Fonder demain (1)

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Je reprends les publications sur ce site, interrompues depuis trois mois en raison de l'écriture de mon prochain livre. Voici la première partie du texte d'une prise de parole le 2 Octobre 2013 à la soirée de lancement de Fonder demain.

 

 Je me suis demandé si j'allais vous parler d'abondance, ou préparer un texte. J'ai choisi la seconde option, estimant que c'était davantage là mon rôle au milieu de ce groupe d'intervenants dans lequel chacun joue sa partie.

 

« Fonder demain » est votre nom. Vous vous interrogez sur le sens de votre nom. En cela, vous êtes philosophes, vous imitez Socrate. C’est bien, car un décideur doit réfléchir, questionner radicalement – philosopher. Comme Socrate, vous cherchez d’abord le sens et la juste définition des mots. C’est la première forme de la clarification et donc de la lucidité. 

 

 

« Demain »

 

« Demain »grammaticalement, a deux natures (adverbe, ou nom). Cela vaut la peine d’être noté, car du coup votre nom « fonder demain » peut avoir deux sens.

1er sens. Si « demain » est adverbe de temps, « demain » répond à la question « Quand ? ». « Quand fonder ? » – réponse : demain, et votre nom signifie simplement « Demain, nous allons fonder, nous fonderons », ou encore « il faut que demain nous fondions », ou « demain nous avons envie de fonder ». On vous demande alors « fonder quoi ? » – Eh bien ! Justement, voyons le 2ème sens.

2ème sens. Si  « demain » est un nom, « demain » répond à la question « Quoi ? ». « Que fonder ? » ou « Fonder quoi ? » – réponse : « demain, un demain – un lendemain, un futur ». En ce cas, votre nom signifie : « fonder un avenir », « fonder un futur ». C’est un second sens, moins évident, mais plus profond et combien plus dramatique.

Votre nom a probablement les deux sens à la fois. Vous êtes jeunes, donc demain est votre jour. Vous avez conscience qu’il y a quelque chose à fonder et vous avez envie de le faire, demain. Mais, vous avez aussi conscience que ce qu’il y a à fonder, très radicalement, c’est un futur. Car le futur aujourd’hui, est infondé. Et s’il doit être, sa possibilité même reste à fonder.

 

 

« Fonder »

 

« Fonder » vient du latin fundus signifie le « fond, point le plus bas ». De fundus dérivent deux verbes cousins, fundere et fundare. Les deux ont rapport à votre nom « Fonder demain ».

 

1° Fundare renferme l’idée la plus facile. Cela signifie, comme en français, établir solidement, fixer, creuser les fondations, bâtir dessus les fondements, instituer, constituer.

Que voulez-vous fonder ? Une cité ? Mais notre pays existe depuis longtemps ! Allez-vous le fonder de nouveau ? Pourtant, n’a-t-il pas été déjà fondé et refondé, plusieurs fois dans l’Histoire ? Le baptême de Clovis, la bataille de Bouvines, le sacre de Reims, la fête de la Fédération, etc. Un pays est à fonder chaque jour.

Comment fonde-t-on ? Une cité n’est pas une construction matérielle. Une cité, c’est le résultat vivant d’une multitude de décisions cohérentes entre elles et fondées sur des principes qui sont la culture. C’est pourquoi la fondation n’est jamais effectuée une fois pour toutes, mais se réalise à chaque fois qu’un citoyen décide d’agir en vue du bien commun, pour le pacte social de bien commun.

La culture existe de fait, mais elle n’existe en acte que dans des esprits profonds, qui veulent la fonder en eux et se fonder en elle. C’est elle la fondation solide, dans la mesure où elle enferme des vérités profondes et durables. Vous voulez fonder ? Cultivez-vous.  

Fonder demain, c’est inventer la culture de demain en commençant par retrouver la culture d’hier sous l’idéologie d’aujourd’hui, le nihilisme sophistique postmoderne. Mes amis, la sophistique est la rouille mentale de tous les âges, mais Socrate l’emporte sur la sophistique et notre culture s’est fondée sur l’Ecole d’Athènes, dont Socrate est le père.

La culture classique gréco-romaine, avec la raison et le droit, la religion chrétienne, la philosophie des Lumières, les sciences modernes, voici les fondements essentiels de nos décisions communes. La religion chrétienne, ce n'est pas seulement la personne humaine, mais c'est l'idée et la réalité d'un Homme-Dieu. C'est avec la raison classique la principale matrice de l'humanisme. Les Lumières en sont une sécularisation aux effets contrastés.

Entre ces couches, il y a des frictions, mais des solidarités. Fonder demain, c’est retrouver le meilleur de tout cela au-delà d’une sophistique nihiliste, amorale et tyrannique. Les vrais fondateurs de demain, ce sont ceux qui auront assimilé ces fondations et ces fondements. Ce sont aussi les seuls qui pourront accueillir les autres dans une cité profonde, et non leur proposer de partager l’insignifiance d’une amnésie collective.

 

 

2° Fonder inclut aussi le sens de fundere, d’où est venu fondre, fusion.

 

Fundere, parce que fonder, sans jeu de mots, c’est aussi fondre, faire la synthèse vivante, amalgamer, unir en soi les couches, les strates, les courants de la culture. C’est opérer un approfondissement constant de la culture, permettant une réinterprétation loyale et vivante, cohérente, lucide et généreuse.

Fundere, cousin de fundare, c’est aussi remplir, répandre, verser dans le fond, verser jusqu’au fond. Fonder, au sens le plus radical, mes amis, c’est remplir ce fond mystérieux de la culture, y descendre et en élever, sur la base de sa résistance spirituelle même, une construction nouvelle ou restaurée. J'ai lu qu'en sanscrit, le verbe qui correspond à fundere signifie verser dans le feu sacré, d’où dérive aussi le mot qui signifie sacrifice. Et il paraît qu'en vieux persan, la même racine aurait donné le mot qui signifie prêtre sacrificateur. Le langage est une profonde sagesse. Fonder est un acte qui a quelque chose de sacré. La Fondation nous rattache à l’Origine première et radicale.

Fonder, c’est ainsi être fondé, se laisser fonder (fundare) par le Fondement et sa tradition. Et au sens encore plus radical, c’est verser son sang (fundere) pour ce Fondement.  

 

 

3° Fonder. L’idée commune à fundare et à fundere est bien celle de « fond ».

 

Votre fond, c’est votre richesse, votre capital, votre fonds. Peut-on avoir du fond sans faire aller la raison humaine jusqu’à son point de fuite, de fusion, l’inconditionné radical, le fondement absolu, l’Absolu même, ce que tout le monde appelle Dieu ? Fonder, c’est aller au fond radical des choses.

Vous parlez de fonder. Très bien. Ayez du fond ! Allez au fond ! Le nihilisme sophistique, dont a triomphé Socrate, mais qui renaît toujours, dit qu’il n’y a pas de fond. En ce cas, il y a encore un fond, mais c’est la superficie qui devient le fond. Et cette existence dans la superficie absolutisée, c’est l’état de nature hobbésien auquel nous reconduit, de transgression en transgression, le libéralisme libertaire.

La superficialité sophistique ne peut rien fonder, car elle est mensonge et sottise.On ne fonde rien sur la sophistique, parce que, dans son fond sans fond, elle est mensonge. Les sophistes eux-mêmes n'y croient guère. Ayez vraiment du fond et ils fondront comme cire.

 

 

Ne plus mentir du tout

 

Hannah Arendt a écrit, dans un essai intitulé Truth and Politics : « Quand une communauté politique s’engage sur la voie du mensonge, quand mentir devient une pratique routinière et presque un principe de vie (je traduis assez librement), et pas seulement sur des points de fait particuliers, (mais aussi sur les principes mêmes), c’est alors que la simple décision de dire la vérité, le simple refus de mentir, devient un facteur politique de première grandeur, même s’il n’est pas soutenu par les forces du pouvoir et de l’opinion. Là où tout le monde ment à propos de tout ce qui a de l’importance (« C’est vrai, je sais, mais on ne peut quand même pas le dire » - HH), ceux qui décident de rompre avec le mensonge, qu’ils en aient ou non conscience, sont ceux qui agissent vraiment. »

Mes amis, fonder demain, c’est d’abord renoncer complètement aux mensonges d’aujourd’hui.

Mais pour concrétiser, sans quoi ce que je viens de dire ne serait que de l’hypocrisie, juste un dernier point, absolument nécessaire. CLIQUER ICI POUR LIRE LA SECONDE PARTIE 

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