La Famille, fondement de la société. Une méditation philosophique (1)

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En 1996, j'ai publié à Rome un article intitulé : "La famille, fondement de la société" (Anthropotès, 12/1, Istituto Giovanni Paolo di Studi su matrimonio e famiglia, Roma, juin 1996, p.21-50.). Je le mets en ligne aujourd'hui. Comme il est assez volumineux, je le découpe en plusieurs livraisons.

Voici donc l'Introduction.

 

 

         Les pages qui suivent veulent  être une méditation philosophique sur la proposition que voici : "La famille est le fondement de la société". Il s’agit d’en expliquer le sens et d’en déterminer le degré de vérité.

 

 

Principes

 

         J’assume deux propositions comme vérités certaines et comme principes de toute cette étude :

 

                   1) L’union des humains en sociétés est d’abord un effet de la nature, en ce sens que les uns sans les autres ils ne peuvent ni vivre, ni bien vivre, et qu’ils en sont convaincus. Ils le sentent intuitivement, ils le comprennent réflexivement et ils agissent assez spontanément d’une manière qui exprime une telle conviction. En conséquence, l’union des hommes en société n’est d’abord ni le résultat d’un calcul, ni l’effet d’un contrat, mais d’une croyance, intuitive, universelle et bien fondée, et d’une tendance communautaire, qui ressemble à un instinct par son effet, mais qui en diffère en ce qu’elle ne fonctionne que si elle est branchée sur cette croyance intuitive en la valeur de la vie avec le prochain.  (Dans la proposition précédente, le terme d’abord doit être pris à la fois au sens chronologique et au sens d’une priorité dans l’ordre des causes essentielles).

 

                   2)  Toutefois, une société humaine, en tant que société libre, c’est-à-dire en tant que société ne résultant pas d’abord  de la contrainte et de la coercition, peut et doit aussi être considérée comme reposant sur un pacte. Ce pacte qui répond à l’intérêt bien compris est aussi un pacte social d’équité. Nul n’accepterait en effet de demeurer librement membre d’une société, s’il n’y trouvait pas son avantage, aussi bien en termes d’utilité qu’en termes de respect, d’amitié et d’équité. La loi morale en tant que résumée par la règle d’or, "ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît, surtout si tu étais à la place d’autrui", constitue donc la clause principale du pacte social d’une société libre[1].

 

         Nous tenons les deux axiomes énoncés pour connus de soi par les personnes raisonnables, morales et expérimentées.

 

 

Problème

 

         On n’entend pas seulement par société la société politique, la société parfaite, ou la société souveraine, mais aussi toute communauté membre de la société parfaite. En ce sens large, la famille est elle-même une petite société. Elle aussi peut être considérée comme une société fondée en nature et fondée en volonté sur l’adhésion libre de ses membres. Le problème général à étudier ici est donc celui de savoir dans quelle mesure cette société partielle qu’est la famille est fondamentale pour la société parfaite ou politique, qui l’inclut[2].

 

 

Plan de l’article

 

         Dans la formule sur laquelle nous méditons, le terme société doit donc faire l’objet d’une distinction, selon que la société est plutôt considérée en tant qu’effet de la nature, ou plutôt en tant qu’effet de la volonté humaine. Nous pourrons donc considérer la famille par rapport à la société comme effet de nature, puis la famille par rapport à la société comme effet de volonté. La première considération est plus classique, plus conservative aussi ; la seconde est plus moderne et plus progressive[3]. Tels seront le plan et les deux moments de cet exposé. La sagesse politique consiste à comprendre la suture de ces deux considérations, en saisissant la structure anthropologique qui les rend indissociables, sauf à tomber dans l’erreur et dans l’injustice.

 

         D’autre part, le terme de fondement peut être entendu plutôt au sens d’origine ou au sens de puissance génératrice. Cette distinction ouvre deux points de vue qui caractérisent respectivement les deux sections du premier moment.

 

Pour lire la suite cliquer ici.

 



[1] Une société durablement libre est donc nécessairement une société morale, tout comme une société durablement morale tend à être une société libre. Le pacte social d’une telle société n’a pas d’autre contenu que la promesse mutuelle de conformer sa conduite à la loi morale. Il s’ensuit notamment que, faute d’une loi morale universelle et objective, la notion même de pacte social n’aurait pas de sens logiquement cohérent.

[2] Définissons ces termes. 1) La société parfaite est la société qui a en elle tout ce dont elle a besoin pour vivre et pour bien vivre (ARISTOTE, Politique, I, 2, 1252 b 25-30). Elle serait donc en un sens capable d’une certaine autarcie (autarkeia,  suffisance, inconditionnalité, ici indépendance économique pour vivre), même si en un autre sens aucune société parfaite n’est autarcique, puisque que toute société a besoin d’un extérieur à elle pour vraiment bien vivre. En ce sens, seul le genre humain dans son ensemble est une société temporelle parfaite. 2) La société souveraine est celle qui a le pouvoir de faire une loi humaine au-dessus de laquelle il n’y a pas d’autre loi humaine, sauf les traités passés entre de telles sociétés souveraines. 3) La société politique est une manière habituelle, mais devenue impropre, de nommer la société souveraine, à cause du temps où  l’Etat  cité (polis) était la forme principale de société souveraine.  Ce temps fut aussi celui de la constitution de la philosophie politique. La question de la relation entre la société souveraine et la société parfaite est l’une des plus hautes qui se puisse débattre en philosophie politique. 

[3] Les termes de conservatif et progressif nous semblent plus raisonnables et objectifs que les termes de conservateur et de progressiste, plus chargés d’emphase ou de passions.

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