Blasphème sacré

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Le secret de la propagande politique consiste à enfermer l’opinion dans un pseudo-choix entre le régime et les extrémistes, et à sacraliser ce choix, comme s’il s’agissait d’opter entre le Diable et le Bon Dieu.

 

En régime dit libéral, les "libéraux" doivent se réserver le monopole du débat sérieux, disposer de quelques frondeurs, servant de leurres, de postiches et de comparses. Les extrémistes (fanatiques, fascistes, communistes) doivent seuls jouir du monopole de l’opposition vigoureuse. C’est ainsi que le choix démocratique doit se réduire idéalement à opter entre des fous furieux, un bonnet blanc et un blanc bonnet. Avec ça, pas besoin de truquer les élections.

 

La réforme sérieuse est ainsi rendue longtemps impossible et le régime se maintient indéfiniment, tout en devenant de plus en plus libertaire (culturellement), oligarchique (politiquement) et esclavagiste (économiquement).

 

Mais comme la pression monte, le régime doit se durcir (démocratiquement, cela va sans dire). A cela sert l’insécurité causée par les fanatiques. Elle justifie des politiques liberticides et permet de serrer les coudes autour du Chef en faisant la guerre, mais au nom de la défense de la démocratie. Georges Bush II fut le modèle du genre. 

      

Le régime culturel dominant (le pouvoir culturel, avec son idéologie libertaire et son jacobinisme politiquement correct) se sert des fanatiques comme d’idiots utiles et criminels, permettant à sa propagande d’enfermer l’opinion dans un choix simpliste entre la religion terroriste et le libéralisme libertaire blasphémateur. C’est ainsi que le fanatique est l’instrument et la caution de l’amalgame et de la dichotomie, procédés de base de toute propagande politique.

 

Si les fanatiques n’existaient pas, il faudrait les inventer. Nous avons vu comment le régime culturel homogénéise tout au nom du droit à la différence. Comment il discrimine au nom de la non-discrimination. Comment il impose un ordre moral à rebours au nom de la liberté individuelle. Comment il impose un dogme politiquement correct au nom de l’antidogmatisme. Comment en un mot il règne par la ruse. 

 

J’ai expliqué depuis longtemps, dans mon premier livre, Prolégomènes. Les choix humains, ch.1, comment un dogmatisme se cache sous une apparence de scepticisme – sous un pseudoscepticisme. Je n’affirme rien, dit-il. Je « doute ». Moyennant quoi, il cache ce qu’il affirme en fait, sous le voile trompeur de son pseudoscepticisme.

 

Ce dont « je doute » dissimule habilement ce dont je suis sûr, et je vous impose ces certitudes en feignant de vous proposer amicalement mon « doute ». Je m’assure ainsi la position avantageuse de l’ami respectueux et du défenseur de la liberté et de la raison. Je défigure mes contradicteurs rationnels en plaquant sur leur visage le masque hideux du fasciste et du fanatique. J’interdis ainsi le débat au nom de la tolérance. Et j’écrase mes contradicteurs au nom de la liberté.

 

Le vrai débat, en réalité, peut commencer, quand le pseudo-scepticisme est démasqué, lorsque sa métaphysique est exposée, lorsqu’on discute franchement sur le fond. Que ce vrai débat n’ait pas lieu, c’est l’évidence même. Franchement, il faut lire Prolégomènes. Au moins le chapitre 1.

 

Il est faux de prétendre qu’il n’y ait plus rien de sacré. Nous vivons au contraire dans une ambiance saturée de sacralité paradoxale. La profanation est la seule chose sacrée. Mais c’est une chose absolument sacrée. La désacraliser, c’est du sacrilège. Parler contre elle, c’est blasphémer. Le blasphème est la chose la plus sacrée. Le blasphémateur est un dieu. Comme l’empereur romain, il connaît à sa mort une apothéose. Il entre au Panthéon, c’est-à-dire dans l’assemblée des dieux. C’est ainsi. L’Homme est toujours un animal religieux. Il ne sort jamais de la religion. Il en change. Pour le meilleur, ou le pire.

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