Réponse à MM. Guaino et Wauquiez sur leur critique de l'Europe

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Cet article n'a pas été écrit par moi, mais je l'approuve sans réserve et serais fier de l'avoir écrit.

 

Quarante parlementaires français se sont mis en 4 pour lancer un appel en vue de changer l’Europe : les 40 sont à 100% contre tout ce qui s’est fait en Europe depuis trente ans. Et pour tout changer, ils font 0 proposition.

Voici une réponse à cet appel.

 

 

 

 

1-  Il n’y aura jamais de réforme de l’Europe à 27, avec tant d’intérêts vitaux divergents. Et surtout comment parler de réformer l’Europe à 27 quand on est incapable de se réformer soi-même ?

 

A la limite, mieux vaudrait mettre entre parenthèse tout débat européen pour plusieurs années, et se concentrer sur les réformes structurelles de nature politique, fiscale et économiques, afin d’adapter le pays à l’économie moderne, et de redonner à nos entreprises une capacité de développement. Autrement, cette volonté affichée de réformer l’Europe va nous couvrir de ridicule, étant donné l’état de la France au bord de la faillite économique.

 

 

 

2-    La critique des 40 n’a pas de sens, venant de l’intérieur de la classe politique. La situation de la France est en effet due principalement à la nullité de sa classe politique.

 

C’est librement que la France est rentrée dans l’Europe telle qu’elle est. Toute la classe politique ou presque s’est lancée avec enthousiasme dans cette aventure.

 

Les problèmes structurels de la France sont dus d’abord à l’immobilisme de sa classe politique et Bruxelles ne vient qu’ensuite. Certes, ne plus avoir de souveraineté monétaire, cela n’aide pas, mais la compétitivité, c’est bien d’autres paramètres aussi importants que le niveau de la monnaie, car c’est d’abord face à l’Allemagne que nous ne sommes pas compétitifs. Que Guaino, Wauquiez and Co. rompent donc comme nous l’avons fait avec cette classe politique, et nous rejoignent. Alors nous croirons à leur sincérité, et à leur lucidité.

 

 

 

3-    Les critiques formulées par les 40 sont des remises en cause totales, mais ces 40 restent dans le giron de formations politiques décidées à continuer cette politique :

 

Remettre en cause la dimension bureaucratique et non démocratique de l’Europe, c’est remettre en cause l’Europe (au moins l'UE) tout court. Car la construction européenne, c’est par définition même l’abaissement des souverainetés nationales et leur remplacement par une gouvernance oligarchique bruxelloise sans véritable légitimité démocratique.

 

      Remettre en cause la politique monétaire, c’est remettre en cause l’Europe. Car la principale réalisation de ce projet, c’est l’abandon par les nations de leur souveraineté monétaire. C’est en pleine connaissance de cause que notre classe politique a transmis à des institutions étrangères le pouvoir sur notre monnaie.

     

      Remettre en cause la concurrence fiscale et sociale, c’est remettre en cause le principe même de l’Europe. Car c’est la définition même de l’Europe : une zone de concurrence fiscale et sociale. Or, au cœur d’une même monnaie, les différences de compétitivité dépendent des différences de fiscalité et de système social. Sans règles communes, c’est le moins disant qui est le plus compétitif. Qui donc a pu croire que nous aurions un jour une fiscalité commune et un système social communs européens ?

     

      La libre circulation est un faux débat, je ne vois pas pourquoi les gens viendraient en France pour y être chômeurs… la Grèce se fiche bien de la libre circulation, les gens partent de chez elle aussi vite qu’ils sont rentrés. Dans quelques années en France, le débat sur l’immigration deviendra un débat sur l’émigration face à la récession indéfinie.

 

      L’élargissement sans fin n’est que l’illustration du fait qu’il n’y a pas de stratégie européenne, pas de cœur, pas de vision, pas de bien commun et aucune politique de puissance pour peser sur l’avenir du monde. Rien d’autre que la reproduction à l’infini d’un modèle bureaucratique.

 

      L’absence de vision stratégique, la perméabilité à toutes les influences transatlantiques et le refus de devenir une puissance indépendante, c’est le reflet de l’influence américaine sur la bureaucratie européenne qui bloque les stratégies nationales et fait de l’Europe le ventre mou de la planète. 

 

 

 

4-  Rien sur la situation française :

 

Il n'y a dans cet appel rien sur la fiscalité absurde, sur la dépense publique excessive, sur la dette hors de contrôle, et surtout sur le monopole politique de la haute administration, sur l’exil des entrepreneurs, sur ces grands groupes qui ne sont pas les moteurs du développement national… Rien.

 

L’absence de toute remise en cause sérieuse de l’immobilisme français à part un superficiel et asthmatique « sans nier les responsabilités des gouvernements nationaux, à commencer par les nôtres », est malheureusement l’indice que nos députés cherchent un bouc émissaire pour sauver la mise d’une classe politique discréditée et aux abois. 

 

 

 

 

5. Nous voulons, nous, la démocratie et donc nous n’acceptons plus une Europe qui piétine le cadre national. En effet, il n’y a pas de démocratie possible hors du cadre national.

 

L’échelon européen est au mieux aristocratique (grands libéraux cultivés, grands bourgeois démocrates-chrétiens…), ou au pire oligarchique avec des gens sous influence de lobbies notamment transatlantiques. L’Europe c’est un peu des deux, mais structurellement, cela n’a rien de démocratique. Les tentatives de ces gens-là pour mettre le peuple à leur remorque sont pitoyables, mais parfois sincères. Cela dit, quand le pouvoir et l’Euro sont en jeu, la loi d’airain s’abat et aucun intérêt d’aucun peuple n’existe. Il est indiscutable que le transfert d’éléments de souveraineté au niveau européen dilue les démocraties nationales

 

 

 

 

6. Cependant, la crise économique en France, c’est d’abord la classe politique française qui en est responsable.

 

Cette crise vient de la conjonction de deux facteurs :

 

1° Notre classe politique a, tous partis confondus, accepté des règles du jeu économique et financières sans adopter de stratégie ni de réformes pour adapter le pays à cette concurrence sociale et fiscale. Elle n’a pas donné de stratégie économique, et continué d’imposer son pouvoir jacobin en sacrifiant les entrepreneurs. Cette classe politique a trahi les intérêts économiques du peuple français qui sera bientôt confronté aux conséquences tragiques de cet immobilisme.

 

2° Les règles européennes de concurrence sociale et fiscale sous la même monnaie sont absurdes d’un point de vue politique. Tous les pays ne peuvent pas avoir la même mobilisation stratégique d’inspiration germanique, et donc il est absurde de vouloir faire vivre tout le monde dans la même monnaie (comme les chaussures soviétiques : tout le monde portera du 42 car c’est la pointure moyenne).

Cela dit, même si l’on peut s’accorder sur le fait que l’Euro n’aurait jamais dû exister, maintenant qu’on y est, en sortir est un processus de déchirement économique extrêmement difficile. Mais la question mérite d’être posée, car interdire de poser cette question est politiquement ruineux pour la confiance des peuples.

 

 

 

En conclusion,

 

l’appel des 40 participe de ces multiples faux débats qui dévient l’attention politiques du véritable blocage français : le monopole du pouvoir politique par une haute administration qui ne connaît rien à l’entreprise.

Si la France décidait de mettre entre parenthèses ses engagements européens pour quelques années afin de réaliser les grandes réformes dont elle a tant besoin, le tout en bonne intelligences avec nos amis et alliés européens, on ne voit pas qui pourrait s’y opposer en Europe. Et c’est ce que nous proposons de faire.

Inversement, si la France décide de mettre entre parenthèses ses engagements européens afin de ne pas faire les grandes réformes, alors il n’y a pas de scénario plus sombre pour notre pays.

Commentaires 

 
0 # Vae victis 2014-05-06 13:01 Ce qui me gêne, c'est que la réponse laisse l'impression d'avoir été écrite par les partisans de Charles le Téméraire en 1477, ou les romains en -390.
Bien sûr, la construction de l'Europe est, par essence, supranationale et implique une perte de souveraineté. Et, vu du perdant, ce transfert de pouvoir est toujours autoritaire. Car aujourd'hui, la France est bel et bien en situation de faiblesse en Europe. Nous ne sommes plus la "grande France", est-ce pour autant une raison pour jeter la monnaie unique et certaines autres réalisations ? Ce n’est pas parce qu’un euro ressemble plus à un Mark qu’à un Franc qui est fondamentalemen t mauvais.
A mon sens, le vrai problème de la France vis-à-vis de l’Europe est la perte de son rang. Je vous rejoins donc sur la conclusion, redressons le Pays en premier lieu.
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