Lettre d'Amérique n° 23. "House Divided" (2). Les conservateurs

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 Le capitalisme démocratique et le conservatisme de rupture  

 

La politique de rupture avec la social-démocratie est appelée « conservatrice », aux Etats-Unis, non parce qu’elle voudrait conserver le compromis existant, mais parce qu’elle se réclame de la tradition de capitalisme démocratique à culture morale et/ou religieuse – c’est là ce que la plupart des Américains ont dans l’esprit quand ils parlent de Démocratie. 

 

Le compromis social-démocrate a été accepté en 1933, puis après, mais seulement à doses réduites, à cause d’une situation d’extrême urgence (« supreme emergency ») et dans la mesure où son ampleur n’allait pas au-delà d’un correctif laissant subsister pour l’essentiel la structure du capitalisme démocratique.   

 

Il est donc admis et convenu qu'il n'est pas permis d'en faire l'élément central et structurant de la vie sociale.

 

La loi sur le « healthcare » : un pont trop loin ? 

 

L’Obamacare est donc une décision qui sort de l’épure et qui change la structure. Elle est vue comme une création idéologique sans racines dans la mentalité américaine, contraire au sens commun du capitalisme démocratique. C’est pourquoi elle a fait déborder le vase.

 

L’opposition est très vive sur le sujet, car des deux côtés on invoque la morale. Un ami qui a voté Obama me disait avec colère : "Dans ce pays, quand on a un cancer, le premier souci qu'on a est de savoir où trouver l'argent pour se faire soigner." Un collègue démocrate, pourtant beaucoup plus progressiste que lui, tenait le propos pour exagéré.  

 

La social-démocratie, même usée, aurait pu se maintenir longtemps, si elle n’avait pas voulu s’étendre. Ayant fait un pas de trop, elle est engagée dans un mouvement de recul, qui n’est pas près de s’arrêter, si du moins les conservateurs suivent l’avis de Newt Gingrich, c'est-à-dire savent remplacer ce qu’ils détruisent, au lieu de s’y opposer stérilement : « Il faut passer d’un conservatisme d’opposition à un conservatisme de remplacement. » 

 

Le consensus traditionnel devient-il un sujet de division ?    

 

Cette tradition de démocratie capitaliste n’est « normalement » ni démocrate, ni républicaine, au sens partisan du mot. Les deux partis adhèrent « normalement » à la « formule qui marche » et ne se distinguent « normalement » que par une sensibilité plus forte à telle ou telle des dimensions essentielles de cette tradition. Ils peuvent d’ailleurs, selon les moments, échanger leurs fonctions et changer les valeurs qu’ils prennent en charge.  

 

C’est cette tradition, « normalement » partagée, qui permet une culture politique de régime mixte. Et le capitalisme chavirerait sous la force des vents de l’avarice (greed), sans l’énorme quille de traditions familiales, morales et évangéliques, qui font « normalement » partie de la vie.    

 

Mais jusqu’à quel point peut-on encore aujourd’hui employer ce mot de « normalement » aux Etats-Unis ? House divided.  

 

Ronald Reagan, George Bush II, Herbert Hoover  

 

La politique conservatrice (de rupture) se réclame le plus souvent de Ronald Reagan, et elle reproche à George Bush II sa timidité et son infidélité à la doctrine républicaine. Le « conservatisme compatissant » de ce dernier (« compassionate conservatism), était, disent-ils, un bon produit électoral « right in the middle », mais en voulant absurdement donner à tout le monde la pleine propriété d’une maison, y compris à ceux qui ne pouvaient pas se la payer une, Bush a préparé une énorme crise du crédit.

 

Ce n’était pas là, assurément, un conservatisme sérieux. Pour le Tea Party, Bush agissait en somme en homme du New Deal. Comme l’écrit le même Newt Gingrich dans Sauver l’Amérique, (To Save America), la thèse la plus révolutionnaire, aujourd’hui, c’est « 2 + 2 = 4 ».   

 

Jusqu’à une date récente, les critiques du New Deal étaient considérés comme des vieilles barbes. Chacun admettait qu’il fallait rechercher un bon compromis entre l’action du marché et celle de l’Etat. Les libertariens étaient considérés comme des excités dont la droite avait honte. Aujourd’hui, on se demande sérieusement si le compromis social-démocrate n’était pas un monstre incohérent, et surtout s’il était juste, et s’il était démocratique. On se dit que le statut de l’intervention étatique dans le domaine de l’économie ou de l’assurance (de la solidarité) était, peut-être, celui d’un parasite : sans force propre et ne vivant que de l’organisme qu’il débilite et, à la fin, tue.  

 

Ce n’est pas que les conservateurs prônent l’égoïsme. La "self-reliance" n'est pas le chacun pour soi, mais ils estiment que le marché peut faire mieux que l’Etat, y compris en matière de solidarité. La démocratie suppose un dynamisme des individus que détruit la logique d'assistanat. De toute façon, la première forme de solidarité, c’est la création de jobs, laquelle, à l’évidence, n’est pas le rôle de l’Etat. Or la création de jobs suppose que le capitalisme n’est pas étouffé par l’Etat, ni dénaturé par la corruption que permet l’étatisme.  

 

Au-delà des références à Ronald Reagan, il s’agit bel et bien (même si cela n’est pas dit) d’une rupture avec la politique inaugurée en 1932. En somme, les conservateurs pensent qu’Herbert Hoover avait raison. J'en dirai plus demain.

 

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