Lettres du monde des valeurs, n° 2

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Demain, je parlerai sur la Tunisie, mais ce soir je continue avec une seconde "Lettre du Monde des Valeurs". Ces Lettres sont faites pour être discutées en petits groupes: en famille, en cercles d'études... C'est pour cela que le texte est découpé en paragraphes assez brefs, de façon à mieux isoler les points d'argumentation.

 

 

 

Valeur et force   

 

 

Du premier sens du mot « valeur », qui est celui de « santé » (voir la 1ère Lettre du Monde des Valeurs), nous passons logiquement à ses seconds sens, ceux de « force » ou de « bravoure ». 

 

Un malade se sent faible et impuissant. Guérir, c’est reprendre des forces et retourner au travail. La force est une valeur.  

 

Ne spiritualisons pas trop vite la valeur, notre « spiritualisme » serait illusoire et trop évanescent. C’est bien de « force » qu’il s’agit d’abord, de force au sens physique et cosmique, c'est-à-dire de déploiement à chaque instant d’une énergie, d’une capacité à produire un travail, à déplacer des masses, vaincre des résistances, modifier des positions, accélérer des mouvements, changer l’état de choses dans le monde. Valere, « valoir », c’est être en bonne santé, c’est donc avoir du pouvoir et être en état de remplir toutes nos fonctions.  

 

 

Ce qui est sans force est-il sans valeur ? Question délicate, si nous restons dans l'équivoque. Il s'agit de bien s'entendre. Nous parlons de l'homme, qui peut être compris comme corps ou comme intellect, comme individu ou société. Le plus fort ne l'est pas toujours à tous points de vue. Ceux qu’on dit « faibles » peuvent être plus forts que les « forts », et avoir de la valeur, et même plus que les autres, à cause d’énergies spirituelles bien réelles, mais moins immédiatement détectables.

 

Ce prisonnier qui tourne en rond dans sa cellule en sortira pour devenir chef d’Etat.

 

Cet esclave habile et travailleur finira par dominer ce maître oisif et jouisseur (Hegel).

 

Les légions des Romains sont tenues en échec sous les murs de Syracuse, parce qu’un vieil ingénieur, nommé Archimède, qu’un coup de poing abattrait, possède l’art de construire des machines. Elles multiplient à l’infini la puissance et l’ardeur des défenseurs.

 

Ce mourant qui prie touche le cœur de Dieu, Dieu remue le cœur des chefs, les chefs mobilisent l’énergie des empires. Ce mourant est le roi du monde.    

 

 

Valeur, prudence et habileté   

 

 

La force n’est pas d’abord la « force brute », qui est toujours très faible. Entre deux combattants à mains nues, le « petit chat maigre » qui sait l’art du combat ne laisse aucune chance à l’« énorme brute » qui ne le sait pas.   

 

Qui sait persuader a moins besoin de combattre. Le plus fort, c’est toujours le plus intelligent, le mieux organisé, le plus uni, le plus décidé, le plus éloquent, convaincant et persuasif. C’est celui qui a le plus de force d’esprit pour imaginer une action adaptée aux situations réelles adéquatement comprises et analysées.   

 

 

Valeur et justice  

 

 

Bien sûr, le fourbe, le rusé lui aussi est intelligent. Il déploie le plus souvent son habileté au service de l’injustice. Mais collectivement, son injustice est toujours une faiblesse, car le groupe qu’il domine et qu’il utilise avec astuce ne fait pas corps avec lui, ni autour de lui. Ce groupe tient plus par violence que par cohésion spontanée. Ou alors, il se solidarise avec l'injustice du chef et il devient un groupe prédateur des autres groupes, un fléau pour les autres, dominés par violence et qui n'aspireront qu'à le rejeter.

 

C’est pour cela que la justice est une force et que la vraie prudence, la véritable habileté dans l’action, est juste. C’est aussi pour cela que les sociétés libres et justes, si elles sont bien gouvernées, sont plus fortes que les autres. Le machiavélisme est à courte vue.

 

Le tricheur se croit plus intelligent que les autres. Il se fait illusion. Ce tricheur est toujours le parasite d’une société qui, globalement, ne triche pas. Si tout le monde trichait, le casino fermerait, le jeu s’arrêterait, la société exploserait.  

 

Une société libre et sensée punit le tricheur. Elle lui fait payer sa tricherie. Elle a la force de punir et elle s’en sert. Sans le courage de punir, l’impunité se développe, il n’y a plus de loi, ou plutôt c’est la « loi du plus fort ».

 

La "loi du plus fort", c'est la domination de l’injuste habile parasitant un groupe d'honnêtes gens, dirigés par des impuissants.  

 

 

 

Valeur et vertu  

 

 

 

La force humaine, vue concrètement, est une force physique servant de matériau approprié à une force intellectuelle et morale. Cette force spécifiquement humaine, la tradition philosophique l'appelle "vertu".

 

La valeur, c’est la force, si l'on précise: la force humaine. Donc la valeur, c’est la vertu. La vertu, c’est la force intellectuelle et morale assumant la force physique, ou à défaut son absence.     

 

 

 

 

Vertu et courage   

 

 

L'article de Wiki (voir Lettre n° 1) rapproche avec raison les notions de « force » et de « bravoure » (qui, sur le fond de la « santé », forment le second sens du mot de « valeur »). Par leur proximité, ces notions de "force" (plutôt physique) et de "bravoure" (plutôt morale) présentent à nos yeux d’emblée le mystérieux phénomène de la nature humaine, à la fois physique et morale.  

 

Le courage suit toujours, en partie, de la conscience de notre propre force physique et intellectuelle, donc technique, et aussi, en partie, de la confiance en notre propre « valeur » morale. Cette « valeur morale » est ce qu’il faut ajouter à la force intellectuelle et physique pour avoir une véritable valeur humaine, pour former une véritable « personne de valeur ».   

 

Un tankiste aura du mal à être brave, s’il sait que le blindage de son char n’est qu’une passoire. S’il sait qu’il monte un bon matériel, et qu’il a toutes ses chances dans le combat, il a raison d’espérer. Il peut alors se montrer brave, hardi, audacieux. 

 

Mais le courage n’est pas l’apanage du seul possible vainqueur. La mission est parfois de se sacrifier, pour sauver le gros de l’armée, ou tout simplement de résister jusqu'à l'effusion du verser son sang en résistant, juste pour qu’il soit clair et prouvé qu’il y a eu violence et qu'une nation n’a pas consenti aux desseins de son agresseur. En ce cas, le succès de la mission fait corps avec une défaite tactique acceptée d’avance, mais qui atteint un objectif politique essentiel. Encore faut-il même là disposer d’une certaine quantité de force physique. Mais il faut surtout de la grandeur d’âme (de la "magnanimité", de magna - grande et anima - âme).

 

Aristote écrit que le "magnanime" aime la vie, et sa propre vie, parce qu’elle est bonne, mais qu'il accepte de la risquer s'il en a le devoir, sans s'y attacher inconditionnellement, car il pense  que la vie ne vaudrait pas grand chose, s’il n’y avait rien au dessus d’elle, qui vaille la peine qu'on y renonce.

 

Les raisons de vivre, disait dans le même esprit Jean de Lattre, sont identiquement celles de mourir, pour ce qui donne sens à la vie. Ce qui donne sens, ce sont les valeurs. Je veux dire qu'on appelle "valeurs" le "quelque chose" qui fait que la vie a tellement de sens que ça vaut la peine d'y renoncer, s'il le faut.

 

Mais s'il en est ainsi, cela semble vouloir dire aussi que la vie a du sens et de la valeur par sa relation à ce qui en fait le sens supérieur, et qui est source de devoir. De sorte qu'il ne paraît pas permis d'y renoncer, sauf par devoir, si le bien commun, ou le bien supérieur, en exigent le sacrifice. Ce serait une désertion, un témoignage de désespoir et de non sens, donné à nos enfants et à nos semblables.

 

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