Qu'est-ce que la culture? Extrait d'Ethique et politique

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Je vais republier durant deux semaines des extraits d'un livre de 1992 intitulé Ethique et politique, et dont les pages 183-205 sont consacrées à la culture et à l'éducation.

Un jour, nous reconstruirons l'éducation en France, comme en Syrie seront relevés les temples de Palmyre, et en Afghanistan les statues des trois grands Bouddhas de Bâmiyân. 

Le nihilisme ne l'emportera pas. L'humanisme a un avenir. 

 

 

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Qu’est-ce que la culture ? Ou encore, pour concrétiser et préciser, qui cultive quoi ? Celui qui cultive, c’est l’homme. Celui qui est cultivé, c’est encore l’homme. La culture, c’est l’homme qui cultive l’homme.

Cultiver, c’est : s’occuper de, faire croître. Comme l’agriculteur soigne les plantes et leur fait rendre cent pour un, ainsi la culture est ce travail de l’homme sur lui-même, ce travail d’éducation de l’homme par l’homme, grâce auquel la nature humaine croît.

La culture est donc la croissance et l’éducation de ce qu’il y a d’humain en l’homme. Ainsi se trouve amassé un immense trésor d’humanité. L’essentiel de la culture est gardé sur pied : ce sont les hommes, en tant que leur humanité a été déployée, en tant qu’ils montrent quelque chose de la plénitude possible de l’humanité. Les œuvres (ouvrages de science, de poésie, de philosophie, bâtiments, sculptures et peintures, etc.) ne sont pas la culture vive, elles n’en sont que la projection et le support.

La culture au sens complet, c’est à la fois la vie intérieure et les œuvres de l’esprit. C’est la vie intérieure de toutes ces consciences, de toutes ces mémoires d’hommes, et qui s’enrichit, qui s’approfondit grâce aux œuvres de la culture. C’est là un principe des plus importants. Que serait un tableau de Rubens, s’il n’y avait plus d’homme pour le contempler ? Ou si, parmi tous ceux qui le contemplent, plus personne ne pouvait y trouver de quoi nourrir sa vie intérieure et son propre bonheur de vivre ? Donc, la culture n’est pas d’abord dans les bibliothèques et les musées, la culture est d’abord en l’homme, elle est l’homme en tant que son humanité est en acte et en perfection.

Un homme cultivé : pouvons-nous retrouver la plénitude de sens que renferme cette simple expression ? Culture des sciences et de la sagesse par un esprit ami du vrai, culture de la conscience, vraie liberté, désir d’être pleinement un être personnel, substantiel, cause responsable de ses actes et de ses œuvres. Et pour cela, progrès dans la raison qui donne l’autonomie personnelle, progrès dans la vue de la vérité, sans laquelle la raison n’est plus qu’un mot, progrès dans la contemplation de l’intelligibilité profonde des êtres, sans laquelle il n’y aurait ni ordre ni vérité, marche vers le Principe de toute intelligibilité. Culture du cœur, où s’épanouit toute vraie vie de l’esprit, et toute vue de vérité dans une floraison de sentiments profonds. Culture de l’amour universel, qui rassemble tout sentiment et toute vue dans l’unité d’une vie vraiment digne d’être vécue. Culture de la nature autour de nous, qui ennoblit l’usage des technique par un intérêt pour la vérité désintéressée et qui ennoblit le travail en le faisant normer par la justice, purifier par la beauté, englober, intégrer et surélever par la vie spirituelle. Ce désir de cultiver ainsi l’homme, je l’appelle humanisme. Et les œuvres où l’humanisme prend corps, celles qui l’expriment et lui servent à respirer, je les appelle humanités.


Ethique et politique, Editions universitaires, 1992, pp.183-184.

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