Entre traditionalisme et rationalisme

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

 

On parle beaucoup d'identité en ce moment.

Voici la cinquième section d’un de mes livres, intitulé Éthique et politique ; il s’agit du chapitre consacré à la culture et à l’éducation. Le chapitre compte 11 sections, que je suis en train de publier ici. 

 

POUR REVENIR A LA SECTION PRECEDENTE, CLIQUER ICI

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 

 

Remarque introductive rajoutée en 2016.  Dans une célèbre conférence[1], Edmund Husserl a écrit que « la crise européenne prend ses racines dans un rationalisme qui s’égare. Mais cela ne permet pas de soutenir l’idée que la rationalité comme telle serait en soi mauvaise[2]. » Le même Husserl préconise « une attitude critique universelle adoptée contre tout élément traditionnel donné préalablement[3] ». L’intérêt de la section qui suit est de faire réfléchir sur la cohérence ou l’incohérence de ces deux énoncés

 

 

LE VÉRITABLE CHOIX 

 

Résumons [la section précédente]. Le refus de recevoir le principe de la tradition rationaliste, en refusant de mimer un meurtre du père ou du maître – ce refus du principe rationaliste et de sa tradition – est identiquement le refus du traditionalisme, puisqu’il va de pair avec le refus de l’idée que toute tradition serait divine et vraie dès lors que l’esprit serait un et tout. [traditionalisme et rationalisme sont le recto et le verso d’une même figure spirituelle]

Ainsi donc, il n’y a pas d’un côté les tenants de la tradition, de l’autre ceux de la raison, mais il y a :

d’un côté, les tenants d’une position traditionaliste-rationaliste ;

de l’autre, les tenants d’une position rationnelle et modérément traditionnelle.

Dans le cadre de l’option qu’on pourrait appeler rationnelle-traditionnelle (celle qui rejette le doute universel et a priori, et qui par là dispose des moyens d’exercer un tri critique des opinions), les traditions humaines n’ont à être reçues qu’en tant que traditions humaines, donc faillibles, même si un homme se trompe rarement en tout. Il est d’ailleurs instructif de découvrir les erreurs possibles, afin de n’y pas tomber.

Il faut ajouter, pour concrétiser davantage, qu’en Occident, ce qu’on appelle commencer par rejeter la tradition se ramène pour l’essentiel à dire non au christianisme, et [pratiquement] à lui seul, ainsi qu’à la rationalité réaliste et théiste, qui est à la fois celle qu’il reconnaît, celle qui le reconnaît, et celle qui s’instaure à partir de lui. Un pareil rejet a priori équivaut à une adhésion sans examen à l’autre position, celle du traditionalisme-rationalisme.   

L’option qu’on peut appeler traditionaliste-rationaliste prétend bien rejeter au départ toute tradition. Mais, outre que c’est probablement là une chose impraticable, ce prétendu vide du « doute » universel est plein à ras-bord d’illuminisme panthéistique. [Voir Prolégomènes] On acceptera ce dernier de manière d’autant plus irréfléchie et traditionaliste, qu’on aura prétendu davantage identifier toute réflexion en général à celle qui s’inaugure par le « doute » universel.

Ce « doute » est bien sûr une attitude intéressante comme geste théâtral, mais c’est une pratique ineffective. On poignarde un fantôme en effigie, mais dans le moment même, on accepte sans s’en rendre compte un système tout fait. On mime un « doute » impossible et extravagant, mais par là-même on renonce à pratiquer à l’avenir un doute vraiment raisonnable. Et quand on présente une telle crédulité comme le triomphe de l’esprit critique, ou la révolution libératrice de l’esprit, on est bien près de tomber dans le ridicule. Ainsi donc, je ne puis me situer que de deux manières par rapport à la tradition, et ce choix premier décide de tout.

Quant à moi, je n’adhère ni au rationalisme, ni au traditionalisme, qui en découle et en dépend plus qu’il ne s’y oppose.

Je n’y adhère pas, d’abord, parce que je le tiens pour fondamentalement erroné. Je veux dire que c’est l’erreur la plus fondamentale. Ce n’est pas une simple erreur sur un point – tout homme en commet, hélas, et en grand nombre –. Le rationalisme est la transformation de la raison en machine à se tromper.

Je n’y adhère pas non plus parce que je le tiens pour totalitaire, et que je tiens le rationalisme pour une philosophie politique fausse et, par suite, pour une politique détestable.

 

A SUIVRE 

 

Ceux qui voudraient aller plus loin pourraient se reporter à Prolégomènes. Les choix humains.

POUR REVENIR A LA SECTION 1, CLIQUER ICI

 Il est possible de recevoir les liens des articles publiés sur ce blog en suivant les envois de ce compte Twitter : @HenriHude  On n’y trouve pratiquement rien d’autre que ces liens à de tels articles.

 



[1] ‘La crise de l’humanité européenne et la philosophie’, conférence prononcée le 7 mai 1935 au Kulturbund de Vienne. Traduite en français par Nathalie Depraz, dans La crise de l’humanité européenne et la philosophie. Husserl, Hatier, 1992, pp.50-78.

[2] Op.cit ., p.66.

[3] Ibidem, p.64.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté


La force de la liberté
La force de la liberté
€18.00

Evénements

Aucun événement

Restez au courant !

Nom:
Mail:

Sites partenaires

Bannière