Sur l'identité nationale. Réflexions sur l'identité

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Quand la politique est au bon niveau

Le Président Sarkozy a décidé voici un mois, d’inviter le pays à une discussion approfondie sur l’identité nationale. Interrompu par les fêtes de Noël et de nouvel an, le débat va reprendre en janvier.

Le chef de notre communauté politique, le chef de notre Etat, et de notre nation, vient devant nous, les Français, et nous lance : « Qui êtes-vous ? »

Cette question est profonde, ce sujet essentiel. Ils méritent mieux que du soupçon. Conjonctures et arrière-pensées, demain, auront changé, mais la question demeurera. « Qui êtes-vous ? » et « Que sommes-nous ? » ou « Que voulons-nous être ? »

Un peuple ne peut exister, ni progresser dans l’Histoire, sans se les poser, sans y répondre. Elles s’imposent aux moments de crise et de réorientation. Ce sont des questions vraies, donc honnêtes en elles-mêmes. Les hommes d’Etat ont le droit et le devoir de les poser à leurs peuples, en temps opportun. Si, tout en posant ces questions honnêtes, l’homme au pouvoir choisit aussi son moment et veille à ses intérêts, rien n’empêche l’opposition de veiller aux siens, tout en précisant la question et en apportant des réponses honnêtes.

Quant au philosophe, il doit toujours proposer le détour par l'essentiel. Or, l'idée d'imitation me semble si essentielle ici, que sans elle sur ce sujet nous avancerons dans un cul de sac.

 

Identité et identification 

 

L’homme est un animal porté à l’imitation. Même quand il invente, il commence par imiter. Ou alors, il prend le contre-pied de ce qu’il refuse d’imiter, ce qui est encore une autre façon d’imiter. Qui donc imitons-nous ? Quels sont nos modèles ? A qui voulons-nous ressembler ? A qui ne voulons-nous surtout pas ressembler ? Qui est notre rival ? Qui voulons-nous dépasser, c'est-à-dire imiter en mieux ? – C’est là qu’est souvent notre identité. Ceci est vrai pour l’individu, c’est vrai pour les peuples.

 

Avoir une identité, c’est s’identifier à quelqu’un. Avoir ensemble une identité collective, c’est se rassembler autour de quelqu’un à qui on s’identifie. Notre identité nationale, c’est notre identification en commun à des modèles communs, à des personnalités-phares, à des événements fondateurs. S’il existe de tels modèles, communément acceptés comme modèles et comme communs, alors nous avons une identité commune, autrement non. En avons-nous ? Lesquels ? Telle est la question. - Voyons autre chose

 

L’imitation et le génie

 

Que se passerait-il, si nous étions tous soumis à une idéologie qui imposerait à chacun d’entre nous de se dire : « Je ne veux pas imiter qui que ce soit. Je veux être moi-même » ? Quand on veut n’imiter personne, ce qu’on imite, c’est tout le monde, négativement ? Si je ne veux être comme aucun de ceux que je pourrais choisir d’imiter, je choisis de chercher à être ce qu’aucun d'eux n’est. Je veux être inouï, inédit en tout, cela s’appelle, au sens fort génial. Pourquoi pas ? Un peuple de génies, c’est un beau projet. Réaliste ?

 

Sait-on comment on devient un génie ? Un grand peintre, par exemple, ce n’est pas un peinturlureur du dimanche, ni un enfant gentil barbouilleur ; c’est quelqu’un qui des années durant s’exerce, cherche sa voie, imite les maîtres. Un jour, à force de les étudier et de les copier, il trouve qu’il leur manque réellement quelque chose. Et ce qui leur manquait réellement, c’était lui.

 

Sans eux, il n’aurait pas été. Il est ce creux insoupçonné révélé par l’humilité de l’imitation, au cœur d’une tradition qui semblait compacte. Et une fois qu’il existe enfin, il est à leur suite, dans la série. S’il s’était contenté de les rejeter sans les imiter, il ne se serait jamais trouvé, et il n’aurait jamais pu aider personne d’autre à se trouver, après lui, grâce à lui. Et si nous n'avons que du talent, et pas de génie, ou bien nous sommes de bons disciples à l’école d’un beau génie, ou bien nous ne sommes que des prétentieux, et ne faisons rien qui vaille.

 

Imitation ou nullité

 

Quand donc on ne veut pas de modèle, on se modèle encore sur d’autres, mais sur des prétentieux, qui n’ont guère que le vide pour contenu. Au lieu d’imiter quelqu’un de bien, nous imitons tous le n’importe quoi de n’importe qui, et si tout le monde fait la même chose, parce que c’est là l’idéologie, à la fin, nous risquons de converger tous dans l’identité parfaite de la nullité : 0 = 0.

 

Si notre identité se trouve dans ceux à qui nous nous identifions, une question de bon sens surgit : « Ces modèles, eux, quelle est donc leur identité ? » La vie tout simplement nous aide à répondre.

 

Une petite fille passe dans la rue, à la main de sa mère. Sa mère la tient, elle tient sa mère, la mère va, la fille regarde sa mère et va. La mère sait où elle va, elle est fière de mener sa fille, elle est heureuse d’exister pour la conduire, et la fille se sent en sécurité. Où va la petite fille ? Vers le temps où elle sera mère et conduira à son tour sa propre fille en la tenant par la main. L’imitation est dans la vie. L’identité, ce n’est pas seulement d’avoir des modèles auxquels on s’identifie, mais c’est aussi d’être et de devenir soi-même modèle. Ainsi permettons-nous à d’autres de s’identifier à nous, qui sommes devenus modèles, parce que nous avons eu la sagesse et l’humilité de nous identifier à d’autres, qui en valaient la peine, parce qu’ils n’étaient pas des prétentieux, mais savaient s’inscrire dans la générosité de la vie.

 

Il faudrait maintenant revenir à l’identité nationale, mais je vous en laisse le soin. Bonne année 2010 !

 

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