Comment un pseudo-pluralisme impose un ordre moral à rebours - et comment lui clouer le bec

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L’objet de cette série de posts est de faire comprendre comment les libéraux-libertaires discriminent en prétendant pratiquer la non-discrimination. Faire comprendre le fonctionnement de la machine à broyer l’identité culturelle d’un peuple quel qu’il soit. Comment bloquer le fonctionnement de cette machine et comment la mettre à la casse. C’est la condition d’une récupération décomplexée de notre identité. Ces articles reprennent l’essentiel du chapitre 10 de La force de la liberté. Nouvelle philosophie du décideur, Economica, 2013.

 

 

Résumé de ce qui précède :

( Cliquez ICI pour revenir au tout début de l’article )

La théorie postmoderne de la justice (celle de John Rawls) postule que la décision publique juste est celle que prendrait un individu qui supposerait méthodiquement qu’il ignorerait sa propre identité (= « un individu raisonnant sous un voile d’ignorance ») – voir premier article.

La théorie prévoit que cet individu sera neutre, impartial, intéressé à l’équité et à l’égalité entre les identités ; il fera donc une loi ne brimant aucune des identités. Malheureusement, l’expérience contredit la théorie. Ce qui se produit, en fait, c’est la constitution d’une identité négative, qui au lieu d’être neutre se comporte en partisan ; qui, au lieu d’être tolérante, cherche à imposer la négation de toute autre identité ; et qui loin d’établir un espace public pour tous tend à exclure tous les autres de cet espace pour s’y installer comme l’unique identité commune de référence – voir second article.

 

 

 

 

 

La dictature de l’identité transgressive et nihiliste

 

 

Lindividu libéral, pour décider avec justice, faisait méthodiquement comme s'il ignorait son identité. Le voilà devenu libertaire, un individu à identité transgressive, négatrice et nihiliste, qui se montre intolérant, culpabilise les autres, monopolise la légitimité, impose son pouvoir et règne par limposture, voire par la violence (voir second article).

 

                                                            

 

Redisons bien que cette identité renégate et transgressive se présente comme une non-identité, une simple impartialité-neutralité (qui, dans le système de la « justice injuste », est la justice même, et même la seule justice non totalitaire possiblevoir premier article.) Mais, comme il n’en est rien, il s’agit en réalité d’une identité particulière (et particulièrement agressive) camouflée comme non-identité, comme procédure de respect de toute identité, et promue sous ce masque au rang de seule identité capable et digne de servir de fondement à la légitimité des pouvoirs, à la décision publique en démocratie.

 

Bien plus, comme aucune des autres nest soi-disant dans son cas, toutes ces autres sont exclues de lespace public, au motif quelles y seraient nécessairement discriminatoires, si elles y étaient admises, en tant que principes de décision publique.

 

Et voici donc lidentité nihiliste, transgressive, renégate, etc. en position de culpabiliser toutes les autres, et de leur imposer silence, sans avoir elle-même à adopter la moindre réserve. La voici même installée officiellement dans lespace public, sétalant comme lidentité publique de référence, lidentité privilégiée, saffirmant comme lidentité dEtat et comme la plus puissante référence culturelle – et ses tenants deviennent LE pouvoir spirituel.

 

Mais, en même temps, la voici présentée comme un non pouvoir, une impartialité-neutralité, une simple procédure utile et bienveillante, une simple forme qui bénéficie à tous.

 

Ainsi, non seulement lidentité négative domine sans partage, mais encore sa domination est une continuelle imposture.

 

 

 

 

La discrimination subie par tous les non-nihilistes de la part des libertaires nihilistes

 

 

Ainsi, lidentité négative discrimine en usant de larme de la non-discrimination ; la marque de fabrique de son intolérance est lhypocrisie. Elle appelle discrimination toute relativisation de l’identité nihiliste, cependant que cette même identité nihiliste relativise radicalement toutes les autres, pire les considère toutes comme discriminantes, potentiellement, elle seule ne létant pas, mais étant seule juste et impartiale, par définition.

 

Lappel à la non-discrimination en lui-même juste fonctionne alors comme un stratagème permettant de discriminer toutes les identités non arbitraires, et de traiter une foule de gens (= tout le monde, sauf les nihilistes) en citoyens de seconde zone, mis en marge de lespace public, et sans permettre auxdits discriminés de se plaindre de la moindre discrimination, sous peine den être accusés eux-mêmes.

 

Grâce à ce brillant stratagème, cette identité transgressive et dominante pourra brimer toutes les autres identités au nom de la tolérance, les éliminer au nom du pluralisme et les tyranniser au nom de la démocratie.

 

Cela est admirable comme un crime parfait. On naurait jamais cru que lhypocrisie puisse aller jusquà faire que la vertu rende hommage au vice.

 

Assurément, il ny a pas à chercher là la moindre apparence de justice, en aucun sens possible du mot. La prétendue méthode impartiale n'est qu'un prétexte pour discriminer les autres au nom d'une soi-disant non-discrimination, et elle n’est évidemment pas impartiale.  Ce nest pas une procédure neutre. Au contraire, elle ne fait qu’exprimer, servir et favoriser outrageusement lidentité négative et celle-là seule.

 

Il en résulte que, sous le « voile dignorance » voir premier article  –, un individu non manipulé et correctement informé des faits objectifs[i], commencerait par rejeter cette procédure de « voile dignorance », comme un simple stratagème, un rideau de fumée, inventés par une identité négatrice en mal de domination par ruse, et avec laquelle une personne de bonne foi aurait honte de sidentifier plus longtemps, si par hasard ceût été la sienne.

 

EXTRAIT DE LA FORCE DE LA LIBERTÉ. NOUVELLE PHILOSOPHIE DU DÉCIDEUR, Economica, 2013, ch.10.


 

                                                         


[i] Car dans la doctrine de Rawls, lignorance, sous le « voile », nest pas entière. Elle concerne seulement les faits de lidentité singulière, linformation particulière concernant les sujets eux-mêmes, mais elle ne concerne pas les vérités générales : « For the most part, I shall suppose that the parties possess all general information. No general facts are closed to them », A Theory of Justice (1971), Harvard University Press, revised edition, 3d printing, 2000, Part I, Chapter III, p. 123. Rawls à ce sujet ne dit pas pourquoi la connaissance du bien de lhomme en général et du bien en général (qui, après tout, pourrait être une information générale) devrait ne pas faire partie de linformation générale accessible à lêtre humain.

 

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