. Il est donc très clair que pour Macron, comme pour Hegel, la liberté n’a de légitimité que dans et par l’universel de la Raison. Cela force à relativiser beaucoup de ce qui se dit sur « Macron le libéral », ou « l’individualiste ». Hegel admettait la liberté économique, mais la subordonnait à l’administration et à l’Etat [Cf. le livre de Domenico Losurdo, Hegel et les libéraux. Liberté, égalité, Etat, PUF, 1992.]

De plus, le président, lorsqu’il était étudiant, a rédigé son mémoire de DEA sur La Raison dans l’Histoire de Hegel. Son article de 2011, qu’on peut considérer comme le plus important de tous ceux qu'il a écrits, puisqu’il parle par avance de l’élection et de la fonction présidentielles, fait encore référence implicitement à La Raison dans l’Histoire : « Contrairement à ce qu’affirme une critique postmoderne facile des ‘grands récits’, nous attendons du politique qu’il énonce de ‘grandes histoires’. » De plus, il revalorise « l’idéologie » comme pensée synthétique permettant de se projeter dans l’avenir. Malgré certaines apparences, Emmanuel Macron n’est pas non plus postmoderne.

 

Avant cela, l’étudiant Macron avait rédigé un mémoire de maîtrise sur Machiavel. Mon opinion, à observer son style, ses manières, ses actes, est que ces deux sujets (Machiavel, Hegel) n’ont pas été choisis au hasard et que l’essentiel de sa pensée politique se trouve là.  

 

 

La Raison dans l’Histoire et la légitimité

 

Ce qu’on nomme assez ridiculement le « Jupitérisme » de Macron, c’est à mon avis la conscience de la grandeur qui vient à l’Histoire du fait qu’elle est pénétrée et portée par la puissance de l’Absolu qui est Logos, Raison. La religion appelle cela la Providence. Le « souffle » gaullien n’est pas autre chose. Macron, donc, croit en la Providence, c’est évident. Il y croit dans sa version rationaliste, celle de Hegel. Certains pensent que Ricœur l’a fait rompre avec Hegel. (C’est notamment la thèse de Brice Couturier, dans son livre Macron philosophe, Editions de l’O, 2017, par ailleurs intéressant et informé.) Je ne le crois pas. A mon avis, Ricœur lui a seulement permis d’enrichir, mettre à jour et contextualiser une pensée qui pour l’essentiel a gardé l’empreinte hégélienne. 

Il avait commencé avec Machiavel : les intérêts et les passions des groupes et individus acteurs d’une situation, ainsi que les rapports de forces entre eux, expliquent tout – à un certain niveau. Et pourtant ces acteurs prennent leurs décisions en fonction d’Idées (ou Valeurs). C’est vrai même s’ils sont pragmatiques. Car soit le pragmatisme est une Idée, soit il est simplement la prise en compte des situations en même temps que des Idées. 

Les « maîtres du soupçon » (Marx ou Nietzsche par exemple) dénoncent dans les Idées le masque des intérêts. De Gaulle pensait de même. De fait, beaucoup de gens prétendent servir des Idées ou des idéaux, mais font plutôt carrière en s’en servant. Ils agissent « sous l’impulsion de l’anxiété, de l’orgueil, du besoin de paraître et de dominer » [François, Gaudete et exsultate, n°28]. Et pourtant, ces Idées qu’ils voudraient mettre à leur service, elles ont une logique, une puissance propre et une autonomie par rapport à tous leurs calculs. De sorte qu’elles s’expriment toujours, « comme un désir inconscient », disait Hegel, à travers les actions des Hommes. Les Hommes, écrit-il, toujours dans La Raison dans l’Histoire, « réalisent leurs intérêts, mais il se produit en même temps quelque autre chose qui y est cachée, dont leur conscience ne se rendait pas compte et qui n’entrait pas dans leurs vues ». Bref, ce sont les Idées qui (pour le meilleur ou le pire) mènent le monde. Tels sont les desseins de la Providence, ou (version rationaliste) la « ruse de la Raison ».

On aura noté le « en même temps », dans la citation de Hegel – l’origine dialectique hégélienne du « en même temps » macronien ne fait guère de doute à mes yeux. 

 

 

L’Autorité de la Raison

 

L’Homme d’Etat occupe une place et remplit une fonction où l’Histoire se fait, et où donc la Providence affleure, opère avec puissance. Ce qu’on nomme l’autoritarisme de Macron, c’est tout simplement son auctoritas, celle qui, pour tout Homme ayant une culture classique, s’attache essentiellement aux fonctions d’imperium en raison de la présence du numen (l’éternelle puissance et la divinité) de la Raison universelle, du Logos. Comparez avec Hollande... La France, si elle a des chefs imprégnés de sa riche culture, aura toujours une auctoritas dans le monde.

Les idées passent et repassent le Rhin. Ce va-et-vient est au cœur des deux cultures, allemande et française. L’hégélianisme de Macron est un hégélianisme très français. Ce n’est pas un hégélianisme de gauche, marxiste ou « kojévien ». C’est ce qu’on aurait appelé jadis un hégélianisme de droite, mais il est dépouillé de la dimension totalitaire que cette pensée possède lors de sa naissance, de l’autre côté du Rhin. Il n’est pas non plus très systématique. Et il ne dissout pas les contraires dans la synthèse, mais préfère maintenir l’opposition des contraires réconciliés. 

Mais qu’est-ce qu’une philosophie de la Raison dans l’Histoire qui reconnaît l’importance de l’individu et de la personne ? C’est quelque chose entre Bossuet et Victor Hugo. Peut-être, via les connections d’Esprit, se produit-il inconsciemment chez Macron une humanisation/christianisation de Hegel dans une veine blondélienne, comme chez Gaston Fessard ou Romano Guardini [Romano Guardini, La polarité, Cerf, 2010. (Der Gegensatz. Versuche zu einer Philosophie des Lebendig-Konkreten, 1925)]. Si le président est bien informé, il doit savoir que Fessard et Guardini ont joué un rôle important dans la formation intellectuelle du pape François [Voir le livre de Massimo Borghesi, Jorge Mario Bergoglio. Una biografia intellettuale, Jaca Book, 2017.]

 

 

Mort et résurrection de la laïcité.

 

Tout le monde parle de la laïcité, mais presque plus personne ne croit à ce qui en faisait le sérieux et la dignité. Je pense à toutes ces nobles Majuscules : la Raison, la Patrie, l’Humanité, la Science, le Devoir, la Morale et le Progrès. Fortement adossée à ces absolus rationalistes, la laïcité bénéficiait de plus, en profondeur et comme en contrebande, de l’influence éducatrice de l’Eglise, qui nourrissait la culture et les mœurs françaises de sa vitalité.

Quel est précisément le rapport entre la philosophie et la religion ? Pour Hegel, la philosophie et la religion disent essentiellement la même chose, c’est-à-dire que tout est dans l’Absolu, qui est Sujet et Liberté. Mais la religion est censée le dire en termes imagés, la philosophie en termes conceptuels. La philosophie est une discipline pour une élite d’esprits. Si donc la masse essaye de philosopher, elle tombe dans les formes nulles de la philosophie : scepticisme, relativisme, matérialisme, scientisme, bref ce degré zéro de la pensée qu’il faut écarter pour commencer à réfléchir sérieusement.

La religion est pour Hegel la façon populaire de s’approprier la vérité de l’Absolu d’une façon adaptée à l’esprit imaginatif, affectif et peu conceptuel. Pour lui, si l’on prive un peuple de religion, on n’en fait pas pour autant un peuple rationnel et de philosophes, mais une sorte de prolétariat intellectuel, plein de prétention, mais en pratique privé de tout accès à la vérité de l’Absolu. L’élite des conceptuels (hégéliens) ne croit pas à la religion, c’est entendu, au sens où le peuple y croit, mais cette élite pense quand même la même chose que le peuple, à la différence près qu’il y a entre l’imagination et la raison. Là se trouve la source de l’élitisme de Macron. Ceci est peu catholique. La foi catholique n’est pas élitiste [François, Gaudete et exsultate, nos 36-46]. C’est pourquoi on aura toujours beaucoup de mal à combiner dans une même personne un philosophe vraiment hégélien et un véritable homme de foi.

Ce qu’il y a de pire pour la culture commune et pour l’Etat, ce n’est pas le cléricalisme des membres du clergé qui voudraient s’imposer à la puissance publique ; c’est celui de ces intellectuels superficiels, frottés de philosophie mais sans profondeur. Ils s’imaginent avoir accédé à la raison simplement parce qu’ils ont refusé la religion et renié le spirituel. Ils prétendent être les tuteurs du peuple et le conduire aux Lumières. En fait, ils le vouent à vivre dans l’irréligion sans philosophie, dans l’immoralité sans liberté, dans la mesquinerie d’une existence réduite aux intérêts privés, ou à la révolte compulsive, hors de la Raison, de l’Histoire et de l’Etat.

La raison hégélienne est élitiste, sans doute trop, mais encore ne faut-il pas forcer le trait. Plus imaginatif que conceptuel, le peuple a pourtant une pleine dignité spirituelle. En effet, l’imagination n’est pas simplement cette folle du logis, cette « maîtresse d’erreur et de fausseté » que dissiperait la raison scientifique. L’imagination est féconde, intuitive, inventive et symbolique. Ses images symbolisent puissamment la vérité. C’est peut-être là ce que Ricœur aura appris au jeune hégélien Macron : la richesse de l’imagination, le champ infini qu’elle ouvre à l’interprétation comme à la pensée, son importance dans l’action. La civilisation de l’image ne doit pas être celle de la mort du symbole.

Le lien (hégélien) entre l’Eglise et l’Etat est comme celui qui existe entre l’imagination et la raison, comme entre le peuple et l’élite – si l’élite n’est pas « abîmée » par la niaiserie antireligieuse, si la raison n’est pas « abîmée » par un irrationnel mépris de l’imagination, si le peuple veut être autre chose que le singe de l’élite, et l’élite autre chose que l’initiateur du peuple au non-sens.  

On comprend par là sans difficulté en quel sens le « lien » Eglise-Etat existe, a été « abîmé » et on devine mieux comment il s’agit de le « réparer ».

 

 

Maintenant, essayons de poser les véritables questions.

 

Non pas savoir si les tenants de la laïcité « à la française » vont accepter ce qu’on pourrait appeler une laïcité néo-napoléonienne. Car il y a quelque chose de réactionnaire dans cette tradition laïque. La plupart en France ont rejeté sa structure philosophique fondamentale, mais restent attachés à l’idée qu’elle est quand même importante.

Que feront les évêques de France ? Plus généralement, que penseront les catholiques ? Passé un premier moment, dominé par l’agréable impression de fraîcheur, comme après le discours du président Sarkozy [20 décembre 2007 au Palais du Latran], ne vont-ils pas se réfugier dans un « Nous jugerons sur pièces, quand nous lirons les projets de lois bioéthiques » ? En somme, voir dans ce discours pensé et direct des bonnes paroles, pas si originales que cela ? Ne vont-ils pas, en somme, laisser dominer la méfiance ? Certes, comme disait Reagan avec humour, « trust and verify », mais ne méconnaissons pas la différence : Sarkozy avait des idées. Macron a une pensée.

Ce « lien réparé », conçu et promu par un esprit métaphysicien, présente plus de promesses et plus de risques, il est aussi plus difficile à gérer, que « l’absence de lien » dans la bonne vieille laïcité de la « République des Jules ».

Avec le président Macron, nous sommes en présence d’un fait imprévisible, et auquel nous ne croyions pas : la France a un chef qui n’est ni un pur technocrate, ni un simple politicien, mais un Homme d’Etat vraiment cultivé, doté d’une vraie pensée. Il est capable d’embrasser en largeur et profondeur aussi bien les champs économiques et financiers que les champs politiques et sociaux, nationaux et internationaux, et que les champs culturels : langue, science et bien entendu philosophie, art et religion. Nous n’avions rien connu de tel depuis De Gaulle et Georges Pompidou. Cela ne veut pas dire que ses décisions seront excellentes, mais cela veut dire qu’elles seront puissamment fondées.

Cet Homme d’Etat prend la mesure de la situation historique dans laquelle nous nous trouvons – non une époque de changements, mais un changement d’époque, ainsi qu’aime à dire le pape François.

Que l’arbre, donc, ne nous cache pas la forêt. Le président comprend que la réponse adéquate à la situation exige une nouvelle unité de la culture française, et passe par une nouvelle synthèse humaniste, comme disait le pape Benoît XVI : « Les aspects de la crise et de ses solutions, ainsi qu’un nouveau et possible développement futur, sont toujours plus liés les uns aux autres. Ils s’impliquent réciproquement et ils requièrent des efforts renouvelés de compréhension globale et une nouvelle synthèse humaniste. » [Caritas in Veritate, 2009, n°21] Cela exige notamment de repenser de fond en comble la laïcité. 

Une synthèse humaniste française, cela veut dire d’abord un dialogue en vérité entre le catholicisme et les Lumières dans leur forme la plus synthétique, hégélienne, et dans leur forme la plus profonde, cartésienne. Cette dernière forme est aussi catholique. 

Un « véritable dialogue » n’est pas une discussion pointilleuse entre érudits et spécialistes, c’est un dialogue de Décideurs, qui laissent de côté les « élucubrations mentales » [Gaudete et exsultate, n°46] et voient les choses largement et de façon vivante.

Encore faut-il que le catholicisme français se montre à la hauteur d’un tel dialogue en reprenant ce qu’il possède de plus puissant dans sa tradition de pensée. A quoi pense le président Macron en faisant allusion à la prudence aristotélicienne recommandée par le pape François ? Cela veut dire cesser de chercher à se faire une niche écologique de survie dans la mentalité postmoderne, qui est devenue non-fonctionnelle et tourne au délire. Il s’agit de réinventer pleinement le grand récit et la métaphysique, c’est-à-dire la philosophie et la théologie de l’Histoire, l’ontologie et la théologie naturelle, l’architectonique des savoirs. Notre époque est celle de la mort de « la mort de Dieu ». C’est celle de la fin de « la fin de la métaphysique ».  

Il s’agit aussi de redonner, tous, que nous soyons croyants ou non, dans notre culture commune, une place d’honneur à la Personne du Christ, figure centrale de l’humanisme, car c’est l’humanisme de Dieu. Dieu et liberté. La France n’aura pas d’avenir à moindre prix.

 

A SUIVRE

 

Recension du livre de Rémi Brague sur La religion.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

Ce compte-rendu de lecture est à paraître dans la revue sud-americaine Humanitas numéro 87.

Sur la religion  

 Sur la religion

   

Le dernier livre de Rémi Brague, Sur la religion, se compose de neuf études et d’autant de chapitres. Dans les trois premières, il définit et divise le concept de religion. Dans les six dernières, il traite de questions disputées de nos jours sur ce sujet : religion et raison (ch.4), religion et Droit (ch.5), Eglise et Etat (ch.6), Dieu et l’idée de liberté (ch.7), religion et violence (ch.8), notamment dans les livres sacrés (ch.9).

L’intention de l’auteur est triple : défendre la religion en général, le christianisme en particulier, et critiquer l’islam, en tout cas rappeler à son sujet des éléments souvent passés sous silence. 

En disciple de Husserl, et se recommandant de Socrate, Brague part en chasse de l’essence de la religion (car il tient aux essences, p.9). Allant de l’un au multiple, il divise ensuite l’essence ainsi définie en ses espèces et individualités. Au ch.1, il part du mot « religion » et parvient à distinguer et à clarifier les principaux composants du concept, mais en s’efforçant de rappeler l’essentiel de leurs manifestations historiques. De même, pour reconstruire la pluralité des religions (ch.2-3), il use de logique, mais non sans se confronter aux religions existantes. Son but est de marier la démarche empirique au concept, évitant le récit désorganisé aussi bien que la spéculation hors Histoire.

Brague veut éviter au débat public ou politique d’user d’un concept fourre-tout, appelé « religion », les mettant toutes confusément « dans un même panier » (p.11) à la forme vaguement chrétienne, ce dont résultent déformations, confusions et injustices.

L’A. essaye de faire comprendre aux Occidentaux que toute religion n’est pas une espèce de christianisme, mais que c’est le contraire qui est la vérité. En fait d’autres religions, c’est surtout de l’islam qu’il est question et du judaïsme. Le judaïsme est traité avec beaucoup de sympathie, tandis que le constant parallèle entre le christianisme et l’islam invite sur ce dernier à des conclusions accablantes. Le christianisme fonde l’idée de nature dans sa conception propre de la création, valorise énormément la liberté (dans sa dogmatique) et ne se soucie pas plus que ça de loi et de systèmes juridiques. Ce dernier point est central au contraire dans la religion musulmane, qui par ailleurs n’admet qu’avec réticence l’idée de nature et limite la liberté à ce qu’il faut pour justifier l’imputation des actes humains et leur juste rétribution.  

Brague, armé d'érudition massive et servi par sa connaissance des langues sacrées, force incontestablement à réfléchir. Il pulvérise les simplismes qui réduisent le débat sur « la religion » ou « les religions » à des affrontements caricaturaux, idéologiques et pulsionnels. Faisant taire un instant le bruit de fond médiatique, il veut nous placer en face des choses elles-mêmes, ou plutôt de leurs essences, avec leurs grandes structures souvent méconnues, leurs développements imprévus, leurs faits majeurs têtus et paradoxaux, leurs différences objectives et inattendues, parfois leurs ambigüités. 

Quant aux questions disputées, il est impossible de résumer un livre où pratiquement tout est à la fois savant et intéressant. Brague démontre, par exemple, que la violence a toujours existé dans le genre humain, en même temps que la religion, mais aussi que d’autres éléments, politiques et économiques. On sait la difficulté d’établir en sciences humaines des causalités prouvées entre phénomènes concomitants. Pourtant, les idéologies athées paraissent remporter la palme en termes de massacres pour des idées (p.200-202).

Brague redémontre, avec beaucoup de science, qu’il y a toujours religion. Quand Dieu s’efface, il y a des dieux. Quand des dieux meurent, paraissent de nouveaux dieux (p.53), parfois pervers (p.58). En somme, l’homme ne sort jamais de la religion. Voilà qui est déstabilisant pour une certaine opinion occidentale.

Brague abordant les religions, choisit d’en considérer l’essence, c’est-à-dire la « dogmatique » : l’idée qu’elles se font de l’Absolu ou de Dieu et des rapports de l’Homme à Dieu. Il laisse de côté la façon dont ces religions sont présentement vécues. L’avantage de la méthode est de donner aux mots un sens stable et précis. L’inconvénient est de faire abstraction des différences et changements colossaux pouvant affecter les existences censées être les supports de ces essences. Ce qui est certainement le cas de l’islam et des musulmans.

Brague entend démontrer que l’essence de l’islam est contraire à celle de la liberté et que l’Occident s’égare quand il espère qu’un « islam existentiel », s’écartera de l’essence de l’islam. Son raisonnement (p.225) : « Dans le Coran, Dieu, s’il en est l’auteur, déclare : ‘Vous avez en le prophète un bel exemple (uswa hasana)’ (XXXIII, 21). On identifie ce prophète non nommé à Mahomet. Ses faits et gestes prendront alors la valeur d’un modèle de comportement, et ses déclarations auront force de foi. C’est ce verset qui fonde la recherche et l’utilisation juridique des hadiths. Ce qu’a fait le Prophète ne saurait être mauvais et, s’il n’est pas strictement obligatoire de l’imiter, cela ne saurait en aucun cas être interdit. » Brague se dispense de conclure, tant les conclusions seraient à ses yeux transparentes.

Il y a chez Brague deux inspirations, l’une chrétienne, l’autre libérale – la meilleure version du libéralisme, qu’il partage avec Pierre Manent et Alain Besançon. De là l’origine de son dissentiment avec le Saint-Père, souvent exprimé publiquement, sur la question de l’islam en Europe. François est en effet moins libéral et considère moins la « dogmatique » de l’islam que le vécu de ses adeptes et son contexte économico-migratoire, analogue à celui des Latino-Américains aux Etats-Unis.

Brague a raison de voir un problème majeur dans la place nouvelle de l’islam au sein de la culture occidentale. Sa méthode force à tenir compte d’un ensemble de faits souvent exclus a priori, mais elle risque d’en faire oublier d’autres. La rigueur universitaire parisienne ou munichoise n'est pas en question, mais elle ne fait pas bon ménage avec la finesse politique, ni avec l'esprit apostolique, quand celui-ci prend, de Rome, une vue globale de la planète.

  

 

   

Ecrire dans une nouvelle collection chez Mame. Appel aux auteurs. Pour un nouvel humanisme chrétien

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Écrit par Henri Hude

Ce texte a été publié dans LA NEF n°302, Avril 2018.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient est le premier volume d’une nouvelle collection d’ouvrages, récemment fondée chez l’éditeur Mame et dont la direction m’a été confiée. Son nom : « Humanisme chrétien ». Il s’agit assurément d’une vaste et ambitieuse entreprise, puisqu’elle doit s’attaquer aux principaux problèmes philosophiques. De quelle façon ?


Cette collection se caractérise par son contexte historique : un humanisme s’en va et un autre vient. Celui qui vient est chrétien, d’une manière aussi authentique qu’inédite. Il s’agit de le formuler et de l’accueillir.

L’humanisme postmoderne s’en va déjà. Il a donné une excellente critique de l’humanisme moderne (celui dont Rousseau, Kant, Hegel furent les sommets). Tels les anges parlant aux églises, au chapitre 2 de l’Apocalypse, les penseurs postmodernes interpellent les écoles de l’humanisme moderne. Habermas et Rawls disent : vous vous croyez justes, Rousseau et Marx, vous n’êtes que totalitaires. Freud : vous vous êtes voulus libres, autonomes et en bonne santé, Stuart Mill et Kant, et vous voilà enfermés dans la névrose et la dépression. Heidegger : vous tous vous vous flattiez d’être enfin dans la vérité, mais vous êtes devenus aveugles à tout ce qu’il y a de profond et d’important dans la vie. Husserl : vous ne savez pas même recevoir sans le fausser ce qui se donne à votre conscience. Bergson : aveugles à la vie, étrangers à la durée, vous perdez (ajouterait-il sans doute) par la crise écologique cette nature que vous pensiez posséder.
Ce temps d’humanisme postmoderne finissant est soumis à une idéologie molle, mélange de technocratie et de nihilisme.

L’enjeu de cette collection est la redécouverte et la réinvention de l’humanisme. Contribuer à ouvrir un nouveau cycle de l’humanisme, ce qui précède toute renaissance de la civilisation. Comment réinventer l’humanisme ? En sortant des oppositions entre humanismes. Le grand humanisme moderne des Lumières s’est construit en opposition à l’humanisme chrétien ; l’humanisme postmoderne rejette à la fois l’humanisme moderne et l’humanisme chrétien. Ne peut-on essayer la paix et la synthèse ? Le pape François dirait : la miséricorde…

La miséricorde et la synthèse ne violent pas le principe de non-contradiction. Elles sont un effort pour accompagner l’autre, le frère humain, moderne ou postmoderne, sur le chemin d’une articulation plus poussée de son désir, qui est aussi le nôtre, afin d’en découvrir, au-delà des projections imaginaires, le très véritable objet.

Le titre du premier volume de la collection, La formation des décideurs, permet de la caractériser davantage. L’éducation des responsables est le lieu le plus propice à une redécouverte du critère humaniste, à la constitution d’une nouvelle synthèse humaniste, à la formation du jugement et des vertus, en un mot à la renaissance d’un humanisme authentique et d’avenir.


Cette collection est pratique. L’Université humaniste se reconstruira dans l’avenir autour de la notion du bien commun universel. C’est une excellente méthode de pensée, que de partir de sérieux problèmes pratiques, ceux d’une société, ou d’une personne, ou d’une communauté (qu’il s’agisse d’éducation, d’orientation professionnelle, de santé, de sécurité, de solidarité, etc.) et de remonter aux premiers principes qui permettent de proposer des solutions suffisamment adéquates, au-delà des réponses insuffisantes, technocratiques.

Je lance ici un appel à ceux qui se sentent intéressés à contribuer à cette entreprise vaste et pourtant bien définie (1).

Nous ne travaillons pas dans la stratosphère d’un autre monde. Nous voulons que la sagesse reprenne sa place dans notre Cité. Ce renouveau de l’humanisme conditionne la destinée de notre communauté politique et aussi la vie de l’Église dans nos pays. Le § 15 de La formation des décideurs se formule ainsi : « Méditer sur la raison pour laquelle l’humanisme postmoderne devient inhumain. » Comment sortir victorieusement de l’humanisme inhumain ? En reprenant l’initiative conceptuelle, en aidant la société à découvrir l’idéal neuf qui équivaut à la révélation de son véritable désir.

Henri Hude

Ceux qui voudraient proposer des manuscrits en vue de publication dans la collection « Humanisme chrétien » peuvent les envoyer imprimés à Henri Hude, c/o Mame, 57 rue Gaston Tessier, CS 50061, 75166, Paris Cedex 19.

 

Je rappelle que cette collection vient d’être lancée avec deux ouvrages :

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, Mame, 2018, 230 pages, 19 €. Un nouveau critère humaniste. Une nouvelle synthèse humaniste. Formation du jugement et questionnements sur la guerre et la paix. Une anthropologie organisée autour du concept de l’Homme comme Décideur. 

Habiter notre nature. Écologie et humanisme, Mame, 2018, 246 pages, 20 €. L’autonomie radicale comme racine de la crise écologique. Redécouverte méthodique des concepts de nature, de liberté et d’autonomie. Intégration catholique de la philosophie moderne. Le Christ et l’autonomie intégrale. 

   

Table des matières de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 30 Mars 2018 08:45 Écrit par Henri Hude

Voici la table des matières de mon livre HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018. Elle donne une idée très précise des problèmes traités, des méthodes employées et des solutions proposées.

 

 

 

Introduction. De l’autonomie radicale à la crise écologique et de la déradicalisation de l’autonomie à la solution de la crise

 

§ 1 Objectif : identifier les causes premières de la crise écologique ; imaginer les thérapeutiques appropriées 11

§ 2 Objectif du livre : réformer l’autonomie 13

§ 3 De l’autonomie radicale à la crise écologique – et de l’autonomie de philia à la résolution de la crise 15

§ 4 Situation de la culture et besoin écologique d’une réforme culturelle 17

 

Premières méditations : De l’autonomie radicale à l’humanisme de philia

 

§ 5 Deux questions pragmatiques 21

 

I.1. Quelles sont les conditions fondamentales d’une convergence humaniste entre l’écologie et le progrès ?

 

§ 6 Une problématique pragmatique 22

§ 7 Redécouvrir et méditer la parenté entre écologie et économie 24

§ 8 Écologie : la Terre est la maison de l’Homme et du Logos 26

§ 9 Approfondir l’écologie en scrutant la profondeur du Logos 28

§ 10 Que signifie « authentique » et qu’est-ce qu’une écologie authentique ? 29

§ 11 Être certain que l’Homme n’est pas de trop 30

§ 12 Méditer sur l’histoire de nos sciences de la Nature 33

§ 13 La Nature perdue et retrouvée. La perte de la Nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique 35

§ 14 L’autonomie passionnée est-elle la cause fondamentale de la crise écologique ? En quel sens ? 37

§ 15 Pour repenser la cause de la crise. De l’autonomie passionnée à l’autonomie rationnelle 40

§ 16 De l’autonomie rationnelle au malaise dans la culture 43

§ 17 Par quel raisonnement aboutissons-nous à la notion d’autonomie radicale ? 44

§ 18 Anciens et Modernes. Synthèse ? Pour une nouvelle sagesse de Progrès 45

§ 19 Comment l’hédonisme standard (postmoderne) fomente aussi la guerre contre la Nature. Pour une écologie cohérente avec elle-même 49

§ 20 Besoin de retrouver un authentique amour de la Nature 52

§ 21 Comment l’autonomie radicale empêche toute conception unitive (et donc écologique) de la connaissance 53

§ 22 Comment la théorie de la connaissance, si elle n’est ni réaliste ni humaniste, érode radicalement l’amour de la Nature 56

§ 23 L’Homme de l’humanisme exclusif et de l’autonomie radicale est-il fatalement aliéné de la Nature ? 58

§ 24 La fin de la crise écologique suppose la fin d’un état de guerre entre la liberté d’autonomie et la Nature, et donc une redéfinition de l’autonomie 60

§ 25 Pourquoi la riche culture philosophique post-moderne ne peut déboucher sur un renouveau de civilisation 61

§ 26 Pensées pour prolonger certaines critiques de la civilisation anti-écologique 64

§ 27 Sur la violence postmoderne et comment elle contribue à la crise écologique 66

§ 28 Sans culture humaniste rénovée, la crise écologique détruirait aussi la démocratie 68

§ 29 Perspectives d’avenir 69

§ 30 Impossible retour à la simple hétéronomie 73

 

I.2. La crise écologique peut-elle être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine ? Reprise de la sagesse antique

 

§ 31 Pourquoi poser cette seconde question ? Parce qu’elle conditionne la solution de la crise écologique 74

§ 32 L’autonomie radicalisée, mère de tous les problèmes des temps humanistes. Le principe naturel de solution est l’autonomie de philia 76

§ 33 La « contrariété anthropologique » de l’autonomie. Quel moyen pour la résoudre ? 77

§ 34 Origine politique des concepts de dignité et d’autonomie 79

§ 35 Deux façons d’intérioriser l’autonomie politique et deux formes de relation à la Nature 81

§ 36 Recherche d’une sagesse écologique, combinant le désir humaniste d’autonomie et l’amour puissant de la Nature. Le modèle socratique 82

§ 37 Méditations sur les cyniques, les sceptiques et les épicuriens 85

§ 38 Retour possible à la vie simple ? Sur le réchauffement climatique 88

§ 39 Méditations sur les épicuriens et les sciences 89

§ 40 L’apport des stoïciens. L’autonomie grâce à la Nature et à la loi naturelle 91

§ 41 Quelle idée de « Destin » pour une autonomie écologique ? Réflexion sur les OGM 95

§ 42 Sagesse écologique et liberté dans la prédestination 100

§ 43 Sans concept adéquat de la loi naturelle, il n’y aura pas de révolution écologique 102

§ 44 Sans la loi naturelle, il n’y aura pas de pouvoir écologique 103

§ 45 Autorité, questions métaphysiques et révolution écologique 104

§ 46 Déradicaliser l’autonomie, c’est revisiter à partir de la loi de Nature la question de l’Absolu et de Dieu 107

§ 47 Le questionnement cosmologique conduit à questionner sur la pertinence du combat écologique et sur le sens de l’existence 109

§ 48 Conclusion : la crise écologique peut être surmontée dans le respect de l’exceptionnelle dignité humaine 111

 

I.3. Sans respect de l’exceptionnelle dignité humaine, la crise écologique pourrait-elle être surmontée ? Réforme de la sagesse moderne

 

§ 49 Réorientation de la méditation écologique autour de l’autonomie des Modernes 114

§ 50 Que faut-il garder des Modernes en vue d’un renouveau de la culture humaniste ? 115

§ 51 Comment l’Homme moderne acquiert-il la certitude de sa liberté ? 117

§ 52 Le moralisme moderne cause le malaise dans la civilisation en exagérant le degré de responsabilité de l’Homme 119

§ 53 L’autonomie est quelque chose de plus que la liberté d’autodétermination rationnelle 122

§ 54 Déduction de l’autonomie morale 125

§ 55 Insuffisance de la déduction précédente 127

§ 56 Remplacement de l’autonomie radicale par l’autonomie de philia 128

§ 57 L’autonomie écologique de philia dans l’oikia 130

§ 58 Pour servir à l’analyse de la névrose moderne et postmoderne. Le paradoxe du rapport moderne à la Nature 133

§ 59 L’autonomie rationnelle évite le moralisme et le malaise dans la culture, grâce à son enracinement dans la philia 136

§ 60 À côté du respect des personnes, n’y a-t-il pas place, aussi, pour un respect des choses ? Des plantes, des animaux ? Écologie et philosophie de la philia 138

§ 61 Écologie et humanisme. Méditation sur la hiérarchie des êtres et sur la dignité de l’Homme 140

§ 62 Conclusion des premières méditations 145

 

Secondes méditations : Entre l’autonomie de philia et l’autonomie intégrale

 

§ 63 Point de situation. Trois nouvelles questions pragmatiques 147

 

II.1. Comment résoudre la contrariété de la liberté pratique et de la liberté pathologique ?

 

§ 64 La psychose bipolaire de la conscience morale 148

§ 65 Comment des politiques unilatérales viennent à la rescousse d’éthiques insuffisantes. Cohérences entre éthiques et politiques 150

§ 66 Nécessité de l’amitié pour résoudre la contrariété des deux libertés 153

 

II.2. Faiblesse politique de l’autonomie de philia. L’amour a-t-il un sens comme principe civilisationnel ?

 

§ 67 Insuffisance de l’amitié pour soigner la psychose bipolaire de la conscience morale 154

§ 68 Pourquoi l’écologie requiert une « civilisation d’amour » 155

§ 69 L’écologie requiert une sagesse politique nouvelle, au-delà du machiavélisme 158

§ 70 Pour sauver la Terre, en quels sens nous devons « aimer la Nature » 161

 

II.3. Que peut signifier une autonomie intégrale au-delà même d’une autonomie de philia et d’une sagesse d’amour universel ?

 

§ 71 Pourquoi cette dernière question ? 164

§ 72 Les options de l’Homme et de l’humanisme 165

§ 73 Comment méditer en Décideur sur l’humanisme et l’écologie entre la raison et la foi ? 167

§ 74 Le pape François et l’écologie. Vatican II et l’autonomie intégrale 169

§ 75 Sur la notion d’agapè. L’essence du christianisme ? 170

§ 76 Problématique 174

§ 77 La croyance que l’Homme est à l’image de Dieu. Écologiquement inquiétante, ou rassurante ?175

§ 78 Comment l’idée de Nature est justifiée et fondée en Dieu 178

§ 79 L’idée de Nature unie à celle de personne 179

§ 80 La Trinité divine et l’amour de la Nature. La valeur de la matière 181

§ 81 Religion humaniste, écologie et différence sexuelle 183

§ 82 La critique de l’idée de création est-elle écologique ? 186

§ 83 Réorientation et nouveau pas en avant 189

§ 84 Pensées pour retrouver le sérieux du concept de Nature 190

§ 85 Comment le rapport entre la philia et l’agapè pourrait aider à comprendre le rapport entre la Nature et la grâce 194

§ 86 La Nature comme vocation 195

§ 87 Cette solution peut-elle pourtant satisfaire des exigences humanistes ? 197

§ 88 Méthode appropriée pour concevoir l’autonomie intégrale 199

§ 89 Première étape. Concevoir quelque chose de l’autonomie divine 199

§ 90 Deuxième étape. Voir l’autonomie humaine à l’image de l’autonomie divine 200

§ 91 Troisième étape. L’autonomie humano-divine 202

§ 92 Quatrième étape. Pourquoi recevoir est divin 203

 

Éclaircissements finaux

 

§ 93 L’Homme autonome peut-il obéir à une loi qu’il n’a pas faite ? 205

§ 94 La valeur religieuse de l’autonomie 208

§ 95 Pourquoi l’humanisme est-il souvent en conflit avec la religion ? 210

§ 96 Conclusions 211

 

Notes

 

Habiter notre Nature

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

   

La nature perdue et retrouvée

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 28 Mars 2018 12:09 Écrit par Henri Hude

Je viens de publier ma contribution de philosophe aux Etats-Généraux de la Bioéthique. Il s’agit de mon livre Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme, Mame, 2018. J’en publie ci-dessous un premier extrait.

 

 

 

La perte de la nature comme critère, facteur décisif de la crise écologique

 

La crise écologique se produit quand le langage humain ne renvoie plus aux Idées du Logos, aux essences des êtres, et quand nous ne savons plus méditer ; quand donc la vérité nous semble un mot vide, ou scandaleux, ou une façon de dire notre brutalisation des choses ; quand, enfin, nous avons perdu la « nature » ; quand ce dernier mot ne signifie rien d’autre que l’ensemble des objets perçus entre les œillères d’une volonté de puissance fixée sur son accroissement indéfini ; quand il n’a plus aucun rapport avec la sagesse.

 

Quel est l’Homme qui cause sa propre crise écologique ? L’Homme libre sans le Bien ? L’Homme radicalement autonome sans philia ?

 

Sans doute, mais ces Hommes-là se concrétisent pour ainsi dire dans l’Homme savant et technicien quand il est privé de la sagesse de la nature.

Cet Homme croit savoir ce qu’est un objet technique, mais il ne sait plus ce que c’est qu’une chose naturelle. Sur la chose naturelle qu’il perçoit, il plaque le schéma technicien qu’il a construit. Il ne peut plus « voir la nature nue », comme disait Husserl. Il la voit vêtue en bleu de travail. Pourtant, « nature » n’est pas un concept dépassé ou irrationnel, au contraire. Toute nature se définit par une constitution et des lois, et inversement toute loi est la loi d’une nature. Or nous sommes certains désormais, au-delà de tout doute raisonnable, qu’il y a des lois dans le monde. Et, donc, qu’il y a des natures. La crise écologique, ce n’est pas d’abord une question de déchets, ou de réchauffement, ou de destruction d’espèces ; c’est une question d’obturation du logos humain à la nature. L’Homme détruit la Nature parce qu’il ne la voit plus ni comme être, ni comme nature.

 

Il ne sait plus non plus être naturel parce qu’il ne voit plus sa propre nature.

L’Homme trop exclusivement technicien n’a guère plus idée de sa nature humaine. Pourtant, l’Homme a une « nature » : corporelle, vivante, sociale, raisonnable, culturelle, métaphysicienne, spirituelle. [Chacun de ces domaines a en effet ses lois.]

 

Une « nature humaine », comme on dit. La redécouverte de ce « paradigme

Perdu » [Edgar Morin, Le paradigme perdu : la nature humaine, Gallimard, 1979, p.25-30] est la première condition nécessaire à toute solution suffisante de la crise écologique.

 

Devenir capable de voir et de concevoir à nouveau la nature, et surtout cette « nature humaine », enrichit en nous l’idée de « la Nature » [le cosmos, avec la Terre et les vivants]. Celle-ci n’est pas étrangère à l’Homme, puisqu’elle inclut réellement l’Homme. Les sciences de la Nature devront en tenir compte davantage, dans l’avenir, et seront ainsi plus scientifiques. Les sciences de l’Homme sont et seront celles de cette « nature humaine » définie par toutes ces lois, dont la première est la loi morale universelle de philia. Cette loi morale est aussi sa loi naturelle, et aussi sa première loi politique [H.H., Préparer l’avenir, Economica, 2012, p.90-94]. Nous avons encore beaucoup à apprendre et beaucoup à approfondir dans notre science et dans notre action.

 

Extrait de HABITER NOTRE NATURE. ECOLOGIE ET HUMANISME, Mame, 2018 ; §13, pp. 35-37. 

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

 

 

 https://www.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=habiter+notre+nature+&sft=1&sa=0

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 31 à 40.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Vendredi, 23 Mars 2018 08:49 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018). 

 

 Pensée 31 : Le « relativisme des valeurs » n’est que l’expression d’un échec, celui de l’acquisition : soit que l’un ne sache pas bien donner, soit que l’autre ne sache ni recevoir de bon cœur, ni acquérir avec grâce. Quand la transmission échoue (c’est-à-dire quand réussit la transmission nihiliste), chacun est enfermé dans son néant à soi, le bien commun de ceux qui n’ont plus ni communauté, ni bien.

 

 

Pensée 32 : Le prosélytisme nihiliste consiste à vitupérer contre ceux qui transmettent l’être.

 

 

Pensée 33 : Tous sont censés être différents et avoir droit à leur différence, mais en fait tous sont forcés de penser la même chose, c’est-à-dire le néant. La liberté sans valeur et contre-valeur devient unique valeur. L’indifférence mondialisée en assure la transmission universelle, l’imposition universelle. Cette indifférence hypocritement prosélytiste ne tolère plus rien d’autre. C’est là ce que, par abus de langage, on appelle la tolérance. 

 

 

Pensée 34 : Un sens de la vie ne peut pas se transmettre, ou se transmet par l’hypocrisie, s’il ne reconnaît pas la valeur de la valeur, celle de la transmission et celle de la vie.

 

 

Pensée 35 : La valeur sagement questionnée se trouve pour ainsi dire soupesée et évaluée, rapportée à une norme. Il y a ainsi une Valeur de la valeur. Le Bien permet de juger les biens. Cette Valeur n’est pas elle-même normée, elle est absolue et on la dégage par récurrence en poussant à fond le questionnement. Le Bien est la seule cause possible de l’Idée du Bien.

 

 

Pensée 36 : Le plus grand bien, c’est l’Homme en liberté vers le Bien.

 

 

Pensée 37 : On parle de « création des valeurs », comme si elles n’existaient pas avant cette création (par nous). Si c’était vrai, il faudrait au moins que la création soit une valeur ; cette valeur de création précèderait et rendrait possible toute création de valeur ; mais nous ne créons pas notre pouvoir de créer, ni sa valeur ; de plus, ce pouvoir serait la seule vraie valeur. Donc nous ne créons pas les valeurs.

 

 

Pensée 38 : Nous évaluons. L’évaluation manifeste que les valeurs, qui se synthétisent dans l’amitié, se subordonnent à trois grands critères absolus, qui sont des Valeurs avec majuscule. Le Bien et le Vrai sont conditions de possibilité du jugement qui spécifie ce qui est à faire, mais la Justice est la valeur de l’exécution.

 

 

 

Pensée 39 : La valeur de liberté est d’abord celle de la pulsion profonde vers le Bien. La liberté la plus profonde est celle de l’être vers le Bien. La volonté, dit Aristote, c’est « le désir auquel s’ajoute la réflexion ». La liberté ici vient en plus du questionnement et de la certitude rationnelle. Dans la transmission, la valeur de liberté est enracinée dans celle de la raison et de la Vérité.

 

 

Pensée 40 : La vertu, qui permet de tenir son bon choix, est l’effectivité de la liberté.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 11 à 20.

Pensées 21 à 30

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient. 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

  https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme. 

Habiter notre Nature. Ecologie et Humanisme.

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 21 à 30.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Jeudi, 22 Mars 2018 13:14 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 21 : Comment transmettre ? D’abord en ayant bien reçu et en recevant bien. On n’a jamais fini de recevoir. Goethe a écrit : « Ce que tu as reçu, acquiers-le afin de le posséder. » On ne donne que ce qu’on possède et ce qu’on reçoit, il reste à l’acquérir. L’acquérir, c’est le réfléchir, le méditer, laisser la conviction s’épanouir en sentiment et le sentiment s’authentifier en action et engagement. Et c’est alors que la valeur est « possédée ». A moins que ce ne soit elle qui nous possède. Nous nous dépensons pour elle. Etant possédée, possédant, elle peut être donnée.

 

 

 

Pensée 22 : Donner ce qu’on a reçu et acquis ainsi, c’est aider la personne à qui on le donne à l’acquérir elle-même ainsi. Car il ne suffit pas que nous le lui donnions, pour qu’aussitôt elle le possède. Veiller à ce qu’en voulant trop transmettre, on n’impose la valeur d’une façon si peu libre qu’un empêchement serait mis à son acquisition.

 

 

Pensée 23 : Acquérir une valeur, c’est comprendre les vrais motifs d’y adhérer avec conviction et persuasion et motivation. C’est juger qu’il convient d’y adhérer et qu’il le faut, parce que c’est vrai, parce que c’est bien, parce que c’est juste. Cette adhésion, pour être complète, doit se faire de façon intelligente, volontaire et vitale, affective aussi et pratique. 

 

 

Pensée 24 : La « crise des valeurs » est, très souvent, l’échec de l’acquisition de la valeur. Le questionnement acquisitif normal à son sujet a dérapé. Un récepteur raisonnable pose la question et trouve en grande partie la réponse dans la question (La formation des Décideurs, p.21-22). Le récepteur déraisonnable « doute » du transmetteur et de ce qu’on lui transmet sans pouvoir accéder à la confiance.

 

 

Pensée 25 : Dans l’insistance exagérée du transmetteur, ou dans l’inauthenticité apparente de son témoignage, beaucoup trouvent motif, ou prétexte, à ne pas recevoir.

 

 

Pensée 26 : Dans un prétendu respect de la liberté, beaucoup trouvent prétexte pour justifier leur peur de transmettre et leur indifférence. « C’est sa liberté » signifie : « Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Qu’il se débrouille. »

 

 

Pensée 27 : En vérité, chacun a droit à son héritage. Il n’y a donc pas de liberté, pas d’autodétermination réfléchie, sans principes pratiques reçus. Ceux-ci doivent être reçus, puis acquis. Mais pas d’acquisition, d’adaptation ou de critique sans réception préalable et donc sans don. Comment pourrions-nous tout créer par nous-mêmes ?

 

 

Pensée 28 : Si nous ne bénéficions pas de la transmission, seuls les surhommes pourraient être libres, ou plutôt s’imaginer l’être. Que serions-nous, nous, pauvres humains trop humains ? Leurs esclaves.

 

 

Pensée 29 : Le doute et le soupçon sur les valeurs ne sont que des réductions (vouées à l’échec) du questionnement, qui seul permet de les acquérir après les avoir reçues. Ils sont aussi des révoltes contre une façon de transmettre qui asservit le récepteur et en définitive le prive de son « initiative d’acquisition ». Car dans la tradition il y a une action et impression du donneur sur le récepteur, mais l’acquisition se fait par une expression et réaction du récepteur.

 

 

Pensée 30 : L’hypocrisie ordinaire, l’illusion ordinaire, c’est prétendre que ne pas transmettre serait autre chose que transmettre. Car soi-disant « ne pas transmettre », c’est transmettre le nihilisme et la liberté nihiliste de l’individu arbitraire, l’injustice et la guerre, la psychose et la dépression.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 11 à 20.

Pensées 31 à 40.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient. 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie  et humanisme.

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 11 à 20.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mercredi, 21 Mars 2018 13:44 Écrit par Henri Hude

Voici un second groupe de pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 11 : Ce qu’on appelle « hiérarchie des valeurs », les Anciens le faisaient dépendre de la hiérarchie des degrés d’être et de l’ordre de la finalité de l’être sous le Bien.  Je pense qu’ils avaient raison, mais que c’est difficile à comprendre aujourd’hui ! Ces vérités ne se donnent qu’à ceux qui veulent bien les méditer longtemps.

 

 

Pensée 12 : La vie ne va pas sans le don de la vie. Le don de la vie ne va pas sans le don de la découverte du sens de la vie, qui est le Bien. La vie, qui a pour essence de se transmettre, est une valeur parce qu’elle conditionne l’existence dans notre vie des autres valeurs (Pensée 6), mais aussi parce qu’elle est en elle-même un symbole ou une parabole du don de la vraie vie, la vie dans le Bien.

 

 

Pensée 13 : Parlons maintenant de la transmission des valeurs. Elle est un don, pas une imposition brutale, pas une pression angoissée. Elle relève donc de la philia. La valeur qui enveloppe les autres, c’est la philia en acte, définie par le double don, le don mutuel. Le don de la valeur ne va pas sans la valeur du don, ni sans celle du don de la valeur du don.

 

 

Pensée 14 : L’imagination naturellement nous fait nous représenter une « valeur » de façon matérielle, comme un témoin qu’un coureur passe au suivant, ou comme un drapeau, qu’un chef de corps remet entre les mains son successeur. Pourtant, même si la valeur a besoin de symboles, elle n’est pas une chose qu’on accroche à un mât, ou qui se laisse ranger sur une étagère sans être vécue (pas plus qu’un livre d’ailleurs, qui n’est là que pour avoir été lu, et un jour relu). Si donc il nous faut une image, mieux vaut prendre celle de la lumière d’une flamme qui s’allume à une autre flamme. La transmission,  c’est une conviction vécue et un désir, un amour, une pratique, qui s’allument au témoignage d’une conviction vécue, d’un désir et d’un amour mis en pratique.

 

 

Pensée 15 : En règle générale, est transmissible ce dont l’Homme est convaincu, qu’il aime vraiment et qu’il vit avec pleine cohérence. Pourtant, parfois les valeurs sont transmises, bien que l’exemple donné soit déficient. Inversement, l’exemple parfois est authentique, noble, émouvant, mais la transmission n’a pas lieu ; elle se heurte à un refus. On ne saurait dire si ce sont là plutôt des exceptions, ou non.

 

 

Pensée 16 : On dirait que les valeurs élevées sont rejetées, ou en tout cas sont plus difficiles à transmettre et moins volontiers transmises, dès que la vie devient plus facile. Les valeurs alors sont vues comme de simples opinions, répétées sans conviction, affirmées sans amour, faisant surtout partie de la cohésion sociale, ou de la discipline sociale, et qu’il faut professer par habitude, par discipline ou par esprit de conservation, mais sans y réfléchir et sans vraiment les mettre en pratique.

 

 

 

Pensée 17 : Nous le savons : la transmission des valeurs est elle-même une valeur. Pas seulement parce que sans transmission les valeurs disparaîtraient, mais parce que recevoir et donner sont des valeurs, et que le don qui a le plus de valeur, c’est le don de ce qui donne sens à la vie.

 

 

Pensée 18 : Transmettre est simplement donner les valeurs qu’on a soi-même reçues. C’est la forme que prend concrètement l’amitié pour une personne sociale qui s’inscrit dans l’histoire et dans la vie. Bien sûr, certains peuvent inventer, mais la musique en acte ne consiste pas en notes sur des portées. Même si la partition reste la même, et n’est pas de nous, chacun doit inventer son interprétation.

 

 

Pensée 19 : La valeur n’est transmissible que si elle est vécue. Mais inversement, elle n’est vécue que si elle est transmise. La transmettre implique de la vivre. La vivre peut impliquer un sacrifice. La transmettre est donc un don qui implique un sacrifice de soi. Ce sacrifice le meilleur moyen de transmettre la valeur. Car l’enfant et l’adolescent ont besoin de savoir qu’au besoin, nous mourrions pour eux (Pensée 7).

 

 

 

Pensée 20 : Tout donner pour la valeur, c’est donner sa vie pour elle. Le don de sa propre vie est la valeur suprême, comme forme suprême du don.

 

Pensées 1 à 10.

Pensées 21 à 30.

Pensées 31 à 40.

 

La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient  

 La formation des décideurs .Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

   

Quarante pensées sur les valeurs et leur transmission. Pensées 1 à 10.

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Mise à jour le Mardi, 20 Mars 2018 11:19 Écrit par Henri Hude

Voici des pensées sur les valeurs et leur transmission, au moment où je publie deux livres, le premier intitulé La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient, et le second Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme (Mame, 2018).

 

 Pensée 1 : Quand j’étais étudiant, au sujet des valeurs, on m’apprit à distinguer radicalement valeur et prix. Les personnes sont des sujets, elles sont une valeur, me dit-on ; les choses sont des objets, ils ont un prix. Kant dixit. Je compris plus tard que cette approche moraliste et moralisante n’était pas satisfaisante.

 

 

Pensée 2 : En vérité, chaque bien quel qu’il soit, possède une bonté qui peut faire l’objet d’une appréciation – mot dans lequel il y a prix, et synonyme d’évaluation – mot dans lequel il y a valeur. Nous pouvons comparer la bonté d’un bien à celle des autres, peut-être pas mesurer exactement, mais certainement classer par ordre de préférence, en général ou dans chaque situation. Est donc appelé valeur tout ce que l’Homme, hors de lui-même ou en lui-même, et y compris lui-même tout entier, reconnaît comme un bien et à quoi il attache une valeur, qu’il compare, mesure, évalue, apprécie.

 

 

 

Pensée 3 : Il est vrai que le mot « prix » ne désigne que le prix, et que ce prix en lui-même n’a pas de valeur. En cela, le mot « valeur » est différent : il désigne à la fois le bien et son prix, ou encore le bien portant avec lui sa mesure de bonté, mesurée, appréciée, évaluée. Le concept de valeur embrasse donc à la fois une bonne et belle chose (une valeur), et aussi le  prix qu’on est disposé à donner pour elle, qui est la valeur de ce bien (sa valeur). Nous parlons ainsi de valeur quand nous pensons en même temps à la bonté d’un bien et à la mesure de celui-ci. Lui reconnaître une valeur, c’est être disposé à sacrifier quelque chose, et parfois beaucoup, pour l’obtenir, « à tout prix ».

 

 

Pensée 4 : Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas de différence entre une valeur et un prix ? L’étymologie nous suggère qu’il existe une telle différence, car « prix » appartient au registre des choses du commerce, « valeur » à celui de la santé, du courage et des vertus. Ce que l’étymologie suggère, la réflexion nous le confirme.

 

 

 

Pensée 5 : Un prix, par définition, semble être une grandeur finie, limitée. Au contraire, nous parlons de valeur quand le prix peut ou doit monter jusqu’à l’infini. C’est parce qu’il y a des valeurs en jeu que les prix, sur certains marchés, ou en certaines circonstances, peuvent monter indéfiniment : par exemple, certaines œuvres immortelles sur le marché de l’art, ou le pain sur le marché noir des denrées en temps de famine. Car ici sont en jeu, respectivement, la beauté et la vie.

 

 

 

Pensée 6 : La vie est une valeur, sans doute parce qu’elle fournit le cadre où nous pouvons découvrir les autres valeurs et en vivre. Elle participe sans doute aussi à la valeur de l’être même. Mais la vie n’est pas la valeur suprême, puisqu’on peut sacrifier sa vie pour quelque chose d’autre, et qui vaut donc plus qu’elle.

 

 

Pensée 7 : Un grand médecin spécialiste américain de la dépression, Philip Gold, me disait un jour qu’un enfant, pour la solidité de son équilibre psychique, avait besoin de savoir que quelqu’un l’aimait inconditionnellement et au point, s’il le fallait, de mourir pour lui. L’amour va jusque-là, si c’est vraiment l’amour.

 

 

 

Pensée 8 : Les hautes valeurs sont constitutives de l’amitié, de la philia, qui est la valeur matricielle, la définition même du bien. L’essence de la philia est universelle et se laisse exposer, mais elle ne se concrétise que dans sa double relation à l’éros et à l’agapè.

 

 

 

Pensée 9 : Aristote disait : « Il n’y a pas de différence entre un véritable ami et un parfait homme de bien. » Un véritable ami donne de bons conseils, rend généreusement service et de façon désintéressée, ne commet aucune injustice envers son ami, l’estime et le respecte, le défend avec courage. Le système des valeurs morales est inclus dans la logique de l’amitié.  

 

 

Pensée 10 : Les Valeurs, ce sont le Bien lui-même, valeur suprême ; puis l’Homme qui, Décideur, est relié au Bien – l’Homme avec sa nature et sa personne ; ensuite, la philia qui est la loi première de la nature humaine réfléchie ; enfin, tout ce qui existe ou peut exister sous cette loi ou en cohérence avec elle.

 

Pensées 11 à 20.

Pensées 21 à 30.

Pensées 31 à 40.


 La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 La formation des décideurs. Méditations sur un humanisme qui vient.

 https://www.laprocure.com/formation-decideurs/9782728924462.html

 

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme  

Habiter notre Nature. Ecologie et humanisme. 

 https://www.laprocure.com/habiter-nature-ecologie-humanisme-henri-hude/9782728924530.html

 

 

 

   

Page 1 de 40

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement