L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (1)

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 J’ai récemment publié un texte dans Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011. Cet article a pour objet de considérer l’OTAN d’un point de vue philosophico-politique. Il s’agit de « sortir la tête du guidon » et de situer l’OTAN dans une vue philosophique de l’ordre mondial et de l’histoire, pour méditer sur la fonction et l’avenir de cette organisation. Je n’ai aucune prétention à être un spécialiste de cette institution. La connaissance sérieuse que peut en avoir un citoyen actif et cultivé suffit à notre propos. Je remercie Olivier Kempf de m’avoir beaucoup instruit sur le sujet  

 

Résumé L’OTAN est le bras armé de l’empire libéral. L’affaiblissement de la crédibilité des Etats-Unis et les contradictions de leur politique libérale globale classique requièrent, pour l’exercice de la fonction d’empire libéral, l’émergence d’un nouveau partenaire global, qui ne peut être pour l’heure que l’Europe. L’Europe sera d’abord une communauté de défense, une alliance ou restera un néant politique. L’OTAN peut être la matrice de l’Europe politique. C’est à partir de cette vision politique, que peuvent être traitées les autres questions telles que l’extension de l’OTAN, ses missions, etc.  

 

Le rôle de la philosophie : poser les questions  

 

Le rôle de la philosophie est de poser, sans esprit de provocation, ni esprit de parti, des questions inévitables aisément évitées. Voici les points et les questions sur lesquels je méditerai successivement (dans les 4 post qui suivent) :

– quelques remarques initiales, d’un point de vue pragmatique ;

– l’OTAN est-elle nécessaire à la paix ?

– l’OTAN est-elle un outil ou un décideur ?

– où est l’Europe dans l’OTAN ?

– quel est l’intérêt des États-Unis ?

– l’OTAN doit-elle s’occuper de tout ?

– les États-Unis sont-ils encore assez forts pour que l’OTAN garde son sens ?

– l’OTAN ne peut-elle faire qu’une politique « mondialiste » ?

 

 

Remarques initiales, d’un point de vue pragmatique  

 

 

Si j’en crois de grands praticiens dignes de foi, la « machine OTAN » est aujourd’hui indispensable à la sécurité de ses membres européens et à une certaine stabilisation du monde, dans la mesure où celles-ci peuvent requérir des actions militaires de coalition. Pour ces opérations, il faut en effet un état-major international et une capacité militaire internationale. Or l’OTAN est aujourd’hui la seule machine en mesure de remplir une telle fonction. Cela laisse ouverte la question de savoir ce qu’on peut penser du monopole de cette machine, au-delà d’un point de vue pragmatique.          

 

La nécessité objective de l’OTAN se double d’un sentiment plus subjectif de nécessité qui tient sans doute aux sympathies et antipathies sous-tendant nos préférences politiques. Il tient aussi à l’impression qu’il n’est plus permis à personne, aujourd’hui, d’affirmer une thèse, de prendre une décision ou de lancer une initiative, en dehors du consensus général. Il n’est pas aisé de discerner, dans ce « consensualisme », ce qui relève d’un raisonnable souci de coordination et ce qui relève du collectivisme mental induit par le relativisme.                      

 

Cette remarque touche à l’essentiel. En dépit des extensions plus récentes, l’objectif premier de l’OTAN reste quand même la défense des démocraties occidentales. Or ce collectivisme mental et ce relativisme politiquement correct sont devenus – nous le verrons – des menaces pesant sur la faculté critique et la puissance de résolution des démocraties, sur leur sécurité et leur avenir. Il y aurait donc un sérieux problème si les institutions de sécurité des démocraties étaient structurées, ne fût-ce qu’en partie, par une culture qui menacerait la démocratie, au sens durable et sérieux du mot. 

 

 

L’OTAN est-elle nécessaire à la paix ?  

 

 

Le premier élément du bien commun universel, c’est la paix mondiale. Car si nous avons la paix, les problèmes énormes du genre humain sont peut-être solubles ; sans elle, ils ne le sont sûrement pas, à moins de considérer la guerre comme la grande solution par le vide. La paix requise par le bien commun universel est la paix universelle, puisque la « grande » guerre ne pourrait plus être qu’universelle, globale, planétaire – détermination qui laisse dans l’inconnu la forme précise que pourrait prendre une telle « guerre ».            

 

La solution au problème de la paix universelle ne se réduit pas à instituer une sorte de force de police capable d’interdire la guerre, comprise comme un délit. Une telle solution se contente de reproduire au niveau international le schéma qui s’applique au niveau d’un État. Le pouvoir d’État met fin à la violence en désarmant les groupes particuliers et en leur imposant la loi naturelle d’une culture de paix (Hobbes).            

 

De même, le pouvoir d’Empire met fin à la violence interétatique en désarmant les États ou en les privant de leur liberté d’action, et en leur imposant la loi naturelle d’une culture de paix vraiment universelle. Dans un tel schéma, l’OTAN est bien la police, ou la garde mobile impériale, chargée d’imposer la « loi naturelle » en réprimant les velléités d’indépendance des politiciens gangsters (dictatoriaux, nationalistes, fanatiques, racistes, etc.).            

 

La solution hobbesienne impériale tend à la constitution d’une autorité mondiale dotée d’une force appropriée. Quand on réfléchit aux dangers mortels pour le genre humain que représenterait une grande guerre aujourd’hui, on ne peut refuser toute pertinence à la solution de la paix par l’empire. Mais quand on imagine une humanité pacifiée et unie sous un seul pouvoir impérial, on éprouve aussitôt un autre genre de malaise et d’insatisfaction, qu’on ne peut pas non plus refouler. Nos réactions mêlées face à l’OTAN se rattachent aux réactions précédentes.      

 

On connaît trois espèces possibles d’une autorité impériale :

 

-         l’empire autoritaire d’un État, tel que pourrait être un empire céleste mondialement hégémonique, représente la solution « autoritaire » du problème ;

-         l’ONU représente une tentative de solution « démocratique » du même problème ;

-         l’empire libéral universel, associé ou non à la solution ONU, que représente, ou représentait après la fin de la Guerre froide, le leadership américain, tout incomplet fût-il. Cet empire libéral peut être plus ou moins réaliste et autoritaire. L’OTAN est l’armée de l’empire libéral, associé ou non à l’ONU ; la force sans laquelle cet empire n’existe pas.        

 

La solution de l'ONU est séduisante, mais trop faible ; la solution impériale autoritaire est un cauchemar ; la solution impériale libérale, tolérable faute de mieux, reste assez frustrante.        

 

Une quatrième solution est sans doute nécessaire, mais elle ne peut probablement émerger que par la double apparition de principes neufs et d’une nouvelle puissance majeure, qui ne peut être, pour l’heure, que l’Europe.       

 

Ainsi, d’un point de vue philosophique, l’OTAN, surtout aujourd’hui, se comprend comme un élément de solution du problème de la violence dans le monde, dans le cadre d’une politique de paix par l’empire libéral, et subsidiairement par l’ONU. La question de la réorganisation de l’OTAN est donc au centre de l’innovation politique majeure, que requiert la gravité des problèmes du temps présent. 

Commentaires 

 
0 # Cévaër Jean 2011-12-12 10:20 L'OTAN a été créé en avril 1949, pour faire face à la menace soviétique, afin d'inclure la RFA dans la défense européenne, avait été lancé le projet de la CED, torpillé en août 1954 par les gaullistes et les communistes.
D'où les accords de Paris d'octobre 1954 qui consacraient l'hégémonie militaire de l'OTAN et l'abaissement de l'Europe.
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0 # Denis Jaisson 2011-12-21 23:22 La menace majeure venait des USA qui occupait l'Europe de l'ouest, pas de l'URSS qui ne l'occupait pas. Gaullistes & communistes avaient, comme Mitterrand*, identifié l'ennemi: les USA.

Mitterrand aussi, qui dit à Benamou: «la France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans morts. Apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde (…) Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort…» ("Le dernier Mitterrand", p.52).

Rien a changé, à part l'arrivée au pouvoir d'un foutriquet grossier et ignare, que la Banque a hissé au pouvoir, après qu'on en ait fait un agent d'influence aux USA: "Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française" (http://www.voltairenet.org/Operation-Sarkozy-comment-la-CIA-a)
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