Retour d'Amérique (1)

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Ne pas oublier les questions politiques et culturelles

 

Je sais bien que ces jours-ci on ne parle que de dettes et de finances, mais c’est une raison suffisante pour prendre du recul et considérer les questions économiques sur le fond des questions culturelles et politiques (internationales). Prendre pied sur ce fond est le seul moyen de ne pas se noyer dans la pure technique ou, pire, dans le médiatique. Peut-être reviendrai-je un instant sur cette actualité financière à la fin de cet article. Pour l’heure, je voudrais vous faire part de nouvelles essentielles, puisées aux meilleures sources.  

 

Durant les dix derniers jours du mois d’avril, je me suis rendu aux Etats-Unis, notamment à l’US Naval Academy, à Annapolis, Maryland, où j’ai participé aux travaux de la Mac Cain Conference 2010.

 

La réunion de cette année portait sur les questions d’éthique liées au développement de la robotique militaire. Plus généralement, elle posa clairement les problèmes liés au progrès technique en matière d’armements. Il y avait là les meilleurs connaisseurs de ces questions, notamment le Pr. Ronald Arkin, du Georgia Institute of Technology. Je voudrais vous en faire rapport et réfléchir sur cette conférence.    

 

Elle regroupe des civils et militaires, principalement (mais pas uniquement) Américains, intéressés par les questions de philosophie morale et politique tournant autour des affaires militaires. (Pour la petite histoire, elle porte le nom de l’Amiral Mac Cain, père du Sénateur John Mac Cain, le compétiteur malheureux du Président Obama. En effet, l’Amiral fit don par le passé d’une somme d’argent, permettant de tenir chaque année une réunion consacrée aux questions d’éthique professionnelle.)

 

Ceux qui en France ou en Europe s’intéressent à ces questions auront plaisir à apprendre qu’il se tiendra le 18 Juin 2010 une réunion à Paris, à l’Ecole Militaire, sur le même thème, organisée à l’initiative du Pôle d’Ethique du Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

 

Quand la Chine s’est réveillée

 

Dans la bibliothèque du Centre Stockdale de l’USNA, j’ai lu avec le plus grand intérêt les plus récents numéros de plusieurs revues de la marine de guerre américaine. Ce qui me frappa, ce fut de constater qu’il n’y était guère mention de l’Irak, ou de l’Afghanistan, mais que l’intérêt se focalisait sur la Chine.

 

Je lis, par exemple, le revue Proceedings, April 2010. Tout en gardant bien entendu toute mesure et prudence, les auteurs s'expriment en fonction de la possibilité d’une guerre avec la Chine. Il s’agit de veiller pour éviter toute possible surprise stratégique. La Chine, nous dit-on, vise à obtenir la parité avec les USA. Surclassée dans le domaine conventionnel et nucléaire, elle développe toutefois des armements originaux. Par exemple, elle construit de tout petits bateaux ayant la forme de barges de quatre mètres sur six, téléguidés, bourrés de missiles mer-mer. On peut estimer que le choix de ce genre d’armes serait de nature à rassurer le plus fort, en constituant une reconnaissance de sa supériorité. Mais bien que ce soit là, en un sens, une arme de pauvre ou de faible, elle peut toutefois constituer un matériel redoutable, apte à saturer, si elle est utilisée en grand nombre, les défenses de flottes technologiquement supérieures.

 

Plus encore, la stratégie chinoise vise à rendre obsolète toute la machine de guerre américaine, en concentrant ses efforts sur la guerre spatiale et la guerre cybernétique (cyberwar). Il s’agit de promouvoir une nouvelle révolution des affaires militaires, et d’imposer un nouveau paradigme de la guerre, dans lequel il deviendrait possible de couper, de perturber, ou d’intercepter les télécommunications adverses, de troubler le fonctionnement des cerveaux électroniques de toute la machine de guerre américaine, voire de la retourner contre elle-même, en en prenant le contrôle, si cela était possible. L’énorme puissance américaine se découvrirait, tout à coup, suggère le Lt Com. Leah Amerling-Bray, réduite à l’état d’une Ligne Maginot, devenue obsolète, face à une tactique révolutionnaire: "Is China bypassing our Maginot Line ?"

 

Surprise stratégique et bipolarisation

 

La capacité de destruction et d’aveuglement des satellites, d’attaque des données informatiques, d’affolement des logiciels, et autres tactiques, est très préoccupante, car elle ne se laisse pas déceler par les moyens d’observation disponibles, et il est difficile de savoir où en est l’adversaire de ce genre d’armements. Il est bien sûr plus difficile d’espionner une dictature qu’une démocratie.

 

Ces tactiques sont tellement d’actualité qu’il importe, nous dit-on, de réapprendre à travailler en mode dégradé, c'est-à-dire en supposant que telles ou telles avaries affectent les systèmes d’armes sophistiquées. En un mot, la surprise stratégique ne peut plus désormais être tout à fait exclue.

 

C’est la première fois que j’entends des officiers américains exprimer des craintes sérieuses de voir Pékin en mesure d’annexer Taïwan dans les années qui viennent.

 

En un mot, si l’on s’élève au-dessus du bruit de fond de l’actualité médiatique, le premier fait essentiel qui se dégage est le suivant : même si les points de tension ne manquent pas dans le monde, et même si on peut toujours redouter ici ou là des événements catastrophiques ou des escalades irrationnelles, c’est pourtant dans la nouvelle bipolarisation politico-stratégique opposant la Chine et les USA que se trouve le seul véritable risque de guerre mondiale.  

Commentaires 

 
+1 # Etienne 2010-05-18 13:50 Merci pour cet article.
C'est agréable d'avoir de l'information.
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