Lettre n° 29. Un pays divisé. Jusqu’à quel point ? (2)

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 Prendre la mesure de la division des Etats-Unis   

 

Si on veut vraiment savoir ce que pensent les conservateurs, et mesurer exactement le degré de polarisation aux Etats-Unis, on peut naturellement écouter les discours enflammés de Sarah Palin, mais mieux vaut lire ce qu’a écrit Newt Gingrich dans son livre To Save America (Regnery Publishing Inc., Washington, DC, 2010, p.4).  

 

Ancien speaker de la Chambre basse sous Bill Clinton, un des artisans de la victoire républicaine de 1994, Newt Gingrich est encore aujourd’hui, avec Mat Romney, Sarah Palin, et quelques autres, l’un des possibles compétiteurs du candidat Démocrate en 2012.  

 

Cet homme très intelligent et beaucoup plus cultivé que la moyenne des politiciens, historien de formation et de profession avant d’entrer en politique, écrit dans To Save América, en pesant ses mots comme peut les peser un futur candidat, que la Gauche laïciste-socialiste, qu’il nomme « the secular-socialist machine » représente « une aussi grande menace pour l’Amérique, que l’ont été dans le passé L’Allemagne nazie ou l’Union soviétique » (les italiques gras sont de moi).   

 

L’argument de Newt Gingrich se développe ainsi : « Les différences fondamentales entre les idéaux historiques de l’Amérique et ceux de la Gauche laïciste-socialiste peuvent être résumées en une liste de dix conflits de valeurs :

1.     Le travail contre le vol

2.     La productivité contre le travail réglementé syndiqué et la bureaucratie

3.     Les représentants élus contre les bureaucrates et les juges

4.     Honnêteté contre corruption

5.     Impôts faibles et Etat limité contre impôts élevés et administration tentaculaire

6.     Propriété privée contre pouvoir administratif

7.     Le local contre le contrôle de Washington

8.     L’énergie américaine contre l’extrémisme environnementaliste

9.     Résolution des conflits contre impasses judiciaires

10.   Croyance religieuse contre oppression laïciste 

 

« Chacune de ces oppositions, continue Newt Gingrich,  représente un conflit de valeurs au niveau le plus fondamental. Prises toutes ensemble, elles indiquent deux visions du monde irréconciliables qui, sur le long terme, ne peuvent pas coexister dans le système américain. A la fin, l’une des deux devra défaire l’autre et la remplacer – et le moment de ce remplacement est plus ou moins proche. Si nous perdons ce combat, l’Amérique de nos pères et de nos ancêtres sera perdue pour toujours, laissant la place à une machine laïciste-socialiste qui ne cèdera jamais le pouvoir de son propre gré. »   

 

Socialisme et esclavage  

 

Chez Newt Gingrich, la référence transparente à Abraham Lincoln est elle-même d’une signification transparente. La référence au Tea Party va dans le même sens. L’Amérique n’admettra pas l’attentat contre ses libertés et sa culture de liberté individuelle. Elle n’a pas admis l’esclavage et le socialisme n’est rien d’autre, pour la tradition américaine, que la forme moderne de l’esclavage.

 

L’Amérique s’est constitué contre le gouvernement absolutiste et bureaucratique « à l’Européenne » et elle ne l’admettra pas davantage aujourd’hui. Le despotisme administratif empêche l’individu d’exister. La mentalité idéologique, détruisant le sens commun, est la matrice de tous les totalitarismes.  

 

Une telle révolte n’est pas un extrémisme de droite, c’est la réaction naturelle et traditionnelle en Amérique. Thomas Jefferson, rappelle Newt Gingrich, estimait même qu’il fallait une révolution à chaque génération pour empêcher le remplacement du self-government par des oligarchies étouffantes. De même, le protestantisme évangélique ne survit que par de perpétuels revivals.

 

Le mouvement Tea Party n’est, aux yeux de Newt Gingrich, qu’une de ces révolutions épisodiques, qui viennent restaurer, face aux bureaucrates mortifères et aux démagogues, à la grosse propriété et aux prolétaires, le pouvoir de la classe moyenne, sa capacité politique unique et le nécessaire respect de la petite et moyenne propriété en démocratie.  

 

Le parti radical en France avait de telles idées, fort classiques, sur l'excellence politique des classes moyennes, mais il était laïciste et parlait de progrès. Le Tea Party est un parti radical (sociologiquement parlant) qui a un fond religieux et pour lequel le respect de la tradition est la condition du progrès. C’est une autre combinaison politique. Il y a là ce qu’en France, du point de vue sociologique, on pourrait appeler un radicalisme conservateur.  

 

Pour Gingrich, c’est la seconde fois dans l’histoire des Etats-Unis, que ces derniers sont confrontés  une entreprise intérieure visant à l’extension de l’esclavage, à la différence que cette extension ne vise plus seulement les Noirs, comme en 1860, mais la totalité des citoyens de toutes races. Il n’est plus temps pour un compromis. Cette entreprise mauvaise doit être combattue et défaite. Avec l’esclavage, il n’y a aucun compromis possible.   

 

Une sortie par le haut ?   

 

La position de Newt Gingrich est particulièrement ferme, comme jadis celle d’Abraham Lincoln. Mais il n’échappe à personne que le salut de l’Amérique, ainsi entendu, passe par un période de très haute tension, dont la gestion serait des plus délicates.  

 

En même temps, pour Gingrich, faute d’une telle clarification, les USA continueraient à s’endormir dans le mensonge volontaire d’un monde imaginaire, avant de se réveiller dans un monde privé de sens, où les idéologues auraient détruit la démocratie et où la dictature chinoise dicterait au monde ses lois. 

 

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