Ce que Socrate dirait à Jean Sarkozy

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       Le politicien Alcibiade, à l’âge de vingt-trois ans, rencontra le philosophe Socrate. Voici quel fut leur dialogue, tel qu’il nous est rapporté, ou à peu près, par Platon dans son dialogue de jeunesse intitulé, précisément, Alcibiade :

       « Que veux-tu faire dans la vie, ô Alcibiade ? » demanda Socrate.

       Alcibiade lui répondit :

       « Je veux être un jour le premier dans ma famille, ô Socrate, et que ma famille soit à la tête de mon clan ; je veux que mon clan domine notre cité ; je veux qu’Athènes soit maîtresse de toutes les cités grecques ; enfin je veux que les Grecs, en raison de leur excellence, dominent les autres peuples. »

       « En somme, ô Alcibiade, tu veux dominer le monde ? »

       « Cela peut se dire ainsi, ô Socrate. »

       « Quel beau projet tu as formé, ô Alcibiade, et quel noble naturel est le tien ! Et combien les Athéniens sont chanceux de t’avoir au milieu d’eux, eux qui doivent déjà tant aux vertus de Cleinias, ton père. »  

       « En effet, ô Socrate, ce n’est pas la moindre qualité de notre cité, que de compter des familles comme la nôtre. »

       « Tu parles bien, car je ne doute pas, ô Alcibiade, que si tu te lances déjà, si jeune, dans cette noble course pour le pouvoir, c’est qu’à l’âge où tant d’autres fils de famille se contentent de boucler leurs jolis cheveux et de caresser leurs maîtresses, tu as pu, toi, grâce à l’application de ton esprit aux sujets sérieux, et par de rigoureux exercices, faire ample provision de sagesse et de sciences, d’expérience et de vertus. »

       « De fait, ô Socrate, je t’avoue sans honte et librement que n’ai jamais été aussi assidu que tu le dis. Mais je possède, de naissance, une passion de dominer qui fait mieux que toute vertu. Je tire de mon sang une aptitude à parler si bien au sujet de tout ce que j’ignore, et mille fois mieux que ceux qui savent, que je ne doute pas de posséder un instinct et une intuition valant plus que tous les savoirs. Quant à ceux qui me parlent de l’expérience, ce sont des petits esprits qui ne savent pas comment le génie, sans avoir rien vu, sait déjà tout ce qu’on peut voir. »

       « Ne crains-tu pourtant pas, ô Alcibiade, que les gens du peuple et tous les grands, qui ne sont pas si bien nés que toi, et devant lesquels tu vas bientôt te présenter pour devenir leur élu, ne s’inquiètent de ton ignorance de tous les sujets les plus nécessaires à qui veut remplir les fonctions que tu brigues ? »  

       Alcibiade sourit et lui répondit :

       « Bien sûr que non, ô Socrate, et d’abord à cause de ce que je viens de te dire, que l’instinct et le génie suffisent amplement aux hommes supérieurs. Ensuite, parce que le peuple ne s’y trompe pas. Il sait qu’il n’y a pas besoin d’être savant ou sage ou vertueux pour gouverner la cité, et il sent seulement qui possède en soi un appétit de pouvoir et une puissance de vie qui sont la seule sagesse. Il se soumet à eux avec plaisir et il jouit quand ils le cravachent. Tels furent depuis des siècles ces grands hommes placés à notre tête par le choix du peuple, et qui firent avec son bonheur la gloire de la cité. »

       « Avec un homme d’un tel discernement, ô Alcibiade, les heureux Athéniens n’iront jamais nouer de dangereuse alliance, ni se lancer dans de folles entreprises. »

       « Je pourrais m’en flatter en effet très librement, ô Socrate, puisque telle est la vérité, mais je crois que la pudeur est le plus bel ornement de la jeunesse et qu’à tant de talents que j’ai reçus de la nature, et qui pourraient me rendre orgueilleux, il convient que je rajoute par mes efforts ce qui met le comble déjà un comble à la vertu de mon noble père, je veux dire, l’humilité. »

       « Et tu feras bien, ô Alcibiade. Telle est la sagesse enseignée par tous nos Tragiques : ‘Orgueil, fils du bonheur, dévore son père’. »

       Alors, Alcibiade se tut.

       « Ô Alcibiade, tu restes songeur, à quoi penses-tu donc ? »

       « A personne, ô Socrate. Assez philosophé, laisse-moi. Je me dois aux affaires de la cité. »

       Alcibiade devint stratège, c'est-à-dire président de la République athénienne. Il fut à l’origine de la désastreuse expédition de Sicile, où fut brisée la force d’Athènes. Ecarté du pouvoir, il trahit sa patrie. Il mourut assassiné.   

 

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