La gauche, les libertaires et la liberté

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Voici le texte d'un article paru dans Le Figaro du 23 janvier 2014, page 14. Je n'ai pas modifié le texte paru dans ce quotidien, mais j'ai parfois mis d'autres sous-titres.

 

 

 

Libertaires ET liberticides. Pourquoi ?

 

On voudrait comprendre comment le même gouvernement peut, à la fois, faire voter des lois libertaires et réduire à ce point les libertés publiques : arbitraire policier, mépris des formes juridiques, arrestations, gardes à vue arbitraires, censure, procédures expéditives, définition maximaliste du délit d’entrave, etc.

 

 

 

Les Bobos barbares

 

Cela s’explique d’abord par des références troubles et dangereuses. Christiane Taubira termine son grand discours sur le mariage en citant Nietzsche. La référence était très juste. Rappelons que Nietzsche a été l’inspirateur de deux extrêmes : l’extrême-droite politique barbare et l’extrême-gauche sociétale.

 

De même, l’hégélianisme de gauche a fourni la matrice de deux extrêmes : le communisme marxiste et le fascisme. Quand donc le pouvoir s’engage dans la mise en œuvre d’une philosophie postmoderne, relativiste et nihiliste, de matrice nietzschéenne, mesure-t-il bien toutes les conséquences ? Et quand il glisse dans l’autoritarisme, se rend-il compte des contaminations dont il est déjà la consentante victime ?

 

 La liberté civilisée et la démocratie ne naissent pas comme un champignon sur un fumier culturel. Prenez la civilisation occidentale, retirez la culture classique, les Grandes Lumières (avec la Raison et la Loi morale universelle) et le judéo-christianisme, il reste une semi-barbarie régressive et transgressive, impropre à former autre chose qu’un chaos régi par le droit du plus fort. De là la dérive autoritariste.

 

 

 

Quand les totalitaires sont de retour, déguisés en "républicains"

 

Et il ne suffit pas de se gargariser avec les grands mots d’une République dont on renie la culture de liberté, et de Lumières philosophiques qu’on trahit, pour justifier la dérive déjà sensible dans la pratique policière et le politiquement correct.

 

Le projet de République rousseauiste privé de morale kantienne, sans stoïcisme, est tout à fait inconsistant. Dans ces mêmes conditions, l’adhésion durable des masses à un système individualiste est une vue de l’esprit.

 

 

 

Les Bobos barbares font le lit des super-barbares de demain

 

Le pouvoir pense-t-il que les masses populaires imprégnées d’une culture qui détruit tout fondement, et privées de tout avenir économique par les effets d’une même idéologie, vont se soumettre à la logique individualiste du bobo derridien ? Où conduit cette idéologie d’Etat, qui détruit volontairement tout repère, à l’heure où le pouvoir a perdu les masses populaires ? Qui va prendre le contrôle des masses ? Elles tendront en majorité vers le collectif autoritaire et le nationalisme barbare. Est-ce là ce que le pouvoir souhaite ? S’imagine-t-il qu’il fera le poids face aux grands démagogues postmodernes encore à venir ?

 

 

 

Le totalitarisme de la différence 

 

 

En attendant, nous allons vers un totalitarisme de la différence. Les penseurs postmodernes ont justement critiqué après 1945 les totalitarismes de l’identité – de matrice hégélienne de gauche. Mettant l’accent sur la différence, la pluralité, la diversité, et non plus sur l’unique identité rationaliste, ils voulaient permettre la coexistence harmonieuse des identités différentes.

 

Malheureusement, le souci de neutralité entre les identités, libéral mais respectueux de l’histoire, a sombré dans l’imposition partisane d’une identité neutre devenue dominatrice. L’identité amnésique est intolérante à toutes les identités mémorielles. Le problème n’a donc pas été résolu, mais aggravé. La laïcité dans ces conditions risque de n’être plus bientôt qu’une dérision sinistre.

 

Si donc le pouvoir se durcit, c’est une réaction d’échec. Il est désemparé face à l’échec d’un des concepts majeurs de son système.

 

 

 

La République accaparée

 

 

La République se trouve accaparée. Qu’est-ce qu’une République ? Une société résultant d’un pacte social. Une République accaparée est ligotée dans une interprétation restrictive et partisane de ce pacte. La République devient alors la propriété privée d’un groupe – et donc cesse d’être la chose publique. C’est ce qui se produit aujourd’hui et c’est pourquoi tant de gens éprouvent le sentiment d’être exclus de la République au nom d’une idéologie de l’inclusion universelle.

 

En fait, l’identité de chacun est soi-disant admise a priori, mais à condition d’avoir été neutralisée par un processus qui la réduit à n’être qu’une variété de l’unique identité neutre.

 

La raison fondamentale pour laquelle le pouvoir devient autoritariste, c’est que la violence est dans son idéologie même. Elle a subverti les concepts fondamentaux d’une société libre et transformé le refus de la discrimination en moyen de discriminer tout ce qui résiste à la normalisation idéologique.

 

 

 

Relativiser le relativisme. La Renaissance est en marche

 

 

La première victime du relativisme, c’est le juste sens de la relativité. Un relativisme incapable de se relativiser oublie qu’il y a eu avant lui, dans l’histoire, de nombreuses crises sophistiques, sceptiques et relativistes. Elles ont permis à l’esprit de rentrer en lui-même et ont toujours été suivies de grandes renaissances de la pensée. Il est vain de vouloir fixer à ce stade la vie de la culture. Bien entendu la vie l’emportera. La renaissance est déjà en marche. Le pouvoir le sent et le sait. C’est pour ça qu’il devient mauvais.

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