Lettre n° 28. Un pays divisé. Jusqu’à quel point ? (1)

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Insignifiance de la petite politique 

 

Si nous nous placions au point de vue de la petite politique, que dirions-nous ? Que les deux partis institutionnels sont opposés entre eux sur les sujets les plus pressants et que chacun d’entre eux est intérieurement divisé entre des durs et des modérés. Rien que de parfaitement banal, en somme.

 

Plus spécifiquement, nous ajouterions que le problème central est celui de la dette et que l’idée d’un plan de réduction de cette dette coupe en deux chacun des deux partis (New York Times, 12 Novembre 2010, A1 et A17, « Debt-Reduction Plan Splits Both Parties »). Nous en avons parlé il y a peu : les uns ne veulent pas entendre parler d’une augmentation des impôts et les autres refusent une réduction des dépenses. D’autres encore disent qu’il faut bien se mettre d’accord sur un compromis minimal. Là encore, rien que de très ordinaire.

 

Au point de vue de la petite politique, la compétition des partis n’est qu’une sorte de jeu, ou de sport, comme le football ou les courses de chevaux. Et c'est tellement toujours la même chose qu'on se demande comment il y a encore des gens que ca intéresse.   

 

Ce qui est nouveau et plus grave, c'est que la situation paraît bloquée comme jamais. Il est probable que les partis se mettront d’accord pour faire le minimum leur permettant de donner l’impression qu’ils font quelque chose et que c’est l’autre qui est responsable du blocage. Les vraies décisions se prendront en 2013, si les élections de 2012 ont produit un résultat assez clair. Autrement, ce pays s’enfoncera dans la paralysie politique et les conflits risqueront de tourner à l’aigre. A moins qu’une grande crise ne se déclenche avant même cette date.   

 

Une prise de conscience de l’ordre de grandeur des problèmes   

  

La différence entre la France et les USA, c’est que les Américains ont généralement conscience de l’ampleur des problèmes, parce que l’information y est tout de même meilleure que chez nous, et que les citoyens votent en propriétaires et en fonction d’intérêts économiques réels.

 

Les dernières élections ont récompensé le réalisme et la volonté de faire face énergiquement aux problèmes. Mais la volonté, pour l’instant, n’a pas le pouvoir.  

 

En France, le déficit annuel de l’Etat est de 8% du PIB, ce qui veut dire environ 40% du revenu annuel de l’Etat. C’est bien entendu insoutenable et le pouvoir en place n’a pas l'autorité suffisante pour appliquer les médecines de cheval, qui seraient seules adaptées à la gravité de la situation, et dont on n’est même pas sûr qu’elles donneraient un résultat satisfaisant. Le Président Sarkozy n’a peut-être pas fait le vingtième de ce qui eût été nécessaire et il y a déjà perdu une partie de sa popularité.

 

La situation de la dette des Etats-Unis est à peu près la même, sauf que le FED peut fabriquer si elle le veut des dollars presque à volonté. Et sauf que l'US Navy garantit que le coffre-fort est gardé, et donc que le dollar vaudra toujours quelque chose. C'est pourquoi l'Amérique, qui croit au hard power, peut faire de l'inflation, alors que l'Europe, qui n'y croit pas, est dans l'impasse totale.

 

L’Allemagne se veut la plus raisonnable, et elle l’est dans une certaine mesure, mais comme toutes ses banques ont à leur bilan les dettes souveraines des autres Etats, si ces derniers font faillite, ses banques sauteront aussi.

 

Parmi tous les pays d’Europe, c’est la France qui est la plus irréformable. Le caractère des Français s’attache aux privilèges avec obstination et refuse les réformes graduelles. Il ne supporte les réformes qu’en masse, aux époques de révolutions. Nous allons donc vers une crise majeure et générale, et il n’est pas impossible que la France en soit le détonateur.    

 

House Divided   

  

Au moment où il faudrait de l’autorité et de l’unité, nous avons aux Etats-Unis la division et l’impuissance.

 

Les Etats-Unis sont dans une situation où deux cultures politiques s’opposent, incompatibles entre elles, chacune visant à l’hégémonie, et leur coexistence devenant de plus en plus impossible.  « House divided », comme aurait dit Abraham Lincoln.

 

La référence s’impose, car les Etats-Unis n’ont pas connu de situation semblable depuis les temps précédant la guerre civile de 1861-1865. Personne ne pense que le conflit sera sanglant, mais il va être extrêmement dur.

 

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