Les problèmes de l'éducation

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A l'occasion de la rentrée scolaire et académique, voici une section (n°9, pages 193-196) de mon Éthique et politique ; c’est la suite du chapitre IX sur la culture et l’éducation. Le chapitre compte 11 sections. 

 

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Je crois que les problèmes de l’éducation sont avant tout les problèmes de la culture. Si l’éducation est un champ de ruines, c’est que la nation est déculturée par le pseudo-progressisme. Mais, le simple rejet de ce dernier ne serait qu’une négation. Ce qu’il nous faut, c’est renouer avec les valeurs de la vie, de conservation, de progrès, redécouvrir notre culture, sa profondeur : la métaphysique, la religion, la morale, l’histoire, l’anthropologie philosophique.

La culture porte en elle-même l’idée de sa transmission. Il n’y a pas vraiment de science de l’éducation, parce que la personne humaine n’est pas un objet mesurable, schématisable, quantifiable. L’homme n’est pas constructible et reconstructible. Quand on pense ainsi, on n’est bon qu’à le détruire et à l’opprimer. La culture vivante engendre d’elle-même, en toute époque, les modes les plus appropriés de sa transmission.

Je ne voudrais pas désespérer ceux qui voudraient faire quelque chose de bien et n’y arrivent pas. Je  veux dire que la solution passe par l’approfondissement personnel et non par des stratégies de communication. Et puis, il faut n’être pas seul à rebâtir. C’est peine perdu de monter le mur que d’autres démolissent à mesure.

Ce dont ont besoin les enseignants, ce n’est pas de la recette pédagogique miracle, c’est de vraie culture et de vraie liberté. Le pseudo-progressisme est une étouffante oppression. Quelle nullité dogmatique ! Quel égalitarisme envieux ! Quel sectarisme fielleux ! Vraiment, c’est dans le domaine de l’éducation que le progressisme est de très loin le plus insupportable et le plus nocif. Il n’est pas une vraie culture, parce qu’il n’a ni le sens de l’être, ni le sens de l’esprit, ni le sens du temps.

Les enseignants se plaignent que leur enseignement ne passe pas la rampe. Mais c’est le progressisme qui ne passe pas. A moins qu’il ne faille dire, tout au contraire, qu’il est ce qui passe le plus aisément, voire la seule chose qui passe. Il passe tout seul et, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, ainsi en va-t-il de la pseudo-culture. Au reste, ne nous faisons pas d’illusion. Ce n’est pas à l’école, au collège, au lycée, que passe le progressisme. Il flotte dans l’air comme une vapeur méphitique, et tout le monde en est imprégné. Quand le progressisme est passé, il n’y a plus rien à dire, et même les progressistes ne se font plus écouter. On écoute au début, distraitement, les quelques profs les plus démagogues. Ils déclarent qu’ils n’ont rien de plus à dire que les élèves, qu’ils ont tout à apprendre et les élèves tout à inventer. Mais les élèves sont plus progressistes que ça. Ils n’ont pas à inventer, puisqu’ils savent. Ils savent qu’ils ne savent rien, mais quand il n’y a rien de vrai, c’est tout ce qu’il faut savoir.

Si le passé est une oppression, à quoi bon l’étudier pour nous en convaincre, quand on le sait a priori ? Exit l’histoire.

La philosophie se réduit à nous exposer les motifs de "douter" de tout, donc, inutile de l’étudier, puisque nous doutons déjà. Si nous la prenions trop au sérieux, cela ne pourrait que nous faire douter du doute. D’ailleurs, on n’y comprend rien. Exit la philosophie.

L’égalitarisme proclame l’égalité de tous les discours. Alors à quoi bon se pencher sur les chefs d’œuvre de notre littérature, ou de celle des autres pays ! A quoi bon même étudier la langue ? Exeunt les Lettres.

Et les langues vivantes ? Comme de toute façon, il n’y a rien à dire, une langue y suffit largement. Apprenons à la rigueur quatre mots d’anglais. Cela peut toujours servir à demander son chemin.

Restent les sciences, mais que peuvent-elles être, là où la langue est effondrée, là où le moral est à plat, faute de sens du vrai, là où la rigueur et l’effort ont perdu tout sens ?

Et ce ne sont là que les problèmes proprement pédagogiques. S’y ajoutent les problèmes de discipline et de motivation au travail. Je suis toujours surpris quand j’entends des discours moralisateurs sur les enfants et les adolescents. On leur reproche d’être indisciplinés. Mais il faudrait au contraire leur reprocher de l’être trop peu ! Car qui ne le voit ? Ils sont en réalité strictement assujettis à la logique et à la pratique du (pseudo-)progressisme. Leur conduite est strictement conforme à la norme (pseudo-)progressiste. Ils sont curieusement passifs et indociles, mais cette désobéissance molle et apparente est le corrélat d’une obéissance intérieure à un système philosophique définissant la liberté d’une manière qui dévalorise aussi bien l’obéissance responsable que l’autorité légitime. C’est ainsi que les lycées, où le discours officiel célèbre des lieux de liberté, deviennent des pétaudières et des fumeries de haschich.

Dans cette ambiance, quel travail sérieux peut-on accomplir ? De quelle autorité peuvent jouir des maîtres qui, quel que soit leur talent, se discréditent à seulement supporter de mettre les pieds dans de pareils cloaques ? Comment les élèves ne se diraient-ils pas que leurs professeurs feraient n’importe quoi plutôt que ce métier-là, s’ils étaient capables d’en faire un autre ?

Quand on parle à des jeunes sauvagement déculturés par le (pseudo-)progressisme, il n’y a pas à se poser des questions saugrenues, ni à chercher comment faire. Même déculturé, l’homme n’est pas dénaturé. La seule chose importante est d’être soi-même homme, afin que tout ce qu’on dit coule de la source profonde. Alors, miraculeusement, tout le monde comprend. La seule chose vraiment incompréhensible, c’est la superficialité savante.

Les enseignants désirent comprendre leurs élèves. Ils ne le peuvent qu’en saisissant dans toute son articulation systématique la logique déculturante du pseudo-progressisme. Qu’ils regardent alors les jeunes qui sont là, qui n’ont plus de passé, ni d’avenir, et dont le présent même est réduit à un point sur l’axe du temps physique. Leur lieu est un repère de coordonnées ; leur habitation n’est qu’un habitacle ; leur liberté, un conformisme ; leur esprit critique, un préjugé ; leurs espoirs possibles ne sont plus que désillusion ; il n’y a plus de ciel ouvert au-dessus d’eux, et la terre a cessé de leur promettre l’Eden ; on leur parle de s’enrichir et ils seront heureux s’ils ne sont pas au chômage ; on leur dit que l’histoire est finie et ils n’ont pas commencé de vivre ; leurs père ont gagné la liberté, les enfants ont hérité du néant.

Au lieu de les craindre ou de les mépriser, au lieu de les regarder avec hostilité ou désintérêt, il y a d’abord à les comprendre, ensuite à les aimer, enfin à les servir.

Les jeunes sont ceux qui ont le plus urgent besoin qu’on leur ouvre un horizon, une perspective.

Non pas le grand marché sans justice d’une Europe sans patries, sur lequel trop d’entre eux savent bien qu’ils ne seront jamais plus que du travail invendu, mais la grande Europe avec un E majuscule composée de vraies nations profondément cultivées et où règne la liberté ordonnée du marché démocratique. Non pas le progressisme hédoniste et désespérant, matrice de fascisation et de guerre, mais toutes les valeurs de conservation et de progrès, ensemble, conditions de liberté et de paix.

Non pas la divinisation dérisoire d’un individu désintégré et clochardisé, pauvre petit dieu que la rhétorique encense, et qui doit marcher au sifflet en attendant le knout, mais la vraie et profonde recherche du sens de la vie, cette recherche qui est déjà découverte.

Enfin, pour remplacer un rationalisme pseudo-laïque et décidément démonétisé, non pas cette spiritualité du n’importe quoi, où le panthéisme anthropologique dégradé en individualisme arbitraire s’accouple aux vulgarisations les plus épaisses des panthéismes orientaux, non pas la religiosité vague qui mélange tout dans son pot-pourri, mais une recherche sérieuse et raisonnée de la vérité religieuse.

En une génération, le peuple aura repris vie et les jeunes auront repris goût à la vie.

 

                                 

                                  Éthique et politique (Éditions universitaires, 1992), pp.193-196. 

Commentaires 

 
0 # Kan 2016-12-25 15:30 J'approuve et conseille éthique et politique ! Bravo http://www.henrihude.fr Répondre | Répondre en citant | Citer
 

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