Une démocratie durable est une démocratie qui raisonne (2)

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La tolérance ne doit pas être un prétexte pour arrêter de raisonner

On parle toujours de la tolérance en faisant abstraction du besoin de pensée adéquate pour une action adaptée. C’est une autre exagération. Le vrai limite le domaine de la tolérance, c’est certain, mais que peut-on y faire ? Supprimer le vrai ? Il faudrait supprimer le réel. On peut y arriver dans une dissertation, pas dans une action. 

Qu’on veuille bien y réfléchir. La tolérance, si elle supprimait la réalité, deviendrait la seule réalité, et il y aurait donc encore une réalité et encore une vérité. Laquelle ? Celle-ci : chacun de nous serait un dieu, créerait son monde, où il ne dépendrait de personne d’autre, et ces mondes ne se heurteraient jamais, car ils seraient des Absolus parallèles.

Mais ça, ce n’est pas la tolérance de toutes les opinions, c’est une opinion très particulière, qui (notez-le) prétend souvent être la seule absolument vraie. Et cette opinion très particulière (mais assez répandue), c’est une métaphysique, une morale et une religion – techniquement, ça s’appelle un néo-polythéisme.

Être tolérant, est-ce donc accepter le néo-polythéisme comme religion d’Etat. Bizarre laïcité... J’ai expliqué ça dans Prolégomènes. Les choix humains (pages 29-36).

Le polythéisme empêche de réfléchir et de raisonner, au moins autant que les médias. C’est pour cela que nous n’osons plus contredire. Le plus « fade bavard » devient un dieu infaillible.

Dans une démocratie durable, le peuple a de l’humilité. Et les élites en ont davantage.

Être tolérant, c’est accepter de discuter. S’il n’y a pas de vérité, il n’y a plus de discussion. La raison est un mot qui ne signifie rien. La liberté raisonnable non plus. La liberté n’est plus qu’arbitraire. L’arbitraire, c’est la force, et si ce n’est pas elle, c’est la ruse. Pour que la démocratie soit durable, il faut sortir de l’arbitraire subjectif. 

Logique de salon contre logique de raison

Nous ne sommes pas dans un salon, mais dans un monde dangereux. Si le commandant d’un navire qui prend eau demande à deux des ses officiers quelle est la taille de la voie d’eau dans la coque, et que les deux ne soient pas d’accord, le problème n’est pas de les mettre d’accord pacifiquement, ou d’éviter que l’un des deux ne se sente humilié, ou discriminé. Le problème, c’est juste de ne pas couler. Et pour ne pas couler, il faut savoir la vérité. Et que le Lieutenant X soit vexé de s’être trompé, tout le monde s’en moque. Et le Lieutenant X devrait s’en moquer également, s’il était au niveau de sa responsabilité. – Mais quand on ne raisonne plus, on a l’impression que la vérité n’existe pas. 

Une société libre est celle qui sait définir une tolérance sensée, qui ne la voue pas à l’échec

L’exemple du réchauffement climatique

Quelle est la mesure exacte de ce fait qu’on appelle réchauffement climatique ? Quelle en est la cause ? La cause en est-elle dans nos pots d’échappement, dans le soleil, dans les deux à la fois, dans quelque troisième encor, et dans quelle proportion tout cela ? Où est la vérité ?

Je voudrais la savoir – car je ne m’intéresse pas au consensus des vanités ou au mythe qui peut servir telle autorité.

Sur ces graves sujets, comme sur bien d’autres, les plaisantins médiatiques, ou les agités politiques, monopolisent la parole. On voudrait entendre les savants. Je voudrais que celui qu’on va entendre n’ait pas été choisi parce qu’il « passe bien ». Les meilleurs esprits sont honnêtes, ils savent, mais ils savent les limites de leur savoir. Ils tuent l’audimat. Les farceurs, eux, ne savent rien et ils ne doutent de rien. Ils le font monter.

Qu’est-ce qu’un savant ? Peut-être quelqu’un qui dit : je ne veux pas avoir une opinion sur le sujet. D’ailleurs, je ne veux pas avoir d’opinion, je veux acquérir des connaissances. Je ne veux pas non plus imposer une opinion arbitraire. Je veux même avoir le courage de piétiner mes préférences subjectives. Je ne veux pas empoisonner les autres avec mes crédulités, ou avec mes crédules incrédulités. Je ne veux pas non plus qu’on me manipule en me faisant croire des sornettes, au bénéfice d’intérêts ou de projets qui me dépassent, et qui peut-être (il faudrait voir) ne sont pas justes. Je veux penser vrai. Je veux savoir ce qu’il en est du réel.  
    

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