Où allons-nous ? (2)

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

L’impossible break-up de la zone Euro

 

L’Euro ? Peut-on dire que l’Europe se porterait mieux s’il n’avait jamais existé ?

 

Peut-être serions-nous plus riches si l’Euro n’avait pas existé. Mais il existe et nous y participons.

 

« Sortons de la zone Euro ! Retournons à notre monnaie ! Dévaluons et recommençons comme avant ! » Idées séduisantes. Convenons d’ailleurs qu’il est bien légitime d’en vouloir à ces théoriciens qui ont fait tout faux et à ces politiques qui nous ont menés dans cette impasse. Ce sont des idées qu’il faut s’attendre à trouver, de plus en plus violents, parmi les classes moyennes prolétarisées, les jeunes chômeurs et tous les actifs qui, par un jeu de concurrence économique absurde, n’ont plus de place dans l’économie créatrice de valeur.

 

De plus, il est injuste d’excommunier du dialogue politique ceux qui instinctivement se plaignent de ce qu’ils pensent être l’instrument de leurs malheurs. C’est différent si cela constitue une rhétorique politicienne, un business médiatique qui marche, sans vision d’ensemble, sans précision des idées et sans volonté de servir le pays.

 

Que peut-il se passer si un pays sort de la zone Euro ? Si un pays sort de l’Euro, c’est en violant tous les traités actuels qui ne prévoient pas de clause de sécession de la zone Euro. Et cela provoquerait des instabilités terribles. Fuite des dépôts bancaires hors de la partie la plus faible de la nouvelle zone, et probable faillite du système financier des pays faibles. Il faudrait alors instaurer un contrôle des changes, l’interdiction de retirer son argent des banques. Que dire de l’impact sur le commerce extérieur ? Les pays européens accepteraient-ils une dévaluation violente de la monnaie d’un de leurs partenaires commerciaux, qui pourrait alors phagocyter leur propre industrie ? Ne seraient-ils pas tentés de compenser la dévaluation par des barrières douanières ? Un pays désindustrialisé aurait besoin de nombreuses années pour rebâtir un outil productif décent. Années pendant lesquelles le coût des importations serait beaucoup plus important. Que dire de la dette des entreprises qui se trouveraient à cheval sur deux zones ? Que dire de l’épargne des gens investie en dette d’Etat, de banques et d’entreprises ? Enfin que dire des troubles sociaux que provoquerait une période de transition si incertaine et si terrible ?

 

Sortir de la zone Euro, cela consiste probablement à détruire tout le tissu financier et économique, pour le recréer dans des conditions incertaines.

 

Il est probable qu’une scission de la zone Euro correspondrait à une période de véritable chaos en Europe, surtout si elle se passe dans une ambiance de tension entre les peuples.

 

Notons que sortir de la zone Euro serait surement moins dramatique pour un pays fort. Notamment parce que, suite à la réévaluation de sa monnaie, son système financier ne serait pas la victime d’une fuite des dépôts, et surtout se cela se passe sans prévenir.

 

Pour un pays, sortir de la zone Euro est rationnel seulement si le coût d’en sortir est inférieur au coût d’y rester. Comme sortir de l’Euro risque de provoquer le chaos, il n’est pas rationnel de sorti de la zone Euro. Sauf naturellement si la zone Euro est déjà en situation de chaos. Auquel cas…

 

L’impossible réforme de la France

 

Les dirigeants de la zone Euro rappellent à de nombreux pays « l’impérieuse, l’urgente nécessité d’effectuer des réformes structurelles » afin de garantir la stabilité de leurs finances publiques.

 

Voyons la France. Regarder ses finances est un travail bien triste. Ce que l’on voit, c’est un Etat tentaculaire, qui dépense plus de la moitié de la richesse créée par le pays. C’est une dépense sociale d’à peu près le quart du pib, et qui est financée par des taxes sur le travail. La France est un pays qui, en plus d’être un pays développé et donc moins compétitif, fait peser sur les activités productrices les deux boulets que sont le financement d’un Etat monstrueux et de la protection sociale, aggravant encore le déficit de compétitivité. Rendus non compétitifs par le coût du travail, indépendamment de leur valeur personnelle, les producteurs français n’ont pas d’avenir en tant que producteurs. Plutôt que de les laisser dans la pauvreté, l’Etat décide les transformer en purs consommateurs, en maintenant artificiellement leur pouvoir d’achat par la dépense publique, dont les taxes viennent encore peser sur la compétitivité. C’est un parfait cercle vicieux.

 

Certains économistes résument le business model de la France par : « une croissance tirée par la consommation, la consommation financée par la dépense publique, la dépense publique financée par la dette ». Il est fatal que le mécanisme s’enraye un jour. Et nous y sommes.

 

De plus, les tendances de ces grands ensembles sont terrifiantes : les dépenses sociales augmentent fortement, le fonctionnement de l’Etat coute de plus en plus cher. Il n’y a pas de croissance, et donc stagnation des recettes. Le travail productif diminue.

 

Vouloir réduire le déficit en augmentant les impôts est une folie. Cela revient à dégrader encore la compétitivité du travail et la rentabilité du capital. Rappelons que nous sommes encore en système de libre circulation du capital et de concurrence mondiale pour le travail.

 

Les seules voix raisonnables demandent la réduction des dépenses. Et cela devrait se faire dans un ordre de grandeur considérable, jamais envisagé, de près de 100 milliards d’euros.

 

Est-ce possible ? La vraie rigueur financière (baisse significative des dépenses nette de toutes les redistributions et négociations) ferait basculer dans la pauvreté une partie considérable de la population. Combien en effet sont ceux dont le niveau de vie dépend directement de la dépense publique : fonctionnaires de tous niveaux, chômeurs, retraités, familles aidées, malades… ?

 

Comment imaginer qu’un gouvernement en France, avec le peu de légitimité que lui laisse l’exubérance irrationnelle du monde médiatique, pourrait imposer de tels sacrifices ? Et s’il y parvenait, comment pourrait-il résister aux pressions voire aux révoltes qui suivraient ? Et à la démagogie de son opposition ?

 

Si nous n’agissons pas pour sauver nos finances, c’est la solvabilité de l’Etat qui est remise en cause.

 

Mais qui pense qu’il y a dans la classe politique française un seul personnage de niveau 1 capable d’imposer une vraie rigueur au pays ?

 

Il semble que nous ayons le choix entre l’insolvabilité et la révolution sociale. Ou alors l’inflation. Mais l’inflation, qui pourrait être un mal nécessaire pour nous, est inacceptable pour les pays « vertueux ».

 

Il faut donc, sans doute, nous préparer à des temps extrêmement difficiles. L’urgence, c’est de faire émerger des hommes d’Etat, de rompre avec les idéologies en faillite, de douter méthodiquement des philosophies et de la science économique dominantes. Tout est à réviser : économie, finance, culture et politique. Nous ne pouvons éviter un chaos qu’au prix de l’invention de  solutions terriblement audacieuses, qui seules pourront nous tirer hors du cercle vicieux.   

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Nouveauté !

Evénements

Aucun événement