Dialogue sur le Front National

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Un de mes amis de trente ans m’a écrit qu’il était « scandalisé et révolté » par mon dernier article, assez critique, sur le Front National. De son message assez complet, j’extrais le passage suivant :

 

« Quant à l'aspect économique, la plupart des économistes sont favorables à la sortie de l'Euro. Les Anglais qui ont su conserver leur monnaie s'en portent bien et le Brexit n'a pas amené l'apocalypse annoncée partout. La Bourse y est au plus haut ! »

 

J’ai ensuite reçu le commentaire suivant de Thomas Hude :

 

« Je comprends ce que veut dire ton ami. Cela dit je pense qu’une bonne partie du débat sur la souveraineté (notamment monétaire) dérive d’une confusion sur les causes de notre mal.

 

« Car le véritable problème de la France n'est pas l'Europe, ni l'Euro. En effet, si nous étions un pays bien géré, avec des finances en équilibre et des entreprises exportatrices fortes, la France serait aux commandes de l'Europe, en partage avec l'Allemagne, maintenant que l’Angleterre sort. De plus, nous pourrions même avoir une influence plus forte que l’Allemagne dans de nombreuses zones, en raison de notre histoire. L’Europe serait alors à la fois un multiplicateur de notre puissance diplomatique, ainsi qu’une base économique fondamentale à nos entreprises pour aller à la conquête du monde. Enfin n’oublions pas qu’en 2050, la population française devrait dépasser la population allemande, une nouveauté depuis l’unification allemande.  

 

« Cependant, la France est une maison qui n’est pas tenue. En conséquence, nous ne sommes plus en Europe rien de plus qu'un passager clandestin. Je comprends l’amour blessé de la patrie chez beaucoup de nos concitoyens, quand une structure bureaucratique lui dit de faire des réformes structurelles (n’oublions pas que c’est la demande majeure des diplomates bruxellois). Mais nous devons faire avec humilité le constat que notre position lamentable est notre faute. Et tant que nous ne faisons pas nos réformes fondamentales, nous n'avons aucune chance de sortir de ce déclassement.

 

« Aujourd’hui, avec notre dette, nos déficits public et commercial, notre manque de compétitivité, quitter l'UE et l'Euro serait destructeur pour les raisons que tu évoques dans ton article. De plus, le sens de l’histoire économique, c’est la mondialisation des échanges et la projection des entreprises à l’échelle du monde.

 

[J’ajoute : ce processus pourrait et devrait se faire de façon plus civilisée, mais on voit mal comment nous pourrions y échapper. La France a vocation à proposer une formule à la fois réaliste et plus civilisée. Mais, si elle se renfermait trop sur elle-même, elle perdrait toute chance de peser en faveur d’une économie mondiale plus civilisée. H.H.]


« Au sujet de l'Euro, sur le fond, il n'y a pas de raison pour que cette troisième tentative de système monétaire européen ne s'effondre pas comme les autres, en raison de la divergence des politiques publiques des différents Etats. La fin de l’Euro est en effet inévitable, à long terme, si (i) la France ne fait pas ses réformes structurelles pour retrouver sa compétitivité et si (ii) l’Allemagne continue à admettre un excédent commercial qui détruit ses partenaires de la zone. Cela dit, seule une nation saine financièrement et économiquement peut sortir de l’union monétaire sans trop de dommages. Ce n’est pas notre cas aujourd’hui. La condition préalable à toute sortie de l’Euro pour la France, c’est d’avoir résorbé son déficit public, d’avoir retrouvé un large excédent commercial et un faible niveau de chômage. A ce moment, on pourra se demander quels sont les points positifs et négatifs d’une participation à une monnaie commune.


«  En résumé, les réformes structurelles sont le sujet clé :
- Si la France fait ses réformes structurelles, elle peut sortir de l'Euro sans trop de dommages. Mais alors elle n’y a peut-être pas intérêt, car elle a alors un rôle de premier plan en Europe face à une Allemagne vieillissante, ce qui multiplie son influence et sa prospérité.
- Au contraire, sans réformes structurelles, sortir de l’Europe et de l’Euro serait un suicide monétaire, étant donné l'état de délabrement de nos finances. Nous serions forcés de passer dans l'urgence des réformes structurelles plongeant le pays dans une récession violente, sous peine de voir le Franc s'effondrer. La capacité du nouveau gouvernement à inspirer la confiance aux créanciers de la France, ainsi qu’aux investisseurs serait un autre défi majeur, pas facile à relever quand on tient un discours nationaliste étroit. Il est donc probablement impossible de sortir de l'Euro avec succès sans réformes structurelles au préalable.


« En réalité, les Français ont cessé d’être pro-européens quand la France a perdu son rang en Europe. C’est compréhensible, mais l’honnêteté nous oblige à dire que c’est de notre faute, et pas celle de l’Europe. »

 

[J’ajoute : ce qui est dit là est frappé au coin du bon sens. Ce n’est pas à cause d’un complot d’élites mondiales perverses, que la France, ce pays inventif et intelligent, est géré n’importe comment depuis trente ans ; c’est à cause d’une impardonnable accumulation de démagogie et d’incompétence. Si nous étions bien gérés, nous serions plus forts et indépendants, nous n’aurions pas peur du monde extérieur, nous n’aurions surtout pas peur de l’islam, nous aurions peut-être aussi une meilleure démographie, et si notre réalisme pouvait s’étendre de la gestion à la culture et aux mœurs, nous ne sombrerions pas dans les absurdités d’une sous-culture pseudoprogressiste. En un mot, nous serions une des nations en mesure d'influer sur le devenir du monde. H.H.]

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