Lettre d'Amérique n25. House Divided (4). Le capitalisme démocratique et la pauvreté

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Les causes profondes de la crise de 1929   

 

Hoover a toujours soutenu que la crise était le résultat du dérèglement massif des monnaies et du crédit par la Première Guerre Mondiale. « Sans la guerre, nous n’aurions pas eu la crise. »  

 

Hoover n’a pas consacré moins de 24 volumes en trente ans à la justification de son action et à la critique de la politique social-démocrate – sans parler d’une biographie inédite de Roosevelt, que ses proches l’ont dissuadé de publier. Il n’a jamais digéré son renvoi en 1932. « Democracy is a harsh employer », disait-il. (L., p.147) 

 

La cause profonde de la crise de 1929, disait Hoover, ne se trouvait donc pas dans une fièvre de spéculation passagère, contre laquelle il avait multiplié les avertissements (L., p.148). Une crise normale aurait suffi à guérir cette fièvre, en crevant les bulles spéculatives.  

 

Indépendamment des effets durables de la Grande Guerre, la cause de l’exceptionnelle durée de la dépression se trouvait en Europe : dans ses divisions, ses guerres, ses armements, ses mercantilismes, ses protectionnismes nationaux et coloniaux, et dans la contagion de tous ces vices aux Etats-Unis, à la suite de la catastrophique élection de Roosevelt.     

  

Récrire l’histoire économique ?   

  

Comme il ne mourut qu’en 1964, il aurait pu soutenir aussi, dans sa logique, que le monde n’était sorti de la crise, après 1945, que grâce à la restauration du libéralisme.

 

Le compromis social-démocrate, en Europe, après la seconde guerre mondiale, était peut-être utile, puisque politiquement inévitable, compte tenu des préjugés indéracinables à l’époque. Mais les vraies causes des Trente Glorieuses étaient la paix dans l’ordre libéral américain (et le dynamisme démographique). La social-démocratie n’avait pu que freiner la croissance et préparer une dépression future.  

 

De même, dans la logique de Hoover, le monde entier n’aura commencé à sortir de la misère, après la chute du communisme, qu’à partir du moment où le leadership américain aura progressivement fait adopter partout une politique économique libérale.  

 

Mais Hoover n’a pas raisonné ainsi. Au lieu de tirer avantage de la situation, il s’est surtout montré critique d’une politique américaine encore trop peu libérale à ses yeux.   

 

Le bouc-émissaire de l’Amérique et l’aubaine des Démocrates   

 

L’historien William Leuchtenburg, auteur d’une œuvre considérable sur la période allant de 1914 à 1940, cite dans sa récente biographie de Hoover les souvenirs de l’essayiste Russel Baker. La tante de ce dernier, écrit Lichtenburg, l’avait clairement informé : « Les gens mouraient de faim à cause de Herbert Hoover. Ta mère est au chômage à cause de Herbert Hoover. Les hommes s’entretuaient à cause de Herbert Hoover et leurs enfants orphelins étaient envoyés en masse à l’orphelinat … à cause de Herbert Hoover. » (L., p.149) Et il faut se rappeler que l’extraordinaire succès de la chanson « Who’s Afraid at the Great, Bad Wolf » reflétait, en 1933, la satisfaction que Hoover ne fut plus à la Maison Blanche. 

 

Quand on est parvenu à diaboliser ainsi un adversaire, ou quand il a réussi lui-même à se diaboliser ainsi, et quand en plus le malheureux se défend avec une maladresse obstinée, et un complet manque d’humour, il devient pour ses rivaux une véritable aubaine.  

 

Roosevelt n’a affronté électoralement Hoover qu’une seule fois dans sa vie, mais le pauvre homme avait laissé un souvenir tellement ineffaçable, que l’astucieux FDR a toujours délibérément ignoré ses autres compétiteurs. Dans toutes les élections suivantes, il n’a jamais fait campagne que contre le seul Herbert Hoover. Et ça a toujours marché.

 

Avec bonne humeur, un partisan de Roosevelt a noté : « Nous devrions être éternellement reconnaissants à Herbert Hoover, qui nous a fourni pendant douze ans notre ticket de cantine. » (L., p.149) 

  

Conclusion ? 

 

Si :

1° la social-démocratie n’est qu’une fausse bonne solution, puisqu’elle finit par détruire le capitalisme démocratique, et si

 

2° le capitalisme actuel fabrique à la fois de la richesse et de la pauvreté, de l’ordre et du désordre,

 

alors,

le capitalisme démocratique peut-il ou non prendre en charge le problème de la pauvreté, sans le nier, et sans recourir à la social-démocratie, mais en améliorant l’efficience du marché ?

 

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