Pour éclairer "islamisme" et "laïcité" (2)

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Rappel : Le texte suivant est le second d'une demie douzaine de posts, tirés de L’éthique des décideurs, ch.11, intitulé ‘Religions, philosophies et laïcité universelle’. Je l’ai en partie réécrit pour qu’il soit plus lisible, en ligne. Mon but est de servir à la formation politique et d’éclairer les thèmes de l’islamisme et de la laïcité. Cela n’est pas possible sans un détour par l’essentiel.    

 

 

 

 

Il y a toujours au moins une puissance d’opinion au sein d’une société. Pourquoi.

 

Les gens peuvent obéir par peur des châtiments, mais ce motif est insuffisant, si l’on doit traiter les humains en êtres humains. En ce cas, il convient que les citoyens obéissent parce qu’ils croient que la loi est juste et que le pouvoir est légitime. Cela dépend de la culture et de l’opinion.

Si un pouvoir civil est obéi surtout par peur, on qualifie ce pouvoir de despotique. Mais, si ce pouvoir est obéi plutôt par suite d’une opinion (ou d’un préjugé) de justice et de légitimité, on le qualifie de politique. Un pouvoir politique convient à une société libre.

Donc, un pouvoir civil qui veut être obéi dans une cité libre, doit non seulement se faire craindre (ou ruser), mais aussi persuader[i], pour que les citoyens obéissent de bon gré, selon leur opinion et culture. Mais alors, ceux qui ont le pouvoir d’instruire les citoyens, de nourrir leur culture ou d’orienter leur opinion auront aussi le pouvoir de les persuader d’obéir ou de désobéir, à cause de cette opinion et culture, au pouvoir civil et à la loi.

Autant dire que, surtout dans une société libre, le pouvoir civil est impuissant s’il a durablement contre lui l’opinion des citoyens et les pouvoirs d’opinion qui influent sur la culture, l’opinion publique ou la formation des esprits.

Par conséquent, dans une société, et notamment dans une société libre, il existe toujours, au-dessus du pouvoir civil, ou en amont de celui-ci, un autre pouvoir, ou ensemble de pouvoirs, capables de former l’opinion des gens. Nous les appelons « pouvoirs d’opinion ».

Bien entendu, se pose ainsi le problème de la relation entre le pouvoir d’opinion et le pouvoir civil. Chacun peut tenter d’absorber l’autre, de s’en servir et de le dominer. Ou alors, les deux peuvent rester distincts.

Vous demandez : allez-vous enfin en venir à l’islamisme et à la laïcité ? Je réponds : pas encore, car nous voulons savoir et pas seulement affirmer. Qui veut savoir doit démontrer et une démonstration effective requiert des définitions correctes.

 

 

 

Définition d'un « pouvoir d’opinion fondamentale »

 

Les opinions particulières des sociétés dépendent de leurs opinions générales et fondamentales, de ce qu’on appelle leurs « principes ». Il s’agit de leur idée du bien et du juste, de leur vision du monde, du passé et de l’avenir, de l’Homme, de Dieu ou de l’Absolu. L’athéisme, bien sûr, présente une idée particulière de l’Absolu, une théologie, en somme. Cela peut l’agacer de devoir le reconnaître, et pourtant c’est vrai.  

Un pouvoir d’opinion banal a le pouvoir de faire croire (ou d’essayer de faire croire) aux gens telle ou telle version des faits (exemple : Nicolas Sarkozy a financé sa campagne électorale de 2012 avec l’argent de X ou Y, ou de l’Etat, ou sans argent du tout, etc.). Un pouvoir d’opinion fondamentale a le pouvoir de leur faire croire, à tort ou à raison, un principe : (exemples : la justice compte trois dimensions principales ; ou : il faut respecter la liberté humaine ; ou : il y a pour l’Homme une vie après la mort, etc.).

Ce genre de grands principes forme le cadre d’ensemble dans la limite desquels se déterminent la plupart des actions des hommes et de leurs lois.

Ces principes ont toujours un caractère métaphysique, au sens large, c’est-à-dire : premier, fondamental, radical, etc. Or la relation de l’homme à ce qui est premier, radical, métaphysique, au sens large, est appelé religion, sagesse, ou philosophie première. C’est pourquoi, en toute société, vont exister un ou plusieurs pouvoirs d’opinion fondamentale.

C’est le cas, même pour les sociétés où dominent des conceptions sceptiques, ou matérialistes, ou nihilistes de la sagesse. Le Professeur Michel Onfray, par exemple, est en France un pouvoir spirituel plus important que le Cardinal Philippe Barbarin. C’est le vrai patron de la morale dans ce pays. Quelque chose comme le primat de la Gaule.

 

 

 

« Ose penser par toi-même »

 

Il existe des sociétés dans lesquelles un plus grand nombre d’individus pensent davantage par eux-mêmes, ou du moins croient penser ainsi, mais il n’en existe aucune (en il n’en existera jamais aucune), où tout individu penserait uniquement par lui-même.

Tout individu a besoin d’une tradition, d’une éducation, d’un entraînement et de maîtres, aussi d’oppositions et de perplexités, pour développer sa force personnelle de jugement.

Il existe des traditions, des éducations et des maîtres qui prétendent le contraire : mais ce sont des contradictions vivantes.

Il existe donc toujours, dans une société, un ou plusieurs « pouvoirs de sagesse », religieux ou philosophiques. Ces pouvoirs sont capables de persuader aux gens, à tort ou à raison, une conception des premiers principes, de l’Histoire dans son ensemble, et de l’éternité. Ceux qui exercent un tel pouvoir détiennent le pouvoir suprême sur l’opinion des gens et donc, indirectement, sur leurs actes. Ils sont le premier pouvoir de la cité.

Les autorités constituées au sein des communautés spirituelles, religieuses, sapientielles ou philosophiques, les journaux, médias, écoles et universités : voici les principaux « pouvoirs spirituels ».

Certains pouvoirs spirituels essayent souvent de se présenter comme des non-pouvoirs, des miroirs, ou comme de simples contre-pouvoirs. Ils le font en pensant qu’ils auront plus de pouvoir par ce moyen. En effet, les démagogues ont inculqué pour préjugé dominant, qui flatte la vanité de l’individu, qu’il faut penser absolument par soi-même. Comme c’est impossible, croire en ce préjugé revient à suivre les pouvoirs spirituels les plus démagogiques, qui font de la démocratie une machine à faire obéir le peuple et se servent de l’idée de liberté pour tenir en laisse les esprits. Tout le monde est censé avoir sa propre opinion, moyennant quoi tout le monde est dans la pensée unique. Tout individu doit être indépendant de la société, moyennant quoi tout le monde est soumis au politiquement correct.

 

 

 

Une culture de liberté intellectuelle non démagogique

 

La vérité non démagogique est triple :

premièrement, il est impossible de ne pas penser sans les autres, ni sans des groupes organisés, y compris spirituellement ;

deuxièmement, il est impossible de penser autrement qu’en première personne, si vraiment on pense et juge quelque chose ; et donc,

troisièmement, toute pensée effective résulte d’une coopération, et/ou d’une tension, entre l’individu et ses groupes de référence.

Venons-en maintenant au problème de la laïcité.

 
 
 

[i] Pour persuader, il faut nécessairement faire appel à certaines notions communes, idées générales, lieux communs ou principes, notamment principes d’ordre éthique. Le pouvoir civil, en commandant des actes, ne fait pas que tirer sur des fils de marionnettes. Il actionne des volontés qui n’ont pas moralement (ni même juridiquement en certains cas) le droit d’obéir à n’importe quel commandement même donné par une autorité légitime. Il est indispensable que le commandement donné trouve dans les consciences un cadre de principes éthiques susceptibles d’accueillir favorablement ces injonctions extérieures et légales, ou alors il ne lui reste plus qu’à procéder, s’il croit devoir insister, par voie de simple coercition.

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