Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (3)

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Rappel : Le texte suivant est le 3ème d’une série, inspiré de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’.  

 

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Qu’est-ce que le problème de la laïcité, au sens le plus large ?

 

Le problème de la paix civile à préserver, en dépit des désaccords au sujet de l’Essentiel : voilà le problème central et premier, que voudrait résoudre ce qui est appelé laïcité. Secondairement, il s’agit aussi de la place des « pouvoirs spirituels » dans la société et dans l’Etat (voir article précédent).

Ce second problème comporte lui-même plusieurs aspects :

1° les rapports des « pouvoirs spirituels » aux « pouvoirs temporels » ;

2° les rapports des pouvoirs spirituels (et aussi des pouvoirs temporels) aux consciences individuelles ;

Chacune de ces questions impacte les autres. On peut avoir l’impression de s’y perdre. Le point de vue qui permet de s’y retrouver, c’est celui de la paix.

Si tous ces problèmes ne sont pas suffisamment résolus, le trouble s’installe. Les autorités (spirituelles) s’opposent aux pouvoirs (temporels), les individus eux-mêmes rejettent les autorités et/ou les pouvoirs, des conflits de toute sorte surgissent. A la limite, on ne peut plus disposer d’une culture politique commune, ni donc prendre des décisions communes, cependant que les cultures s’opposent entre elles, deviennent peu fonctionnelles. De facteurs de paix, les cultures deviennent facteurs de guerre.

Jusqu’où cela peut-il aller ? Jusqu’à la guerre pour cause de religion, ou d’idéologie, ou de « sagesse », et généralement de culture - guerre entre Etats, guerre civile, guérillas, etc. Jusqu’à la dictature persécutante ou à l’impérialisme, pour les mêmes causes. Tels sont les fléaux les plus graves résultant d’une non-résolution satisfaisante de ce problème de la paix spirituelle. D’où l’importance du problème de la laïcité.

Les conflits spirituels ne sont d’ordinaire qu’une dimension dans des conflits qui comportent aussi des volets politiques et économiques. L’importance relative de ces diverses dimensions varie dans chaque cas et à tout instant.

Quelle est l’importance exacte de telle dimension dans tel conflit particulier qui se produit à tel endroit ? C’est là une question de fait, non de raisonnement a priori. La raison dit seulement : importance très variable. L’observation et l’analyse très fine permettent seules de mesurer les proportions exactes entre les diverses dimensions (pétrole, religion, ambition de pouvoir régional, grand jeu impérial, ambition personnelle, survie d’un régime - et hasard). Il faut résister à l’envie de se raconter l’histoire qui nous plaît, ou qui se vend le mieux. Seule la vérité est utile.  

Les Etats et leur vie civile ne sont pas les victimes les plus atteintes par les guerres entre cultures, ou à dimension culturelle. Les cultures sont les premières touchées. L’abus des moyens de coercition a fait du mal à l’Eglise. La cruelle violence des islamistes est en train de détruire l’islam dans l’opinion mondiale. Le communisme mettra un siècle à se remettre du Goulag. Le politiquement correct finira par totalement déconsidérer les Lumières.

On peut être pour la tolérance par indifférence pour la religion ou la sagesse, ou la philosophie, mais aussi parce qu’on n’y est pas indifférent, et parce qu’on a compris que la guerre des cultures détruit les cultures.

 

 

 

Clercs et laïcs. Cléricalisme, laïcisme. Laïcité universelle ?

 

Le problème de la laïcité est aussi celui de la délimitation du pouvoir des « clercs » par rapport au pouvoir des « laïcs ». C’est un sujet sur lequel règne souvent la confusion, faute de concepts universaux.

Elevons nous donc sur ce sujet à l’essentiel, à l’universel.

Sont des « clercs » toutes les personnes dont l’activité principale consiste à instruire, former, cultiver ou éduquer - réfléchir, contempler, chercher. Les « clercs » forment des « clergés », c’est-à-dire des groupements, associations ou organisation de « clercs ». Les universitaires, en ce sens large, ou les journalistes, forment un « clergé » particulier.

Nous parlons souvent de « quatrième pouvoir » au sujet de la presse. L’expression est impropre. Mieux vaudrait dire que la presse est une des composantes du premier pouvoir : le pouvoir d’opinion, voire du pouvoir d’opinion fondamentale : celui qui influe le plus sur les actes mentaux, les pensées, les volontés, les décisions.

 

 

 

« Le sort m’a donné la meilleure part »

 

Le « clerc » est une personne qui a choisi les choses de l’esprit et de l'âme, et, à travers elles, la recherche de l'absolu. Le terme de clerc, en grec klerikos, suggère que c'est là pour l'Homme le meilleur lot, la meilleure part - en grec, klêros. Le terme de « clergé », entendu universellement, et reconduit à son origine, n’a ainsi rien de partisan, ou de péjoratif, au contraire. Personne ne peut donc se plaindre de ces concepts, ni de ce vocabulaire. Sans de tels concepts universaux, les analyses restent trop partielles et trop partiales. Et le problème de laïcité ne peut être étudié scientifiquement.

C’est pour cela que nous parlons de « laïcité universelle » : il faut un traitement de la question au moyen de concepts vraiment universaux et non à partir de vagues généralisations empiriques.    

D’un point de vue universel, scientifique, le problème de la laïcité concerne tous les « clergés », au sens universel, tous ceux qui sont des « clercs ».  

Quand des « clercs », ou tel ou tel clergé » deviennent politicards, ou sont jugés tels, ils perdent leur dignité. Au lieu de préférer « la meilleure part », ils se passionnent plus qu’il ne leur convient pour des intérêts de pouvoir, ou même économiques, par rapport auxquels ils devraient décemment rester sur la réserve. Quand les « clercs » s'abaissent ainsi, on les juge non sans raison abusifs, et on parle de « cléricalisme ». En Occident, on juge qu’existe un tel abus, toutes les fois que n’est pas raisonnablement respectée la première des séparations des pouvoirs, celle du temporel et du spirituel.

C’est facile à dire, pas facile à faire effectivement. En effet, si les principes d’une religion ou d’une sagesse ne permettent pas de poser une telle distinction, et si ces cultures font pourtant partie du jeu social, que fait-on ? Si on se place à leur point de vue, la distinction requise (temporel/spirituel) n’est pas neutre, mais hostile. Elle fait corps avec une autre religion, ou une autre philosophie, qui admettent la distinction. Et cette distinction leur profite, croit-on, au détriment des sagesses qui ne l’admettent pas.

De plus, la séparation ne peut de toute façon pas être absolue, car ce sont les mêmes individus qui sont soumis aux pouvoirs civils et qui écoutent les pouvoirs spirituels. Un problème de cohérence se pose donc toujours, pour l’individu comme pour la société.

On parlera, inversement, de laïcisme, si des chefs politiques ou économiques prennent la liberté de vexer ou d’entraver l’action spirituelle, ou de la contrôler pour en faire un instrument de leur propre pouvoir.

Il y a là une définition universelle du laïcisme. Faute de définition vraiment universelle, le terme laïcisme est exposé à fonctionner comme un stratagème rhétorique. Par exemple, des « clergés philosophiques » et leurs chapelles peuvent accaparer l’Etat et s’en servir pour avancer leurs positions, en abaissant les « clergés religieux ». Ce laïcisme-là n’est qu’un autre cléricalisme. Tout clergé qui se respecte se méfie du cléricalisme. Ou encore, la corporation journalistique fonctionne comme un « cléricalisme médiatique », si sa pratique réduit exagérément les pouvoirs civils constitutionnels. Ce « clergé » cumule alors un pouvoir spirituel important avec un pouvoir temporel indirect encore plus important – mettant ainsi à mal la séparation des pouvoirs.

 

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