Revue de presse - Sur l'état du pays

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Il ne faut pas perdre une occasion de dire du bien de la presse. Elles ne sont pas si fréquentes. J’ai apprécié de lire Ouest-France, la semaine dernière. C’est un journal que, par principe, les Parisiens regardent en ricanant, comme tout ce qui n’est pas parisien, mais qui dit souvent plus en moins de mots que tel autre, intrapériphérique, et dont la devise pourrait être la pensée de Pascal : « Il serait un signe infaillible du faux, si seulement il se trompait toujours ». Bref, il m’a semblé trouver, vendredi dernier, un portrait moral intéressant de la France et un reportage captivant sur sa jeunesse. Je ne sais pas dans quelle mesure c’était voulu. Un bon journal, comme un bon roman : « Un miroir promené le long de notre vie », ainsi que disait Stendhal. Source de réflexion, d’affliction, d’espoir. Vous allez en juger.    

« Marion joue sa carte parmi les as du poker. » Soutenu par l’énorme photo en haut à droite, c’est le vrai gros titre d’Ouest-France, en première page de son édition du vendredi 22 janvier 2010. Et cela vaut la peine de lire le long portrait de Marion, si intéressant, en dernière page de ce numéro.  

Marion se passionne pour le poker, « comme des millions de Français ». Mais à la différence des autre, Marion « en vit. ». Avec Marion,   « mieux vaut parler cash, inutile de tourner autour du tripot. » 

Le journaliste commence très fort : « Bon, pour être franc, il y a un malaise avec tout ça. Un sentiment bizarre d’être ici, à l’European Poker Tour, avec ce qui se passe en ce moment à Haïti. Vous comprenez ? » Croit-il déstabiliser Marion ? Il en faudrait plus. Un instant, son sourire se fige, puis : « Le poker, c’est mon métier, juste mon métier. J’étais récemment à Lesneven (Finistère), pour une action du Téléthon, pour aider un enfant. C’était super. Je ne vis pas en dehors du monde, mais je fais mon travail. »   

« Marion se passionne pour cette besogne sur tapis vert ». « Recrutée à la team ‘Poker stars’, cette serial bluffeuse de 23 ans, étoile montant du circuit, va de cercles en tournois, en France et à l’étranger. Marion a cette passion depuis qu’elle est toute petite. Lycéenne, étudiante, « déjà très douée », on la voyait « travailler dix heures par jour sa technique, et un peu sa tactique fétiche : étonner, user, puis dépouiller les mecs qui ne prêtaient attention qu’à son minois de top model. » « Je faisais, dit Marion, celle que personne n’attendait. Eux se dévoilaient facile, et je les dévorais. Ca marchait à tous les coups. »   

Elle a crevé l’écran à l’émission de téléréalité NRJ 12, Las Vegas. » La voilà « coqueluche des médias ». En effet, « l’ouverture des paris en ligne en France rend le milieu friand de ‘belles gueules’ et de ‘stars’ ». Par exemple, « Isabelle Mercier, joueuse pro, ‘surnommée ‘No mercy’, sans pitié ». Mais il faut avoir une « belle gueule » pour être pris, autrement, on ne va « pas permettre de vendre de la pub aux annonceurs ». 

« Marion Nedellec est consciente de vivre un rêve qui, du jour au lendemain, peut s’écrouler. En avançant ses pions sans esclandre, au gré des tournois, elle espère, après la folie médiatique qu’elle suscite, continuer à exercer dans ce ‘business’. »   Le tournoi de Deauville « serait un rêve ». L’an dernier, « un Allemand de 28 ans y a raflé 851400 € ». 

En première page, non plus à droite, mais à gauche, nous avons la photo de Maxime, au dessous d’un autre gros titre : « Comment sciences-Po intègre des boursiers ». En page 4, on nous en dit plus. Maxime Delattre, boursier méritant, étudiant à l’IEP de Rennes, « paye son studio du CROUS 300 €. Il a 435 € de bourses et reçoit 100 à 200 € de ses parents. Le reste, il le gagne comme facteur pendant l’été et les vacances d’hiver. ‘Je préfère travailler une semaine de plus pour moins demander à mes parents.’ » 

En page 9 du même Ouest-France, nous apprenons que Damien Le Crom, à Bac + 3 est vacher dans trois fermes. Il a un beau projet professionnel. Il est le seul des trois dont on soit sûr qu’il ne vendra pas du vent. Marion, Maxime et Damien. Les libéraux diraient que c’est la concurrence. D’ailleurs, Yann-Olivier Bricombert, qui a interviewé Marion laisse glisser : « C’est terrible, mais c’est comme ça. » C’est la rude loi du sport.  

Toujours en première page : « 7 minutes pour vendre un spectacle ». « C’est la première expérience de speed dating appliquée au monde du spectacle.  

Marion mise à part, qui en est le morceau de bravoure, on apprend aussi beaucoup de choses, précises, sur « Desjoyaux, navigateur comblé ». Comme « le Père Noël a été généreux pour lui », « son programme jusqu’en 2014 se définit avec deux bateaux neufs. Un monocoque de 60 pieds, un multicoque MOD 70. » Celui-ci « s’appuie sur toute la connaissance accumulée avec le 60 pieds open. » C’est tout dire.   

Au centre, mais discret : « Copenhage, leçons d’un échec ». Il faut les tirer. Un jour ou l’autre. Le plus tard possible.   

Encore plus discret, en gros titre pourtant, mais qu’on ne voit pas, sous les deux photos de Marion et de Maxime : « Haïti : reportage dans la ville oubliée », et pas un mot, sauf : Page 3.   

Il y a aussi, page 1, moitié inférieure gauche, un ‘Point de Vue’ intéressant de Jean-Luc Domenach, directeur de recherches à Sciences-Po. Ce dernier plaide pour qu’on cesse de survaloriser la formation initiale, pour donner plus de chances à ceux qui se révèlent après des études médiocres, au cours de la carrière – Jean Sarkozy, par exemple ? L’article est très intéressant. Il pourrait juste parler de la famille. J’ai bien lu : le mot ne figure pas dans l’article. Pourtant, la famille, ça aide à entrer à sciences-po. Et le titre est bon : « Comment mieux recruter nos élites ».    

Nous apprenons enfin, toujours page 1, que « Sous la pression, le patron d’EDF renonce à son double salaire ». La morale paraît donc sauve.  

Bref, tout ce numéro est intéressant. Ouest-France est un des très rares journaux indépendants de ce pays (il ne perd pas d’argent, on peut même dire qu’il en gagne), son patron, qui est en même temps, son propriétaire, croit à quelque chose, et ses rédacteurs, qui ne sont pas prétentieux, sont assez souvent intéressants. Et puis, ils sont sans complexes. Par exemple, quand Maxime le boursier dit que peu de lycéens, faute de milieu familial porteur, pourraient « au moins situer qui est Michel Foucault », Gilles Kerdreux ajoute « philosophe décédé en 1984 ».  

 

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