Comment expliquer le succès de François Fillon ? (2)

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Du succès de Donald Trump à celui de Marine Le Pen ?

 

Dans ce deuxième papier (PREMIER ARTICLE ICI), nous expliquerons adéquatement le succès de François Fillon aux primaires « de la droite et du centre », cette fois en considérant l’avenir.

Vous avez tous lu des papiers dans lesquels on se fonde sur le succès de Donald Trump pour annoncer celui de Marine Le Pen. Je ne suis pas certain du tout que ce soit une prévision rationnelle. M. Nigel Farage, en particulier, s’est exprimé dans ce sens. Sans doute a-t-il à son actif l’annonce du Brexit et de l’élection de Trump. Mais, les avait-il rationnellement prévus (autant que cela est possible), ou seulement espérés ? Je penche pour la seconde hypothèse, mais enfin peu importe.

Il est extrêmement probable en France (surtout après l’élection de Trump) que les deux partis dominants seront battus en 2017, s’ils expriment seulement l’idéologie postmoderne et la soumission à la Washington néo-conservatrice. Un « troisième homme », quel qu’il soit, sera élu en 2017. Marine Le Pen voudrait bien être ce « troisième homme » pour la France et, ainsi, remporter l’élection. Malheureusement pour elle, François Fillon vient de gagner à droite, la qualité de troisième homme. Battant les chouchous des médias et du « groupe dirigeant », il est déjà devenu un troisième homme « pour la droite et le centre ». L’enjeu pour lui consiste à le devenir aussi pour la France dans son ensemble. S’il y parvient, il aura partie gagnée.

S’il n’y parvient pas, le jeu deviendra serré. Cela pourrait être le cas si le parti socialiste était en mesure de faire émerger un autre troisième homme. 

 


 

Du succès de Donald Trump à celui de François Fillon ?

 

Une analogie précise et rationnelle avec Donald Trump fait de François Fillon, et non pas de Marine Le Pen, le troisième homme pour la France – et donc le probable vainqueur de 2017. Ceci, non à cause de sondages ou d’analyses sans valeur, mais à cause des véritables lois régissant l’espace politique.

Trump est en effet un « troisième homme » très audacieux, mais malgré des outrances verbales calculées, il semble mesurer l’importance des institutions et traditions politiques, qui rassurent en garantissant la continuité, la mesure, et en définitive le règne du droit. Il ne s’est donc pas présenté en indépendant, ni à la tête d’un parti à lui. Il a au contraire réussi à s’imposer à l’un des deux grands partis institutionnels, même si ce fut contre la grande majorité de ses chefs et contre la quasi-totalité des médias, en grande partie déconsidérés par leur unanimisme. Il s’est donc bien positionné en « troisième homme », libre des partis, mais non pas en aventurier sans assise institutionnelle.   

Au contraire, les Le Pen, père et fille, n’ont pu bâtir qu’une troisième force, certes imposante, mais dont le crédit et le statut social restent tout même très inférieurs à ceux des deux partis traditionnels. Le pire pour le FN est que François Fillon est assez « à droite » pour attirer non pas la masse de l’électorat du FN, mais la masse des compétences et notabilités qui auraient pu se sentir tentés de devenir ses cadres, si un autre candidat l’avait emporté. Le FN se voit donc réduit à une poignée d’aventuriers démagogues, certes à la tête d’un prolétariat désespéré, mais dans une situation nationale qui n’est pas encore assez grave pour qu’une majorité bascule dans le désespoir, ou pour qu’une élite aux abois soit tentée d’avoir recours à lui. Le précédent Trump, rationnellement analysé, plaide ainsi plutôt pour le succès de Fillon.

 


 

Une révolution « démocratique » en Amérique ?

 

La « Gauche », ainsi qu’une grande partie de nos dirigeants, est aliénée par son discours idéologique, et ne comprend pas ce qui se passe, ni la structure du désaveu dont elle fait l’objet. C’est à se demander s’il reste encore chez elle quelques individus qui ont lu L’idéologie allemande de Marx.

Donald Trump a une force considérable que n’ont pour l’instant ni François Fillon, ni Marine Le Pen. Au-delà de l’outrance de certains de ses propos, il réussit à amalgamer dans un même discours des éléments conservateurs, libéraux et sociaux. Il se place ainsi au centre des trois principales dimensions de la justice. Et les libéraux, libertaires et impériaux-libertaires, qui le décrient ne comprennent pas qu’il a gagné tout simplement parce que la situation aux USA est devenue très injuste et qu’un rééquilibrage va avoir lieu sous une forme encore inconnue.

Il est impossible à ce stade de savoir ce qu’il adviendra du phénomène Trump. Dans son esprit de lutte contre « l’élite », le peuple américain a mis au pouvoir un homme fort, qui peut aussi bien devenir un dictateur mettant fin aux traditions républicaines, qu’un nouveau Roosevelt (certes beaucoup moins policé) restaurant les intérêts économiques et les droits démocratiques des classes moyennes.  

Le scénario optimiste pour les prochaines années est le suivant : sous réserve que Trump se recentre et unisse le pays, s’il applique ses promesses dans le domaine économique, alors la victoire de Trump est une révolution démocratique de plus aux Etats-Unis, après celles de Jefferson, de Jackson, de Lincoln et de Franklin D. Roosevelt.

C’est la baisse des impôts sur la classe moyenne écrasée et stagnante ; c’est la détermination à prendre les moyens, au besoin non libéraux, pour rebâtir une industrie et rendre du travail à cette même classe moyenne ; c’est une grande politique d’investissements collectifs – et une telle politique n’est jamais inflationniste ; c’est la priorité rendue au réel sur le monétaire et le financier ; c’est la détermination à ne plus tolérer une immigration à effet prolétarisant pour cette même classe moyenne et laborieuse ; c’est la détermination à ne plus tolérer l’érosion du socle de culture commune sans lequel ce peuple serait dissout en individus esclaves ; c’est la résolution de mettre fin à une politique extérieure démesurée, à une politique impériale d’agression et d’invasion dont le coût est intolérable, même pour les USA, et qui tend à la guerre sans fin et au chaos universel.

Et les gens se rendent compte que toutes ces décisions sont vitales pour eux.

Un autre élément est la révolution idéologique. La seule interprétation favorable de certaines sorties de Trump pendant sa campagne, est d’y voir une volonté de renverser le pouvoir opprimant de l’idéologie dominante et du politiquement correct. Le danger est que cette transgression aille au-delà d'une salubre libération. Les citoyens américains ne veulent plus être manipulés, inhibés, culpabilisés, paralysés par un discours pseudo-progressiste théoriquement très noble et en fait malhonnête (intolérance, xénophobie, racisme, sexisme, homophobie, société ouverte, etc.). Car ce discours a perdu toute dignité intellectuelle et toute authenticité morale. Il n’est plus qu’une arme de manipulation et de division dans une dynamique d’appropriation progressive de la démocratie par l’élite possédante. Et chaque outrance de Trump libère le peuple de ce carcan mental, de ce surmoi libéral, de ces inhibitions nihilistes, dans lesquels les libéraux ont cru pouvoir enfermer les peuples occidentaux. L’Europe n’en est pas encore là, mais elle n’en est plus loin.

La fin de l’idéologie libérale ouvre une phase de transgression et de destruction idéologique, dont seul un humanisme profond et renouvelé peut faire sortir.

Et la fin de la « Gauche » en Occident se mesure à son incapacité à comprendre ce qu’elle est devenue, à l’évidence, aux yeux d’une majorité : l’opposé odieux de tout ce qu’elle était, de tout ce qu’elle a voulu être – les porcs orwelliens de la Ferme des Animaux.

 

                                

Bernie Sanders ne disait guère autre chose.

 

 

 

François Fillon peut-il faire une révolution démocratique  en France ?

 

Comment donc François Fillon peut-il passer du statut de troisième homme de la droite à celui de troisième homme de la France ? Tout en tenant compte des spécificités françaises, imiter Trump dans sa manière d’articuler les trois volets d’un unique programme : mettre en avant avec vigueur cette même dimension sociale et démocratique, tout en tenant ferme sur la nécessité des réformes de structure et en même temps sur le rejet de la culture bobo-libertaire. S’il opère ainsi, il se placera au centre des trois dimensions de la justice, qui est la position gagnante.

 

POUR REVENIR AU PREMIER ARTICLE, CLIQUER ICI

 

Commentaires 

 
0 # VB 2016-12-14 00:42 Bonjour,

Si je partage votre description (très juste) des mécanismes et courants de fond qui se manifestent en ce moment, je ne partage pas votre optimisme quand à Trump ou Fillon, qui est, selon moi, l'exacte incarnation de l'aîné du Fils Prodigue que vous avez (si bien) décrit dans votre article sur le Pape et le Néo-libéralisme. F. Fillon se réclame d'ailleurs lui même de M. Tatcher et du lébéralisme le plus sauvage.
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