Faire de la philo en famille. Lettres du monde des valeurs (1)

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A partir des valeurs. De nouveaux thèmes pour ce blog

 

Ayant réglé depuis mon retour des Etats-Unis plusieurs affaires en souffrance, je me remets à tenir ce blog en cette année nouvelle, 2011, que je souhaite excellente à tous ceux qui tomberont sur ces lignes. Le thème que je propose est celui des valeurs. La forme que je m’impose, ou que je m’autorise, est celle d’exercices et de variations sur ce thème. Ces pensées sans prétention seront peut-être l’occasion d’un travail scientifique sur le sujet. Peut-être aussi d’un dialogue.

 

Il nous aide, ou nous prépare, à répondre à beaucoup de questions telles que : où en sont les valeurs ? Où va le monde ? Ou encore, qu’est-ce que la France ? Vous verrez. Le mieux est de commencer.

 

Eloge de Wikipedia

 

Supposons que le professeur de philo de votre enfant donne à sa classe un sujet de dissertation sur les valeurs. L’hypothèse n’est pas absurde. Seulement, les sujets choisis différeront sans doute de ceux que vous auriez imaginés vous-mêmes.

 

Dans une telle situation, que font les jeunes de terminale ? Ils se ruent sur Internet, Google, Wikipedia, article « Valeurs ». Que faire ? Ne pas grogner. L’article sur les valeurs, très simple, n’est pas si mal. Donc, les suivre. Je citerai ce bref article en ajoutant quelques commentaires.

 

Valeur et santé

 

« À l’origine, nous dit l’article, la "valeur" renvoie à l’idée de bravoure, de courage physique (en latin, valere : fort, vigoureux). Ainsi Corneille fait dire au Cid : ‘La valeur n’attend pas le nombre des années’. »  Une citation plus complète des vers de Corneille donne ceci : « Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien-nées, / La valeur n’attend pas le nombre des années. »  L’étymologie latine est bien celle qui est dite. Toutefois, sans être grand latiniste, il faut apporter une correction. « Valere » signifie d’abord « être en bonne santé ». La valeur, étymologiquement du moins, a d’abord à voir avec la santé. La formule de politesse la plus fréquente en latin, qui vient d’ailleurs au début et non à la fin des lettres, dans la correspondance des Romains, c’est l’abrégé « SVBEEAV ». Traduction : « Si tu te portes bien, c’est bien ; quant à moi, je me porte bien » (« Si vales bene est ; ego autem valeo »). Entre « se porter bien » et « se comporter bien », y aurait-il donc plus qu’un jeu de mots ? Mais je continue à commenter Wiki. Ce n’est que secondairement qu’on passe de l’idée de santé à celle de force. Un malade se sent sans force, d’où le terme médical, d’origine grecque, d’a-sthénie.  

 

Cette observation  est importante. Dans la valeur, il y a la vie. La santé, c’est la vie qui va droit son chemin. La santé, c’est comme une norme de la vie, mais intérieure à la vie. S’écarter de cette norme, c’est tomber dans le pathologique, qui du reste a aussi sa logique et ses normes, mais à un niveau dégradé.   

 

Ethique et médecine   

 

La santé, c’est comme la valeur du corps vivant. L’éthique, comme savoir de la valeur, n’est pas autant qu’on le croit une affaire de convention ou d’arbitraire, mais elle ressemble à la médecine. La santé n’est pas arbitraire. La valeur ne l’est pas non plus.  Inversement, si vous supposez accrue la « valeur » ainsi définie, la santé publique est améliorée du même coup dans des proportions étonnantes. Posez par hypothèse un peu plus de sagesse, pour relativiser ce qui mériterait de l’être, et ne pas se soucier de ce qui est sans importance, ou des discours qui ne méritent pas d’avoir de l’autorité sur nos pensées, posez aussi les quelques vertus qui concrétisent cette sagesse, incarnez cela dans une sagesse collective, et aussitôt c’est la fin ou l’énorme diminution des dépressions, du stress, des suicides et de toutes leurs suites. C’est aussi la réduction de l’alcoolisme, du tabagisme et des autres addictions. C’est la réduction des maladies imaginaires, ou nosophobies, et autres névroses légères, à base d’anxiété, d’angoisse ou de culpabilité.   

 

Ajoutez un sou de prudence et deux sous d’honnêteté, c’est la fin de la plupart des accidents.  

 

Un rien de justice et c’est la fin des conflits, notamment des guerres publiques ou privées, extérieures ou intérieures.  Un rien de tempérance et vous réduisez du même coup les maladies d’origine alimentaire ou vénérienne. Dans ces conditions, nous ne mourrons plus guère que de vieillesse ou de tremblement de terre. 

 

La médecine, à au moins 50%, traite les dommages collatéraux de nos divers manque d’éthique – ou de valeur. Un peu plus de valeur ferait aussi un peu plus d’enfants, ce qui permettrait de vieillir sans se poser trop de désespérantes questions.  Le trou de la Sécu, serait-ce un problème d’éthique ? La santé serait-elle un problème de valeur ? La santé ne serait-elle pas même, dans une certaine mesure, une « dimension » de la valeur ?  Mais alors comment prétendre que la « valeur » relèverait de l’arbitraire, de la convention, des décisions injustifiables ? La santé, est-ce une affaire d’arbitraire, de convention, de subjectivisme ? Un pseudo problème ? Est-ce une « abstraction », comme dit notre vocabulaire matérialiste ? Assurément pas. Si donc la santé, qui est une donnée réelle, se fonde dans la valeur, et diminue sans cette dernière, comment la valeur ne sera-t-elle pas, elle aussi, une donnée réelle et aussi réelle que la santé ?  

 

La valeur et la personne  

 

Admettons ce qui précède. Peut-on dire alors que la valeur, c’est comme la santé de l’homme entier ? Appelons, si vous le voulez, personne un être humain entier. La valeur, ce serait alors comme la santé de la personne. Une approximation de cela serait la célèbre formule latine : « mens sana in corpore sano », « un esprit sain dans un corps sain ».  Mais alors, la valeur, c’est comme la santé de l’homme vivant. Je ne dis pas seulement : de l’âme vivante, car l’homme est aussi un corps vivant. Mais, un homme vraiment vivant n’est pas seulement un animal en bonne santé. La santé ne se détache pas de l’animal sain. Pas davantage la valeur ne se détache-t-elle de la personne saine.  On peut l’en détacher par abstraction. Abstraire n’est pas mentir, c’est détacher, ou décomposer mentalement ce qui, en soi, reste uni et composé, lié, concret. La valeur est donc une perfection de la personne, comme la santé, quand cette personne vit vraiment. C’est la vie saine de la personne.  

 

Maintenant, qu’est-ce que la réalité de cette valeur ? La valeur sans la personne est seulement une abstraction. Et si une personne est dite « de valeur », ce qui existe vraiment, ce n’est ni la valeur sans la personne, ni la personne sans sa valeur, mais c’est la personne de valeur, c’est elle qui vit vraiment, qui est et qui existe.  La valeur, c’est la vraie vie de la personne. La personne a valeur, déjà, parce qu’elle a pour norme intime, immanente, (ou pour « santé totale ») de vivre avec valeur, et parce qu’elle vit réellement selon cette norme intime.   

 

Commentaires 

 
0 # Jilali 2011-01-27 05:52 Si je vous comprends bien, l'on ne peut pas concevoir la valeur, en tant que norme, qu'immanente à la personne humaine. Dans ce cas, la valeur ne cesserait-elle pas de relever de l'ordre du devoir-être? Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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