Ethique et finance (2). Un monde à économie libérale mondialisée est-il stable et durable ?

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Cette seconde partie du texte que je poste aujourd'hui sur ce blog est la deuxième partie d'un article à paraître, dans le numéro 41, Octobre-Décembre 2011, de la revue Analyse financière, organe de la Société Française des Analystes Financiers.

 

Je remercie encore très vivement Madame Michèle Hénaff, rédactrice en chef d'Analyse financière, d'en avoir autorisé la publication anticipée. Je remercie d'avance tous ceux qui pourraient reprendre cet article dans la blogosphère, ou le reproduire à fins d'études ou de réflexion, de bien vouloir indiquer sa source et de signaler que ce numéro 41 d'Analyse financière comportera un Dossier passionnant intitulé "Quelle finance demain ?" (cf. www.revueanalysefinanciere.com )

 

 

A quelles conditions un monde à économie libérale mondialisée est-il stable ?

 

 

Quels sont le degré et la forme des pouvoirs nécessaires à la stabilisation de la confiance et de la paix ? Dans quelle mesure un tel système est-il conforme à la loi de paix ?  

 

De telles interrogations sont utiles pour dessiner les figures possibles de l’avenir. La mondialisation actuelle est-elle irréversible ? Certains de ses aspects, techniques ou culturels, le sont probablement. Mais rien n’est irréversible, quand sa structure est incompatible avec la loi de la paix. L’expérience montre aussi que certaines formes de mondialisations ont disparu, comme celle du Moyen-âge avant la guerre de cent ans, ou celle de la fin du 19ème siècle et jusqu’en 1914[1].  

 

Toute société durablement fonctionnelle est éthique, conforme à la loi de paix, donc raisonnablement solidaire, puisque toute société non solidaire devient conflictuelle et tend vers la révolution. La solidarité se réalise essentiellement en trois lieux, qui tous ont rapport à la finance. L’étroit rapport entre la finance et l’éthique se trouve dans cette triple responsabilité. De là le concept d’une finance de paix, qui essaye de réaliser « les conditions économiques de la paix[2] ».

 

 

1 - Une finance de paix sait articuler production et consommation

 

 

Aussi importantes que soient les intermédiations monétaires, à la fin ce sont « les produits (qui) s’échangent contre les produits[3] ». Il n’est donc ni fonctionnel, ni juste, de considérer le marché des biens et services sans le marché du travail. Chaque acteur réel sur le marché est demandeur de deux choses : des produits à acquérir et des produits pour les acquérir, des biens de consommation et un travail productif rémunérateur.

 

Si la globalisation isole d’un côté des consommateurs qui ne produisent plus, de l’autre des producteurs qui ne consomment jamais, elle n’est ni éthique, ni irréversible. La mondialisation peut constituer une perspective et un horizon valables, mais les sous-espaces économiques doivent à tout moment rester à la fois des espaces de production et des espaces de consommation, autrement nous marcherions droit aux révolutions, dans les pays consommateurs comme dans les pays producteurs. Cette responsabilité de la finance (et du politique) requiert aujourd’hui des inventions, ou réinventions.

 

 

2 - Une finance de paix sait articuler production/consommation et investissement

 

 

Les consommateurs ne peuvent rester producteurs sans investissement suffisant. Il n’y a pas lieu de culpabiliser les dirigeants économiques qui prennent des décisions économiques, rationnelles dans le cadre des règles du jeu établies politiquement, et qui préfèrent anticiper en temps utile l’inévitable évolution des choses. 

 

L’acteur économique concret est donc demandeur non seulement d’emploi et de biens de consommation, mais d’investissements. Cette seconde articulation permet aussi l’application de la « loi naturelle », et la paix. Le rôle du pouvoir politique est de poser des règles permettant de constituer des zones économiques cohérentes, où soient coordonnés les fonctionnements des trois marchés : travail, biens et services, investissement. Le monde, comme espace global, est-il une zone économique cohérente ?  

 

 

3- Une finance de paix sait articuler économie et assurance

 

 

La loi naturelle de solidarité, en termes économiques, s’appelle aussi l’assurance. La solidarité ne prend pas forcément la forme d’une assurance nationalisée, ou celle d’une démagogie favorisant le parasitisme. Cette industrie doit tenir compte des spécificités et conditions particulières du service à rendre. Il s’agit de gérer ce lien et ce bien de la solidarité d’une société, en respectant la « loi de paix ». Sans assurance, pas de paix.

 

Pendant que, dans notre pays, l’Etat, pour éviter l’explosion sociale, est forcé d’acheter la paix au moyen d’une dépense publique colossale, qui pèse sur le travail productif, lequel en devient d’autant moins compétitif, l’assurance, elle, transforme de l’épargne en investissement et donc en instrument de travail – au moins, tant qu’on ne force pas l’assurance à financer plus la dépense publique que le travail.   

 

Si la globalisation libérale a pour effet de ne plus offrir le travail aux espaces économiques dont les habitants sont couverts convenablement par un système de solidarité, sans que les habitants des autres espaces s’en trouvent mieux pour autant à ce point de vue, cette forme de globalisation n’est pas irréversible, car nous allons vers des difficultés graves. Les espaces où peut s’articuler un système de solidarité doivent aussi être les espaces économiquement pertinents, et réciproquement. Est-il besoin de préciser qu’il existe aussi des systèmes de solidarité abusifs ? 

 

Il ne revient pas au philosophe d’entrer dans des considérations trop techniques (fiscalité indirecte, gestion des assurances sociales, lutte contre la corruption ou le parasitisme, niveau des salaires, réorientation des investissements ou financement de la dépense publique). D’un point de vue éthique, force est de constater que beaucoup des problèmes d’éthique financière sont des problèmes politiques et d’éthique politique. Le déficit éthique se situe d’abord à ce niveau.



[1] Suzanne BERGER, Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Seuil, 2003.

[2] Henri DE CASTRIES, dans la Préface à Henri HUDE, L’éthique des décideurs, Presses de la Renaissance, Paris, 2004. 2ème édition, Monceau Éditions, 2011, à paraître.

[3]Jean-Baptiste SAY,  Traité d’économie politique (1803), L.I, chap.15.

 

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