L'OTAN, d'un point de vue philosophico-politique (4)

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Ceci est publié dans un livre collectif que je conseille: Sécurité globale, n° 17, L’OTAN après Lisbonne, Direction Jean-François DAGUZAN et Pascal LOROT, Choiseul Editions, Automne 2011.  

 

 

L’OTAN ne peut-elle faire qu’une politique « mondialiste » ? Universalisme ou mondialisme ?  

 

L’ensemble des grandes questions militaires sont en leur sommet des questions politiques. Elles doivent être aujourd’hui considérées d’un point de vue universel, celui du bien commun du genre humain, parce qu’il existe bel et bien aujourd’hui un bien commun du genre humain. Appelons « universalisme » cette position. 

 

Cet « universalisme » ne doit pas être confondu, d’abord, avec un idéalisme naïf. Il est clair que les esprits capables de penser au bien commun universel sont rares. Presque partout, à commencer chez l’hégémon, la pensée de l’intérêt national est prioritaire. Et si les questions militaires continuent à se poser avec acuité, c’est que la violence est enracinée profondément dans chaque être humain. 

 

L’universalisme ne doit pas non plus être confondu avec ce qu’on appelle « mondialisme » et qui peut être défini avec précision, au-delà des dénonciations populistes.  « Mondialisme » est le nom donné à une politique pour laquelle le bien commun universel du genre humain doit être défini à partir d’une culture relativiste : il n’y a pas de vérité absolue ; penser autrement, ce serait la racine du totalitarisme. Mais comme il n’y a pas de vérité, tout est privé, et tout doit l’être, sauf le contrat de mise en commun, toujours révisable.  Cette valorisation exclusive du privé dévalorise le commun et impose une privatisation universelle dans un contexte de moralité commune minimale.

 

Il en résulte l’imposition mondiale d’une économie libertaire, cohérente avec cette idéologie « privatiste ». La démocratie paraît alors requérir un capitalisme financier de libre-échange et de libre circulation universels très dérégulé. Toute solidarité sociale devient facultative dans cette même logique qui affaiblit aussi la cohésion familiale. Le souvenir du communisme ou les réactions populistes peuvent servir alors de repoussoirs utiles au maintien du système privatiste. 

 

La politique « mondialiste » se réclame de la démocratie en théorie mais aboutit à la disparition de la démocratie réelle, en détruisant les classes moyennes et la démographie des peuples les plus anciennement démocratiques. Comme dans le communisme, la « démocratie » se réduit peu à peu au pouvoir d’une élite idéologique, incontrôlable de fait et inamovible, réputée seule légitime, puisque seule éclairée, progressiste et libératrice. 

 

Il n’est pas faux que l’OTAN sert de bras armé à une élite mondiale « politiquement correcte » menant une politique « mondialiste », au sens défini plus haut. Mais l’OTAN servirait aussi bien de bras armé à une autre politique.  Un ensemble de démocraties prétendant exercer la fonction d’empire (libéral), et dont l’Europe ferait forcément partie, n'est pas condamné à suivre une telle politique.

 

Cet ensemble n'est pas condamné non plus à suivre des politiques « populistes » et nationalistes de chacun pour soi. Elles peuvent tenter de définir une autre économie libre plus sociale, en croissance durable, et assigner à la fonction d’empire (libéral) la mission de constituer patiemment un espace mondial de démocratie durable.  L’inspiration d’une telle économie libre revisitée se trouverait sans doute dans une culture conservatrice de progrès.

 

Ainsi serait défini, au-delà du « mondialisme » dépassé, un autre universalisme, durablement démocratique, libre des contradictions  précédemment signalées. Par rapport à une telle politique et à un tel empire libéral au moins bipolaire, il n’est pas douteux que l’OTAN trouverait à jouer un rôle. 

 

 

Sur l'antiaméricanisme. Nos contradictions politiques

 

 

 

L’antiaméricanisme postule que les États-Unis sont nécessairement mondialistes et impériaux. Mais la plupart des Américains sensés savent au contraire que leur leadership devrait se replier en bon ordre pour durer longtemps. Et, même chez eux, ils ont besoin de définir une autre politique universaliste pour rester puissants. 

 

Une politique universaliste, au-delà du mondialisme, est aussi la condition du renouveau de la vie politique dans les démocraties occidentales, en mettant fin aux contradictions suivantes. 

Être à la fois socialiste et mondialiste n’a pas de sens, dès lors qu’on peut être universaliste sans être mondialiste, et qu’il y a une contradiction entre mondialisme et démocratie.  

Être à la fois conservateur et mondialiste (en économie) n’a pas de sens, dès lors que ce conservatisme consiste à se lamenter de l’application, dans le domaine de la vie et de la famille, de principes libertaires qu’on célèbre par ailleurs dans le domaine de l’économie, voire de la politique extérieure.  

Il n’y a même pas de sens à être à la fois libéral et mondialiste. Pour fonctionner, le libéralisme suppose toujours une sorte d’aristocratie républicaine adhérant à une morale exigeante. La liberté, définie dans un cadre relativiste, ne peut guère fabriquer que de la tyrannie et de l’anarchie. Et si l’absence de relativisme ne pouvait rien fabriquer d’autre, la sagesse serait d’attendre l’esclavage et la mort en toute hypothèse. 

 

Si les puissances démocratiques exerçant la "fonction d’empire" menaient une politique universaliste différente, il y aurait encore une place pour l’OTAN, ou pour une "fonction OTAN". Et donc, dans un tel cadre se poserait encore la question de savoir quelle devrait être la mission de cette institution. Ainsi, l’OTAN n’est pas une institution qui servirait nécessairement, par définition, à l’imposition d’une politique "mondialiste", même si, opérant sous contrôle d’une telle politique, elle ne peut éviter, aujourd’hui, de servir à sa mise en œuvre.

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