Retour d'Amérique (2)

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Une nouvelle course aux armements

 

C’est sur cet arrière-fond de rivalité mondiale, que doit être interprété le second fait essentiel, qui saute aux yeux de tout participant attentif à la conférence Mac Cain : une nouvelle course aux armements est lancée, dans une ère d’évolution technologique sans précédent. 

 

La capacité de téléguider des insectes et de les équiper de moyens d’observation miniaturisés à l’extrême peut et va pouvoir transformer virtuellement n’importe quelle mouche, ou cafard, voire moustique, ou moucheron, en espion redoutable des conciliabules d’Etat les plus secrets.

  

Selon le Général James POSS, directeur du développement et de la doctrine de l’US Air Force, les capacités d’observation de l’aviation US atteignent désormais des niveaux de précision ahurissants. Il suffirait ainsi de trois avions de nouvelle génération Gordon Stare tournant au dessus de Paris pour y détecter n’importe quelle cible visible, avec une résolution qui n’excède pas deux pouces.  

 

Le développement des drones et des appareils sans pilote laisse prévoir un temps où l’aviateur ne décollera plus si souvent, mais pourra frapper un adversaire à des dizaines de milliers de kilomètres sans prendre le moindre risque, en manœuvrant un joystick et sans sortir de son propre pays.

 

Même sur terre ou sur mer, on travaille à construire et à programmer des robots, par exemple, des véhicules armés, capables de combattre et de tuer des humains. On discute pour savoir si cela est immoral, ou si, au contraire, les robots programmés ne seraient pas les combattants les plus sûrs et les plus « éthiques »– tel est le fond du débat entre Noël Sharkey et Ronald Arkin, qui seront présents tous deux le 18 Juin à l’Ecole Militaire.

 

En même temps, on travaille à développer des armes non léthales, qui peuvent blesser, mais qui normalement ne tuent pas, afin de contourner les tactiques des guérillas urbaines, dont l’objectif réel est de pousser à la faute les armées occidentales et de fabriquer de la victime innocente, en vue d’une fructueuse exploitation médiatique.

 

Problèmes éthiques et juridiques

 

La guerre cybernétique pose des problèmes juridiques particulièrement épineux. Comment identifier l’adversaire avec certitude ? Où est l’auteur d’une attaque informatique de très grande ampleur ? Que devient le casus belli, quand l’ennemi, non identifiable, n’emploie plus aucune force mécanique ou chimique, ne tue personne, et ne détruit aucun immeuble ? Et peut cependant, par le seul emploi des forces électromagnétiques, désorganiser et désarmer l’adversaire, c'est-à-dire le vaincre ?

 

Le problème, éthique et juridique, est d’autant plus difficile, que dans tous les jeux de guerre menés jusqu’ici, l’agresseur cybernétique gagne à tous les coups. En d’autres termes, la seule défense efficace dans la cyberwar se trouve dans l’attaque. Et voici donc posée en termes tout nouveaux la si grave question de la guerre préventive.     

 

Les Etats-Unis se dotent d’institutions et d’organismes capables d’étudier toutes les implications de cette révolution technologique, par exemple, le CETMONS (Consortium for Emerging Technologies, Military Operations and National Security), basée à l’Arizona State University (ASU. Dans le comité exécutif du CETMONS se trouvent deux personnalités aussi estimables que remarquables, Mme Shannon French et le Pr. George Lucas(rien à voir avec le cinéaste de La guerre des étoiles).

 

Dans une présentation du CETMONS que j’ai en mains, je lis (c’est moi qui traduis) : « La technologie développée dans des buts militaires recèle un potentiel considérable de déstabilisation de tous les systèmes existants, économique, social, militaire, culturel et technologique. Les nouvelles armes et les nouvelles façons de conduire les guerres vont introduire des dilemmes éthiques et apporter de profonds changements à tous les aspects de la société. Nous devons comprendre de quoi il s’agit, non simplement dans une vue militaire opérationnelle, mais à cause des implications stratégiques et culturelles. »

 

Penser la guerre pour faire l’Europe

 

On entend en ce moment beaucoup de critiques relatives à l’impuissance de l’Europe face à la crise financière qu’elle traverse. Ce qui m’inquiète beaucoup plus, c’est de voir l’Europe raisonner comme si l’économique était le tout, comme s’il existait par lui-même, et demeurer dans l’indifférence au contexte politique et militaire international et mondial. Plus que jamais, pour situer la politique à son juste niveau, il faut penser la guerre. Autrement, il n’y a pas de Pouvoir.

 

C’est parce que nous ne pensons pas la guerre, et ne pensons pas à la guerre, que nous sommes incapables de dégager un leadership politique européen effectif et que même les questions financières nous semblent insolubles. On ne fait pas confiance à une communauté politique où n’existe pas un véritable Pouvoir légitime. Et si une communauté politique est paralysée par le politiquement correct, elle n’a pas de Pouvoir, elle est aussi impuissante et désarmée qu’ingouvernable. Sans Pouvoir, elle n’inspire pas confiance. Sans confiance, pas de crédit, et sans crédit, pas de monnaie. L’Europe se fera en commençant par repenser la guerre

 

Il est vrai que l'idée de guerre et l'idée de Pouvoir sont politiquement incorrects. Mais rien de ce qui vit n’est viable, s’il n’est pas en mesure de se défendre et de prendre en compte le tragique de l’existence, autour d’un Pouvoir et d’un Commandant en chef. Une démocratie soumise au politiquement correct n’est pas une démocratie durable. Il faut penser la guerre pour faire l’Europe. La monnaie n’est jamais qu’un sous-produit de la puissance. Et dans des esprits très développés, l’impuissance réside entièrement dans la tête. Pour sortir de la crise, il faut sortir du politiquement correct.

 

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