Une méditation classique sur la démocratie et la démagogie

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Je reproduis ci-dessous, à lire et à relire, un extrait de Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, L.II, ch.65.

Cette guerre, dont l’Athénien Thucydide a écrit l’histoire, a opposé Athènes et Sparte entre 431 et 404 avant Jésus-Christ. Il n’est rien de plus actuel que le récit d’une telle histoire.

Comme Thucydide s’est élevé à l’universel classique, son ouvrage est « un bien qu’on possède pour toujours ».

En particulier, il montre avec évidence combien une démocratie ne peut jamais l’emporter sans posséder des chefs à l’intelligence et à la culture classiques, et d’une haute moralité. Le texte suivant forme le chapitre 65 du Livre II.

 

LXV. - (...) Leur colère à tous ne cessa que lorsqu'ils eurent infligé une amende à Périclès. Pourtant peu de temps après, par un revirement dont le peuple est coutumier, ils le réélurent stratège en lui confiant la direction suprême des affaires. La sensibilité des Athéniens à leurs seuls maux privés s'émoussait quelque peu et on estimait Périclès le plus capable de remédier à la situation critique de l'État.

Tout le temps que, pendant la paix, il fut à la tête des affaires, il avait fait preuve de modération et de fermeté dans la conduite de l'État, qui sous lui parvint au comble de la puissance. La guerre une fois déclarée, on constata qu'il avait évalué exactement la puissance d'Athènes. II ne survécut que deux ans et six mois. Après sa mort on vit mieux encore l'exactitude de ses prévisions.

Il avait prédit le succès aux Athéniens s'ils se tenaient en repos, s'ils donnaient tous leurs soins à la marine, s'ils renonçaient à augmenter leur empire pendant la guerre et s'ils ne mettaient pas l'État en danger. Mais sur tous ces points on fit juste le contraire. D'autres entreprises, qui paraissaient sans rapport avec la guerre, furent menées avec la seule préoccupation de la gloriole et de l'intérêt personnels ; elles furent désastreuses pour les Athéniens et leurs alliés. En cas de succès, elles eussent procuré gloire et profit aux particuliers ; leur échec faisait tort à l'État et gênait la conduite des hostilités.

Voici la cause de ce changement. Périclès avait de l'influence en raison de la considération qui l'entourait et de la profondeur de son intelligence ; il était d'un désintéressement absolu sans attenter à la liberté ; il contenait la multitude qu'il menait, beaucoup plus qu'elle ne le menait. N'ayant acquis son influence que par des moyens honnêtes, il n'avait pas à flatter la foule. Grâce à son autorité personnelle, il pouvait lui tenir tête et même lui montrer son irritation. Chaque fois que les Athéniens s'abandonnaient à contretemps à l'audace et à l'orgueil, il les frappait de crainte ; et s'ils s'effrayaient sans motif, il les ramenait à la confiance. Ce gouvernement portait le nom de démocratie, mais en réalité c'était le gouvernement d'un seul homme.

Ses successeurs, dont aucun n'avait sa supériorité et qui voulaient tous se hisser au premier rang étaient portés, pour flatter le peuple, à lui abandonner les affaires. De là tant de fautes, explicables dans un État puissant et possesseur d'un empire étendu ; de là surtout l'expédition de Sicile. Elle échoua moins parce qu'on avait évalué inexactement les forces de l'ennemi que parce que les inspirateurs de l'expédition ne discernèrent pas ce qui dans la suite était nécessaire aux troupes ; préoccupés qu'ils étaient de leurs intrigues, aspirant au premier rang, ils affaiblirent les opérations de l'armée et, pour la première fois, ils provoquèrent des troubles dans le gouvernement intérieur de la ville.

Malgré l'échec de Sicile et principalement la perte presque totale de leur marine, malgré la sédition qui régnait à l'intérieur de la ville, les Athéniens résistèrent pendant trois ans à leurs ennemis du début, auxquels s'étaient joints les Siciliens et la majorité de nos alliés révoltés, enfin à Cyrus, fils du Roi (de Perse), qui joignit ses forces aux leurs et fournit aux Péloponnésiens de l'argent pour l'équipement de leur flotte. Ils ne cédèrent qu'une fois abattus par leurs dissensions intestines, tant étaient considérables les ressources qui permettaient à Périclès de prévoir pour les Athéniens une victoire facile sur les seuls Péloponnésiens.

 

Thucydide parlait ainsi de son livre : « II me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l'avenir (selon la loi des choses humaines) ne peut manquer de ramener, jugent utile mon histoire. C'est une œuvre d'un profit solide et durable plutôt qu'un morceau d'apparat composé pour une satisfaction d'un instant. » (I, 22) 

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