Reportage de Serbie (1)

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Je voudrais, ce dimanche, vous livrer quelques impressions, au retour d’une courte semaine passée à Belgrade. L’Académie militaire de Serbie avait réuni là une conférence, pour redéfinir la formation des officiers serbes. Mais ce n’est pas de cela dont je voudrais vous parler, du moins pas aujourd’hui (car j'aimerais revenir plusieurs fois sur cette expérience).   

 

 

 

 

 

 

La joie de vivre

 

 

Pour rencontrer un peuple, il faut aller droit à son âme, à sa vie et à sa culture. Il faudrait aussi en parler la langue. Il y avait, bien sûr, la télévision, soixante chaînes en accès libre, en quasi totalité étrangères et sous-titrées en serbo-croate, en caractères non cyrilliques. Il s’en écoulait la même joie factice et la même médiocrité que partout ailleurs dans le monde. Mais ce peuple ne m’a pas paru attristé.

 

 

Une joie de vivre, un élan vital, une santé, et pourtant pas l'excitation de la bamboche, ni celle d'années folles: telle fut mon impression dominante.     

 

Je me rappellerai toute ma vie une soirée au restaurant, réunissant les participants de la conférence, et là, jusqu’à minuit, la compagnie chantait presque sans arrêt des chants populaires serbes, d’une touchante beauté, en mangeant une nourriture rustique et abondante. On prend là bas en apéritif des petits verres d’eau de vie de prune ou de poire. Après, du vin et de la bière, à volonté assurément, mais sans abus visible. Certains convives se levaient pour danser avec élégance des danses folkloriques ou faisaient la farandole, tout autour de la grande table. Tous les participants, hommes et femmes, sans morgue, sans vulgarité, depuis le secrétaire d’Etat à la défense jusqu'au jeune lieutenant, communiaient dans la joie simple d’être un peuple. Joie trop oubliée (mais jusqu'à quand?) dans les pays où l'on dirait parfois que chaque individu est à lui tout seul son peuple.     

 

Il n'y avait pas là seulement des Serbes, mais aussi plusieurs Croates et d'autres nationalités. Cela faisait plaisir de voir des militaires serbes et des militaires croates chanter ensemble à pleine voix les mêmes chants.     

 

Les jeunes que j'ai croisés ne portaient pas de piercings. Les amoureux, dans les jardins publics, avaient l’air d’amoureux. Pour tout dire, ils faisaient plaisir à voir.

 

 

Le travail et les bâtiments

 

J'ai vu, entre l’aéroport et le centre, beaucoup de longues barres d’habitation, grises, plus grandes en général que celles de nos banlieues. Autour d’elles, toutefois, des arbres et même parfois des pelouses, le tout disposé assez souvent dans un certain ordre et non sans composition. Les moyens de transport sont plutôt vétustes dans l'ensemble, mais beaucoup de véhicules sont flambant neufs. Dans le centre même, la grande majorité des immeubles sont décrépits, et nombre de trottoirs ou de cours laisent fort à désirer. Et pourtant, l'attaché de défense français m’a assuré que les intérieurs des maisons étaient le plus souvent restaurés et quelquefois somptueux. Les copropriétés, paraît-il, ont du mal à fonctionner.

 

 

Ici et là, le long de grands boulevards, un immeuble fracassé, dont les décombres ont été laissés sur place, témoin des bombardements de l'OTAN, entre mars et mai 1999. Les visas viennent d'être supprimés, nécessaires jusqu'alors pour sortir de Serbie pour aller dans l'UE.

 

Les salaires sont bas, trois cents euros en moyenne, mais les prix le sont aussi. Sur le marché de Zémoun, j'ai par exemple noté 50 dinars (c'est à dire 48 centimes d'Euros) le kilo de poires et 25 dinars le kilo de pommes). Le troc est très important. La ponctualité, paraît-il, est très défaillante, mais c'est autre chose que de la paresse. En effet, une fois le travail salarié fini, beaucoup de Serbes travaillent à leur compte, par échange gratuit de services. Un officier me disait qu'il ne vivait  pas beaucoup plus mal que son beau-frère, installé en France, et qui gagnait nominalement beaucoup plus que lui. Il ne m'a pas dit si lui travaillait ainsi après son travail.  

 

 

La religion orthodoxe

 

Les églises que j’ai eu le temps de visiter, à Belgrade ou au faubourg de Zémoun, étaient pour les deux tiers d’entre elles en cours de restauration.  Les offices du petit matin ou du soir en étaient suivis par des publics abondants, où l’on notait la présence de nombreux jeunes, garçons et filles. Comme c’est l’usage, chacun embrasse les icônes, après s’être signé et incliné trois fois – voire plus. C’est sentimental, m’a-t-on dit, et superficiel. Allez donc savoir. En tout cas, c’était physique et tactile. On augure mal d’une religion désincarnée.  

Cet art des icones, étendu en fresques aux riches couleurs sur les murs et sur les plafonds, donne au visiteur l’impression de ne plus être sur la terre, mais au ciel, et d’y faire les yeux ouverts une expérience d’illumination spirituelle, que les saints seuls font les yeux clos. Le peuple se tient debout dans la nef, sans chaises, femmes à gauche, hommes à droite, et les prêtres célèbrent les mystères derrière l’iconostase, comme des anges de Dieu dans le sanctuaire céleste, d’où ils sortent de temps en temps pour encenser les icones et pour bénir les croyants. Le texte de la liturgie est entièrement chanté, par des voix de basse. Et cette pénétrante mélopée s'élève comme la fumée de l'encens.

 

 Le patriarche de Serbie était décédé il y avait une quinzaine. Un officier racontait que sa femme était allée, avec son fils, saluer sa dépouille mortelle, dans ce patriarcat situé juste à côté de l’ambassade de France. Ils partirent à huit heures du soir, ils ne revinrent qu’à cinq heures du matin, tant la foule se pressait en files immenses.

 

 

La France et la Serbie

 

La ville de Belgrade est construite de part et d’autre d’un axe, qui va de l’immense cathédrale Saint Sava, commencée en 1935, de nouveau en travaux depuis l'an 2000, financée par la diaspora, et presque aussi grande que Saint-Pierre de Rome, - jusqu’à l’énorme forteresse médiévale, rebâtie par les Turcs, et refaite encore par les Autrichiens en style Vauban. Elle se dresse au sommet d’un promontoire dominant le confluent de la Save et du Danube.

Le monument à la résistance de la Serbie y rappelle le caractère indomptable de ce peuple fier et combatif, qui a voulu exister libre entre deux grands empires et qui jamais, en cinq cents ans d'occupation turque, n'a été réellement pacifié. L'irréalime de la politique de Milosevic ne doit pas faire oublier l'essentiel.

Les Français sont venus, eux aussi, mais combattre aux côtés des Serbes. Durant la Première guerre mondiale, sur les six cent mille hommes de l’armée d’Orient, quatre-vingt mille sont morts. Deux fois plus ont été blessés.   

Le grand parc autour de la forteresse est le Panthéon des Serbes. Chaque grand homme y a sa statue. Tous les enfants des écoles y viennent, un jour où l’autre.  

Ils passent tous, en particulier, devant un monument surprenant, dont je ne connais pas au monde l'équivalent. Le puissant socle de pierre porte l’envol d’une statue stylisée, comme une pensée de bronze. Du côté sud, écrits en français, les trois simples mots : « A la France ». Du côté nord, en serbe et en cyrillique, est inscrite la phrase suivante : « Aimons la France, comme la France nous a aimés ».

Commentaires 

 
0 # de Gastines 2009-12-21 21:19 1 - Ne pas confondre l'Armée Française d'Orient du Gal Henrys et les Armées Alliées en Orient (645.000 hommes)dont le dernier Cdt en Chef a été Franchet d'Espèrey à partir de Juin 1918. Pour plus de détails voir
http://pagesperso-orange.fr/cdg
2 - Auriez-vous des éléments pour compléter ma lettre "passé-présent" du 08/12/2009 sur UE et échanges entre ESCC et académie militaire de Belgrade.
Cordialement
CDG
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0 # turpain roland 2011-08-10 07:41 si les dirigeants français avaient compris ne serait-ce que l'importance stratégique de ce point, non seulement d'un point de vue militaire mais surtout économique de ce pays…Mais il est vrai que les français sont très ignorants en Histoire. Je recommande la lesture du livre "le front de salonique -Zeitinlik" paru à Jugoslovenska Revija. Belgrade.1979. AimonslaSerbie comme elle nousime. Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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